Agujetas, cantaor

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Réalisation Dominique Abel
Scénario Dominique Abel
Sociétés de production Idéale Audience
Agujetas, Cantaor
Réalisation Dominique Abel
Scénario Dominique Abel
Musique Manuel Agujetas
Moraíto Chico
Sociétés de production Idéale Audience
Pays de production Drapeau de la France France, Drapeau de l'Espagne Espagne
Durée 58 minutes
Sortie 1999

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Agujetas, Cantaor est un film documentaire franco-espagnol réalisé par Dominique Abel, sorti en 1999. Premier film de la réalisatrice, il dresse le portrait cinématographique du cantaor (chanteur de flamenco) Manuel de los Santos Pastor, dit « Agujetas de Jerez », l'un des derniers représentants de l'école de Jerez et du cante jondo dans sa forme la plus ancienne[1].

Tourné en 1998 en six jours[2] dans la maison d'Agujetas à Rota (Cadix) et dans ses environs immédiats (notamment à Chipiona pour les scènes de concert et de huerta) avec une équipe réduite à trois personnes (la réalisatrice, le chef opérateur Jean-Yves Escoffier et l'ingénieur du son Henri Maïkoff), le film est réalisé en noir et blanc, à l'exception d'un plan final en couleur près du feu[3]. Il est accompagné à la guitare par Manuel Moreno Junquera « Moraíto Chico ».

Le film remporte notamment le Grand Prix du Festival International de Prague « Golden Prague » en 1999, une première pour un film consacré au flamenco dans ce festival de cinéma musical[2] et le Grand Prix Vidéo de l'Académie Charles Cros la même année[4].

Le projet « Une Salomé flamenca »

Dominique Abel avait initialement sollicité Manuel Agujetas pour incarner Iokanaan (saint Jean-Baptiste) dans un projet de long métrage intitulé Une Salomé flamenca, qui devait être réalisé en coproduction franco-espagnole[3]. Le casting et l'équipe technique étaient déjà constitués, comprenant des collaborations de prestige, parmi lesquelles Paco de Lucía, Jean-Yves Escoffier, Issey Miyake et Richard Peduzzi (décors)[3]. Cependant, Canal+ France se retira du projet, le jugeant trop ambitieux pour un premier film d'une réalisatrice autodidacte.

Agujetas, qui s'était montré enthousiaste pour ce rôle il avait appris tous ses dialogues à l'aide d'une cassette, ne sachant ni lire ni écrire[2], refusa catégoriquement l'idée d'un documentaire sur lui, répétant qu'il était Iokanaan et qu'il n'y avait rien d'autre à filmer. Le refus se prolongea longtemps avant que la réalisatrice parvienne à le convaincre[5].

Négociations et conditions de tournage

Interrogé sur la durée du film, Agujetas déclara qu'il serait disposé à donner « une heure de son temps »[3]. Après de longues négociations, le tournage s’étendit sur six jours, dont cinq en sa présence et une journée supplémentaire entièrement consacrée aux paysages[2]. Parmi ses conditions figurait un concert en direct le soir, à la Venta « Gordo Prospín » à Chipiona, avec l'exigence que ce jour-là rien d'autre ne soit filmé[6]. Agujetas avait également prévenu qu'il ne répéterait rien pas une phrase, ni un cante, ni même un seul vers, ce qui posa des difficultés car le film était tourné en Super 16 mm, chaque bobine étant limitée à dix minutes[3].

Dominique Abel déclara dans un entretien : « J'ai pensé que cela recentrerait davantage encore sur l'essentiel et allait de pair avec son austérité. Cela m'apportait en outre une unité de temps, en plus de l'unité de lieu ». En échange d'un tournage si court, elle demanda à la production Idéale Audience un temps de montage plus long, s'agissant de son premier film[3].

Tournage

Le tournage eut lieu en 1998 à Rota et Chipiona (province de Cadix), entièrement dans la maison d'Agujetas, dans la forge que lui avait laissée son père, où il chante en frappant le marteau sur l'enclume et dans les champs environnants[2],[7].

L'équipe était volontairement réduite au minimum : outre la réalisatrice, seuls Jean-Yves Escoffier (directeur de la photographie) et Henri Maïkoff (ingénieur du son) étaient présents sur le plateau, en plus d'Agujetas et de sa compagne Kanako[3].

Le concept reposait sur un dispositif d'entretien intime : les questions étaient posées de façon à pouvoir être retirées au montage, afin qu'Agujetas apparaisse comme s'exprimant spontanément. Pour certaines séquences, les questions furent posées sans caméra, uniquement au magnétophone, afin qu'il oublie totalement son image[3].

