Andrée De Jongh
résistante belge
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Andrée De Jongh, « Dédée » ou « le petit cyclone », est une résistante belge de la Seconde Guerre mondiale née le à Schaerbeek en Belgique et morte le aux cliniques universitaires Saint-Luc à Woluwe-Saint-Lambert. Elle créa, avec Arnold Deppé et Henri Debliqui, et dirigea le plus grand réseau d'exfiltration d'aviateurs alliés en Europe de l'Ouest occupée par les Nazis, le réseau Comète. Arrêtée en 1943, elle connaît la déportation dans les camps de concentration de Ravensbrück puis de Mauthausen, d'où elle est libérée en . Après la guerre, elle fait des études d'infirmière et s'investit dans le combat contre la lèpre dans plusieurs pays d'Afrique. Retraitée en 1981, elle rentre alors en Belgique. Récipiendaire de nombreuses distinctions belges et étrangères, dont la médaille de George britannique et la Légion d'honneur française, elle est anoblie en 1985 et devient la comtesse Andrée De Jongh.
Biographie
Jeunesse

Andrée Eugénie Adrienne de Jongh est née le à Schaerbeek, son père, Frédéric De Jongh est instituteur, il avait épousé en 1913, Alice Decarpentrie. Andrée a une sœur ainée, Suzanne, née en 1915. La famille habite au no 73 de l'avenue Émile Verhaeren à Schaerbeek[1],[2].
À l'aube de la Seconde Guerre mondiale, Frédéric De Jongh est alors directeur de l'école primaire no 8 de la rue Gaucheret. C'est un fervent admirateur d'Edith Cavell, de Gabrielle Petit et du Père Damien ; il transmet cette admiration à sa fille, qui n'a plus qu'un rêve, celui de devenir infirmière. Cependant, douée pour le dessin, elle entreprend des études d'arts décoratifs d'arts décoratifs à l'Institut supérieur des arts décoratifs de la Cambre, tout en suivant des cours du soir à la Croix-Rouge de Belgique pour devenir ambulancière. Les études terminées, elle obtient un emploi de dessinatrice publicitaire auprès du siège malmédien de la société Sofina[3].
Seconde Guerre mondiale

Lors de l'invasion de la Belgique par les troupes allemandes en 1940, elle quitte son travail à Malmedy et, ayant marqué sa disponibilité auprès de la Croix-Rouge, est affectée à Bruges à la clinique du "Minnewater" (Lac d'Amour), succursale de l'hôpital Saint-Jean, où elle soigne des soldats britanniques et également des Allemands. Irritée à l'idée que la remise sur pied de ces soldats alliés n'est prévue que pour mieux les déporter dans des camps de prisonniers, elle organise de discrètes évasions de patients. Son travail à Bruges prenant fin, elle revient à Bruxelles chez ses parents[3].
Nécessité d'une filière d'évasion
Andrée De Jongh s'investit alors pleinement dans la résistance avec Henri Debliqui ; elle déniche des vêtements civils et du ravitaillement pour les soldats alliés cachés dans des familles bruxelloises. C'est ainsi qu'elle rencontre pour la première fois, en , Elsie Maréchal-Bell et son mari Georges, qui lui font un accueil chaleureux. Le , Andrée De Jongh leur confie un premier pensionnaire, un soldat belgo-polonais qui, trépané, déraisonne. En ce début avril également, son ami, Henri Debliqui lui présente son cousin, Arnold Deppé, qui s'est évadé d'un camp de prisonniers en Allemagne. Le , ils sont tous trois réunis pour une réunion clandestine. Ils décident de mettre en place une filière d'évasion passant non pas par la Manche, le Mur de l'Atlantique est bien trop gardé, mais en traversant la France occupée depuis Bruxelles jusqu'en Espagne en franchissant les Pyrénées. Arnold Deppé connait bien la région pour y avoir travaillé dix ans, tandis qu'il était ingénieur du son à Bayonne pour Gaumont. Il y a gardé de nombreux contacts[4]. La ligne naissante est baptisée "DDD" pour Deppé-Debliqui-De Jongh[5].
Le lendemain, , Henri Debliqui, dénoncé par un traitre infiltré, Prosper Dezitter, est arrêté de même qu'Arnold Deppé, logeant chez lui, qui est longuement interrogé par la Gestapo, mais ce dernier, faute de preuve, est relâché[6]. Henri Debliqui aura moins de chance. Il sera déporté et fusillé à la prison de Tegel à Reinickendorf, au nord-est de Berlin[7].
Arnold Deppé décide alors de se faire un temps discret et part quelques semaines dans la région de Brest[réf. nécessaire].
À son retour à Bruxelles, il rencontre Andrée à leur lieu habituel, le Parvis de Saint-Gilles. Leur motivation pour mettre au point une filière d'exfiltration vers l'Angleterre est intacte. Arnold rencontre Jean Apper, un cadre de la Société générale de Belgique qui lui fournit l'adresse d'une famille de résistants belges installée à Anglet, les De Greef[3].
