Antonín Dvořák

compositeur tchèque From Wikipedia, the free encyclopedia

Antonín Dvořák (/ˈantoɲiːn ˈdvoaːk/ Écouter), né le à Nelahozeves (royaume de Bohême) et mort le à Prague, est un compositeur tchèque originaire de Bohême (alors partie de l'Empire d'Autriche). Il est l'un des premiers compositeurs tchèques à acquérir une renommée internationale et l'un des plus grands compositeurs de la seconde moitié du XIXe siècle. Très polyvalent, il s'illustre aussi bien dans les domaines de la musique de chambre que de la musique orchestrale, de la musique religieuse ou de l'opéra. Il emploie fréquemment des rythmes et d'autres éléments de la musique folklorique de Moravie et de sa Bohême natale, suivant l'exemple de son prédécesseur, Bedřich Smetana.

Nom de naissance Antonín Leopold Dvořák
Décès (à 62 ans)
Prague (Bohême, Autriche-Hongrie)
Activité principale Compositeur
Faits en bref Nom de naissance, Naissance ...
Antonín Dvořák
Description de cette image, également commentée ci-après
Antonín Dvořák en 1904.
Nom de naissance Antonín Leopold Dvořák
Naissance
Nelahozeves (Bohême, empire d'Autriche)
Décès (à 62 ans)
Prague (Bohême, Autriche-Hongrie)
Activité principale Compositeur
Style Romantique
Conjoint Anna Čermáková (1873-1904)

Œuvres principales

Fermer

Dvořák fait preuve d'un talent musical précoce, se révélant un violoniste doué dès l'âge de six ans. Il étudie à l'école d'orgue de Prague, puis joue de l'alto au sein de l'orchestre du Théâtre provisoire de Prague tout en se lançant dans la composition. Les premières représentations publiques de ses œuvres ont lieu à Prague en 1872. C'est en envoyant certaines de ses œuvres à un jury afin d'obtenir une bourse qu'il attire l'attention de sommités du monde musical en 1874. En 1877, Johannes Brahms recommande Dvořák à son éditeur, Fritz Simrock, qui lui commande peu après les Danses slaves. Le succès commercial et critique de cette œuvre lui assure une renommée internationale.

La Sixième Symphonie de Dvořák et son Stabat Mater connaissent un grand succès à Londres en 1882 et 1883, ce qui entraîne de nombreuses autres représentations au Royaume-Uni. Au cours de sa carrière, il effectue plusieurs séjours en Angleterre, dirigeant souvent des concerts de ses propres œuvres. Il compose sa Septième Symphonie pour Londres en 1885. En visite en Russie en mars 1890, il dirige des concerts de sa propre musique à Moscou et à Saint-Pétersbourg. En 1891, il est nommé professeur au conservatoire de Prague. Entre 1890 et 1891, il compose son Trio Dumky, l'une de ses œuvres de musique de chambre les plus célèbres.

En 1892, il s'installe aux États-Unis pour y devenir directeur du conservatoire national de musique à New York. Aux États-Unis, il compose ses deux œuvres orchestrales les plus célèbres : la Symphonie du Nouveau Monde, qui lui apporte la consécration internationale, et le Concerto pour violoncelle, l'un des plus appréciés du genre. Il passe l'été 1893 à Spillville, dans l'Iowa, et y compose son œuvre de musique de chambre la plus célèbre, un quatuor à cordes surnommé plus tard le Quatuor américain. Cependant, la crise économique d'avril 1893 affecte directement le financement du conservatoire national. Le manque à gagner, conjugué à un mal du pays grandissant, le pousse à quitter les États-Unis et à retourner en Bohême en 1895. Comblé d'honneurs, il se consacre alors principalement à la composition de poèmes symphoniques et à l'opéra.

Ses dix opéras, à l'exception du premier, ont tous un livret en tchèque et visent à exprimer l'esprit national tchèque, tout comme certaines de ses œuvres chorales. Son opéra le plus célèbre est Rusalka, créé en 1901. Parmi ses œuvres plus courtes, la septième Humoresque est également largement jouée et enregistrée. Le Festival international de musique Dvořák de Prague est un important cycle de concerts organisé chaque année pour célébrer la vie et l'œuvre du compositeur.

Biographie

Jeunesse

La maison natale du compositeur à Nelahozeves.

Antonín[note 1] Leopold Dvořák naît le à Nelahozeves, un village de Bohême (empire d'Autriche) situé au nord de Prague le long de la rivière Vltava[1],[2]. Il est le fils aîné de František Dvořák (1814-1894) et de son épouse, Anna, née Zdeňková (1820-1882)[3]. František exerce les métiers d'aubergiste et de boucher, et joue de la cithare. Anna est la fille de Josef Zdeněk, bailli du prince de Lobkowicz[4]. Anna et František se marient le [5]. Antonín est l'aîné de quatorze enfants, dont huit survivent à la petite enfance[6]. Il est baptisé catholique dans l'église Saint-André de son village. Les années passées par Dvořák à Nelahozeves nourrissent sa foi chrétienne profonde et son amour pour ses origines bohémiennes, qui ont fortement influencé sa musique[7].

