Anne-Françoise Perret-Gentil
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Anne-Françoise Perret-Gentil est née le à Neuchâtel en Suisse, et est morte le à Versailles à l’âge de 93 ans. Elle émigre à Paris en 1929 pour des raisons professionnelles. Pendant l'occupation de Paris, elle rejoint en 1940 la Résistance lorsqu'elle découvre que son frère travaille pour l'Abwehr[1].
Famille
De son nom complet, Anne-Françoise Perret-Gentil-dit Maillard, elle naît le à Neuchâtel (CH-2000), dans la maison familiale du chemin du Petit-Catéchisme 3. Elle est la fille de David V Perret-Gentil-dit Maillard (1846-1908), originaire du Locle (NE), conseiller général de la ville de Neuchâtel (1903-1908), conseiller national à la tête du parti indépendant groupe « perretiste » (1908)[2], et de Anna Julie Henriette Piguet (1866-1960), doyenne des écrivains vaudois[3]. Petite-fille de David IV Perret-Gentil (1815-1880) , né au Locle, patriote, membre du Gouvernement provisoire et de l'Assemblée constituante neuchâteloise qui ont suivi la chute du régime prussien en 1848[4],[5]. Ses frères sont : - David VI Perret-Gentil (1897-1971), colonel, officier instructeur, candidat au Conseil national. - Jacques Perret-Gentil (1898-1975), né à Neuchâtel, mort à Clamart (92, Hauts-de-Seine), capitaine d'infanterie, Lieutenant Colonel, Chevalier de la légion d'honneur. - Denis Perret-Gentil (1901- ), né à Neuchâtel. Quant à son frère cadet - Daniel Perret-Gentil (1904-1991), il est né à Neuchâtel, formé au journalisme, travaille dans les années 1930 pour plusieurs journaux suisses. Ses fréquentations avec les milieux fascistes suisses, et ses relations avec le service de renseignement italien lui occasionnent une surveillance par les autorités suisses. En effet, en 1936, une de ses connaissances, le frontiste genevois Georges Oltramare (1896-1960)[6], bénéficie de l'aide financière de Mussolini qui le reçoit en à Rome avec un groupe de cinquante militants suisses, dont il fait partie. En 1937, alors que son avenir professionnel en Suisse semble maintenant compromis, il rejoint sa sœur Anne-Françoise déjà installée à Paris, sur le boulevard de Port-Royal, puis se fixe non loin de là rue de l'Université[7].
Enfance et formation
Après avoir suivi ses écoles primaires et secondaires dans sa ville, Anne-Françoise Perret-Gentil entreprend une formation de décoratrice à Morges (VD). En 1929, elle quitte Neuchâtel pour se fixer à Paris, où elle travaille comme relieuse. Pendant l'hiver 1938-1939, durant 5 mois, Anne-Françoise effectue un séjour linguistique aux États-Unis[8].
Résistance
En 1940, sous le régime de Vichy, Anne-Françoise Perret-Gentil rejoint le mouvement de résistance, « Armée des Volontaires » (AV). Alors que son frère Daniel travaille successivement dans les journaux collaborationnistes « Le Matin » (France) et « Le Petit Parisien ». Dans la foulée, elle apprend que son frère Daniel, sous le pseudonyme de « Duval », est un agent de l’Abwehr, section III F du contre-espionnage militaire de la Wehrmacht[9],[10]. Daniel fait partie sans ce Paris occupé, d'un groupe de fascistes suisses, le « Bund der Schweizer in Grossdeutschland » (BSG), que l'on appellera après la guerre le « Clan des Suisses ». Son personnage central est le genevois Georges Oltramare (1896-1960), dit Geo, frontiste et antisémite notoire[11].
En réaction, le , Anne-Françoise s’engage dans les Forces françaises libres (FFL), mouvement de résistance fondé à Londres sous l’égide du général de Gaulle à la suite de son Appel du 18 juin 1940. Elle rejoint ainsi le service de renseignement du Réseau SR Kléber qui comprend plusieurs centaines d'informateurs spécialisés dans la collecte d'informations sur les mouvements de troupes. Sous le matricule M103, elle atteint le grade P2 qui correspond à « agent clandestin »[12],[13].
