Agostino Bonalumi

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Agostino Bonalumi
Naissance
Décès
(à 78 ans)
Desio, Italie
Nationalité
Activité
Mouvement
Art concret, Mouvement Zéro, Arte Nucleare
Distinction
Prix du Président de la République italienne (2001)
Œuvres principales
Rosso (1959)
Blu abitabile (1967)
Grande Nero (1968)
Struttura Modulare Bianca (1970)
Dal giallo al bianco e dal bianco al giallo (1979)

Agostino Bonalumi, né le à Vimercate et mort le à Desio, est un peintre, sculpteur et plasticien italien, figure centrale de l'avant-garde artistique italienne de l'après-guerre. Autodidacte, il développe à partir de la fin des années 1950 une pratique fondée sur le dépassement du plan pictural traditionnel par la technique des extroflexions (estroflessioni) : des toiles monochromes tendues et déformées depuis l'envers par des structures en bois et en métal, produisant des reliefs variables selon l'inclinaison de la lumière. Le critique Gillo Dorfles désigne ces œuvres par l'expression pitture-oggetto (peintures-objets)[1]. Proches du groupe ZERO et de la revue Azimuth, Bonalumi, Enrico Castellani et Piero Manzoni forment à Milan, à partir de 1958, un trio fondateur de la néo-avant-garde internationale. Ses œuvres sont conservées dans plusieurs collections publiques majeures, dont le Centre Pompidou à Paris[2], la collection Peggy Guggenheim à Venise et le Walker Art Center à Minneapolis.

Agostino Bonalumi naît le à Vimercate, dans la Brianza milanaise. Dès l'âge de treize ans, en 1948, une de ses œuvres est sélectionnée au Premio Nazionale Città di Vimercate[3]. Il accomplit des études de dessin technique et mécanique à Milan, puis se consacre à la peinture de manière autodidacte, fréquentant l'atelier d'Enrico Baj, figure de l'Arte Nucleare, où il rencontre Lucio Fontana, Piero Manzoni et Enrico Castellani[4].

En 1956, Bonalumi présente sa première exposition personnelle à la Galleria Totti de Milan[5]. En 1958, il constitue avec Castellani et Manzoni un groupe informel qui expose collectivement à la Galleria Pater de Milan, puis à Rome, Milan et Lausanne[1]. C'est dans ce contexte que Bonalumi fréquente l'atelier de Lucio Fontana et commence à approfondir la question de l'espace comme dimension plastique autonome, en s'écartant de la gestualité propre à l'arte informale.

La revue Azimuth et la galerie Azimut (1959–1960)

En 1959, Bonalumi participe à la fondation de la revue Azimuth, lancée par Enrico Castellani et Piero Manzoni[6]. La revue, dont deux numéros paraissent en 1959 et 1960, publie des textes de Gillo Dorfles, Vincenzo Agnetti et Bruno Alfieri, ainsi que des œuvres de Lucio Fontana, Yves Klein, Jean Tinguely et Jasper Johns[7]. En , Castellani et Manzoni ouvrent à Milan la galerie Azimut — orthographe distincte de la revue, sans « h » final — dans un sous-sol de la via Clerici, où exposent notamment Yves Klein, Heinz Mack, Günther Uecker et Almir Mavignier[7].

Bien que Bonalumi se retire du projet éditorial avant la publication du premier numéro en raison de divergences internes, il demeure étroitement associé aux expositions de la galerie et aux recherches communes du groupe[8]. La même année, il présente sa première exposition personnelle hors d'Italie à Rotterdam.

Les extroflexions : technique et concept

À partir de 1959, Bonalumi développe ce qu'il nomme les estroflessioni (extroflexions) : des toiles monochromes dont la surface est tendue et déformée en relief depuis l'envers par des structures — d'abord en bois, puis en métal — fixées au châssis. La lumière, en frappant les volumes ainsi créés, engendre des jeux d'ombres et de clairs-obscurs qui varient selon l'angle d'observation[9]. Le critique Gillo Dorfles, dans le catalogue de l'exposition organisée par Arturo Schwarz en 1965, forge pour ces œuvres l'expression pittura-oggetto (peinture-objet), qui s'impose durablement dans la littérature critique[1].

Cette démarche s'inscrit dans la continuité des expérimentations de Lucio Fontana sur l'espace derrière la toile, et en dialogue avec les recherches du groupe ZERO de Düsseldorf (Heinz Mack, Otto Piene, Günther Uecker), avec lequel Bonalumi entretient des liens actifs dès 1960[10]. À partir des années 1960, Bonalumi étend sa palette matérielle au métal et au ciré, un tissu enduit qu'il découvre lors d'un séjour à New York, et qui lui permet des déformations d'une fluidité et d'une plasticité accrues[11].

La Nouvelle École Européenne (1961)

En 1961, à la galerie Kasper de Lausanne, Bonalumi est parmi les cofondateurs du mouvement international de la Nouvelle École Européenne (NEE), qui rassemble des artistes de la néo-avant-garde des deux côtés des Alpes[1]. La même année, il expose à la New Vision Centre Gallery de Londres. Il développe parallèlement des relations avec la scène artistique allemande grâce à l'intérêt du critique Udo Kultermann, dès 1960, et à sa collaboration avec la Galerie M. E. Thelen d'Essen[12].

