André Manuel

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André Manuel, né à Épinal le et mort à Paris 17e le [1], est l'un des fondateurs du bureau central de renseignements et d'action. Chef de la section de renseignement (R) des services secrets gaullistes, il reste jusqu'en 1945 le principal adjoint du colonel Passy.

Après la guerre il devient l'un des dirigeants de la direction générale des services spéciaux puis du service de documentation extérieure et de contre-espionnage.

Biographie

Origine sociale et familiale

André Manuel nait en 1905 dans une famille d'origine juive d'industriels du textile des Vosges. Il est le fils aîné d'Henri Manassé-Manuel (1878-1942), ancien avocat toulousain[2], et d'Hélène Lang, fille d'Émile Lang, industriel cotonnier d'origine alsacienne installé dans les Vosges à Épinal, dirigeant de la société Kahn, Lang et Cie, constituée en 1890[3], qui possède une filature à Épinal et une filature à Igney. Ses parents se sont mariés en 1903[4]. Son grand-père maternel, Emile Lang, meurt en 1907. Son père devient l'un des dirigeants de la firme Kahn, Lang et Cie, qui change de raison sociale pour celle de Kahn, Lang et Manuel et se transforme en société anonyme en 1922[5]. Il en est l'administrateur-délégué en 1923 avec de nouveaux administrateurs[6]. Il administre aussi d'autres entreprises[7], parmi lesquelles la société de L'Express de l'Est, contrôlée par Paul Lederlin. Il est également président du syndicat des filateurs de l'Est et vice-président du Syndicat cotonnier de l'Est. Politiquement, il est vice-président de la Fédération républicaine démocratique des Vosges, affiliée au Parti radical et radical-socialiste avant le premier conflit mondial[8], président[9] puis vice-président en 1921 du comité vosgien du Comité républicain du commerce, de l'industrie et de l'agriculture[10] et maire d'Igney depuis 1904. Après avoir refusé de se présenter en 1919[11], il s'est présenté à la députation en 1924, sur une liste de centre-gauche, sans succès[12]. Il est promu officier de la Légion d'honneur en 1925.

Henri Manuel, son épouse et son beau-père sont évoqués par Carole Achache, une de ses descendantes, dans La plage de Trouville. Elle souligne qu'Henri Manuel a été un flambeur, menant une vie fastueuse. Dans ses mémoires, la veuve d'Abel Ferry, allié politique d'Henri Manuel, a jugé sévèrement ce dernier, qualifié de « petit avocat noceur, rayé du barreau de Toulouse, [et qui] devait sa situation inattendue à son mariage avec Hélène Lang »[13].

André Manuel suit une formation d'ingénieur textile et entre dans l'entreprise familiale[14]. Il se marie en 1925, a un fils, mais divorce.

Depuis 1917, son père s'est associé à Albert Oustric et l'accompagne lorsque ce dernier fonde à Paris une banque. Henri Manuel préside son conseil d'administration. Oustric fait faillite en 1929-1930, provoquant un scandale politico-financier. La société Kahn, Lang et Manuel connait aussi des difficultés en 1930. André Manuel siège alors à son conseil d'administration, présidé par son père[15]. La société dépose son bilan en 1933 et est mise en liquidation judiciaire en décembre[16]. Son père fait aussi faillite. Sa demeure spinalienne est saisie et vendue en 1936[17].

André Manuel représente ensuite en Europe un fabricant de métiers à tisser américain, de 1937 à 1939[18].

La guerre

Il est mobilisé en 1939 et affecté comme lieutenant aérostier à Compiègne. En , il suit son régiment en retraite et se retrouve à Albi lors de l'armistice. Cherchant à rejoindre Londres, il réussit à s'embarquer à Sète sur un bateau rapatriant des troupes tchèques en Angleterre. Il y rencontre d'autres Français dont Pierre Fourcaud.

Fourcaud le présente à André Dewavrin (alias colonel Passy) qui le recrute au début du mois de septembre au sein du Deuxième Bureau[19]. Il prend le nom de code de « Pallas » et devient le patron de la section Renseignement ainsi que le principal adjoint, et un ami, de Passy. Ce dernier le présente dans ses mémoires comme « un collaborateur intelligent et vif, comprenant rapidement les problèmes, fournissant des avis raisonnables et proposant des solutions cohérentes ». Il le décrit ainsi :

« C'est alors que Fourcaud me présenta un lieutenant aérostier avec qui il s'était échappé de France et qui avait été temporairement affecté au 4e bureau. Ce lieutenant s'appelait André Manuel. C'était un garçon d'environ trente-cinq ans, petit et mince, brun mais presque chauve ; sa forte myopie l'obligeait à porter des lunettes ; épais qui surmontaient un nez très sémitique et cachaient des yeux un peu fuyants, comme en ont souvent les gens qui voient mal. Manifestement intelligent, il savait parler avec charme et écouter avec une flatteuse attention ; sa culture était étendue mais superficielle. Par comparaison les officiers que l'on m'avait proposés jusqu'alors, il m'apparut comme un phénix. Ma première impression, sur le plan intellectuel, fut donc excellente, renforcée même par ce caractère un peu touchant qu'ont souvent les êtres qui se sentent traqués ou très laids. Il m'expliqua pourquoi il avait voulu continuer la lutte [...]. Il me parut désintéressé et mû seulement par un amour réel et profond de la France. Aussi le pris-je avec moi d'enthousiasme et en fis-je mon adjoint direct. Il le resta pendant plus de cinq ans et devint bientôt pour moi un ami intime, presque un frère[20]. »

Avec Passy, il fonde le Service de renseignement de la France Libre, puis le Bureau Central de Renseignements et d'Action (BCRA). Il effectue une mission clandestine en zone Sud du au afin d'aider les organisations de résistance à séparer leurs activités de renseignement des autres activités. Il soutient Jean Moulin dans ses efforts visant à unifier la Résistance de la zone Sud et mettre en place le Comité de coordination ainsi que l'Armée secrète[21].

Il joue un rôle important au moment de l'unification de la Résistance (missions Arquebuse-Brumaire avec Pierre Brossolette, création du Conseil national de la Résistance sous l'égide de Jean Moulin). A partir du printemps 1943, tandis que le général de Gaulle quitte Londres pour Alger, il reste à Londres pour coordonner les actions du BCRA, tandis que Passy fait la navette entre Londres et Alger[21].

De à , il dirige la branche londonienne du BCRA ou BCRAL et supervise les plans de soutien militaire que la Résistance intérieure apportera au débarquement. Sous sa direction le BCRAL assume les responsabilités d'un état-major de l'action de la Résistance au plus près du commandement allié[21].

Son frère, Pierre Manuel, parachuté en France le pour diriger la région D du Bureau des opérations aériennes[22] sous le pseudonyme de Doyen, est arrêté le et disparaît[22], certaines biographies le disent déporté à Auschwitz[23], mais il ne figure pas sur la liste des déportés[22].

L'après-guerre

Après la libération, André Manuel reste affecté dans les services de renseignements français, d'abord à la Direction générale des études et recherches (DGER), puis au Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE)[24], avant de retrouver une carrière civile dans l'industrie[21].

Il se remarie le à Paris avec Jeannine Steel, résistante elle aussi, partie seule rejoindre le général de Gaulle à Londres et qui a travaillé au BCRA[25].

Notes et références

Annexes

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