À partir de 1943, elle est subordonnée au Bureau Central de Renseignements et d'Action (BCRA) à Londres[8].
Son groupe a pour mission de surveiller le travail d'un poste de la Geheime Feldpolizei (GFP) *, pour lequel son frère travaille. De février à , pour l'espionner discrètement, on lui demande de s’approcher de son frère, en prétextant de s'occuper de son ménage. Ainsi, Anne-Françoise récolte un certain nombre de renseignements qui ont pu sauver la vie de plusieurs résistants, avertis à temps d’une arrestation imminente. Notamment, l'un d'entre eux, Paul Barré, qui avec quelques camarades recherchés, étaient chargés des contacts avec les services secrets britanniques. De plus, pour le compte du groupe gaulliste « Armée des Volontaires », Anne-Françoise distribue des publications clandestines, comme « Le Plan Germanique de 1911 et sa mise en œuvre en 1916 et 1941 »[14].
Trahison
Dans ses actions de résistance, Anne-Françoise semble en conflit avec son agent de liaison, concernant les manques de moyens financiers pour rétribuer ses informateurs. Afin d'y remédier, un jour, elle entend parler en bien du dénommé Max Stoecklin (1901- )[15], Suisse né à Bâle, c'est un homme d'affaires, fortuné, qui se fait passer comme Résistant, et qui accepte de la dépanner financièrement, elle et son groupe. Mais, Anne-Françoise apprend par hasard de son frère Daniel, que celui-ci a fait de la prison avec ce Stoecklin avant la guerre, et qu’il avait été condamné à mort par les Français, puis libéré par les Allemands. Depuis, Stoecklin travaille pour l'Abwehr et révèle qu'Anne-Françoise espionne son frère…
De plus, un de ses chefs a été arrêté, et pourrait parler sous la torture. Fin , avertie à temps de ces événements, on la pousse à passer de suite en « zone libre », en franchissant clandestinement la ligne de démarcation[16].
Passage en « zone libre »
D’ à , pendant un an, Anne-Françoise demeure en « zone libre », où on lui apprend que Max Stoecklin est un traitre[17]. Aussi, celui-ci avait présenté Henri Lafont (1902-1944) à son supérieur Hermann Brandl (1896-1947), dit Otto, directeur de l'Organisation Otto (Bureau Otto), rencontre qui est à l’origine de la Gestapo française de la rue Lauriston, entre autres. C’est un bureau d’achats créé dans le but de spolier les Juifs de France à la suite de leur déportation dans les camps, ceci au service de l’Occupant[18].
Pendant cette année, Anne-Françoise continue de fonctionner pour la Résistance. Elle est affectée au « réseau Alibi » créé par Georges Charaudeau (1901-1990), duquel elle effectue des missions jusqu'à son arrestation. Dès lors, elle vit avec un faux passeport au nom de « Jacqueline Perrier » et sous le nom de code « Mangin » à Vichy, Montluçon (Allier) et à Lyon. A Lyon, elle travaille pendant plusieurs mois comme assistante de Michel Cailliau (1913-2000), chef de « Réseau Charette »[19].
Lorsqu'elle passe à Vichy, elle se rend à l'ambassade de Suisse dirigé par Walter Stucki (1888-1963), dans un but précis. Reçu par l'attaché militaire suisse Richard de Blonay (1898-1968), Anne-Françoise laisse entrevoir qu’elle connaît les noms des citoyens suisses qui collaborent avec son frère.
Après contact pris avec le Consulat suisse à Paris dirigé par René Naville (1905-1978)[20], celui-ci informe la police fédérale suisse à Berne, que le citoyen Daniel Perret-Gentil est un agent allemand de la Sipo-SD (Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst) qui manœuvre un « réseau de quarante agents », et espionne les membres de la communauté suisse de Paris. Mais Le , à la suite de l'opération Torch (débarquement allié en Afrique du Nord le ), les nazis occupent la « zone libre »[16].
