Anny Wottitz
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Enfance et Famille
Anny Wottitz est née à Budapest le [1][2]. Ses parents sont Josef Wottitz originaire de Hongrie et Irena Weiss[3] originaire de Roumanie.
A la mort de son père, vers 1914, la famille déménage à Vienne[1].
Après l'enseignement secondaire, elle fréquente la Kunstgewerbeschule de Vienne où elle rencontre Friedl Dicker. Durant la même période, elle suit un apprentissage dans une librairie[1].
Des lettres envoyées depuis le front autour de 1917, témoignent d'une liaison avec le compositeur Viktor Ullmann.
Le Bauhaus
Anny Wottitz suit les cours de Johannes Itten dans l'école privée qu'il a ouverte à Vienne. Lorsque celui-ci rejoint l'équipe d'enseignants dirigée par Walter Gropius au Bauhaus à Weimar en 1919, elle le suit en compagnie de Friedl Dicker et d'autres élèves viennois[1].
Elle devient apprentie dans la classe de reliure d'Otto Dorfner qui est un maître confirmé. La reliure, bien que peu connue, est un des premiers ateliers du Bauhaus, dès 1919. Otto Dorfner, nommé par Henry Van de Velde, directeur d'atelier à l'École des arts et métiers de Weimar, est directeur de l'atelier reliure du Bauhaus d' à [4].
Anny Wottitz n'obtiendra cependant un contrat d'apprentissage qu'en .
En 1922, après son examen de compagnon, Anny Wottitz dirige l'atelier de reliure, sans responsable depuis sept mois, jusqu'au [4]. Elle s'installe alors à Berlin puis à Vienne où elle dirige un atelier temporaire avec Friedl Dicker.
L'atelier de reliure est fermé lorsque le Bauhaus est transféré à Dessau[4].
Vienne et exil
En 1924, elle épouse à Vienne l'entrepreneur textile Hans Moller et emménage en 1928 dans la villa que celui-ci a fait construire par l'architecte Adolf Loos. Leur fille Judith naît en 1926[1][5][6].
Lorsque les nazis envahissent l'Autriche le 13 mars 1938, la famille part en Tchécoslovaquie. Anny Wottitz, qui est juive, se rend ensuite au Royaume-Uni en 1939 avec Judith[5]. En avril 1940, elles émigrent en Palestine, où Anny Wottitz travaille comme enseignante[1][4].
Anny Wottitz vit à Haïfa où elle décède le 31 juillet 1945[1].
Archives
La correspondance écrite avec Friedl Dicker a été remise par sa fille à l'Université des arts appliqués de Vienne à la fin des années 1990.
Les lettres de Viktor Ullmann à Anny Wottitz sont conservées à la Bibliothèque d’État de Berlin[7].
Œuvre
Le travail d' Anny Wottitz illustre les tensions au Bauhaus, au moment où les arts appliqués et les beaux-arts s'éloignent l'un de l'autre et où s'établit une hiérarchie. Le potentiel artistique est exclusivement attribué à l'un tandis que l'autre est traité de « simple artisanat ». Pendant que le design se développe en collaboration avec l'industrie, le Bauhaus perd de vue le potentiel intellectuel de l'artisanat : une connaissance des matériaux, des formes et des procédures. Otto Dorfner, le maître de la reliure, a identifié ce problème et critiqué cette hiérarchie entre art et artisanat. Il prône respect et égalité mutuels.
La collaboration avec le maître d'atelier est cependant un peu difficile. Otto Dorfner s’intéresse particulièrement aux techniques de la reliure. Il attache beaucoup d'importance à la maîtrise de la technique, la perfection et la solidité du travail tandis qu'Anny Wottitz expérimente divers matériaux et techniques et s'inspire de la pratique artistique de Johannes Itten et Theo van Doesburg[4].
Son approche artistique se situe entre l'art textile de par les matériaux utilisés, les techniques de nœuds, teinture et couture et celui de la reliure où ses fibres végétales déchirées ou tissées, l'utilisation de gousses de plantes, la gravure sur du bois de bouleau, la confection malhabile peuvent passer pour des gestes subversifs[4][8][9].
Le travail le plus connu d'Anny Wottitz est la reliure semi rigide conçue pour African Fairy Tales (Contes de fée africains) illustré par Elisabeth Weber, pour lequel elle grave, coud et assemble des matériaux divers : fibres végétales avec des motifs de style africain découpés et teints, ficelle, gousses…, de façon à évoquer l'exotisme de l'art primitif africain tel qu'on le percevait à cette époque[8].
D'autres reliures de Anny Wottitz imitent des techniques médiévales : bandes tressées, lanières lacées dans des panneaux en bois et collage...
Elle ne se soucie pas de l'aspect fonctionnel. Les matériaux qu'elle utilise font que ses reliures se dégradent rapidement. La reliure de African Fairy Tales est inutilisable, elle se casse aux articulations de façon irréversible.
Exposition
- 2021-2022 : Forgotten Bauhaus Women, exposition collective, Bauhaus Museum, Weimar[10]
- 2023-2025 : The Whole World a Bauhaus, exposition itinérante, Riga, La Havane, Santiago de Cali[11]
