Alberto Biasi

peintre italien From Wikipedia, the free encyclopedia

Alberto Biasi, né le à Padoue, est un peintre et plasticien italien, cofondateur du Gruppo N et figure de l'art programmé et de l'art cinétique italiens. Autodidacte formé à la faculté d'architecture de Venise, il développe à partir de 1959 une œuvre fondée sur la perception visuelle, la manipulation optique et l'interaction entre l'œuvre et le spectateur. Ses travaux, fondés sur des superpositions de matériaux — gaze de coton, fils métalliques, lamelles de PVC — engendrent des illusions de mouvement et des effets visuels variables selon l'angle d'observation. Biasi participe en 1965 à l'exposition The Responsive Eye au Museum of Modern Art de New York et à deux éditions de la Biennale de Venise (1964 et 1986). Ses œuvres sont conservées dans de nombreuses collections publiques internationales, dont le Centre Pompidou à Paris, la Collection Peggy Guggenheim à Venise et le Museum of Modern Art.

Naissance
(88 ans)
Padoue, Italie
Nationalité
Activité
Lieu de travail
Faits en bref Naissance, Nationalité ...
Alberto Biasi
Naissance
(88 ans)
Padoue, Italie
Nationalité
Activité
Lieu de travail
Mouvement
Arte programmata, Art cinétique, Op art
Œuvres principales
Trame (1959–1960)
Rilievi ottico-dinamici (à partir de 1960)
Torsioni (à partir de 1960)
Light Prisms (1962/1969)
signature d'Alberto Biasi
Signature.
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Formation et premières années

Alberto Biasi naît à Padoue. Pendant les années de guerre, il est accueilli chez sa grand-mère paternelle à Carrara San Giorgio, un village de la campagne padouane. Orphelin de mère à la fin du conflit, il revient à Padoue où il effectue ses études primaires et secondaires avant de s'inscrire au lycée classique. Sa passion pour les arts le conduit à obtenir un baccalauréat artistique, puis à s'inscrire en 1958 à l'Institut d'architecture de Venise et, en 1962, au Cours supérieur de dessin industriel, où il reçoit une bourse d'études créée par Paolo Venini[1]. Ces années de formation l'amènent à approfondir les grandes tendances de l'art du XXe siècle — le futurisme, le dadaïsme, le néoplasticisme — ainsi que les recherches de Jackson Pollock, Piet Mondrian et Władysław Strzemiński[2].

Dès 1958, Biasi commence à enseigner le dessin et l'histoire de l'art dans l'enseignement public. Entre les années 1970 et 1988, il occupe la chaire de graphisme publicitaire à l'Institut professionnel de Padoue[3]. En 1959, lors de la 4e Biennale des jeunes artistes de Cittadella, une de ses premières œuvres reçoit le premier prix, remis par Virgilio Guidi[1].

Le Gruppo N et l'Arte Programmata (1959–1967)

Fondation et premières expositions

En 1959, Biasi et Manfredo Massironi, lors de fréquents voyages à Milan alors carrefour de l'avant-garde européenne, forment le projet de fonder un groupe artistique à Padoue centré sur l'investigation de la perception visuelle. En 1960, avec Ennio Chiggio, Toni Costa, Edoardo Landi et Massironi, Biasi fonde officiellement le Gruppo N, dont la démarche collective se traduit par l'usage du nom du groupe en lieu et place de la signature individuelle[4]. La même année, il participe à la saison expositionnelle de la galerie Azimut de Milan, aux côtés d'Enrico Castellani, Piero Manzoni, Agostino Bonalumi et Heinz Mack, et à l'exposition La nuova concezione artistica au Circolo del Pozzetto de Padoue[1].

En 1961, le Gruppo N rejoint le mouvement international des Nuove Tendenze (Nove Tendencije), créé à Zagreb, qui fédère les recherches européennes sur l'art visuel, cinétique et programmé[5]. Cette affiliation conduit Biasi à exposer à Zagreb, Paris et Venise, et à nouer des contacts avec d'autres pionniers européens, notamment le GRAV parisien et le groupe ZERO de Düsseldorf[6].

Arte Programmata et la galerie Olivetti (1962)

En , le Gruppo N participe à l'exposition itinérante Arte Programmata, organisée par Bruno Munari et Giorgio Soavi dans les boutiques Olivetti de Milan, Rome et Venise. Le titre de l'exposition, qui fait référence au logiciel informatique, est employé pour la première fois par Umberto Eco dans le texte du catalogue afin de désigner cette pratique artistique fondée sur des règles mathématiques prédéterminant la création[7]. L'exposition réunit le Gruppo N, le Gruppo T milanais (Giovanni Anceschi, Davide Boriani, Gabriele Devecchi, Gianni Colombo, Grazia Varisco) ainsi que Bruno Munari et Enzo Mari[1].

La 32e Biennale de Venise et The Responsive Eye (1964–1965)

En 1964, le Gruppo N est invité à la 32e Biennale de Venise[4]. L'année suivante, le groupe participe à l'exposition The Responsive Eye au Museum of Modern Art de New York (), organisée par le commissaire William C. Seitz. L'événement attire plus de cent quatre-vingt mille visiteurs et consacre internationalement le mouvement Op art[8]. À la suite de cette exposition, le MoMA acquiert en 1966 l'œuvre Unstable Perception (1963), attribuée collectivement au Gruppo N[7].

Le Gruppo N se dissout en  ; Biasi tente de le reconstituer en 1965 sous le nom de Gruppo Enne 65, avec Landi et Massironi, mais cette initiative reste sans suite. En 1967, le Muzeum Sztuki de Łódź consacre une rétrospective au Gruppo N, présentée par des textes critiques de Giulio Carlo Argan et Umbro Apollonio[1].