Le , Andrée De Jongh, confie aux Maréchal deux Français évadés des camps allemands, Charles Morelle de Valenciennes et Henri Bridier, originaire du Puy-de-Dôme. Arnold et Andrée décident qu'ils accompagneront Arnold pour son voyage de reconnaissance vers les Pyrénées. Le , Andrée leur apporte de faux-papiers et, deux jours plus tard, le , Georges Maréchal les conduit à la gare de Bruxelles-Midi où les attend Arnold. À son retour, Arnold est rayonnant. La filière est établie, des contacts ont été pris avec les De Greef et des passeurs basques pour le franchissement des Pyrénées. Pour ce qui est de la frontière franco-belge, elle se franchit assez aisément en raison du fait que c'est la même administration militaire qui régit la Belgique et le Nord de la France. En revanche, pour entrer en France occupée, c'est une autre histoire ; aussi, les groupes franchiront la Somme en barque[3].

La « Ligne DD »
Le , Andrée et Arnold empruntent pour la première fois ensemble la « ligne DD » (pour Deppé-De Jongh) avec un groupe de onze candidats à l'évasion, des hommes et des femmes, tous belges. Parmi elles se trouve Miss Richards, censée être britannique mais en réalité une agente secrète belge nommée Frédérique Dupuich. Andrée en a financé le coût en vendant ses bijoux et en empruntant à des amis[8],[9].
La première difficulté réelle est le passage de la Somme. En l'absence de barque, il s doivent la traverser à la nage. Certains ne savent pas nager et doivent être transbordés sur une grosse chambre à air trouvée dans une ferme voisine[3],[10].
Ils les guident ainsi jusqu'à la « Villa Voisin » des De Greef à Anglet où ils sont confiés à des passeurs. Andrée De Jongh et Arnold Deppé effectuent quant à eux le chemin inverse pour rentrer à Bruxelles. L'opération est cependant un échec : les fugitifs sont arrêtés par la guardia civil Franquiste, les trois soldats belges parmi eux sont remis aux allemands en France, d'autres sont détenus au camp de Miranda de Ebro. Le constat est amer, il faudra désormais établir une relation avec le consulat britannique à Bilbao afin d'assurer la sécurité en Espagne des personnes exfiltrées[11],[8],[12].
En , Andrée De Jongh et Arnold Deppé font un second voyage, en deux groupes empruntant des itinéraires différents. Arnold Deppé, trahi par un informateur, est arrêté en France, mais Andrée arrive saine et sauve chez les De Greef à Anglet et traverse les Pyrénées avec son groupe et un passeur basque. Elle se présente au consulat britannique de Bilbao pour demander de l'aide pour son réseau. En effet, elle a appris que le groupe précédent a été intercepté en Espagne et se rend compte que sa filière doit avoir en Espagne un point de chute d'où les services britanniques emmèneront les évadés à Gibraltar, puis en Angleterre[12].
Les diplomates britanniques se montrent d'abord sceptiques à l'égard d'Andrée De Jongh dont le récit leur paraît improbable. Elle s'engage à exfiltrer d'autres soldats et aviateurs britanniques si les Britanniques prenaient en charge les frais de la ligne Comète. Après trois semaines de doutes, les autorité britanniques acceptent ses conditions. Voulant conserver l'indépendance de son réseau, elle rejette les offres de conseil et d'assistance ainsi que les tentatives de contrôle[10],[13],[12].
De retour à Bayonne, elle apprend qu'Arnold Deppée a été arrêté et que la Gestapo a interrogé ses propres parents à son sujet. Par sécurité, elle décide de ne pas retourner en Belgique et demande à son père de prendre en charge la section belge de la ligne tandis qu'elle prendrait en charge la suite de l'itinéraire[10]. Elle vit alors à Valenciennes et Paris où Jean-François Nothomb devient son assistant. Elle escorte plusieurs groupes d'aviateurs en 1941 et 1942. Une fois la frontière franchie, Andrée De Jongh confie les fugitifs aux Britanniques qui les conduisent à Gibraltar, d'où ils sont rapatriés en Grande-Bretagne. Andrée de Jongh rencontre alors à Saint-Sébastien le diplomate britannique Michael Creswell (en) qui lui remet l'argent pour les dépenses de la Ligne Comète ainsi que des messages à rapporter en France[13].
La « ligne DD », rebaptisée plus tard « ligne Comète » compte jusqu'à 3 000 membres et traverse, en partant de Bruxelles, la France puis les Pyrénées jusqu'au consulat britannique de Bilbao, qui s'occupe ensuite du transport à Gibraltar. De 1941 à la Libération, la filière permet de faire évader environ 800 volontaires de guerre, résistants brûlés et soldats alliés, dont 288 aviateurs rapatriés et 250 autres cachés après le débarquement, et Andrée accompagne personnellement 78 d'entre eux parmi les 118 exfiltrés par la ligne durant cette période, lors de quelques 33 passages des Pyrénées[10],[14].