Retour dans le Paris occupé
En , comme la situation politique a évolué, Anne-Françoise n’a plus de raison de rester dans l’ancienne « zone libre » et regagne Paris. Pendant son absence, elle remarque que des vagues d'arrestations ont anéanti des cellules entières. Son ancien groupe, l'« Armée des Volontaires » (AV), a été dissout. Elle reprend contact avec quelques anciens camarades qui se sont disséminés, comme le célèbre commandant de la Résistance Michel Cailliau (1913-2000), chargé du « Réseau Charette ». Anne-Françoise est alors chargée de regrouper les quatre secteurs de l'ancienne « Armée des Volontaires » *, qui comptent encore environ 350 hommes et quelques femmes. C'est ce groupe qui participera à la Libération de Paris, du 19 au . A la fin de l’année 1943, plusieurs de ses camarades se font encore arrêter, dont son supérieur hiérarchique.
En , on lui demande de contacter Max Stoecklin et son frère Daniel (« Duval »), pour les convaincre de changer de camp. Mais, sur le coup effrayée par la démarche, elle renonce temporairement[21].
Le piège et l'arrestation
Les événements se précipitent : le les Alliés débarquent en Normandie.
À la fin , Anne-Françoise se décide enfin après deux ans de silence, de rendre visite à son frère Daniel en son domicile de Nogent-sur-Marne, près de Paris, afin de le convaincre de changer de camp. Daniel se dit d’accord. En fait, il saisit là une opportunité pour infiltrer la Résistance. Lors d'une seconde rencontre, elle avait l'intention de lui offrir une cachette pour le protéger des conséquences de ses actes. Lorsqu'elle est arrivée au lieu de rendez-vous convenu, la Gestapo l'attendait. En effet, le , elle est arrêtée par la Gestapo au no 12 du square Henry-Paté, Paris 16e. Elle est conduite au 11, rue des Saussaies, siège de la Sipo-SD (Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst), qui comprenait dans ses services la section IV, plus connue sous le nom de Gestapo, dirigé par le SS-Obersturmbannführer Kurt Lischka (1909-1989). C’est neuf jours avant le début de la Libération de Paris (du 19 au )[22],[10].
Déportation
Le vers 23 h., Anne-Françoise est déportée par un train depuis la gare de marchandise de Pantin (Seine-Saint-Denis) (près de Paris) vers Ravensbrück au nord de Berlin.
Pendant ce temps, le consul suédois à Paris, Raoul Nordling (1888-1962), négocie dès le , avec le général von Choltitz (1894-1966), gouverneur du « Groß-Paris », la libération de 3'245 prisonniers politiques, puis au renoncement au projet de détruire Paris suivant l'ordre de Hitler (). Malgré l’accord signé à Paris le par ces deux responsables pour placer tous les prisonniers et déportés sous sa protection, le convoi entre dans le Reich et poursuit son trajet jusqu’à ses destinations prévues.
Ce transport sera dénommé « Convoi des 57000 et des 77000 » (I.264), en partance pour Buchenwald (près de Weimar en Thuringe) pour les hommes (série des 77000), puis pour Ravensbrück (au nord de Berlin) pour les femmes (série des 57000). Il s'agit du plus important transport en nombre de détenus jamais constitué en France par l'occupant allemand. Et aussi c’est le dernier grand convoi de Résistants déportés de Paris, dont moins de la moitié seulement reviendront.
Enfin, le , après une semaine épuisante de 1 200 km, le convoi avec Anne-Françoise et ses 543 co-détenues, arrivent au camp de Ravensbrück. Là, elle reçoit le matricule 57779[23],[24].
Transferts dans les camps annexes
Le , deux semaines après, on affecte Anne-Françoise et 500 de ses compagnes d’infortunes, aux camps annexes de Buchenwald : Torgau et Abteroda. À Torgau (Saxe), au nord-est de Leizig, sur l'Elbe, elles sont employées au travail forcé lié à la production d'explosifs et de munition. Dans le courant de , on la détache avec 250 femmes à 300 km de là, au camp annexe d'Abteroda/Anton (Thuringe), à l'ouest d'Erfurt, où elles sont astreintes à la fabrication de pièces de moteurs d’avions pour le compte de la firme BMW [25].