Pratique artistique : les cycles d'œuvres

Les Trame (1959–1960)

Les premières œuvres de Biasi, les Trame (trames), sont réalisées entre 1959 et 1960 à partir de superpositions de papiers perforés, de gazes de coton et de fils métalliques. Ces réseaux modulaires et perméables filtrent la lumière en produisant des effets optiques-cinétiques variables selon le positionnement du spectateur. L'idée naît de l'observation des feuilles perforées utilisées à l'époque pour l'élevage des vers à soie[9].

Les Rilievi ottico-dinamici et les Torsioni

Les Rilievi ottico-dinamici (reliefs optiques-dynamiques) consistent en la superposition de deux niveaux : le premier est formé de structures lamellaires espacées qui créent des segments, tandis que le second présente des formes linéaires ou courbes. L'œuvre ne déploie son dynamisme que par la participation du regard du spectateur en mouvement. Les Torsioni, également développées dès le début des années 1960, sont réalisées en lamelles de PVC de couleurs contrastées disposées sur des formes géométriques classiques (carré, cercle, triangle, rectangle) ; elles créent des effets perceptifs qui varient avec le déplacement du spectateur[10].

Les Oggetti Ottico-Dinamici

Les Oggetti Ottico-Dinamici (objets optiques-dynamiques), développés au début des années 1960, sont des fines lamelles de PVC rayonnant depuis un point central et se tordant à égale distance vers un cadre en bois géométrique. L'objet suspendu, en oscillant, anime des formes géométriques changeantes, élaborant ce que Biasi désigne comme cinétisme virtuel[11].

Les installations-environnements et les Light Prisms

À partir du début des années 1960, Biasi conçoit des Ambienti (environnements), installations dans lesquelles l'espace de l'œuvre se fond avec l'espace d'exposition en englobant le public, qui devient participant de l'œuvre. Les Light Prisms, conçus en 1962 et réalisés à l'échelle environnementale en 1969, projettent des faisceaux de lumière colorée activés par des électromoteurs. Eco (1974) et le triptyque Io sono, tu sei, egli è invitent le spectateur à interagir directement avec l'installation[1].

Les Politipi, les Assemblaggi et les sculptures

À partir des années 1970, Biasi développe les Politipi (polytypes), des structures tridimensionnelles combinant différents éléments superposés — formes géométriques, lamelles, couleurs changeantes — pour produire une nouvelle forme d'expression sensorielle. Aux années 1990 s'adjoignent des insertions picturales à références figuratives[12]. Vers 2000, Biasi inaugure le cycle des Assemblaggi : plusieurs toiles assemblées retrouvent un équilibre en leur propre point de rupture, des lamelles interrompant l'homogénéité de la partie picturale. Sa pratique sculpturale, menée avec l'aluminium, l'acier Corten et le méthacrylate, se traduit par des plaques à développement vertical, des totems et des spirales en tubules métalliques[1].

Expositions et reconnaissance internationale

En 1986, Biasi participe à la 42e Biennale de Venise. Il prend également part à la 10e, 11e et 14e Quadriennale de Rome et à la 11e Biennale de São Paulo[4]. En 1988, une anthologique lui est consacrée au Museo Civico agli Eremitani de Padoue[3]. En 1995, la Biennale de Venise accueille la rétrospective Biasi e il Gruppo N[13].

En 2004, Biasi figure dans l'exposition Lichtkunst aus Kunstlicht au ZKM de Karlsruhe. En 2005, il participe à L'œil moteur au Musée d'art contemporain de Strasbourg et à Op Art à la Schirn Kunsthalle de Francfort-sur-le-Main en 2007[14]. En 2006, le Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg lui consacre une rétrospective présentant une trentaine d'œuvres[15]. En 2012, la Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea de Rome organise l'exposition Arte programmata e cinetica da Munari a Biasi a Colombo e…[16]. En 2014, il participe à l'exposition Azimut/h. Continuità e nuovo à la collection Peggy Guggenheim de Venise[4].

En 2021, le Musée de l'Ara Pacis de Rome inaugure la rétrospective Alberto Biasi. Tuffo nell'arcobaleno (), commissariée par Giovanni Granzotto et Dmitry Ozerkov (directeur du département d'art contemporain du musée de l'Ermitage), qui rassemble soixante œuvres et quatre installations-environnements couvrant la période 1959–2014[17].

Réception critique

Gillo Dorfles, dans ses textes sur les recherches de la néo-avant-garde italienne, théorise les œuvres de Biasi comme des « sculptures-objets », les situant dans le prolongement de la brèche artistique ouverte par Lucio Fontana qui, dès 1958, rompt la planéité de la toile. Serge Lemoine, dans le catalogue de l'exposition de Tornabuoni Art Paris de 2015, caractérise le travail de Biasi par l'accent mis sur la notion d'instabilité : ses objets et reliefs optiques-dynamiques, pourtant immobiles, paraissent animés d'un mouvement perçu à mesure que le spectateur se déplace, produisant une expérience de l'œuvre plus proche de la réalité vivante que la conception classique de l'œuvre statique et immuable[18].

Renato Barilli, dans son histoire de l'art contemporain, et Giulio Carlo Argan, dans le catalogue de la rétrospective du Muzeum Sztuki de Łódź en 1967, soulignent tous deux le rôle du Gruppo N et de Biasi dans la fondation de l'Arte Programmata italienne et internationale. L'artiste est cité aux côtés de Gianni Colombo et de Getulio Alviani comme l'un des représentants de l'art optique-cinétique en Italie[13].

Œuvres dans les collections publiques

Notes et références

Voir aussi

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