Anita de Caro
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Anita de Caro naît à New York, dans une famille d’origine napolitaine. Elle montre très jeune un goût pour le dessin, et visite le Metropolitan Museum of Art. Elle s’inscrit à l’Art Student’s league, une école dirigée par Hans Hofmann et Max Weber. Elle étudie la peinture avec Hofmann qui dira de son travail : « Cette jeune fille a une vision intérieure ». Elle découvre l’art français, Cézanne et Matisse : « Matisse est devenu pour moi un maître qui m’a éveillée ».
Après le décès de sa mère en 1932, Anita de Caro accompagne une amie, Norina Matchabelli, pour un voyage en Europe. À Zurich, elle fréquente les cours de Otto Haas Haye dans une académie moderniste que dirige Paul Klee.
En 1936, elle s’installe à Paris (4, rue du Cardinal-Lemoine) et vient travailler à l'Atelier 17 créé par Stanley Hayter[2]. Elle réalise ses premières eaux-fortes et illustre une nouvelle de Henry Miller, Black Spring.
Elle rencontre le graveur Roger Vieillard lors d’une fête organisée à l’Atelier 17, et l’épouse en 1939.
Anita de Caro reste à Paris pendant les années de guerre, tandis que Roger Vieillard est mobilisé. Ses gravures, gouaches et encres montrent une inspiration surréaliste, elle réalise également des bas reliefs dans des métaux précieux. Dès le début des années 1940, le couple est en contact avec les artistes et les poètes associés à la deuxième École de Paris tels que Bazaine, Manessier, Jean Tardieu, André Frénaud. Dans cette tendance, nous pouvons également citer Jean Le Moal, Roger Bissière, et Vieira da Silva qui a également fréquenté l’Atelier 17.
Fin 1944, la galerie « L’Esquisse » organise la première exposition personnelle de Anita de Caro. Son travail s’oriente vers l’abstraction, jouant sur les modulations de la couleur et de la lumière. « Le réel est transmué dans un champ poétique de paysages intérieurs de ligne légendaires, ses tableaux se construisent par juxtaposition de touches de couleur en transparence ou superposés »[3].

De 1947 à 1957, les expositions se suivent, en 1948 à New York, chez Argent galleries, et en 1950 à la galerie Grace Borgenicht. Elle réalise à partir de 1956 des expositions personnelles dans les galeries parisiennes de Jeanne Bucher, Claude Bernard, Adrien Maeght et Max Kaganovitch, participant également aux expositions de l’École de Paris de 1956 à 1958 à la Galerie Charpentier[2]. Ses œuvres sont montrées au Japon, à Bruxelles et à Londres. En 1960, elle fait partie des quatorze Artistes américains en France qui exposent à Paris au Centre culturel américain sous les auspices de l'Association française d'action artistique.
Le style d’Anita de Caro évolue vers un « impressionnisme abstrait » [3] en phase avec le monde artistique parisien de cette période. Elle fait des recherches picturales sur le thème de Mallarmé, « Un coup de dé / jamais n’abolira le hasard ». Elle mélange d’autres matériaux à sa peinture, tissu, papier collé. Elle utilise d’autres techniques, contreplaqués, toile émeri, papier pliés : « le jeu pictural devient le lieu d’une interrogation libre et lyrique sur le jeu cosmique » observe Marc Fumaroli. Vers 1961, la figure humaine apparaît dans ses œuvres ; d’abord sous la forme d’une d’ombre, elles deviendra de plus en plus présente. Elle crée des sculptures de bois assemblés et peints (Pièces d’échec, le roi, la reine). Elle expose régulièrement à la galerie Coard de Paris. À partir de 1985, elle crée des collages de papiers gouachés aux couleurs éclatantes.
Le décès de Roger Vieillard en 1989 la laisse seule et désemparée, en 1991 elle se remet à travailler et réalise des collages à partir des gravures de son mari, ainsi que des sculptures de bois colorées. Sous l´impulsion de bernard Legendre, elle fait l’objet d’une rétrospective et d´une exposition de ses planètes au Musée-École de la Perrine à Laval.
Le poète Jean Tardieu caractérise l’œuvre d’Anita de Caro comme « la synthèse entre ce qui parle à son esprit et ce qui plaît à sa vision »[4].