Évasion
Le , on décide de les renvoyer à Ravensbrück. Durant le trajet, le convoi s'immobilise un moment au nœud ferroviaire de Jüterbog (Brandenbourg) *, au sud de Berlin. Dans ce moment d’attente, Anne-Françoise accompagnée d’Yvonne Pagniez (1896-1981), matricule 57623 (Ra)[24], parviennent à s'échapper par une fenêtre du wagon à bestiaux qu’elles ont pu dégager[26]. Cette nouvelle compagne est née le à Cauroir (59, Nord), où elle s’est mariée en 1925 avec son cousin germain Philippe Pagniez (1873-1947), médecin. Elle est écrivaine, journaliste. Active comme résistante au sein du Réseau SR Kléber à Paris, elle est arrêtée par la Gestapo le , et incarcérée à Fresne, puis déportée comme Anne-Françoise avec le « Convoi des 57000 »[27].
Ensemble, elles rejoignent Berlin à pied, survivent grâce à l'aide aux secours de civils allemands et de Français contraints de travailler en Allemagne via le Service du travail obligatoire (STO). Yvonne Pagniez décrit en détail leur évasion, leur déambulation pendant un mois dans un Berlin détruit, et leurs rapatriements respectifs dans son ouvrage écrit en 1949 Évasion 44 (p.28) :
« Nous avions 60 km à faire le ventre vide. [...] Nous ne possédions ni argent, ni ticket d'alimentation. Nos vêtements excentriques nous interdisaient d'aller dans les bourgades où nous attirerions forcément l'attention. La seule aide que nous pouvions espérer, nous la trouverions à Berlin, où Françoise avait l'intention de s'adresser à l'ambassade (légation) suisse. Nous disposons de deux nuits et d'une journée pour faire la route en évitant les agglomérations. Sans manger[28]. »
Dans Berlin en ruine
Le , les deux femmes parviennent épuisées à la légation de Suisse à Berlin, dirigée par Hans Frölicher (1887-1961)[29] et de son second Franz Kappeler (1898-1988)[30]. Anne-Françoise est reçue par le vice-consul Otto Spring qui méfiant la prend d'abord pour une « aventurière ». Comme elle le dira plus tard dans son témoignage de 1947 :
« Je fus très mal reçu au siège de la représentation diplomatique de suisse. M. Spring me répondit qu'il ne savait pas s'il avait affaire à une aventurière, il me déclara que je devais lui apporter des photographies et qu'ensuite seulement il ferait des démarches en Suisse pour m'identifier. J'ai demandé aide et protection à la légation, mais sans succès. La seule chose que j'y ai obtenue, c'est le conseil de me procurer une photo d'identité ! Sans papiers et dans une ville [Berlin] en ruines. On s'occupera de moi que lorsqu'on sera en possession d'une photo récente et qu'on m'aura clairement identifiée. Et cela prendra au moins trois semaines. On m'a aussi conseillé de me livrer aux autorités allemandes. Face à ma consternation, le secrétaire de l'Ambassade m'a donné l'adresse de l'Armée du Salut où je pouvais aller dormir. J'ai découvert sur place une ruine bombardée et incendiée qui avait été abandonnée depuis plus d'un an[31],[32]. »
Malgré tout, lorsque le vice-consul lui ferme la porte au nez, celui-ci écrit le jour même au département fédéral des affaires étrangères à Berne dans le dessein de contrôler ses dires :
« Le . Aujourd'hui, une certaine PERRET-GENTIL dit MAILLARD, Anne-Françoise, née le à Neuchâtel et résidant légalement au Locle (NE), s'est présentée à cette ambassade et a demandé un passeport. Elle affirme avoir travaillé pour le contre-espionnage suisse, avoir été arrêtée par la Gestapo à Paris et s'être réfugiée à Ravensburg (sic) [Ravensbrück] avec des centaines de femmes. Elle s'est enfuie de là et se cache actuellement des autorités allemandes, hébergée chez des prêtres à Berlin.Ne pouvant pas entièrement croire ses déclarations, nous vous demandons votre avis sur la possibilité d'accéder à sa demande. Afin d'établir son identité, nous joignons un formulaire de demande de passeport accompagné de deux photographies. Sa mère résiderait à Lausanne, au 5 avenue Jean-Jacques Cart. Elle affirme également avoir un frère officier d'instruction dans l'armée suisse. Pour plus d'informations, nous joignons une note sur les déclarations des personnes susmentionnées. Nous vous serions également reconnaissants de bien vouloir nous faire parvenir le certificat de citoyenneté ci-joint, établi au nom de PERRET-GENTIL dit MAILLARD, Anne-Françoise, née en 1900, au Locle pour authentification. Vous devrez ensuite demander à votre commune de résidence de nous retourner le certificat de citoyenneté certifié conforme. Veuillez agréer, Monsieur le chef de Département, l'assurance de notre très haute considération. [Signé] « Le vice-consul Otto Spring[33]. »