En 1847, Dvořák entre à l'école primaire et apprend à jouer du violon auprès de son professeur Joseph Spitz. Celui-ci lui fait découvrir la musique de Mozart et de Joseph Haydn. Il fait preuve très tôt de talent, jouant dans un orchestre de village et à l'église[8],[1]. La gare de Nelahozeves est construite pendant l'enfance de Dvořák, et il développe une passion pour les trains qui durera toute sa vie[9]. Si son talent musical est manifeste et encouragé, son père le destine encore à prendre sa suite à la boucherie-auberge[1]. En 1854, Dvořák est envoyé vivre chez son oncle Antonín Zdeněk à Zlonice afin d'apprendre l'allemand, la langue officielle de l’administration impériale autrichienne[10]. Sa première composition, la Polka pomněnka en do majeur, est probablement écrite dès 1855[11].

Antonín Dvořák enfant.

Dvořák prend des leçons d'orgue, de piano et d'alto auprès de son professeur d'allemand, Antonín Liehmann. Ce dernier enseigne également au jeune garçon le solfège. Dvořák a une grande estime pour Liehmann, qui est aussi organiste de l'église de Zlonice et se fait assister de son élève quand il joue lors des offices[12]. En 1856, Dvořák poursuit ses études d'orgue et de solfège pendant un an à Česká Kamenice avec l'organiste František Hanke[13]. À l'âge de 16 ans, à la demande de Liehmann et de Hanke, František autorise son fils à devenir musicien, à condition qu'il se destine à une carrière d'organiste[14],[2].

Après son départ pour Prague en , Dvořák entre à l'école d'orgue de la ville, où il étudie le chant avec Josef Zvonař, la théorie musicale avec František Blažek et l'orgue avec Joseph Foerster. Ce dernier, père de Josef Bohuslav Foerster, est non seulement professeur au conservatoire de Prague, mais aussi compositeur pour orgue[15]. Dvořák suit également des cours pour perfectionner son allemand encore hésitant et travaille comme altiste dans de nombreux orchestres, dont celui de la Société Sainte-Cécile[16]. À cette époque, il se lie d'amitié avec Karel Bendl et Adolf Čech, et découvre avec intérêt la musique de Franz Liszt, Hector Berlioz et Richard Wagner, très éloignée du conservatisme professé à l'école d'orgue[17]. Il compose ses deux premières fugues et obtient son diplôme de l'école d'orgue le , terminant deuxième de sa promotion[18]. Il postule sans succès pour un poste d'organiste à l'église Saint-Henri de Prague, mais reste déterminé à poursuivre une carrière musicale[19].

Dès 1858, il intègre l'orchestre de Karel Komzák, avec lequel il se produit dans les restaurants et les bals de Prague[20]. Le haut niveau professionnel de l'ensemble attire l'attention de Jan Nepomuk Maýr, qui engage la formation au complet au sein de l'Orchestre du Théâtre provisoire de Prague, tout juste inauguré. Dvořák y joue de l'alto à partir de 1862. N'ayant guère les moyens de s'offrir des billets de concert, jouer dans l'orchestre lui permet d'écouter de la musique, principalement des opéras[21]. En 1861, il compose son premier quintette et, en 1862, son premier quatuor à cordes, dans lesquels transparaît sa passion pour la musique de Franz Schubert[22]. Dvořák nomme son quintette à cordes en la mineur son op. 1, et son premier quatuor à cordes son op. 2, bien que le catalogue chronologique Burghauser les numérote B.6 et B.7, mentionnant cinq compositions antérieures sans numéro d'opus[23].

En , il participe à un programme consacré à Richard Wagner, venu diriger l'orchestre. En 1864, Dvořák accepte de partager le loyer d'un appartement situé dans le quartier de Žižkov à Prague avec cinq autres personnes, dont le violoniste Mořić Anger et Karel Čech, qui devient plus tard chanteur d'opéra[24].

Josefina Čermáková (debout) et sa sœur Anna (assise).

C'est en donnant des leçons de piano pour compléter ses revenus que Dvořák rencontre en 1865 sa future épouse, Anna Čermáková, contralto au Théâtre provisoire. Il tombe initialement amoureux de la sœur aînée d'Anna, Josefína Čermáková, qui est son élève. C'est apparemment pour Josefína qu'il compose le cycle de lieder Les Cyprès[25]. Cependant, Josefína ne partage pas les sentiments de Dvořák et épouse plus tard un autre homme, le comte Wenzel Robert von Kaunitz (1848-1913)[26]. En 1866, Maýr est remplacé comme chef d'orchestre du Théâtre provisoire par Bedřich Smetana. Dvořák participe alors comme altiste à la création des opéras La Fiancée vendue et Dalibor[27].

Compositeur et organiste

Dvořák en 1868, âgé de 26 ou 27 ans.

Au début des années 1860, Dvořák fait également ses premières tentatives symphoniques, dont certaines sont brûlées par dépit. Le manuscrit d'une symphonie en ut mineur sans numéro d'opus, B.9, composée en 1865, est perdu par Dvořák, puis retrouvé et authentifié en 1923[28]. Cette symphonie est aujourd'hui considérée comme la première de Dvořák. La Symphonie no 2 en si bémol majeur est composée aussi en 1865. Dvořák est tenté de la détruire mais Mořić Anger le persuade de la conserver[29]. Selon le catalogue Burghauser, aucune de ses compositions datées d'avant 1870 n'a été créée avant 1888. En 1870, il compose son premier opéra, Alfred, en l'espace de cinq mois, de mai à octobre[30]. La partition n'est découverte qu'après sa mort. Son ouverture est jouée en public en 1905, et l'opéra complet seulement en 1938 à Olomouc[31].

