Année des quatre empereurs
année (69) où quatre empereurs se sont succédé à la tête de l'Empire romain
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L'Année des quatre empereurs désigne la période allant de l'été à l'hiver -70, durant laquelle se succèdent à la tête de l'Empire romain pas moins de trois empereurs (Galba, Othon, Vitellius), avant que le pouvoir n'échoie à Vespasien, premier empereur de la nouvelle dynastie des Flaviens.

Il s'agit de la crise la plus sérieuse traversée par le régime impérial depuis sa fondation par Auguste un siècle auparavant. Les troubles s'amorcent à la fin du règne de Néron, avec le soulèvement de Caius Julius Vindex en Gaule lyonnaise. Le suicide de l'empereur, qui ne désigne aucun héritier, ouvre alors une vacance du pouvoir. S'ensuit la première guerre civile romaine depuis l'affrontement entre Octave et Marc Antoine, dont les effets se font sentir dans une large partie des provinces.
Sur une année environ, les légions romaines s'affrontent à plusieurs reprises tandis que quatre hommes exercent tour à tour l'autorité suprême, Galba, Othon, Vitellius, puis Vespasien. Cette succession rapide engendre une instabilité durable, à laquelle seule la victoire finale de Vespasien met un terme.
Cet épisode révèle deux traits majeurs du fonctionnement de l'Empire un siècle après sa création. Rome demeure le lieu où se joue la légitimité du pouvoir, mais les armées stationnées dans les provinces pèsent désormais de plus en plus lourd dans le choix de l'empereur. Parvenu au pouvoir par les armes, à l'image d'Auguste, Vespasien s'inscrit dans la continuité du régime qu'il vient pourtant de bouleverser.
Les événements
La fin du règne de Néron
Au début de l'année 68, la révolte gronde contre Néron. Le gouverneur de la province de Gaule lyonnaise, Caius Julius Vindex, sénateur originaire d'Aquitaine[1], envoie à partir de mars 68 une série de lettres à plusieurs gouverneurs pour appeler au renversement de Néron, au nom d'un retour à une forme modérée de principat inspirée du modèle augustéen[1]. Il menace d'entrer ouvertement en révolte contre l'empereur[2]. Il réussit à rallier à sa cause Servius Sulpicius Galba[2], gouverneur de Tarraconaise, qui est acclamé Imperator par ses troupes au début du mois d'avril 68 à Carthagène, mais qui refuse le titre impérial et se fait appeler « légat du Sénat et du peuple romain »[3].
Vindex ne pouvait cependant pas se faire proclamer lui-même empereur, faute de légion sous ses ordres et du fait de son ascendance gauloise[4]. Il choisit Galba en raison de son âge avancé, qui lui permettait de prétendre incarner la figure du princeps senatus et de rivaliser ainsi avec Néron, qui n'avait que trente ans[5].
En Afrique, le légat de la Legio III Augusta, Lucius Clodius Macer, entre également en révolte contre Néron, menaçant de couper le ravitaillement de Rome en blé africain[2], mais sans se faire proclamer Imperator[3].
Le , le préfet des légions de Germanie supérieure, Lucius Verginius Rufus, défait facilement les troupes de Vindex à la bataille de Vesontio, près de l'actuelle Besançon[2], où Vindex trouve la mort[3]. Néron dispose dès lors d'un sursis, l'indécision persistante des légions de Germanie ne suffisant cependant pas à lui rendre son autorité[3].
À Rome, le préfet du prétoire Nymphidius Sabinus, secrètement rallié à Galba, accroît la paranoïa de Néron en lui transmettant de fausses informations. Il finit ainsi par le persuader de quitter sa Domus aurea pour une maison dans la banlieue de Rome. Une fois Néron éloigné, Galba obtient le soutien des prétoriens, grâce à Sabinus, pendant que le Sénat déclare Néron ennemi public et reconnaît Galba comme empereur[6][3]. Néron se suicide le 68[2]. Le Sénat vote la damnatio memoriæ de Néron.
Le règne de Galba
Galba rassemble alors ses troupes et marche sur Rome, où il n'arrive qu'en septembre-octobre 68[7], soit six à sept mois après avoir été acclamé en Espagne[8]. Pendant ce temps, à Rome, la situation est très difficile : la ville est livrée aux partisans de Néron pour la plupart des esclaves affranchis par celui-ci, qui pillent, volent et terrorisent la population. Nymphidius Sabinus, alors préfet du prétoire, cherche à profiter de cette situation pour se faire nommer empereur par les Prétoriens. Cependant, ces derniers, comptant sur la récompense mirobolante promise par Sabinus au nom de Galba et que ce dernier doit leur livrer à son arrivée, refusent la proposition et le tuent en .