Dominique Abel connaissait Agujetas depuis 1984 : « En réalité, il fallut se battre pour tout, car nous sommes tous deux très têtus, mais tout a été possible parce que nous nous connaissions intimement depuis 1984 ».

Avant d'écrire le film, la réalisatrice savait que s'il devait se faire, ce serait en noir et blanc, sauf un plan final près du feu « la chaleur du feu est un symbole de l'incandescence du flamenco, de tout ce qu'il a à la fois de chaleureux et de destructeur »[3].

Contenu

Le film est un portrait intime de Manuel Agujetas, dans lequel le cantaor évoque sa vie, son art et sa philosophie. Homme illettré par choix « El que sabe leer y escribir no puede cantar flamenco, porque pierde el saber pronunciar » (« Celui qui sait lire et écrire ne peut pas chanter le flamenco, car il perd le savoir prononcer »)[6], il se définissait lui-même comme « un sauvage d'une famille de sauvages »[5].

Le film intègre des images d'archives de la série télévisée Rito y Geografía del Cante (TVE, années 1970), montrant un Agujetas jeune, à l'époque où il quittait la forge pour sa carrière de cantaor[4]. Il avait reçu le Prix National de Flamencologie en 1977[8].

Le concert filmé à la Venta « Gordo Prospín » de Chipiona constitue la séquence la plus longue du film. Il réunit des aficionados connaisseurs de ce cante spécifique, héritier de la tradition des « sonidos negros » de Manuel Torre[3]. Parmi les témoignages, « El Platero », expert du cante de Jerez, compare Agujetas au whisky : « Manuel is like whisky when you taste it for the first time. Sour, and then, when you try it again, you learn what good whisky is »[8].

Moraíto Chico

Le guitariste Manuel Moreno Junquera « Moraíto Chico » accompagne Agujetas tout au long du film. Descendant de la dynastie des Morao de Jerez son oncle Manuel Morao et son père Juan Morao avaient déjà accompagné Agujetas, il fut le choix naturel de la réalisatrice[8]. Dominique Abel décrit son jeu comme « gracieux, d'une légèreté incomparable, et avec l'intensité nécessaire pour atteindre ce point magique d'équilibre où les émotions transmises touchent non seulement le public, mais les chanteurs en premier lieu »[8].

Miguel « Coyote » et l'ensemble des personnes présentes au concert participent également au film[3].

Fiche technique

  • Titre : Agujetas, cantaor
  • Montage : Christine Benoît
  • Coproduction : Imalyre ; TVE; Arte [9]
  • Durée : 58 minutes

Accueil

Distinctions

Prix

  • 2000 : Mention spéciale du jury au festival Classique en Images (Paris, Le Louvre)

Sélections

  • 1999 : Film d'ouverture du Festival des Voix du Cante Flamenco (Grenoble), en présence de la réalisatrice[12]

Critique

Le film reçoit un accueil critique très favorable. Francis Marmande écrit dans Le Monde : « S'il ne doit rester qu'un document sur le flamenco, quand cette civilisation aura disparu, que ce soit celui-ci »[12]. L'hebdomadaire La Vie salue « un film superbe aussi fort que son sujet indomptable » et « un film brûlant d'intelligence »[13]. Le Monde de la Musique décrit « un étonnant portrait, d'une sensibilité rare »[14].

En Espagne, Ángel Álvarez Caballero observe dans El País que le film constitue une réussite dans un domaine où « el flamenco ha tenido poca suerte con el cine y la televisión » (« le flamenco a eu peu de chance avec le cinéma et la télévision »)[15]. Alfredo Grimaldos, dans El Mundo, écrit que le film offre « una aproximación bastante certera a este anacrónico personaje, cuya garganta encierra los ecos más puros y primitivos del flamenco jerezano »[16].

Le film obtient une note de 8,3/10 sur IMDb[10].

Impact

Plusieurs sources attestent que le film a contribué à la reconnaissance internationale d'Agujetas. Selon El País, le Grand Prix au Golden Prague marquait « la première fois que le flamenco obtenait un prix dans ce prestigieux festival de cinéma musical »[2]. Le film fut suivi de deux autres documentaires de Dominique Abel consacrés au flamenco, formant une trilogie : En el nombre del padre (2000) sur la transmission familiale du flamenco, et Polígono Sur (2003) sur le quartier des Tres Mil Viviendas à Séville[17].

Bande originale

Notes et références

Liens externes

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