Dominique Abel
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Dominique Abel est la cinquième et dernière enfant du pasteur Jean Abel et de Guillemette de Saint-Blanquat. Elle grandit dans la cité HLM de la Butte-Rouge, en banlieue parisienne, où son père développe la paroisse de Robinson. Son enfance se déroule dans un environnement socialement et culturellement contrasté, entre une famille engagée et cultivée, fréquentant notamment des intellectuels comme Paul Ricœur, et un quartier populaire marqué par une forte identité sociale et une grande diversité migratoire[1].
À l’âge de treize ans, elle est la seule des enfants à suivre ses parents mutés à Manosque, en Provence. Cette rupture marque une période d’isolement et d’errance scolaire. Elle est successivement interne au Collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon, puis scolarisée à Paris à Notre-Dame de Sion, établissement dont la discipline et la ligne conservatrice provoquent des conflits répétés. À cette époque, elle fréquente les salles du Quartier latin, où elle découvre le cinéma et s'initie de manière autodidacte aux œuvres de Robert Bresson, du néoréalisme italien et de l'expressionnisme allemand[2],[3].
De retour en Provence, elle reprend une formation aux techniques de cirque, avec une spécialisation en funambulisme. Elle se produit parallèlement dans des spectacles de rue, notamment lors des « Ateliers d’été », et en itinérance dans la région, tout en étudiant la danse contemporaine et le théâtre aux conservatoires de Manosque[4].
À quatorze ans, elle fait sa première apparition sur scène en solo, une prestation saluée par la presse locale.
Elle intègre ensuite la troupe semi-professionnelle « Le Théâtre du Contrejour », dirigée par Jean-Pierre Weill. Avec cette troupe, elle se produit dans des festivals régionaux et interprète notamment Ondine de Giraudoux, George Dandin de Molière et L’École des mères de Marivaux.
Elle accompagne son frère aîné, professeur de philosophie, à Istanbul, où elle fait ses dernières classes de lycée, satisfaisant ainsi une curiosité ancrée en elle : “sortir de France et découvrir un autre monde. Cette expérience bouleverse complètement sa vie”[2].
De retour en France, elle participe à un stage au Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine et suit les cours de Laurence Constant au Cours Simon, où elle termine deuxième au concours de première année[2]. Marquée par la musique de Camarón de la Isla et de Paco de Lucía, et par le ''Carmen'' d'Antonio Gades, elle décide de partir vivre en Espagne[5]. Sur recommandation de Gades, elle intègre l'Académie de danse flamenca Amor de Dios à Madrid, où elle étudie pendant sept ans auprès de figures majeures, dont El Güito, Manolete, La Tati, Carmen Cortés, et d'autres[2].
En 1986 elle participe comme danseuse à un spectacle de Karine Saporta sur le monde du cirque[6].
Elle se produit à l'international, participant à plusieurs spectacles, galas et tablaos flamencos. En 1990, elle apparaît comme danseuse dans le clip Loko me tiene esa gitana du groupe Ketama[7].
Mannequin et actrice
La danse la conduit involontairement au mannequinat[8], qu'elle exerce à l'échelle internationale, tout en devenant modèle pour des projets artistiques. Elle collabore avec de nombreux photographes de renom, parmi lesquels : Javier Vallhonrat, Alberto García Alix, Mark Arbeit, Jeanloup Sieff, Keiichi Tahara, Gian Paolo Barbieri, Jean-François Jonvelle, Paolo Roversi, Sarah Moon, Frank Horvat, Joseph Hunwick, Ben Oyne, The Douglas Brothers (Andrew Douglas), Uve Hoomer, Knut Bry, Klaus Wicktrat, Giuseppe Bau, Willy Biondani, Eric Blau, Tony Campobello, Eric Feinblatt, Jean-François Gaté, Eric Legrand, Marcial Llorcet, Peter Mandereau, Rafael Roa, Nicolas Tourlière, Jean-Pierre Vallorani, Yutuka Yamamoto et Satoshi Saikusa[2],[9].