Anita de Caro a été décorée en 1946 de la « The American National Red Cross » pour son engagement en tant que volontaire à la Croix-Rouge, pour accueillir et soutenir les soldats de l’armée américaine.
Expositions
- Anita de Caro, César Domela, Vassily Kandinsky, Serge Poliakoff, Nicolas de Staël, Roger Vieillard, Galerie L'Esquisse, Paris, 1944[2].
- Salon de Mai, Paris, à partir de 1945[2].
- Salon des réalités nouvelles, Paris, 1947.
- Grace Borgenicht Gallery, New-York, 1950.
- Roger Vieillard - Anita de Caro, Galerie Jeanne Bucher, Paris, avril-mai 1950[2].
- Hanover Gallery, Londres, 1952, 1957, 1958[2].
- Galerie Evrard, Lille, 1954[2].
- New Borgenicht Gallery, New-York, 1955.
- L'École de Paris, Galerie Charpentier, Paris, 1956, 1957, 1958[2].
- Exposition Post-Picasso, Paris, 1957.
- Rose Fried Gallery, New-York, 1958.
- Galerie Adrien Maeght, Paris, 1958[5], [6], septembre 1959[7],[2].
- L'École de Paris, Musée d'art moderne de Tokyo, 1960[2].
- Galerie Smith, Bruxelles, 1961.
- Smithsonian Institution, Washington, 1962[2].
- Musée d'art contemporain, Varsovie, 1962[2].
- Galerie du XXe siècle, Paris, 1962.
- Galerie Max Kaganovitch, Paris, 1963 (Paul Ackerman, Michel Cadoret, Anita de Caro)[2], 1965 (Anita de Caro - Vingt-cinq toiles)[8],[9].
- L'esquisse d'un salon, Galerie Denise Renée, Paris, 1963[2].
- Galerie Claude Bernard, Paris, 1963.
- Cinquante ans de collage, Musée des arts décoratifs de Paris, et Musée de Saint-Étienne, 1963[2].
- Exposition itinérante d'art français contemporain, Yougoslavie, 1963.
- Huit peintres, Centre culturel américain, Paris, 1964[2].
- Musée des Augustins, Toulouse, 1966, 1970.
- Maisons de la culture d'Amiens et de Bourges, 1967.
- Musées d'Avignon, Besançon, Montpellier, Nancy, Saint-Étienne, 1967.
- Les maîtres contemporains du vitrail, Musée des monuments français, Paris, 1968.
- Galerie Coard, Paris, 1968[9], 1971, 1973, 1977[4], 1983, 1986, 1988[2].
- Musée Cantini, Marseille, 1969.
- Musée des beaux-arts de Bordeaux, 1969.
- Centre culturel, Toulouse, 1970.
- Musée de Perpignan, 1970.
- Exposition itinérante Athènes, Bruxelles, Göteborg, Ankara, 1972-1973.
- L'art du vitrail, Musée le Prieuré, Saint-Rambert-sur-Loire, 1974.
- Roger Vieillard - Anita de Caro, Musée départemental de l'Oise, Beauvais, 1978[2].
- Salon d'automne, 1983.
- Bibliothèque de Castres, 1983.
- Hommage à Anita de Caro, Biennale de Saint-Émilion, 1985.
- Festival de poésie en Sologne, 1987, 1988.
- Donation Caro-Vieillard - Rétrospective, Musée-école de la Perrine, Laval (Mayenne), 1991[2].
- Roger Vieillard, Anita de Caro - Le trait et la couleur, Propriété Caillebotte, Yerres, septembre-novembre 2008.
- Galerie Chauvy, Paris, avril 2012[10]
- Galerie municipale d'art contemporain, Chamalières, septembre-octobre 2012[10].
- Le regard, les œuvres des années 1950-1960 - Gustav Bolin, Antal Biró, Francis Bott, Anita de Caro, Henri Déchanet, Alexandre Garbell, Maurice Ghiglion-Green, Raymond Guerrier, Jean Le Moal, Árpád Szenes…, La Capitale Galerie, Paris, février-mars 2023[11].
