Anciennes baronnies du Dauphiné
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Les quatre baronnies du Dauphiné sont les plus anciennes de cette province. Elles ont joué un rôle des plus importants dans la construction de ce qu'est devenu le Dauphiné. Alliées parfois avec les Dauphins de Viennois, parfois avec les évêques de Vienne, parfois avec les comtes de Savoie, elles ont pris part à la politique régionale et ont certainement laissé leurs empreintes dans ce qu'est devenu le Dauphiné, avant et après qu'il ne soit rattaché à la France en 1349.
Les quatre terres ou baronnies détenues par les principaux barons sont[1] :
- baronnie de Clermont en Viennois, commune actuelle de Chirens,
- baronnie de Sassenage, commune actuelle de Sassenage,
- baronnie de Maubec, commune actuelle de Maubec, en alternance avec Bressieux, commune actuelle de Bressieux,
- baronnie de Montmaur, commune actuelle de Montmaur.
Étaient considérés comme barons les seigneurs possédant au moins une ville close de remparts, ayant fondé une abbaye ou un prieuré et exerçant haute et moyenne justice[2]. De fait ces quatre baronnies, pour tenir le rang de première baronnie devaient, depuis leurs origines, remplir ces conditions. Ces barons de l'époque traitaient d'égal à égal avec les comtes et ducs.
- La baronnie de Clermont appartient à la maison de Clermont, attestée depuis 1094.
- La baronnie de Sassenage, appartient à la Maison de Sassenage, puis au XIVe siècle à la seconde maison de Sassenage, puis aux Bérenger-Sassenage, seigneurs de Bérenger de Morges (Beranger du Gua).
- La baronnie de Bressieux, attestée depuis au moins le Xe siècle, appartient aux Bressieux, avant de passer aux Clermont (1402) puis aux Grolée (après 1412). En 1642 cette baronnie (devenue marquisale en 1612) entre dans la famille de La Baume, comte de Suze. Cette dernière la vendit aux Valbelle (famille de Provence) en 1720. En 1780 elle est de nouveau vendue par Marguerite-Delphine de Valbelle à Joseph Bérard de Goutefrey. Il la conservera jusqu'en 1789[3].
- La baronnie de Montmaur appartient aux seigneurs de Montauban, qui portaient la charge héréditaire de Grand-Veneur du Dauphin[4], puis aux Artaud, par le mariage, vers 1300, de Mabille de Montauban, sœur et héritière de son frère Raoul dernier de sa lignée, avec Guillaume d'Artaud[5]. Elle revient ensuite aux Flotte[6] lors du mariage (vers 1550) d'Antoinette Artaud de Montauban avec Jean de Flotte. Leur descendant, Guillaume de Flotte la vendit en 1660 à Uranie de Calignon, femme d'Hector d'Agoult. Par héritage elle passa aux Montpezat[7].
- La baronnie de Maubec appartenait aux seigneurs du même nom puis aux Bocsozel. Les Bocsozel, seigneur de Maubec ont pris les noms et armes de la famille de Maubec en 1230 lors du mariage d'Aymon de Bocsozel et de Béatrix de Maubec[8]. Elle est ensuite passée aux d'Ornano vers 1632, puis aux Lorraine-Harcourt et enfin aux La Valette.
L'alternance entre le baron de Bressieux et celui de Maubec n'a jamais été réglée. Ils devaient siéger successivement, mais chacun mettait en avant ses droits pour être celui qui aurait le droit de prendre place lors des assemblées. La question avait été posée à plusieurs reprises, en 1510, 1520, 1591, mais aucune solution ne fut trouvée[9].
Ces baronnies, avant d'être des "baronnies d'état", étaient indépendantes des puissants seigneurs (Dauphin, Savoie, évêché de Grenoble, de Vienne) qui les entouraient. Mais sans doute pour des raisons politiques, stratégiques ou de survie elles ont toutes fini par prêter hommages à ces seigneurs.
- Les Clermont sont indépendants jusqu'en 1203 et prêtent hommage à l'église de Vienne.
- Les Sassenage jusqu'en 1247 et prêtent hommage à l'évêque de Vienne, Jean de Bernin.
- Les Bressieux le sont jusqu'en 1317 et prêtent hommage au comte de Savoie, Amédée V de Savoie[10].
- Les Bocsozel ont prêté hommage au Dauphin, Humbert Ier de Viennois en 1290[11].
- La baronnie de Montmaur semble indépendante jusqu'en 1269, date à laquelle les Montauban prêtent hommage au Dauphin[4].
Ces hommages initiaux n'ont pas empêché les héritiers de ces seigneuries d'en changer au cours du temps.
Rôle
Ces quatre barons siégeaient à la tête de la noblesse lors des assemblées de la province. Ils avaient le privilège d'être assis sur des fauteuils alors que les députés du même ordre se tenaient sur des bancs sans distinction de rangs ou de charges. Cette règle a perduré jusqu'en 1628 et la suppression des états en Dauphiné[12]. Ils avaient aussi le droit de porter leurs épées lors des séances au parlement et ils précédaient les autres dignités, comme cela pouvait se voir en Languedoc, Bourgogne ou Béarn[13].
L'assemblée des États du Dauphiné s'est d'abord tenue à Romans puis à Grenoble. Les évêques et les abbés représentaient tout le clergé, les consuls des dix principales villes du Dauphiné, le Tiers-État et les quatre barons, la noblesse[14], dont les armes étaient représentées dans la salle des États. Les villes qui pouvaient présenter un député étaient : Grenoble, Vienne, Embrun, Valence, Gap, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Romans, Montélimar, Saint-Marcellin et Briançon[15].
D'après un plaidoyer de Claude Expilly, daté de 1636, la première assemblée qui vit se réunir les trois états eut lieu en 1393[15]. Avant cette date, les Dauphins réunissaient quelques notables et ce devait être l'occasion pour les barons de faire valoir leurs droits et leurs demandes. Celui qui présidait les assemblées était l'évêque de Grenoble. À partir de 1553, les états ne se réunissaient que pour répondre aux demandes du "Roi Dauphin", et pour présenter leurs doléances et de fait les quatre barons perdirent de leur puissance.