Avec sans doute moins de verve poétique et moins de virulence qu'Ernest Coeurderoy, nous avons également l'exemple de Joseph Déjacque qui a également joué un rôle actif durant de la révolution de 1848, et fut l’un des premiers anarchistes à adopter une position clairement féministe, critiquant en cela sévèrement Proudhon, notamment dans une lettre où il aurait utilisé pour la 1re fois le terme « libertaire ».
Ce sont dans les seize premiers numéros du Libertaire, journal du mouvement social, que Joseph Déjacque publie en 1857 L’Humanisphère. Utopie anarchique, où il imagine la possibilité future de l’« Harmonie, cette oasis de nos rêves », utopie située en 2858, mille ans après sa rédaction. Cette œuvre, où se croisent des influences fouriéristes, proudhoniennes et romantiques, propose la possibilité d’une future société anarchiste, sans autorité et sans classes sociales. Déjacque y décrit une société où règne une certaine abondance en termes de nourriture et d’alcool, faisant penser à l’abbaye de Thélème de Rabelais, mais aussi l’amour libre où seule l’attraction mutuelle fait loi, et ce en dehors de toute institution. L’Humanisphère constitue une cellule de base de quelques milliers de personnes, initialement assimilée à la commune, qui, en se fédérant, a vocation à s’étendre à l’humanité entière, substituant ainsi le fédéralisme à l’autorité de l’État et la solidarité de l’échange à la concurrence capitaliste[1].