Citations
Dits d'Anita de Caro
- « Quand je peins, je reste dans mon atelier, mon sanctuaire… Je fais le vide en moi. Alors s'installe une étrange conversation entre moi et ma toile ; de ce dialogue naît mon œuvre. C'est ainsi que s'exprime à travers ma peinture la partie la plus secrète de moi-même… Depuis le milieu des années 60, je me suis repliée dans mon sanctuaire. Là, on ne souffre pas, c'est dans le monde que l'on sent sa douleur. » - Anita de Caro[12]
Réception critique
- « La plus minime surface, celle d'une modeste feuille de papier ou d'un morceau de toiles aux bords incertains, Anita de Caro, si elle en fait le support d'une de ses magiques compositions, se l'approprie pleinement en toutes ses parcelles, dans le grain ou la texture de sa matière, et elle y projette tout un monde d'évocations précieuses et poétiques. Nous y voyons l'espace se creuser et s'animer, s'enrichir peu à ^peu sans jamais de surcharge par le simple jeu des graphismes et des rapports colorés. On a l'impression que les formes engendrées par une création lucide et tendre apparaissent, se développent et prolifèrent selon leur logique interne, jamais selon le hasard ou l'accident, d'abord de fines hachures à la gouache où des traits d'encre viennent se disposer en une dorsale qui soutient toute la composition dans un mouvement ascendant qui parfois s'élargit et devient plus insistant, dominante de forces, pyramide, tour vibrante à l'assaut du ciel, projetant à l'extérieur tous ses piquants… Les moyens de cet art sont d'une grande subtilité : des harmonies de bleu léger et de vert clair, de lilas, de mauves et de violets ; des échelles de tons dégradés, de belles graphies fermes et nettes, comme tracées au bambou ; un lent étagement de couleurs fluides, des taches aériennes. Il s'en dégage une impression de grâce, de solitude mystérieuse et de richesse calme. » - Jacques Lassaigne[5]
- « De fines composition où interviennent les tracées à la plume, les taches mauves et vertes à la gouache, de légers frottis, pour créer des modulations en chaîne d'un agrément sûr, sortes de failles suivies en largeur, ou réseaux verticaux derrière lesquels on pressent "quelque chose" de lumineux et de doux. Leur teneur poétique et, si l'on peut dire, leur "tissu" pictural, les situent entre Jean Bazaine et Maria Elena Vieira Da Silva. Ce sont à la fois des nappes de bouquets - parfois des branches de rêve, aux frontières de la calligraphie orientale -, et des frissons, l'enregistrement des petits mouvements sismiques où se reconnaît l'esprit, "sans rien en lui qui pèse ou qui pose". » - André Chastel[6]
- « La qualité intuitive de sa sensibilité, sa prise de conscience du monde et sa forme d'intelligence font d'Anita de Caro un peintre préoccupé par l'espace cosmique ; elle se meut subtilement dans cette sensation spécifique, éprouvant ainsi l'étendue illimitée de l'infini et l'universel mouvement. Cette effusion avec le spatial, ce monde métaphysique, tour à tour calme et mouvementé, elle le manifeste au travers d'une personnalité sensible qui reste éminemment féminine par la délicatesse des tons, par la subtilité des accords bleu tendre, gris (teinte souvent à la domonante de ses toiles) et verts… Mais Anita de Caro recherche aussi ce sentiments d'infini dans l'infiniment petit… Une séduisante, solide, bien équilibrée récréation du monde de l'espace, dans des mises en page et des harmonies d'une poésie lerge et délicate. » - Henry Galy-Carles[7]

- « Sans artifice, elle entre dans les profondeurs du mystère, du silence, des correspondances secrètes, des matières qui sont un espace, des ombres qui sont un mouvement en attente. Chaque composition est à la fois stable et vibrante par un léger déplacement, un léger décalage de la réalité… Tout se passe dans un monde intermédiaire où la toile émeri et le carton ondulé deviennent matières précieuses… Ainsi, Anita de Caro, avec une rare concentration de l'esprit, sait, par des signes graphiques, tirer d'une poésie hermétique, comme Le coup de dés de Stéphane Mallarmé, une transcription, une ouverture sur des équivalences spirituelles. Il ne s'agit pas, à proprement parler, d'une peinture littéraire, mais cependant d'une peinture intellectuelle, dans la mesure où elle accepte les intuitions de l'esprit pour traduire autre chose que des apparences réelles, ou même des sensations visuelles. Là aussi, la notion de confidences rejoint celle de poésie et donne à cet art un sens plutôt qu'une explication matérielle. » - Raymond Cogniat[8]
