Alfonso de Pietri-Tonelli
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| Recteur Université Ca' Foscari de Venise | |
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Germano De Pietri-Tonelli (n.1888) |
Alfonso de Pietri Tonelli, né le à Carpi et mort le à Venise, est un journaliste, économiste et universitaire italien.
Décrit par l'historien Francesco Germinario comme « l'intermédiaire de la pensée de Pareto dans le domaine syndicaliste »[1], il fut proche avant la Première Guerre mondiale des thèses marxistes et syndicalistes révolutionnaires puis mena une carrière d'universitaire et d'économiste sous le régime fasciste.
Intellectuel socialiste et syndicaliste
Alfonso de Pietri-Tonelli naît le à Carpi (province de Modène), en tant qu'aîné des cinq enfants de Tommaso de Pietri-Tonelli et d'Elvira Rossi, issus tous deux de familles de propriétaires terriens de la région de Carpi. Après avoir obtenu en 1901 son diplôme en commerce et comptabilité à l'Institut technique de Reggio Emilia, il s'inscrit à l'École royale supérieure de commerce de Venise (Ca' Foscari)[2].
Dès le début de ses études à Venise, en 1902, il s'engage activement dans les mouvements anticléricaux, socialistes et syndicalistes en Émilie et au Veneto. Dans ce cadre, il prend position en faveur du divorce, participe à des manifestations socialistes à Venise, soutient des initiatives pour le suffrage universel, promeut la création d'écoles syndicales, mène avec succès une enquête publique sur l'opportunité des pratiques néo-malthusiennes, et collabore à un référendum international pour le déplacement du Vatican hors des frontières italiennes[2]. Particulièrement actif dans sa ville natale, il collabora au journal socialiste local, Luce , et mena une intense campagne de propagande et de prosélytisme socialiste lors de nombreuses manifestations paysannes et antireligieuses. À Venise, il écopa également d'une amende pour avoir crié « Vive la République sociale ! » et chanté l'hymne ouvrier lors d'une manifestation[3].
Engagé intellectuellement au sein du courant syndicaliste révolutionnaire, il contribua assidûment, dès 1905, à la revue Il Divenire sociale dans laquelle il publia de nombreux articles d'économie et de philosophie socialiste et marxiste (voir son article Carlo Marx e l'idea religiosa e La morale sessuale e la critica marxista)[3]. Il développa notamment une approche anti-étatique et anti-réformiste en s'appuyant sur les écrits de Karl Marx, orientation qui transparaît dans son article Lo Stato nella concezione marxista (Il Divenire Sociale, 1905). Cette période socialiste inclut également sa collaboration, jusqu'en 1911, avec Il Viandante de Milan, Pagine Libere et La Democrazia , revues d'orientation syndicaliste révolutionnaire[3].
Carrière universitaire avant guerre
En 1906, après avoir achevé le cursus de cinq ans à Ca' Foscari, il obtient avec mention excellente et félicitations du jury (en soutenant une thèse sur le droit successoral) le diplôme de laureato pour l'enseignement de l'économie et du droit[2]. Sa carrière, jalonnée d'études et de publications, le mènera en dix-huit ans à une chaire titulaire à Ca' Foscari[1].

Entre-temps, il enseigne l'économie, le droit, les sciences des finances et la statistique, d'abord à l'Institut technique d'Ascoli Piceno (1908), puis à partir de 1909 à celui de Rovigo, où il est nommé professeur titulaire en 1912[2]. Il y revient en 1916 comme directeur pour trois ans, après avoir été, de 1914 à 1915, rédacteur au bureau des institutions économiques et sociales de l'Institut international d'agriculture à Rome. À Rovigo, il est coopté membre de l'Académie scientifique et littéraire des Concordi[2].
Durant la période précédant la Première Guerre mondiale, il se met en retrait de la militance politique pour se consacrer de plus en plus à l'étude scientifique des phénomènes économiques, suivant les théories de Vilfredo Pareto, avec qui il entre en correspondance en 1909 et maintient des échanges épistolaires jusqu'en 1923[2]. En 1911, il déclare être « désormais hors de la vie politique militante » et, en 1912, n'en observer la réalité que comme un « observateur impartial et désintéressé ». En 1914, il met définitivement fin à ses collaborations avec des périodiques socialistes et syndicalistes[2].
En 1913, à l'âge de trente ans, il obtient la libera docenza en économie politique à l'Université de Padoue, où il dispense de 1916 à 1919 des cours d'économie statistique et de politique commerciale. En 1916, après avoir été mobilisé à Bologne mais réformé pour raisons de santé, il reçoit à Ca' Foscari l'enseignement de politique commerciale et de législation douanière, puis, l'année suivante, celui d'économie politique, pour lequel il crée un « laboratoire d'économie politique et commerciale » à des fins pédagogiques[1].
En 1918, il enseigne l'économie politique par intérim à Pise, où les activités de Ca' Foscari ont été temporairement transférées pour des raisons de sécurité liées à la guerre. En 1920, il est nommé, par concours, professeur extraordinaire de politique commerciale à Ca' Foscari[2].
Universitaire durant le régime fasciste
Durant le Ventennio, il intensifie son activité en rédigeant des articles et récessions, de 1924 à 1952, dans la Rivista di Politica Economica (Rome) et de 1926 à 1931 dans la Rivista Bancaria (Milan), et en rédigeant des chroniques dans plusieurs journaux spécialisés[2].