L'église Saint-Adalbert de Prague, où Dvořák est organiste de 1872 à 1877.

L'opéra-comique Le Roi et le Charbonnier, composé d'avril à , est déclaré injouable en l'état par Bedřich Smetana, mais ce dernier dirige son ouverture en 1872 lors d'un concert philharmonique[32]. En , Dvořák quitte l'orchestre du Théâtre provisoire pour avoir plus de temps à consacrer à la composition. Il fréquente le salon de Jan Ludevít Procházka, ce qui lui permet de se faire des relations et d'interpréter certaines de ses compositions en public[33]. Dvořák obtient le poste d'organiste à l'église Saint-Vojtěch, également appelée église Saint-Adalbert de Prague, sous la direction de Josef Foerster, son ancien professeur à l'école d'orgue[25].

En , le quintette pour piano en la majeur, op. 5 de Dvořák, est interprété à Prague par un ensemble de musiciens réuni par Procházka. Il s'agit de sa première œuvre jouée en concert[34]. En , sa cantate patriotique tchèque Les Héritiers de la Montagne Blanche est interprétée par la chorale Hlahol de Prague, composée de 300 choristes sous la direction de son ami Karel Bendl, et reçoit un accueil chaleureux du public et de la critique[35]. En 1873-1874, Dvořák révise entièrement Le Roi et le Charbonnier. Cette version de l'opéra est créée à Prague le et n'obtient qu'un succès d'estime[36].

Le , Dvořák épouse Anna Čermáková, de treize ans sa cadette[25]. De leur mariage naissent neuf enfants, dont les trois premiers meurent en bas âge : Otakar (1874-1877), Josefa (1875-1875), Růžena (1876-1877), Otilie (1878-1905), Anna (1880-1923), Magdalena (1881-1952), Antonín (1883-1956), Otakar (1885-1961) et Aloisie (1888-1967). La Symphonie no 3 en mi bémol majeur, créée le , est la première de Dvořák à être interprétée en concert[37].

Malgré les premiers succès de Dvořák comme compositeur, la situation financière de son ménage demeure très précaire. En , il fait donc une demande officielle de bourse « en tant qu'artiste nécessiteux » et envoie dans ce but des œuvres devant être examinées par un jury composé notamment de Johann von Herbeck, directeur de l'opéra d'État de Vienne, du chef d'orchestre Felix Otto Dessoff et du critique musical Eduard Hanslick[38]. Le jury reçoit une soumission conséquente de Dvořák : quinze œuvres, dont deux symphonies, la troisième et la quatrième, plusieurs ouvertures et un cycle de lieder[39]. Une bourse de 400 florins lui est accordée en , et elle est renouvelée les trois années suivantes[40].

Le compte-rendu officiel du prix de 1874 indique que Dvořák est un professeur de musique relativement pauvre qui « a soumis 15 compositions, dont des symphonies, qui témoignent d'un talent indéniable […] Le candidat […] mérite une bourse pour améliorer sa situation financière précaire et le libérer de l'anxiété dans son travail de création ». Il est précisé qu'il ne possède pas encore de piano[41]. C'est à cette époque que Dvořák fait la connaissance de Leoš Janáček, alors âgé de vingt ans. Malgré leurs caractères très différents, les deux musiciens sont unis par une même obstination et l'amour du folklore slave[42]. Tous les deux assistent ensemble à la création en 1875 des deux premières parties de Má Vlast de Smetana[43].

En 1875, Dvořák compose son Quintette à cordes n° 2 en sol majeur, op. 77, pour un concours de musique de chambre organisé par l'Umělecká beseda, où elle reçoit à l'unanimité un prix de cinq ducats pour « l'excellence du thème, la maîtrise technique de la composition polyphonique, la connaissance de la forme et la connaissance des instruments » dont elle fait preuve[44]. Cette œuvre, ainsi que son premier trio pour piano, marque pour le compositeur une étape décisive dans sa maîtrise de l'expressivité musicale et du dialogue entre les instruments[45]. Toujours en 1875, une année très productive pour Dvořák, il compose sa Cinquième Symphonie, où il se débarrasse de ses influences antérieures pour s'affirmer pleinement comme symphoniste, et sa Sérénade pour cordes en mi majeur[46].

En 1876, Dvořák compose plusieurs œuvres de musique de chambre, dont son huitième quatuor, ainsi qu'une partie du cycle de mélodies Duos moraves et son concerto pour piano. À la suite du renouvellement de sa bourse en 1876, il peut enfin démissionner de son poste d'organiste[47]. En 1877, il écrit les Variations symphoniques, dont Ludevít Procházka dirige la création à Prague le mais qui sont fraîchement accueillies[48]. Il compose aussi l'opéra-comique Le Paysan rusé, qui est donné le à Prague et qui marque son premier succès public dans ce domaine[49].

Reconnaissance internationale

Page de titre de la première édition des Danses slaves.