- « Peinture toute de finesse, sorte d'impressionnisme des états intérieurs. » - Michel Ragon et Michel Seuphor[13]

- « Il semble qu'Anita de Caro, emportée par cette course vertigineuse de l'esprit qui, désespérément "tend vers l'infini", se soit emparée de l'être humain en train de s'abolir ou de naître et l'ait marié à son double féminin afin de projeter le couple dans un univers sans bornes, en lui donnant le souffle de la vie sous les espèces d'un chant grave, recueilli, silencieux, prolongé, pareil à un écho qui se serait libéré des obstacles nécessaires de son origine. À cette altitude, noyée dans une étendue de lumière transparente et atténuée, le regard se plaît à rencontrer une modulation fine, friable, poreuse aux lointains rayons, opposée à des gris modulés et cela sans aucune "suavité" : au contraire, l'impression qui se dégage des récentes toiles d'Anita de Caro est celle d'une maîtrise qui vient de se conquérir et qui s'enivre de sobriété (non sans subtilités techniques), cependant qu'une promesse inouïe, à la fois déchirante et rassurante, à la fois mémoire et avenir, à la fois mémoire et avenir, se profile dans cette aurore, donnant à nos yeux la joie et à notre esprit la méditation. » - Jean Tardieu[4]
- « Modeste Anita ! Lorsqu'on la compare à Vieira da Silva, d'un an son aînée, elle dit : "elle est plus intelligente que moi", et ajoute : "peut-être suis-je plus intuitive". Maria Elena Vieira da Silva, Jean Messagier, Alfred Manessier, Jean Bazaine… Ne cherchez pas les points de convergence, regardez. Anita de Caro, c'est superbe : une mosaïque de couleurs d'une folle gaieté, une construction faite pour piéger la lumière, une résille de verticales et d'horizontales dans laquelle elle inscrit ses émotions de l'heure. Dans tout cela pourtant, rien n'est gratuit, tout est pensé. » - Françoise de Perthuis[12]
- « Dès la Libération, une poésie très personnelle imprègne ses toiles. Celles-ci tendent vers une abstraction des paysages ou du sujet choisi dont la couleur et une sensibilité particulière définissent déjà son langage… Aux compositions chaudes et colorées, rythmées en facettes de 1952-1955, a succédé l'époque des Cosmogonies. Les lignes de force se font plus dynamiques, renforçant l'alternance d'ombre et de lumière tant dans les formes que dans les couleurs.Renouant avec sa poétique antérieure, Anita de Caro se livre à des variations picturales sur le thème de L'échiquier, la toile devenant un enjeu plastique et lyrique.De même le thème du Coup de dés développe sa réflexion sur les problèmes pures de l'art. Dans un cercle ou un carré renversé se lovent de petites figures géométriques de teintes délicates allant du rose pâle au rouge sang de bœuf, ménageant des paysages subtils et diffus où s'exaltent des gris nuancés. Progressivement la figure humaine réapparaît et dès 1962 surgissent de hautes figures animant la toile. Nouvelle interrogation sur l'espace. Cela débouchera naturellement sur la capture de la troisième dimension vers 1967. Abandonnant le plan de la surface, les objets et les personnages sortent du cadre. À partir de pièces de bois colorées qu'elle assemble, elle fait surgir des personnages, héros d'une mythologie partagée et familière. » - Lydia Harambourg[2]
- « L'abstraction instinctive de ses toiles et de ses gouaches rappelle parfois celle de Roger Bissière par la délicatesse et la vigueur des relations de couleurs claires. » - Gérald Schurr[14]
- « La peinture d'Anita de Caro évoque des paysages, parfois citadins, d'où l'homme est exclu. Malgré ces évocations, son œuvre demeure abstraite et est structurée par un graphisme léger dont les traits peu appuyés sont comme absorbés par la couleur. Celle-ci est parfois traitée en touches parallèles, un peu à la manière impressionniste mélangeant les tons dissonants aux dominantes rouges, bleues, mauves. D'autres fois, sa peinture reste dans des tons subtils de bleus, gris et verts. Enfin, Anita de Caro peut ajouter des éléments collés : fils, papiers déchirés, fragments de tissus, cartons ondulés. À travers ses toiles, Jacques Lassaigne voit "l'espace se creuser et s'animer, s'enrichir peu à peu sans jamais de surcharge par le simple jeu des graphismes et des rapports colorés". » - Dictionnaire Bénézit[15]