Maturité artistique et reconnaissance internationale (1965–1980)

En 1965, Arturo Schwarz présente une exposition personnelle de Bonalumi dans sa galerie milanaise, avec un texte de catalogue de Gillo Dorfles qui formule pour la première fois l'expression pittura-oggetto[13]. En 1966, Bonalumi entame une longue collaboration avec la Galleria del Naviglio de Milan, sous la direction de Renato Cardazzo, qui le représente en exclusivité et publie en 1973 une monographie de référence rédigée par Dorfles[14].

La même année, il est invité pour la première fois à la 33e Biennale de Venise, où il expose aux côtés de Paolo Scheggi dans la section des « Giovanissimi »[15]. En 1967, il est invité à la Biennale de São Paulo et, en 1968, à la Biennale de Paris. Cette période est aussi marquée par un séjour de travail en Afrique du Nord et aux États-Unis, où il présente une exposition personnelle à la Galeria Bonino de New York[1].

En 1970, il occupe une salle personnelle à la 35e Biennale de Venise, où il installe la Struttura Modulare Bianca, considérée comme l'apogée de sa carrière à cette époque[11]. La même année, il conçoit les décors et costumes du ballet Partita (musique de Goffredo Petrassi, chorégraphie de Susanna Egri) pour le Théâtre romain de Vérone de Vérone. En 1972, il crée décors et costumes du ballet Rot (musique de Domenico Guaccero, chorégraphie d'Amedeo Amodio) pour le Théâtre de l'Opéra de Rome[16].

En 1980, la région Lombardie organise au Palazzo Te de Mantoue une ample rétrospective de son œuvre, commissariée par Flavio Caroli et Gillo Dorfles[17].

Les œuvres-environnement

Parallèlement aux œuvres de format traditionnel, Bonalumi réalise à partir de 1967 des installations environnementales dans lesquelles le spectateur est invité à entrer physiquement dans l'espace de l'œuvre. Blu abitabile (1967), conçue pour l'exposition Lo Spazio dell'Immagine à Foligno, est une structure composée de seize éléments modulaires formant un espace circulaire monochromatique avec un sol légèrement convexe[18]. Grande Nero (1968) est réalisée pour une exposition personnelle au Museum am Ostwall de Dortmund. En 1979, dans le cadre de l'exposition Pittura Ambiente au Palazzo Reale de Milan, commissariée par Francesca Alinovi et Renato Barilli, il présente Dal giallo al bianco e dal bianco al giallo[17].

Dernières décennies et consécration institutionnelle (1981–2013)

En 1981, Bonalumi participe à l'exposition Italian Art : Four Contemporary Directions au Museum of Art de Fort Lauderdale, en Floride, aux côtés de Piero Dorazio, Mimmo Rotella et Giuseppe Santomaso[19]. En 1986, il participe à la 11e Quadriennale de Rome et à la 42e Biennale de Venise.

En 2002, il présente l'installation Ambiente Bianco – Spazio trattenuto e spazio invaso à la collection Peggy Guggenheim de Venise, dans le cadre du projet Temi e Variazioni conçu par Luca Massimo Barbero[20]. La même année, l'Académie nationale de Saint-Luc de Rome lui consacre une rétrospective à Palazzo Carpegna, à l'occasion du Prix du Président de la République 2001, qui lui est décerné pour l'ensemble de sa carrière[21]. En 2003–2004, l'Institut Mathildenhöhe de Darmstadt lui consacre une exposition anthologique intitulée Malerei in der dritten Dimension[22].

En 2006, il reçoit le Prix Artiste de l'année, décerné par les éditions Mazzotta. En 2011, le Musée d'art moderne de Moscou lui consacre une rétrospective[23]. Pendant l'été 2013, Bonalumi collabore à la réalisation d'une importante exposition à Londres, à la galerie Robilant+Voena, dont il ne voit pas l'ouverture[24]. Agostino Bonalumi meurt le à Desio[25].

En 2018, le Palazzo Reale de Milan, en collaboration avec le Museo del Novecento, lui consacre la première grande rétrospective dans sa ville natale, intitulée Bonalumi 1958–2013, commissariée par Marco Meneguzzo, qui rassemble plus de cent vingt œuvres[26].

Activité poétique

Parallèlement à sa pratique plastique, Bonalumi publie six recueils de poésie entre 2000 et 2010 : Scherzo io (Colophon, 2000), Da te ascolto tornare le cose (Book Editore, 2001), Difficile cogliersi (Edizioni Il Bulino, 2002), Giusto provarci (Colophon, 2006), È stato un nulla (Book Editore, 2008) et Difficile esserci (Vanillaedizioni, 2010). Il réalise également des livres d'artiste pour les éditions Colophon (Belluno) et Il Bulino (Rome).

Réception critique

L'œuvre de Bonalumi s'inscrit dans la réflexion plus large sur le dépassement du plan pictural amorcée par Lucio Fontana et poursuivie, par d'autres voies, par Enrico Castellani et Alberto Burri. Renato Barilli, dans son histoire de l'art contemporain, souligne le rôle fondateur de Bonalumi dans la redéfinition du rapport entre peinture, sculpture et espace[1]. La rétrospective de 2018 au Palazzo Reale est perçue par la critique internationale comme la reconnaissance tardive d'un artiste longtemps éclipsé, dans la seconde moitié des années 1960, par le succès de l'Arte Povera[11].

La réhabilitation de son œuvre, amorcée dès les années 1990, est documentée par la participation de Bonalumi à l'exposition ZERO : Countdown to Tomorrow, 1950s–60s au musée Solomon R. Guggenheim de New York en 2014, qui consacre le rôle des artistes de l'avant-garde ZERO dans l'histoire de l'art de l'après-guerre[27].

Œuvres dans les collections publiques

Notes et références

Voir aussi

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