En 1877, la mort en bas âge des trois premiers enfants du compositeur, dont deux à quelques mois d'intervalle, est à l'origine de la création du Stabat Mater, terminé en novembre[50]. Gardé privé pendant trois ans, le Stabat Mater est créé à Prague le sous la direction d'Adolf Čech[51]. Avant cela, Dvořák a sollicité à nouveau le renouvellement de sa bourse, soumettant ses Duos moraves et d'autres œuvres, peut-être son concerto pour piano[52]. Il apprend le résultat en , lorsqu'il reçoit une lettre d'Eduard Hanslick qui l'informe que la bourse lui est à nouveau accordée, et lui révèle également que Johannes Brahms et Hanslick ont figuré parmi les jurés et lui offrent leur aide pour faire connaître sa musique[52]. Au cours du même mois, Dvořák compose son Quatuor à cordes no 9 en ré mineur, qu'il dédie à Brahms[53].

Brahms et Hanslick ont été très impressionnés par les Duos moraves, et Brahms les recommande à son éditeur, Nikolaus Simrock, qui les publie avec succès. Ayant en tête le succès des Danses hongroises de Brahms, Simrock commande à Dvořák une œuvre de même nature[54]. Dvořák soumet ses Danses slaves, op. 46, en 1878, d'abord pour piano à quatre mains, puis, à la demande de Simrock, également dans une version orchestrale. Ces œuvres connaissent un succès immédiat et retentissant[55]. Le , le critique musical renommé Louis Ehlert publie une critique des Duos moraves et des Danses slaves dans le Berliner National-Zeitung, affirmant que les Danses slaves vont faire le tour du monde et qu'une « spontanéité céleste se dégage de cette musique »[56]. Les danses et duos de ce compositeur jusque-là inconnu sont pris d'assaut dans les magasins de musique allemands. Les Danses slaves sont jouées en 1879 lors de concerts en France, en Angleterre et aux États-Unis[57].

Toujours en 1878, Dvořák compose sa Sérénade en ré mineur, op. 44 et son sextuor à cordes. Simrock présente cette dernière partition au violoniste de renom Joseph Joachim, qui, avec d'autres musiciens, en assure la première mondiale en . Joachim devient un fervent défenseur de la musique de chambre de Dvořák[58]. En 1879, Dvořák compose également son dixième quatuor à cordes, à la demande de Jean Becker[59], et son concerto pour violon. En décembre, il dédie le concerto à Joachim et lui envoie la partition[60]. Au printemps suivant, devant le peu d'enthousiasme de Joachim, Dvořák remanie considérablement la partition, mais Joachim n'en est toujours pas pleinement satisfait[61]. Le concerto est créé à Prague en par le violoniste František Ondříček, qui l'interprète également à Vienne sous la direction de Hans Richter en décembre de la même année[60]. Par la suite, Joachim doit jouer le concerto à deux reprises, mais les arrangements échouent à chaque fois et il ne peut finalement jamais l'interpréter en public[62].

Hans Richter demande à Dvořák de composer sa Sixième Symphonie pour l'Orchestre philharmonique de Vienne, dans le but de la créer en . Cependant, Dvořák découvre plus tard que, malgré cette intention, des membres de l'orchestre s'opposent à l'interprétation d'œuvres du compositeur pendant deux saisons consécutives, en raison d'un sentiment anti-tchèque[63]. Adolf Čech dirige donc la première de la symphonie lors d'un concert de la société philharmonique, ancêtre de l'Orchestre philharmonique tchèque, le à Prague. Son troisième mouvement est bissé à la demande du public[64]. Richter dirige finalement l'œuvre à Londres en . C'est un triomphe qui contribue de façon décisive à la popularité de Dvořák en Angleterre[64].

En 1881, Dvořák compose son Quatuor à cordes no 11 qui doit être créé par Josef Hellmesberger à Vienne le mais la création est annulée en raison de l'incendie du Ringtheater une semaine avant[65]. Entre et , Dvořák compose aussi son opéra Dimitrij et le présente à Prague le mais l'accueil est mitigé. Deux versions ultérieures, en 1885 et 1894, n'auront pas plus de succès[66]. La mort de sa mère en et les demandes pressantes de Brahms, Hanslick et Simrock pour qu'il s'installe à Vienne, ce à quoi il se refuse, inspirent à Dvořák son Trio no 3 pour piano, violon et violoncelle, au ton très fougueux et dramatique, qui est créé le [67].

Voyages en Europe

Antonín Dvořák et son épouse Anna à Londres en 1886.

Après l'exécution du Stabat Mater et son accueil très favorable au Royal Albert Hall de Londres le , sous la direction de Joseph Barnby, ce succès entraîne toute une série de représentations de l'œuvre en Angleterre et aux États-Unis, un an avant qu'elle ne soit appréciée en Allemagne et en Autriche[68]. Dvořák est invité à Londres, où il dirige en son Stabat Mater et sa Sixième Symphonie avec un grand succès[69]. À son retour en Bohême, sa situation financière lui permet de réaliser l'un de ses rêves de toujours : acquérir une résidence d'été où il pourrait se retirer et se concentrer à la composition. Il achète une maison de campagne à Vysoká u Příbramě, où il compose nombre de ses œuvres ultérieures[70]. Il est à nouveau invité en Angleterre en , cette fois-ci à l'occasion du 800e anniversaire de la cathédrale de Worcester[71].