En 1988, elle figure comme modèle de Javier Vallhonrat dans l'exposition collective ''Splendeurs et Misères du Corps'' [10],[11], collaboration qui préfigure l'exposition ''El Espacio Poseído'' / ''The Possessed Space'', dont elle est le modèle exclusif. Le livre de cette exposition est publié par les éditions Gina Kehayoff en 1992[12]. L'exposition est notamment présentée à la Galería Forum de Tarragone en 1989, puis à l'Abbaye de Montmajour lors des Rencontres de la Photographie d'Arles la même année. Elle est ensuite montrée à la Parco Photographers Gallery de Tokyo en 1990, à la L.A. Galerie de Francfort (Allemagne) en 1991, à la Hamiltons Gallery de Londres en 1992, à la Prinz Gallery de Kyoto en 1993, à la Galerie Juana Mordó de Madrid en 1994, au Museo Santa Mónica de Barcelone en 1996, et enfin au Museum of Contemporary Art Helga de Alvear en 1999 (liste non exhaustive)[12],[13].
Elle incarne pour la marque SEITA, lors de l'Exposition Photo « Gitanes » au Palais de Chaillot, du au , la célèbre figure de la marque. Elle est choisie par cinq photographes prestigieux parmi une sélection internationale de cinquante photographes pour l'exposition et le livre[14],[15].
En tant qu'actrice[16] elle tourne dans des longs métrages français et espagnols, avec les réalisateurs Juan Antonio Bardem[17], Mario Camus[18], François Dupeyron[19], Fina Torres[20] et le mexicain Paul Leduc[21].
Elle travaille comme présentatrice pour La chaîne La Sept Arte qui la choisit pour présenter le journal culturel Les Visages pendant six mois[22].
En 2014, une exposition rétrospective intitulée ''Le Modèle et ses Photographes'' est organisée à la Galerie Photo Vivienne à Paris, réunissant quatre-vingt-dix tirages argentiques provenant de la collection personnelle de Dominique Abel, pris entre autres par les photographes cités précédemment[2],[9].
Carrière comme réalisatrice
En 1998, elle réalise son premier film, le documentaire Agujetas, cantaor où elle filme en noir et blanc le cantaor de flamenco Agujetas accompagné par Moraito à la guitare. Ce film reçoit plusieurs prix : le Grand Prix du Festival International de Prague « Golden Prague 1999 », le grand prix vidéo de l’Académie Charles-Cros 1999, le Golden Spire (meilleur film documentaire) au Festival de San Francisco 2000, la Mention Spéciale du Jury au Festival « Classiques en Images » du Louvre 2000, et le Prix du Meilleur film musical à Mediawaves 2000 en Hongrie[23].
Son deuxième film est En Nombre del Padre / Down in Granada / Aube à Grenade. Il en existe une version plus courte intitulée Je serai flamenca diffusée sur Arte en 2002. Sorti en 2000, il traite de la transmission familiale de l'art du flamenco à travers deux « couples » père-fille : l’un est Manuel Santiago Maya, dit Manolete, le grand danseur de Grenade, et sa fille Judea, danseuse ; l'autre avec le cantaor Jaime Heredia « El Parron », et sa fille Marina Heredia[23].
Passant le concours de la Casa de Velázquez en qualité de cinéaste, elle est reçue membre pour les années 2000-2001 et 2001-2002[24]. Elle réalise en 2003 Poligono Sur, Séville côté sud (Poligono Sur, el arte de la Tres mil), son film le plus connu et le plus primé. En effet, ce documentaire-fiction qui se déroule dans une cité marginale de Séville où vit une forte population de gitans andalous[25] sera sélectionné à la Berlinale où il recevra la Mention Spéciale du Jury [26]. Il obtient le Prix du Public au Festival de TriBeCa (NY) ainsi qu'au Festival du cinéma indépendant de Buenos Aires BAFICI[27]. Mention Spéciale du Jury (section Zabaltegui/Made in Spain) au Festival International San Sébastien, prix ex-éco du public du London Film Festival. Mention Spéciale du Jury au festival « Paysages de Cinéastes », (Chatenay Malabry). Sélectionné : Festival de Ciné Hispano (Los Angeles), Sidney Film Festival, Festival de Vancouver, Festival de Huelva, Spanish Films Days de Göttingen, etc. Le film est nommé au Goya du meilleur documentaire en 2004. Sorti en salles : Espagne, Allemagne, France, Grèce, Etats-Unis.
Le directeur de la photographie de ses films, jusqu'à sa mort en 2003, était Jean-Yves Escoffier [28],[29].
Elle développe ensuite plusieurs projets de longs métrages de fiction, dont ''Me gustas como mujer y como persona'', interrompu à la suite des décès successifs en 2010 et 2013 de ses principaux interprètes Moraíto Chico et Juan Moneo « El Torta »[30].