Arrestation et déportation
« Dédée » est dénoncée par un valet de ferme voisin de Bidegain Berri, Donato Errasti (eu), et capturée le alors qu'elle s'apprête à traverser les Pyrénées avec un groupe d'aviateurs. D'abord emprisonnée à Bayonne, puis au Fort du Hâ et à Biarritz, elle est transférée à la maison d'arrêt de Fresnes le . Andrée avoue qu'elle est la fondatrice de la ligne d'évasion, mais la Gestapo ne la croit pas. Elle est envoyée à la prison de Saint-Gilles et déportée en Allemagne en . Elle y est internée dans plusieurs prisons : Essen, Zweibrücken, Mesum, Kreuzburg, où elle travaille treize heures par jour dans une ferme d'état. puis dans les camps de concentration de Ravensbrück et de Mauthausen, d'où elle est libérée par la Croix-Rouge internationale le [15].
Andrée De Jongh échappe à l'exécution, peut-être parce que les Allemands ont sous-estimé son importance dans le réseau. Ce n'est que plus tard, alors qu'elle est emprisonnée à Ravensbrück, que la Gestapo réalise qui elle est et la recherche, sans toutefois la retrouver[16]
Frédéric De Jongh (connu dans le milieu de la résistance sous le pseudonyme de « Paul ») est capturé à Paris en juin 1943 et fusillé au mont Valérien le . La filière sera alors dirigée par Jean-François Nothomb (sous le pseudonyme de « Franco ») qui sera aussi arrêté le puis déporté[réf. nécessaire].
A l'été 1945, Andrée De Jongh réapparaît, au milieu de la nuit au bureau de Paris de Donald Darling (en) membre du MI6 qui lui a apporté son soutien à Bilbao. Elle porte encore la robe à rayures roses et blanches qui servait d'uniforme au camp. Elle souffrira de problèmes de santé le reste de sa vie[10].
Les Britanniques montrent une grande reconnaissance aux Belges et aux Français qui ont aidé les leurs à s'échapper. Ils envoient plus de huit mille lettres de remerciement et distribuent de nombreuses décorations. Andrée De Jongh est décorée de la Médaille de George et reçue à Londres par le Roi et la Reine[16].
Après guerre
Après la guerre, Andrée De Jongh travaille comme dessinatrice publicitaire à la Sabena avant de reprendre des études d'infirmière[17]. En 1954, elle part soigner les lépreux au Congo belge puis au Cameroun, à Addis-Abeba en Éthiopie et enfin à Dakar au Sénégal avant de revenir en Belgique en 1981.
Décès
Elle décède le aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Woluwe-Saint-Lambert. Les funérailles ont lieu le suivant à l'église abbatiale de la Cambre et l'inhumation[17], le même jour, dans le caveau familial du cimetière de Schaerbeek (parcelle 23 – pelouse 17)[2].
Décorations
Décorations belges
Officier de l'ordre de Léopold avec palme ;
Croix de guerre belge 1940-1945 avec palme ;
Médaille de la résistance armée 1940-1945 ;
Médaille commémorative de la guerre 1940-1945 ;
Croix du prisonnier politique 1940-1945 ;- Nommée au grade de lieutenant-colonel (ARA) ;
- Anoblie avec titre de comtesse par le roi Baudouin en 1985 ;
- Docteur honoris causa de l'université catholique de Louvain.
Décorations étrangères
Médaille de la Liberté avec palme d'or (États-Unis) ;
Médaille de George (1946) (Royaume-Uni) ;
Chevalier de la Légion d'honneur (France) ;
Médaille de la Résistance française (décret du ) (France) ;- Diplôme des Forces françaises combattantes.
Hommages
- Une plaque commémorative est apposée sur sa maison natale du 73 de l'avenue avenue Émile Verhaeren à Schaerbeek et un stolperstein y est posé en 2023[18]
- Yann au scénario et Olivier Schwartz au dessin mettent en scène Andrée De Jongh à la page 39 de leur album de bande dessinée Le Groom vert-de-gris (une aventure de Spirou et Fantasio).
- Elle est choisie comme marraine de la 148e promotion « Sciences sociales et militaires » (SSMW) de l'École royale militaire belge.
- Andrée est un des personnages principaux de la bande dessinée "le réseau comète"[19] qui raconte l'évasion des pilotes alliés par le réseau dédé, centré sur le passage de la frontière espagnole par le pays basque.
Avec la Française Marie-Madeleine Fourcade, elle est l’une des très rares femmes chefs de réseau de résistance[20].