En réponse à une commande de la Royal Philharmonic Society, Dvořák compose sa Septième Symphonie et en dirige la première au St James's Hall le , l'accueil étant une nouvelle fois triomphal[72]. Lors de sa quatrième visite en Angleterre, Dvořák présente en concert sa cantate Les Chemises de noces[note 2] le . La représentation est un nouveau triomphe, et les sociétés chorales des pays anglophones s'empressent de présenter l'œuvre[73].

De à , Dvořák se consacre principalement à la composition de l'oratorio Sainte Ludmila, commandé par Novello & Co pour le festival de Leeds[74]. Sainte Ludmila remporte un succès considérable lors de sa première représentation le mais les deux représentations suivantes se font devant un public clairsemé, certainement en raison de la durée de l'œuvre, trois heures, et d'une traduction bâclée du livret tchèque vers l'anglais[75]. Simrock, avec qui les relations se sont tendues, reçoit pour sa part une deuxième série de Danses slaves, op. 72, composées entre l'été 1886 et [76].

En 1887, Hans Richter dirige les Variations symphoniques à Londres et à Vienne avec un immense succès alors que Dvořák les avait laissées de côté faute d'intérêt initial de la part de ses éditeurs. Richter écrit à Dvořák à propos du concert de Londres : « Parmi les centaines de concerts que j'ai dirigés au cours de ma vie, aucune œuvre nouvelle n'a connu un succès tel que la vôtre »[77]. La même année, Dvořák compose sa Messe en ré majeur et surtout son Quintette pour piano no 2, d'une très grande créativité et maîtrise instrumentale[78].

Malgré le succès de Dvořák, une représentation du Stabat Mater à Vienne en est victime d'un regain de sentiment anti-tchèque et de ce que le compositeur qualifie de « critiques destructrices »[79]. En 1888, Piotr Ilitch Tchaïkovski, se rend deux fois à Prague pour y donner plusieurs de ses œuvres et noue d'emblée d'excellentes relations avec Dvořák[80]. En , ce dernier termine son opéra Le Jacobin, sur lequel il travaille par intermittence depuis 1882. Créé le à Prague, c'est son premier triomphe public à l'opéra[81]. La deuxième moitié de 1889 est surtout consacrée à la composition de la Huitième Symphonie, créée le par Dvořák lui-même[82].

En , sur l'invitation de Tchaïkovski, Dvořák se rend en Russie et dirige des concerts de sa musique à Moscou et à Saint-Pétersbourg[83]. Peu après, il se dispute avec son éditeur Simrock au sujet de ses honoraires pour l'édition de sa Huitième Symphonie, refusant d'accepter un montant bien inférieur à ce qui était convenu. Le compositeur vend donc les droits d'édition à Novello et part ensuite diriger sa première londonienne[84]. À la même période, il se voit offrir un poste de professeur de composition et d'instrumentation au conservatoire de Prague pour huit mois de cours par an. Il refuse d'abord l'offre, puis l'accepte, avec une prise de fonction en [85]. Il termine le mois suivant son Trio Dumky, qui est créé le [86].

En , Dvořák retourne en Angleterre pour y recevoir un doctorat honoris causa de l'université de Cambridge[87]. Le même mois, il reçoit un télégramme de Jeannette Thurber, présidente du conservatoire national de musique de New York, l'invitant à occuper le poste de directeur de ce conservatoire pour aider la musique américaine à se créer une identité[88]. Son Requiem est créé en octobre de la même année, un an après la fin de sa composition, lors du festival triennal de musique de Birmingham, sous la direction de Dvořák lui-même, et connaît un vif succès[89].

Séjour aux États-Unis

Dvořák avec sa famille et ses amis à New York en 1893 – de gauche à droite : son épouse Anna, son fils Antonín, Sadie Siebert, son secrétaire Josef Jan Kovařík, la mère de Sadie Siebert, sa fille Otilie, et lui-même[90].

Le contrat de deux ans proposé à Dvořák par Jeannette Thurber commence à partir du avec un salaire annuel de 15 000 dollars, soit vingt-cinq fois plus que ce qu'il perçoit au conservatoire de Prague[91],[92]. Il prévoit trois heures de travail par jour, comprenant l'enseignement et la direction d'orchestre, six jours par semaine, avec quatre mois de congés chaque été[92]. Après avoir longtemps hésité, Dvořák accepte officiellement le poste le [93]. Le compositeur, accompagné de son épouse et de deux de ses enfants, Otilie et Antonín, embarque pour les États-Unis depuis Brême le et arrive à New York dix jours plus tard[94]. Josef Kovařík, jeune américain d'origine tchèque qui vient de terminer ses études de violon au conservatoire de Prague et que Dvořák a engagé en tant que secrétaire et interprète, fait aussi partie du voyage[94].

L'objectif principal de Dvořák en Amérique est de découvrir la musique américaine et de s'y investir, à l'instar de l'utilisation qu'il a faite des idiomes folkloriques tchèques dans sa propre musique. Peu après son arrivée à New York en 1892, Dvořák publie une série d'articles de presse où il s'interroge sur l'état de la musique américaine. Il défend l'idée que les musiques afro-américaine et amérindienne doivent servir de fondement au développement de la musique américaine. Il est convaincu qu'à travers ces musiques, les Américains trouveront leur propre style musical national[95]. Dvořák rencontre Harry Burleigh, qui devient par la suite l'un des premiers compositeurs afro-américains. Burleigh lui fait découvrir les negro spirituals traditionnels[96].