En 1924, il s'installe définitivement à Venise et épouse Maria Gattolini, dont il aura un fils, Pietro. La même année, il est nommé professeur titulaire de politique commerciale à Ca' Foscari où il occupera il occupera cette chaire pendant trente-deux ans, jusqu'à sa mort en 1952. Son activité universitaire l'amènera à aborder en outre une série des problématiques économiques, boursières et statistiques à travers un prisme logique et mathématique mais aussi des questions concrètes de la vie économique, en évaluant notamment leur dépendance aux facteurs politiques et bureaucratiques[2].
En 1931, il est élu parmi les membres fondateurs de l’Econometric Society (basée à Cleveland, États-Unis), regroupant certains des plus grands économistes européens et américains dans le but de développer la théorie économique quantitative. En 1936, il initie dans le « laboratoire de politique économique » de Ca' Foscari, qu'il dirige, et visant à une lecture critique de la législation économique italienne à partir de 1922[2].
Pro-recteur et recteur de Ca' Foscari et activité après guerre
En 1942, il est nommé pro-recteur de Ca' Foscari et remplace également le recteur Gino Zappa, démissionnaire pour raisons de santé. En 1943, il devient recteur, fonction qu'il exercera jusqu'en 1945. Durant cette phase de sa carrière, il promeut au sein la création d'un « Service d'études économiques » et lance la publication du Bollettino del Servizio di Studi Economici (qui deviendra en 1955 Ricerche Economiche, puis en 1993 Ricerche Economiche. An International Review of Economics). Il y contribue personnellement par des articles et une chronique périodique intitulée « Ragguaglio politico economico »[2].
En 1950, il présente au Congrès italo-américain pour les échanges économiques, tenu à Padoue, une étude sur les « relations politico-économiques de l'Italie avec les Amériques », et au Congrès international de sociologie à Rome, un travail sur « la politique et la politique économique comme sciences, et la sociologie »[2].
En 1951, il entreprend des recherches sur les problèmes de l'union monétaire européenne et participe aux travaux du comité spécifique du Mouvement paneuropéen pour les États-Unis d'Europe. En 1952, il lance une enquête sur le chômage dans les Trois Vénéties et commence à rédiger la version définitive du début de son Manuale di politica economica, ouvrage auquel il travaille depuis plusieurs années mais qui restera inachevé et inédit[2].
Le , il décède dans sa maison de Venise d'une crise cardiaque.
Postérité

Son intense activité scientifique laisse environ une centaine de volumes publiés, plus de six cents essais et articles, et près de deux mille recensions parues dans des périodiques de 1907 à 1952. L'ensemble de ces écrits (décrits plus en détail dans la note bibliographique disponible sur le site de l'université) fait partie de la donation Alfonso de Pietri-Tonelli à l'Université Ca' Foscari, finalisée par son fils Pietro le . Cette donation inclut également les livres de sa bibliothèque (plus de quatre mille volumes principalement sur l'économie, la finance, la statistique, la politique et l'histoire économique), ainsi que les archives de son cabinet de travail, comprenant une correspondance reçue entre 1906 et 1952 de figures du monde culturel italien et étranger, parmi lesquelles, outre Vilfredo Pareto : Bousquet, Demaria, De’ Stefani, Einaudi, Gentile, Gini, Hoepli, Lanzillo, Marget, Michels, Missiroli, Murray, Schultz, Weinberger et Zappa[2].
Publications
- La teoria maltusiana della popolazione criticata dal punto di vista storico, Tip. Rossi, 1906.
- Marx ed il marxismo, Libreria Editrice “La Pace”, 1908.
- Il problema della procreazione. Inchiesta sul neomalthusianismo, Casa Editrice di Avanguardia, 1911.
- Il socialismo democratico in Italia, Società Editrice L’internazionale, 1913.
- La speculazione di borsa, Tipografia Sociale Editrice, 1913.
- Lezioni di politica commerciale, Istituto Veneto di Arti Grafiche, 1920.
- Lezioni di scienza economica razionale e sperimentale (préface de Vilfredo Pareto), Industrie Grafiche Italiane, 1921.
- La borsa. L’ambiente, le operazioni, la teoria, la regolamentazione, U. Hoepli, 1923.
- Lezioni di economia della seta, Istituto Veneto di Arti Grafiche, 1923.
- La spéculation de bourse — Istituto Veneto di Arti Grafiche, 1926.
- Determinazione dei problemi dell’equilibrio economico, Cedam, 1927.
- Traité d’économie rationelle, M. Giard Libraire-éditeur, 1927.
- Prospetto dell’economia matematica, Cedam, 1930.
- Corso di politica economica, volume primo, introduzione, Cedam, 1931.
- Vilfredo Pareto (15 luglio 1848 – 19 agosto 1923), Tipografia delle Terme, 1935.
- Le tradizioni dell’economia classica del Ferrara e taluni degli odierni insegnamenti economici a Ca’ Foscari, Cedam, 1937.
- Teoria generale dell’equilibrio economico, politico-economico e corporativo, Cedam, 1942.
- La forma delle gerarchie, Montuoro Editore, 1943.
- Teoria matematica delle scelte politiche, Cedam, 1943.
- I logodiagrammi della politica economica italiana, Cedam, 1945.
- Teoria matematica generale del dominio della politica sull’economia, Dogadum Cafoscarinum, 1946.
- Un sistema di logodiagrammi tipici, Cedam, 1949.
- L’inflazione fiscale in Italia, Malfasi Editore, 1951.