Yvonne Pagniez étant Française, la démarche à la légation suisse demeurait incertaine pour elle. En attendant que les papiers de Anne-Françoise soient régularisés, elles errent ensemble pendant deux semaines dans un Berlin dévasté, à la recherche désespérée d’un logis sûr. Le , alors que Anne-Françoise se trouve seule au buffet de la gare de Berlin Friedrichstraße, dans le quartier de Mitte entre la Friedrichstraße et la rivière Spree, la Kriminalpolizei (Kripo) l'arrête et l'enferme pendant un mois au siège de la police à Alexanderplatz (Gestapo). Anne-Françoise continue son récit :
« Le bruit des bombes et de la défense aérienne est abominable. Nous entendions parfois les murs s'effondrer et le plafond de la prison s'émietter sous l'effet des déflagrations. Après les bombardements, des cris retentissent depuis la section des hommes. Les prisonniers n'ont pas le droit de quitter les cellules pendant l'alerte. […] J'attends tous les jours ma déportation dans un camp. » Quand le , lui parvient une bonne nouvelle : sur l’appel de la Légation de Suisse, on l'extrait de sa cellule. On lui remet enfin le passeport temporaire la sommant de quitter le Reich dans les sept jours. Notons que dix jours auparavant, le , la Légation de Suisse, pas pressée, lui avait déjà établi ce document. Soit après six semaines d’attente depuis sa demande[34].
Quant à Yvonne Pagniez, elle a pu, un mois auparavant (le ), avec l'aide d'une amie influente, la Suissesse Olga Weber née Muheim (1902-1982), Résistante à Paris, rencontrée par hasard à Berlin, prendre le train de nuit vers Constance pour passer en Suisse, cachée dans la cabine derrière leurs valises[35].
Retour en Suisse
Le , Anne-Françoise rejoint enfin la Suisse par la frontière de Sankt Margrethen (Saint-Gall). Elle retrouve ensuite sa maman qui est domiciliée à Lausanne au 5, avenue Jean-Jacques Cart. Le temps qu’elle séjourne au pays, elle laisse entendre aux autorités qui l’interroge qu'elle va transmettre à l'ambassade suisse à Paris des documents en sa possession concernant des espions suisses nazis qu’elle a connu. Le déjà, impatiente de revoir le Paris libéré, elle fait une demande de visa d’entrée pour la France. En effet, elle y a caché des documents sensibles destinés au service de renseignement français[36].
Après la guerre
Le , Anne-Françoise regagne Paris[37]. Elle apprend peu après, le fait que l'ambassade de Suisse à Paris avait pris connaissance le déjà, qu’Anne-Françoise a été de bonne foi dans ses déclarations. Car une certaine Madame De Ladevèze avait signalé son arrestation par la Gestapo de Paris, en , dix jours avant la libération de Paris. Cependant, cette ambassade n’a transmis son rapport que le , alors qu'Anne-Françoise venait d'arriver en Suisse[38].
En 1948, elle obtient la nationalité française. En reconnaissance à ses services rendus à la Résistance, elle reçoit plusieurs décorations[39].
Depuis 1958, une « Commission pour les avances aux victimes suisses des persécutions nationales-socialistes » versait des indemnités. Mais, Anne-Françoise n'a pas déposé de demande, ce qui a fait réagir les autorités compétentes. En 1961, celles-ci demandent que l'affaire ne soit pas officiellement reprise et que le dossier soit classé :
« Puisque que Mlle Anne-Françoise Perret-Gentil a reconnu sa participation volontaire à la Résistance française, il ne semble pas y avoir aucune preuve de persécution nationale-socialiste dans son cas[40]. »
Quant à la destinée de son frère Daniel Perret-Gentil, il s'est engagé en , après la libération de Paris, a servir jusqu'à la fin de la guerre, à Strasbourg et en Forêt Noire dans la « Frontkaufklärungstrupp 355 » (troupe de reconnaissance au front) de la Wehrmacht. Après quoi, il devient professeur de langue à Munich. En , son destin le rattrape : il est repéré, arrêté, puis extradé en France. En conséquence, le , Daniel est condamné à mort par la Cour de Justice de la Seine pour « dénonciations et services de renseignements rendus à l'ennemi ».