Le Te Deum de Dvořák est dédié au 400e anniversaire de la découverte de l'Amérique. L'œuvre, commandée par Jeannette Thurber en 1891, lorsque le compositeur accepte le poste de directeur de son école, est terminée avant le départ de Dvořák pour les États-Unis. Le Te Deum est créé lors du premier concert de Dvořák à New York, le au Carnegie Hall[97]. De janvier à , Dvořák compose la Symphonie n° 9, « Du Nouveau Monde »[98]. Créée par l'Orchestre philharmonique de New York le sous la direction d'Anton Seidl, elle est accueillie par des applaudissements enthousiastes. C'est l'un des plus grands triomphes du compositeur, et dès sa publication, la symphonie est adoptée par les chefs d'orchestre du monde entier[99].

Statue de Dvořák sur Stuyvesant Square, à Manhattan, par Ivan Meštrović.

Dvořák décide de passer l'été 1893 à Spillville, dans l'Iowa, avec toute sa famille réunie pour l'occasion. Ce village est en effet une communauté tchèque d'où Kovařík est originaire[100]. C'est là qu'il compose le Quatuor à cordes en fa majeur « Américain » et le Quintette à cordes en mi bémol majeur[101]. Les deux œuvres sont créées conjointement le à Carnegie Hall par le Quatuor Kneisel avec un immense succès[102]. En , il dirige une représentation de sa Sixième Symphonie et de trois Danses slaves à l'Exposition universelle de Chicago[103].

De retour à New York, il compose sa Sonatine pour violon et piano[104]. La panique de 1893, une grave crise économique, épuise les ressources de la famille Thurber et des autres mécènes du conservatoire. En 1894, le salaire de Dvořák est réduit à 8 000 dollars par an et, de surcroît, il n'est versé que de façon irrégulière[92]. Le compositeur, l'esprit occupé par ces contrariétés matérielles et surtout par la mort de son père, connaît une baisse de créativité[105]. Un projet d'opéra inspiré par Le Chant de Hiawatha ne voit jamais le jour[106]. Dvořák et sa famille retournent passer tout l'été 1894 en Bohême. C'est à cette période qu'il compose ses Humoresques pour piano[107].

En 1894, Victor Herbert, qui enseigne également au conservatoire de New York, compose son deuxième concerto pour violoncelle, et le présente à plusieurs reprises, notamment lors de sa création triomphale sous la direction d'Anton Seidl. Dvořák assiste à au moins deux représentations du concerto d'Herbert et est inspiré pour répondre à la demande de son ami Hanuš Wihan d'écrire une œuvre de ce genre[108]. Durant l'hiver 1894-1895, il compose son Concerto pour violoncelle en si mineur, op. 104, terminé en [109]. Peu de temps après, rongé par le mal du pays et son salaire partiellement impayé, le compositeur décide de retourner en Bohême prématurément lorsque la nouvelle de la santé déclinante de sa belle-sœur lui parvient. Dvořák et son épouse quittent New York avant la fin du semestre de printemps[110].

Retour en Europe et dernières années

La maison de campagne, devenu un musée, du compositeur à Vysoká.

Dvořák revient en Europe le [111]. Après une représentation de Dimitrij au Théâtre national le , il quitte Prague pour la maison de campagne familiale à Vysoká. Sa belle-sœur, Josefina Čermáková, meurt le même mois. N'ayant aucune envie de retourner aux États-Unis, Dvořák en informe Jeannette Thurber en invoquant le fait que sa belle-mère ne peut plus s'occuper de ses enfants et que ceux-ci doivent rester en Europe[112].

Durant ses dernières années, Dvořák se consacre à la composition d'opéras, de musique de chambre et de poèmes symphoniques. En 1895, il termine ses quatuors à cordes en sol majeur et en en la bémol majeur, ses deux dernières compositions en musique de chambre, qui sont créés l'année suivante par le Quatuor de Bohême et le Quatuor Rosé[113]. En , il reprend son poste de professeur au conservatoire de Prague[114]. En 1896, il travaille essentiellement au cycle de quatre poèmes symphoniques inspiré du recueil de contes en vers Kytice de Karel Jaromír Erben, auquel s'ajoute en 1897 un cinquième poème symphonique d'inspiration plus personnelle[115]. Dvořák renouvelle le genre en inventant un procédé de narration musicale fondé sur la prosodie de la langue parlée. Par la suite, il ne réalise que quelques œuvres par an, principalement des opéras.

Le , Dvořák dirige le premier concert de l'Orchestre philharmonique tchèque nouvellement créé[116]. Le mois suivant, la première viennoise de sa Symphonie « Du Nouveau Monde », dirigée par Hans Richter en sa présence et celle de Brahms, est un triomphe qui marque son acceptation officielle par la société viennoise[117]. En , il se rend en Angleterre pour la neuvième et dernière fois afin de diriger la première de son Concerto pour violoncelle en si mineur par l'Orchestre philharmonique de Londres avec le violoncelliste anglais Leo Stern. L'accueil est enthousiaste[118]. Toujours en 1896, Brahms tente de persuader Dvořák de s'installer à Vienne mais, bien qu'il soit très touché par cette offre, Dvořák se déclare incapable de quitter la Bohême[119]. En 1897, Dvořák rend visite à Brahms sur son lit de mort et assiste à ses funérailles le [120].

