Allodynie

douleur déclenchée par un stimulus normalement indolore From Wikipedia, the free encyclopedia

L'allodynie (du grec ancien ἄλλος / állos, « autre »[1], et ὀδύνη / odýnē, douleur »[2], littéralement « autre douleur ») est une douleur déclenchée par un stimulus qui est normalement indolore. Par exemple, un léger effleurement de la peau ou une faible sensation de chaud ou froid peu(ven)t alors être douloureux[3].

Types

Il existe différents types d'allodynie[4] :

  • l'allodynie mécanique (aussi connue comme l'allodynie tactile) :
    • soit une allodynie mécanique statique : la douleur en réponse au toucher léger / pression ;
    • soit une allodynie mécanique dynamique : la douleur en réponse à une caresse légère ;
  • l'allodynie thermique (chaud ou froid) ;
  • l'allodynie liée aux mouvements : la douleur est déclenchée par un mouvement normal des articulations ou les muscles ;
  • etc.

L'allodynie est notamment associée à certaines neuropathies telles que la migraine, la fibromyalgie, la névralgie post-zostérienne ou le syndrome douloureux régional complexe ; avec, parmi les phénomènes les plus connus du grand public : la photophobie, la phonophobie, la thermophobie ou encore l'olfactophobie (lors des crises, les stimuli en temps normal indolores vont à égale intensité induire ou augmenter la sensation douloureuse). Les troubles neurologiques centraux, tels que l'autisme, ou le sevrage de certains médicaments comme les opiacés, peuvent également générer une allodynie.

Causes

L'allodynie est une caractéristique clinique de nombreuses conditions douloureuses, telles des neuropathies[5], notamment :

  • le syndrome douloureux régional complexe ;
  • la névralgie post-zostérienne ;
  • la fibromyalgie ;
  • les troubles du spectre de l'autisme (TSA)[6],[7]. Selon Vaughan et al. (2020), chez les adultes autistes, en moyenne, les seuils de détection ou de douleur ne diffèrent pas de ceux des témoins allistes, mais certains autistes présentent des phénomènes sensoriels atypiques  sensations de chaleur paradoxale ou allodynie mécanique  absents dans les groupes de contrôle ; ces particularités sensorielles proviendraient surtout de mécanismes centraux, liés à l'intégration complexe des stimuli, plutôt que d'un dysfonctionnement périphérique des récepteurs sensoriels[8]. Selon [Qui ?], les adultes avec syndrome d'Asperger ont néanmoins une hypersensibilité ou hyposensibilité tactile, mais seulement pour certains types de stimulations : leurs seuils perceptifs sont plus bas pour des vibrations à 200 Hz, mais pas à 30 Hz. En cas de toucher produit par soi-même, la personne Asperger se montre moins chatouilleuse que s'il est fait par autrui, mais elle évalue toutes les stimulations,  internes comme externes , comme plus intenses et plus « chatouillantes » que les personnes-témoins, confirmant une hypersensibilité tactile qui ne semble pas liée à un dysfonctionnement du traitement du toucher auto‑généré[9] ;
  • l'arrêt de médicaments opioïdes[10] ;
  • la migraine.

L'allodynie peut aussi avoir une cause syndromale exogène (ex. : photophobie et hydrophobie chez les sujets atteints de la rage) ou iatrogène (par exemple avec certaines populations de cellules souches utilisées pour traiter des lésions nerveuses y compris les blessures de la moelle épinière[11]).

Les patients souffrant d'allodynie caractérisent la douleur comme rayonnante, sensible, « enserrante », constante, réveillant la nuit. Ce sont souvent des patients ayant eu recours à toutes les méthodes antalgiques connues sans résultats. Ces radiculalgies proviennent de lésions partielles des nerfs cutanés (fibres A-beta)[12].

L'allodynie mécanique statique (AMS) est une hypoesthésie paradoxalement douloureuse, ce qui a été révélé notamment par une étude sur 43 patients souffrant d'AMS[12]. La cartographie du territoire allodynique a été réalisée tout au long du traitement par contre-stimulation vibrotactile à distance. Après la disparition de l'allodynie, un territoire hypoesthésique sous-jacent est apparu, correspondant exactement au même territoire.