Malgré les vicissitudes tragiques causées par son frère, Anne-Françoise semble éprouver de la compassion et de l'empathie, qui l’ont amené à lui pardonner. En , elle prend sa défense en écrivant au président de la République française Vincent Auriol pour demander de gracier son frère :
« Suisse et de nationalité française depuis deux ans [1947], je ne ferai pas état de mes titres de « Résistance. J’ai servi une cause qui était celle de la France, tout naturellement puisque je jouissais, depuis de longues années de l’hospitalité française ; […] Si j’interviens maintenant c’est pour d’autres raisons. Je ne demande pas que le châtiment soit épargné à mon frère, mais que la vie lui soit laissée. Parce que je suis croyante. Parce que mon frère est Suisse. Et parce qu’en , sans que je l’aie sollicité, la promesse m’a été faite qu’en regard des vies des Français qu’il m’a été donné de pouvoir sauver de l’arrestation en les avertissant à temps, tout au long des mois de 1941 et 1942, il en serait tenu compte à l’issue de la guerre et la vie de mon frère serait épargnée. […] C’est cette promesse, cette parole que je vous demande aujourd’hui, de tenir, Monsieur le Président. »
Le , à la suite de cette demande, Anne-Françoise reçoit de l’ambassade de Suisse à Paris, sous la direction de Walter Stucki, la note suivante :
« Monsieur Auriol a déclaré à notre légation à Paris qu’il avait pris la décision de gracier Daniel Perret-Gentil, non en raison de la personne du condamné, mais en considération de l’attitude courageuse de sa sœur en faveur de la Résistance pendant la guerre ».
Six ans plus tard, en 1955, Daniel est libéré pour bonne conduite.
En 1947, de son côté, Anne-Françoise témoigne de son expérience des services de renseignements clandestins (SR) :
« Jusqu'en 1942, j'ai vécu de mon métier et, à partir du moment où j'ai vécu sous un faux nom, j'ai reçu une solde de mes réseaux, comme moyen d'existence, je me trouve aujourd'hui aussi pauvre qu'au début de la guerre[41],[42]. »
Témoin au procès Oltramare
En 1947, s’ouvre le procès Oltramare et consorts qui a lieu du 10 au au palais de Mont-Repos à Lausanne[43],[44], avec le témoignage, entre autres, de Anne-Françoise Perret-Gentil (1900-1993). La presse présente trois fascistes suisses jugés :
« Trois citoyens suisses dont l'activité à l'étranger pendant la guerre n'a pas été en l'honneur de notre pays, lequel a connu de sérieux dangers du fait de leur activité. » Il s’agit de :
- Georges Oltramare (1896-1960), de et né à Genève, journaliste fasciste travaillant au rapprochement franco-allemand, selon les méthodes hitlériennes. Condamné à trois ans de prison pour ses activités contre l'indépendance de la Suisse. Libéré en 1949, il est condamné à mort en 1950 par contumace pour collaboration par un tribunal parisien.
- Paul Bonny (1908-1984), né à Genève, journaliste fasciste, membre du mouvement frontiste « Bund der Schweizer in Grossdeutschland » (BSG), le « Clan des Suisses » à Paris qui œuvre à l'invasion de la Suisse par le Reich. Condamné à un an de prison pour ses activités au service des Allemands à Paris durant l'Occupation.
- René Fonjallaz (1907-1993), de Lutry (VD), ancien champion bobeur, journaliste fasciste. Fils d'Arthur Fonjallaz (1875-1944), un des fondateurs du mouvement fasciste suisse[45]. Condamné à trois ans de prison pour collaboration avec les Allemands.