Une version remaniée du Jacobin est créée avec un grand succès en [81]. En , la fille de Dvořák, Otilie, épouse son élève, le compositeur Josef Suk[121]. En , l'empereur François-Joseph Ier lui décerne une médaille d'or Litteris et Artibus (des arts et des lettres)[122]. Le Diable et Catherine, sur l'un des premiers livrets en prose de l'opéra tchèque, connaît à son tour le succès en malgré son côté opéra symphonique en avance sur son temps[123].

Les funérailles de Dvořák le , un événement d'importance nationale[124].

Le , Dvořák dirige son dernier concert avec l'Orchestre philharmonique tchèque, interprétant l'Ouverture tragique de Brahms, la Symphonie « Inachevée » de Franz Schubert, la Huitième Symphonie de Beethoven et son propre poème symphonique, La Colombe sauvage[125]. Entre avril et , Dvořák se consacre à l'écriture de Rusalka sur un livret inspiré par la créature de la mythologie slave du même nom ainsi que par La Petite Sirène. Créé à Prague le , il obtient un triomphe, devenant l'opéra le plus populaire de Dvořák et l'un des deux opéras tchèques les plus joués internationalement avec La Fiancée vendue de Smetana[126].

En , l'empereur nomme Dvořák membre de la Chambre des Pairs autrichienne[127]. Dvořák succède également à Antonín Bennewitz à la direction du conservatoire de Prague de jusqu'à sa mort[128]. Le soixantième anniversaire de Dvořák est célébré comme un événement national. Tout d'abord, aux alentours de cette date, six de ses opéras et l'oratorio Sainte Ludmila sont joués à Prague, alors que Dvořák se trouve à Vienne ; puis, en a lieu la fête d'anniversaire officielle reportée. Dans de nombreuses villes de Bohême et de Moravie, le peuple tchèque célèbre son anniversaire[129].

Son dernier opéra, Armida, est composé de à . Présenté le , c'est un échec cuisant[130]. Dvořák, souffrant et dépité, quitte la salle avant la fin du spectacle[131]. Le premier festival de musique tchèque, en , propose un programme presque entièrement composé d'œuvres de Dvořák. Soixante-seize chorales venues de toute la Bohême se réunissent à Prague, et seize mille chanteurs interprètent l'oratorio Sainte Ludmila. Dvořák lui-même, alité, ne peut y assister[132]. Quelques semaines avant sa disparition, des émissaires de la mairie de Paris font un voyage en Bohême pour lui remettre une médaille d'or décernée par le conseil municipal[133].

La tombe de Dvořák au cimetière de Vyšehrad.

Dvořák contracte une « grippe » le et meurt le , d'une cause non diagnostiquée après cinq semaines de maladie, à l'âge de 62 ans, laissant plusieurs œuvres inachevées[134]. Ses obsèques ont lieu le , devant une foule immense venue lui rendre un dernier hommage, et sa dépouille est inhumée au cimetière de Vyšehrad à Prague, sous un buste du sculpteur Ladislav Šaloun[135].

Style

Le style de Dvořák synthétise les styles classique et romantique[136]. Ouvert à tous les courants musicaux « pour mieux forger son propre style », cette attitude est le reflet de son tempérament conciliant dans tous les domaines qui lui vaut d'être bien considéré dans tous les milieux[137]. Bien qu'il ait créé un langage nouveau et original pour s'exprimer, sa structure musicale repose généralement sur les approches formelles traditionnelles établies durant la période classique, notamment l'utilisation de la forme sonate, du rondo et des variations[138]. Sans être un pionnier en la matière, il parvient à introduire de nouveaux éléments dans la structure formelle traditionnelle, en particulier par l'incorporation de versions stylisées de la furiant, une danse tchèque, à la place du scherzo, et de la doumka, un genre musical traditionnel ukrainien et slave, à la place du mouvement lent. Nombre de compositions de Dvořák, telles que les Danses slaves et son vaste recueil de mélodies, s'inspirent directement des musiques traditionnelles tchèque, morave et autres musiques slaves[138]. Il utilise fréquemment comme base de ses œuvres des formes de danses folkloriques slaves. Le troisième mouvement de sa Sixième Symphonie est intitulé « Scherzo (Furiant) »[139]. Son Trio Dumky, l'une de ses œuvres de musique de chambre les plus connues, tire son nom de la doumka[140].

La musique de Dvořák se caractérise par ses « mélodies saisissantes, son inventivité rythmique et son instrumentation efficace ». Ses œuvres intègrent une vaste gamme d'émotions, allant de « l'expression joyeuse du bonheur humain aux expressions d'intimité et de méditation profonde ». Le lyrisme est une caractéristique distinctive de la plupart d'entre elles[138]. Ses œuvres majeures reflètent son héritage et son amour pour sa terre natale. Dvořák suit en cela les traces de Bedřich Smetana, le créateur du style musical tchèque moderne, mais contrairement à Smetana qui se concentrait exclusivement sur le folklore tchèque, il puise son inspiration dans la musique folklorique d'autres nations slaves et, durant son séjour aux États-Unis, également dans les musiques afro-américaine et amérindienne[138]. Le style de Dvořák a été décrit comme « la recréation la plus complète d'un idiome national avec celui de la tradition symphonique, absorbant les influences folkloriques et trouvant des moyens efficaces de les utiliser »[141].