Physiopathologie

La voie de la douleur.

Plusieurs études suggèrent que les blessures à la moelle épinière pourrait conduire à la perte et la réorganisation des nocicepteurs, mécanorécepteurs et des interneurones, conduisant à la transmission d'informations de la douleur par des mécanorécepteurs[13]. Une autre étude rapporte l'apparition de fibres descendantes au site de la lésion[14]. Tous ces changements affectent finalement les circuits neuronaux à l'intérieur de la moelle épinière, et à la modification de l'équilibre des signaux conduisant probablement à l'intense sensation de douleur associée à l'allodynie. Différents types de cellules ont également été associés à l'allodynie. Par exemple, il y a des publications scientifiques qui montrent que la microglie dans le thalamus pourrait contribuer à l'allodynie en changeant les propriétés des nocicepteurs secondaires[15]. Le même effet peut être obtenu dans la moelle épinière par le recrutement de cellules du système immunitaire tels que les monocytes / macrophages et lymphocytes T[16].

Une sensibilisation du système nerveux central contribuerait à l'apparition d'une allodynie. Cette sensibilisation se réfère à l'augmentation de la réponse des neurones à la suite d'une stimulation répétitive. Le travail de nombreux chercheurs a conduit à l'élucidation des voies qui peuvent conduire à une sensibilisation des neurones à la fois dans le thalamus et dans les cornes dorsales de la moelle épinière.

Hyperacousie et allodynie (allodynie auditive)

Les patients atteints de troubles neuropathiques d'origine centrale peuvent souffrir de sensations douloureuses même lorsque la stimulation somatatosensorielle est inoffensive (allodynie) ou ressentir une sensation anormalement élevée de douleur ou d'inconfort produit par des stimuli nociceptifs (hyperalgésie). Il existe donc des similitudes dans les symptômes entre l'hyperacousie de douleur (sensation douloureuse aux bruits) et ce type de douleur neuropathique (De Ridder et al., 2011)[17].

Des auteurs ont montré une augmentation des ondes beta (l'onde bêta est une onde cérébrale que l'on peut mesurer par électro-encéphalographie) dans la zone dorsale du cortex cingulaire antérieur (CCA) et le cortex orbitofrontal chez des personnes atteintes d'hyperacousie (Song JJ, De Ridder D, Weisz N, Schlee W, Van de Heyning P et Vanneste S., 2014)[18]. Des modifications similaires sont également présentes chez les patients présentant une hyperalgésie et l'allodynie. De nombreuses études ont mis en évidence l'implication du CCAd dans la perception subjective de la douleur. Quand des sujets s'infligent eux-mêmes une douleur, l'activation du CCAd est moins forte que quand ils subissent la même douleur. Song et al. (2014), font donc un parallèle entre l'hyperacousie et l’allodynie, mettant probablement en jeu des circuits neuronaux communs[18].

Traitements

Une nouvelle méthode chirurgicale parvient néanmoins à soigner cette maladie pour certains patients : la neurostimulation médullaire consistant à stimuler des zones spécifiques de la moelle afin de contrer l'influx douloureux.

La méthode de rééducation sensitive des douleurs neuropathiques[19] initiée par Claude Spicher en Suisse explique que des exercices ciblés sur les mécanismes de plasticité neuronale permettent de réduire les lésions des fibres nerveuses Aß et ainsi de lutter contre l'AMS et/ou l'hypoesthésie vibrotactile. Il s'agit d'un traitement non-médicamenteux qui fait l'objet de nombreuses publications présentant les résultats de cas cliniques. La rééducation sensitive des douleurs neuropathiques a fait ses preuves à un niveau 2b evidence-based practice[20].

La méthode de RSD préconise de toucher le moins possible "autant que faire se peut" le territoire allodynique afin de lutter contre les mécanismes de sensibilisation, ce qui peut contraindre à définir avec la personne qui souffre et l'équipe qui l'accompagne les priorités de traitement[21]. En effet, certaines autres formes de traitement (balnéothérapie, infiltrations, etc.) imposent un contact tactile qui peut accentuer l'AMS.

Personnes connues atteintes d'allodynie

Notes et références

Voir aussi

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