« Tous sont poursuivis notamment « d'atteintes à l'indépendance de la Confédération » pour leurs écrits en faveur de l'envahisseur allemand à Paris, le pamphlétiste Oltramare était connu à Genève avant la guerre pour le contenu antisémite de son journal « Le Pilori », jusqu’en 1940 (ne pas confondre avec le journal "Au Pilori" paru à Paris en 1938). A cette date, il se trouve à Paris où il fonde sous le pseudonyme Charles Dieudonné « La France au travail » (La France socialiste) (1940-1941) son nouveau quotidien collaborationniste. Toutefois, ce n'est pas « pour le mal qu'ils ont pu faire à la France, qu'Otrlamare et consorts se retrouvent sur le banc des accusés, mais uniquement pour celui qu'ils ont causé à la Suisse. »
« La Cour pénale fédérale entend aussi leurs deux sous-fifres au teint pâlot : les nommés - Raoul Cevey (1908-1985), genevois, agent double, membre du « BSG » à Paris, mis en cause, entre autres, dans le massacre du château d’Habère-Lullin (Haute-Savoie) le . Et - Paul Jaquier (1908-), de Démoret (VD), ex-agent de police lausannois, révoqué au début de la guerre et militant d'extrême-droite, ami de Pierre Bonny de la Gestapo française de la rue Lauriston à Paris. Ces deux agités sont d'ailleurs détenus à Bochuz à Orbe (VD). »
« Bien plus intéressante est la déposition de Mlle Perret-Gentil, petite bonne femme aux allures d'institutrice, mais qui en fait, travaillant pour un réseau clandestin de la Résistance, s'était fait engager en qualité de secrétaire de rédaction au journal « La France au travail » [La France socialiste]. « Il ne fait pas de doute, précise-t-elle, que ce journal était davantage qu'un organe ultra-collaborationniste : il était tout uniquement le porte-parole en langue française de l'ambassade du Reich à Paris. » « Quant aux sentiments profonds que nourrissait Oltramare à l'endroit de ceux au service desquels il travaillait, Mlle Perret-Gentil est tout aussi affirmative. » « Lors d'une soirée privée qui réunissait à Paris certains de nos compatriotes, elle a entendu Oltramare déclarer : « Lors de la victoire, je serai Gauleiter de la Suisse romande. » Anne-Françoise décrit Oltramare « comme le grand panégyriste de l'Allemagne. Il se donnait au début 1942 pour le futur Gauleiter de la Suisse romande. Cela paraissait être le fond de sa pensée et pas du tout une plaisanterie[46]. »
Notes et références
- ↑ Spörri, Staubli et Tuchschmid 2021, p. 277.
- ↑ Sandra Lena, « David Perret (1846-1908) », sur Dictionnaire Historique de la Suisse (DHS),
- ↑ René Guye-Bergeret, « Anna Perret (1866-1960) », sur biograne-SNG : Société neuchâteloise de généalogie, Biographies neuchâteloises,
- ↑ René Guye-Bergeret, « David Perret (1815-1880) », sur biograne-SNG : Société neuchâteloise de généalogie, Biographies neuchâteloises,
- ↑ Petitpierre 1949, p. 127-144.
- ↑ Michael Gautier, « Georges Oltramare (1896-1960) », sur Dictionnaire Historique de la Suisse (DHS),
- ↑ Spörri, Staubli et Tuchschmid 2021, p. 277-278.
- 1 2 Peter 2020, p. 223-227.
- ↑ Spörri, Staubli et Tuchschmid 2021, p. 277, 279 et 281.
- 1 2 Peter 2020, p. 224.
- ↑ Spörri, Staubli et Tuchschmid 2021, p. 282.
- ↑ « Français libres : Fiche de résistante »
- ↑ Spörri, Staubli et Tuchschmid 2021, p. 280.
- ↑ Spörri, Staubli et Tuchschmid 2021, p. 280-283.
- ↑ Hélène Ivanoff, « Max Stoecklin (1901- ) », sur Agorha,
- 1 2 Spörri, Staubli et Tuchschmid 2021, p. 282-283.
- ↑ Spörri, Staubli et Tuchschmid 2021, p. 283.
- ↑ Alliot 2024, p. 65-66.
- ↑ Peter 2020, p. 111 et 224.
- ↑ Marc Perrenoud, « René Naville (1905-1978) », sur Dictionnaire Historique de la Suisse (DHS)
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