Anthropologie linguistique

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L'anthropologie linguistique est l'étude interdisciplinaire qui analyse l’influence de la langue sur la vie sociale. C'est une branche de l'anthropologie qui tire son origine de l'étude des langues en voie de disparition et qui s'est développée depuis un siècle pour englober presque tous les aspects de l'emploi et de la structure de la langue[1].

L'anthropologie linguistique examine la façon dont la langue façonne la communication, forme l'identité sociale et l'appartenance à un groupe, met en place des idéologies et croyances culturelles à grande échelle, et développe une représentation culturelle commune des mondes naturel et social[2].

Linguistique anthropologique

Comme Alessandro Duranti (en) l'a fait remarquer, trois paradigmes ont émergé au cours de l'histoire de cette sous-discipline. Le premier, dorénavant connu sous le nom de « linguistique anthropologique » est axé sur la documentation des langues. Le second, connu sous le nom d'anthropologie linguistique, se consacre à l'étude théorique de l'utilisation de la langue. Un troisième paradigme, développé au cours des deux ou trois dernières décennies, étudie les questions liées aux autres sous-domaines de l'anthropologie en prenant pour méthode l'enquête linguistique. Bien qu'ils se soient développés les uns après les autres, les trois paradigmes sont encore pratiqués aujourd'hui[3].

Le premier paradigme était, à l'origine, perçu comme de la linguistique, mais ses domaines d'études évoluant, on a fini par l'appeler linguistique anthropologique. Ce domaine était consacré à divers thèmes propres à la sous-discipline, en particulier la documentation linguistique de langues qu'on pensait voir disparaître (les premiers membres de la sous-discipline se sont penchés sur les langues indiennes d'Amérique du Nord). Parmi ces thèmes on retrouvait :

La philosophie de Humboldt tient une place importante dans les travaux récents produits en Allemagne, en France et ailleurs en Europe[5],[6].

Anthropologie linguistique

Dell Hymes est en majeure partie responsable de l'apparition du second paradigme qui a pris le nom d'anthropologie linguistique dans les années 1960, bien qu'il soit aussi à l'origine du terme « ethnographie de la communication » pour décrire le contenu envisagé du domaine. Les développements technologiques récents étaient mis à contribution, en particulier les nouvelles formes d'enregistrement mécanique.

Hymes a introduit également une nouvelle unité d'analyse. Tandis que le premier paradigme était centré sur des « langues » en apparence différentes (les guillemets indiquent que les anthropolinguistes traitent le concept de langue comme une construction « idéale » couvrant des questions complexes à l'intérieur et au-delà des barrières linguistiques), l'unité d'analyse du second paradigme était nouvelle : l'événement langagier. (L'événement langagier ou speech event est un événement défini par le discours qui y est produit (par exemple une conférence) ; ainsi, un dîner n'est pas considéré comme un événement langagier mais comme une situation langagière, une situation au cours de laquelle du langage peut être produit ou non.) Les chercheurs se sont beaucoup penchés sur les événements langagiers au cours desquels les acteurs étaient tenus pour responsables de la forme de leur performance linguistique en tant que telle[7],[8].

Hymes est également à l'origine d'une approche anthropolinguistique de l'ethnopoétique.

Hymes espérait créer un lien plus étroit entre l'anthropologie linguistique et sa discipline mère. Son nom suggère que le domaine est principalement centré sur l'anthropologie, tandis que la linguistique anthropologique donne l'impression que ceux qui la pratiquent s'intéressent principalement à la linguistique, qui est une discipline académique à part entière dans la plupart des universités aujourd'hui (ce qui n'était pas le cas à l'époque de Boas et Sapir). Cependant, le souhait de Hymes ne s'est pas réalisé, bien au contraire, puisque le second paradigme a en fait éloigné la sous-discipline du reste de l'anthropologie.

Questions anthropologiques traitées par le biais de méthodes et de données linguistiques

Dans le troisième paradigme, apparu à la fin des années 1980, au lieu de continuer la poursuite d'objectifs venant d'une discipline étrangère à l'anthropologie, les anthropolinguistes se sont penchés sur des questions liées à la discipline plus large de l'anthropologie, mais en utilisant des méthodes et des données linguistiques. Parmi les domaines d'étude de ce troisième paradigme, on retrouve des recherches concernant l'identité sociale, les idéologies partagées à grande échelle et la construction et production de récits au cours d'interactions entre individus et au sein de groupes[3].

Cette branche est à l'opposé, en quelque sorte, de la branche émergente en Anthropologie linguistique continentale. Au cours des dernières décennies, Jürgen Trabant (de) (2009) a permis de transformer la perception de l'anthropologie linguistique en Allemagne grâce à son interprétation novatrice de l'œuvre du philosophe et linguiste Wilhelm von Humboldt (1836/1999) qui a affirmé que le développement de l'esprit d'une communauté linguistique donnée était indissociable de la manière dont les humains contribuent au développement de leur système linguistique à travers leurs discours et leurs écrits. L'anthropologie linguistique française a été influencée par Trabant et Humboldt. En revanche dans les pays anglophones, sauf exceptions (voir Underhill 2009), Humboldt doit encore convaincre des lecteurs parmi les anthropolinguistes, même si beaucoup le citent comme source d'inspiration.

Domaines d'étude

Références

Annexes

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