De février à , Georges Didi-Huberman présente l'installation « Mnémosyne 42 » au Palais de Tokyo à Paris ; elle est constituée des extraits des films de (par ordre alphabétique) Dominique Abel (''Aube à Grenade''), Théo Angelopoulos, Alexandre Dovjenko, Sergueï M. Eisenstein, Jean-Luc Godard, Harun Farocki, Mohsen Makhmalbaf, Pier Paolo Pasolini, Sergueï Paradjanov, Artavazd Pelechian, V. Poudovkine, Glauber Rocha, Jean Rouch, Bas Jan Ader, Robin Anderson & Bob Connolly, Zhao Liang. ''Aube à Grenade'' fait partie des 5 films sélectionnés pour être projetés dans leur intégralité au Palais de Tokyo. Il fut projeté le [31].
Après une période d’arrêt consécutif aux deuils de ses plus proches collaborateurs, elle écrit puis tourne un tiers du long métrage de fiction Preciosa y el Aire qui est interrompu à cause de problèmes de la production espagnole. Ce film jamais terminé nourrit la conception du long-métrage de fiction Sol y Sombra dont il fait partie en devenant le film dans le film, avec les mêmes deux acteurs principaux que l’on retrouve 9 ans plus tard. Le film est tourné entre la France et l’Espagne sur plusieurs années et produit de manière indépendante y compris la post-production par l’EURL de l’autrice Katarsis[32],[33].
Le film a été tourné de 2016 à 2018[34] et est actuellement en cours de post-production[35] et a fait l'objet d'une projection privée le jeudi . Les acteurs principaux sont Carmen Alba, Luis de Los Santos, Jacqueline Bisset, Christophe, Stanislas Merhar, Didier Flamand, Lisa Barthemy, Vincent Jelinek, Jean-Michel Dubreuil et Henri Cohen[36].
Parallèlement, elle développe le projet ''Allegro Moraíto'' : le film repose sur des archives inédites qu'elle a tournées avec Jean-Yves Escoffier du guitariste Moraíto Chico. Mêlant mémoire, fiction et transmission artistique, il met en scène El Bo et Chicharito de Jerez, deux artistes proches du guitariste depuis l'enfance, qui voyagent dans la mémoire pour faire revivre Moraíto. Le film a été tourné en [30].
Écrivain
En 1999, elle publie Caméléone aux éditions Robert Laffont. Le livre est traduit et publié en Espagne sous le titre Camaleona aux éditions Planeta[37].
Filmographie
Réalisatrice
- 1998 : Agujetas, cantaor
- 1999 : Aube à Grenade (En Nombre del Padre/Down in Granada)
- 2003 : Poligono Sur, Séville côté sud
- 2012 : Volando vengo, Volando Voy (court métrage)
Scénariste
- 1990 : La Tombale - court métrage
- 1991 : Le Bonheur dans le Crime, long métrage - Libre adaptation de la nouvelle homonyme de Jules Barbey d'Aurevilly
- 1992 : Salomé Flamenca long métrage - première version qui recevra l'appui de l'European Script Fund. Réécrit successivement avec les collaborations de Juan Herrera, Santiago Amigorena, Jean François Goyet[38]
- 1998 : Agujetas, cantaor, documentaire
- 1999 : Aube à Grenade (En Nombre del Padre)
- 2000 : Poligono Sur, Séville côté sud - collaboration ponctuelle de Juan José Ibañez
- 2009 : Preciosa y el Aire
- 2010 : Me gusta como mujer y como persona (Tu me plais comme Femme et comme Personne)
- 2010 : Étoile Filante, Estrella Fugaz
- 2015 : Sol y Sombra (dialogues originaux en français et en espagnol) la 1ère moitié à Montpellier et la seconde à Séville.
Actrice
- 1987 : La Russe (La Rusa) de Mario Camus
- 1989 : Barrocco de Paul Leduc
- 1991 : El ángel caído (L'Ange Déchu) de Roberto Bodegas
- 1991 : Un cœur qui bat de François Dupeyron
- 1992 : El Joven Picasso ("Le Jeune Picasso") de Juan Antonio Bardem
- 1993 : Red Shoes Diary (Les Escarpins rouges) de Rafi Eisenman
- 1995 : Mécaniques célestes de Fina Torres