Galba, issu de l'illustre gens Sulpicia et se disant descendant de Jupiter et de Pasiphaé[7], avait été favorisé au début de sa carrière par Livie et figurait en 41 parmi les successeurs possibles de Caligula, alors qu'il commandait en Germanie supérieure[9]. Claude en avait fait le proconsul d'Afrique (44-46)[9], puis Néron l'avait envoyé gouverner la Tarraconaise, où il s'était comporté en administrateur apprécié de ses provinciaux[7][10], poste qu'il occupait depuis huit ans au moment de son avènement[11]. Galba avait par ailleurs refusé, dès son acclamation en Espagne, les titres de César ou d'Imperator, se contentant de celui de legatus senatus ac populi Romani[12], et il revendiquait une parenté des Servii avec Livie, se rattachant ainsi symboliquement aux origines augustéennes du principat[13].
Si l'autorité de Galba à Rome est plus ou moins reconnue, elle l'est sans conteste dans les provinces. Seules les légions de Germanie, qui ont vaincu Caius Julius Vindex auparavant, grondent en voyant que seuls les prétoriens profitent de l'accession au trône de Galba[2].
Pour le Sénat, dont il incarne la politique dans un style qui se veut plus augustéen qu'Auguste, l'avènement de Galba constitue une divine surprise[7]. Il s'aliène cependant rapidement les militaires. Ainsi, il se refuse au donativum attendu par les soldats[14], ce que confirme son avarice de manière générale[15], et limoge le général vainqueur de Vindex au profit d'Aulus Vitellius, qu'il nomme gouverneur de Germanie inférieure[16][9].
L'arrivée à Rome n'est en rien triomphale. Il faut en effet supprimer tous les partisans de Néron qui refusent de reprendre leur ancien statut d'esclave. Or, beaucoup d'entre eux sont d'anciens marins, ce qui rend le sacrifice douloureux pour l'armée. Les soldats sont obligés de tuer leurs ex-compagnons.
Galba, assez âgé, est totalement manipulé par ses conseillers, Titus Vinius, Cornelius Laco et Icelus, lesquels ne s'entendent pas, sauf sur l'opportunité financière que constitue le pouvoir. Il commet sa dernière erreur en adoptant, le [15], Lucius Calpurnius Piso Frugi Licinianus, ou Pison — plus jeune fils d'un consul de l'an 27, ce qui devait assurer à Galba le soutien d'une grande famille sénatoriale[15]. Cette adoption s'inscrivait dans une logique explicitement anti-héréditaire et anti-néronienne. En choisissant Pison, fils d'une victime de Néron, Galba entendait à la fois rompre avec la pratique dynastique julio-claudienne et réparer une injustice commise par le régime précédent[17]. Lors de son discours d'adoption, Galba développa une véritable théorie de l'adoption comme mode de succession, dans un cadre rhétorique qui rappelait la procédure républicaine de l'adrogatio[18]. Galba avait par ailleurs construit son avènement en opposition systématique à Néron, notamment en faisant dresser les portraits des sénateurs exécutés par ce dernier et en mettant en avant, dans son monnayage, la mémoire de Livie et d'Auguste[19].
Ses erreurs finissent par exaspérer le peuple de Rome, le patriciat et l'armée. Les légions de Germanie, mécontentes de n'avoir pas été récompensées pour leur victoire sur Vindex, se soulèvent à leur tour[14].
Othon organise alors un complot qui obtient l'appui des troupes de Rome, notamment des prétoriens, et qui aboutit à l'assassinat de Galba le [2][15]. Les prétoriens abandonnent Galba, qui tombe aux mains de la soldatesque et est mutilé sur place. Sa tête, promenée au bout d'une pique, n'est retrouvée que le lendemain, et l'on a grand-peine à réunir ses restes pour lui donner une sépulture[20]. Il avait régné sept mois[20].
Le règne d'Othon
Le même jour, le , le Sénat, incapable de faire face à la garde prétorienne, nomme Othon empereur. Othon doit faire face à deux difficultés majeures : l’hostilité du Sénat qui regrette Galba et la révolte des légions de Germanie commandées par Vitellius, ce dernier étant proclamé empereur par ses légions. Les prémices d'une guerre civile se multiplient.
Les deux armées se rencontrent à la bataille de Bedriac. Les troupes d'Othon sont défaites et celui-ci se suicide peu de temps après, en faisant valoir qu'il ne veut plus sacrifier inutilement d'autres vies[21].
Le règne de Vitellius
À peine empereur, Vitellius doit faire face à la révolte des légions de Judée qui proclament Vespasien empereur. Laissant à son fils, Titus, le soin de terminer les opérations dans la région, le général vainqueur Vespasien se met à la tête de ses troupes.
Lors de la seconde bataille de Bedriac, Mucius affronte l'armée de Vitellius et la défait[2]. Vitellius parvient à rentrer à Rome et à cacher la nouvelle de sa défaite. Quand le peuple l'apprend, il met fin au règne de Vitellius, lapidé par la foule romaine et dont le corps est jeté dans le Tibre.
La fin de la guerre civile et le début du règne de Vespasien
Le , Vespasien est couronné empereur par le Sénat et fonde la dynastie des Flaviens.