Dvořák admirait la musique de Richard Wagner depuis 1857[142]. Vers la fin de sa vie, il déclara que « Wagner était un génie si grand qu'il était capable de réaliser des choses hors de portée des autres compositeurs »[143]. Wagner influença particulièrement les opéras de Dvořák, mais aussi certaines de ses œuvres orchestrales. Selon John Clapham, le thème de l'Andante Sostenuto de sa Quatrième Symphonie « aurait presque pu être tiré directement de Tannhäuser »[144].

À partir de 1873, le style de Dvořák évolue progressivement vers les modèles classiques[35]. En 1894, Dvořák publia un article où il déclarait admirer le plus Bach, Mozart, Beethoven et Schubert parmi les compositeurs du passé. Cet article étant consacré à Schubert, trois ans avant le centenaire de sa naissance, il semble que Dvořák éprouvait une affection particulière pour ce compositeur[145].

Œuvre

Dvořák en 1882.

Dvořák a composé plus de 400 œuvres dans des formes variées[146], ayant été décrit comme « le compositeur le plus polyvalent de son époque »[147]. Ses neuf symphonies s'inscrivent généralement dans la tradition classique, mais il a également composé des poèmes symphoniques. Nombre de ses œuvres témoignent de l'influence des rythmes et des formes mélodiques de la musique folklorique tchèque. Parmi elles figurent les deux séries de Danses slaves, les Variations symphoniques et la plupart de ses lieder. On retrouve également l'écho de cette influence dans ses principales œuvres chorales. Dvořák a composé dix opéras (dont le plus célèbre est Rusalka), plus de 50 œuvres orchestrales, dont des sérénades pour orchestre à cordes et ensemble à vent, près de 60 œuvres de musique de chambre (dont plusieurs quatuors et quintettes à cordes), de la musique religieuse et des pièces pour piano[146].

Numérotation

Un grand nombre d'œuvres de Dvořák ont reçu un numéro d'opus, mais pas toujours dans l'ordre de leur composition ou de leur publication. Afin d'accroître les ventes, certains éditeurs, comme N. Simrock, préféraient présenter les jeunes compositeurs comme des artistes confirmés en attribuant à leurs premières œuvres des numéros d'opus bien supérieurs à ce que leur ordre chronologique justifierait. Dans d'autres cas, Dvořák attribuait délibérément des numéros d'opus inférieurs à ses nouvelles œuvres pour pouvoir les vendre en dehors de ses obligations contractuelles envers ses éditeurs. On peut citer l'exemple de la Suite tchèque, que Dvořák ne souhaitait pas vendre à Simrock et qu'il a fait publier chez Schlesinger sous le numéro d'opus 39 au lieu de 52[148]. Il en a résulté l'attribution d'un même numéro d'opus à plusieurs œuvres de Dvořák. Par exemple, le numéro d'opus 12 a été attribué successivement à l'opéra Le Roi et le Charbonnier (1871), à l'ouverture de concert en fa majeur (1871, tirée de l'opéra), au Quatuor à cordes no 6 en la mineur (1873), au Furiant en sol mineur pour piano (1879) et à la Dumka en do mineur pour piano (1884). Dans d'autres cas, une œuvre a reçu jusqu'à trois numéros d'opus différents de la part de différents éditeurs.

Pour ajouter à cette confusion, la numérotation des symphonies de Dvořák a varié. Au départ, elles étaient numérotés par ordre de publication et non de composition. Les quatre premières symphonies composées ont été publiées après les cinq dernières, et celles-ci n'ont pas été publiées dans l'ordre de leur composition. L'ensemble des œuvres de Dvořák a été catalogué chronologiquement par Jarmil Burghauser. Désormais, ce classement précédé de la lettre B (pour Burghauser) fait autorité parmi les musicologues[149]. Ce système va de B. 1 (une polka pour piano composée vers 1856 et qui est la plus ancienne œuvre conservée) jusqu'à B. 206 pour son opéra Armide, sa dernière œuvre achevée. Les références aux numéros d'opus traditionnels restent toutefois fréquentes en raison de leur continuité historique avec les partitions et programmes imprimés antérieurs. Les numéros d'opus figurent d'ailleurs plus souvent dans les programmes de concerts imprimés.

Symphonies

Page de titre du manuscrit de la Neuvième Symphonie de Dvořák.

Du vivant de Dvořák, seules cinq de ses symphonies étaient largement connues. La première publiée fut la sixième, dédiée à Hans Richter. Le manuscrit de la première avait même été perdu par le compositeur lui-même. C'est pourquoi la Symphonie du Nouveau Monde a été successivement appelée la 5e, la 8e et la 9e[141].

Avec leur style lyrique et leur accessibilité à l'auditeur, les symphonies de Dvořák semblent dériver de la tradition schubertienne ; mais, comme le suggère Richard Taruskin, la différence réside dans l'utilisation par Dvořák de la forme cyclique, notamment dans ses symphonies et concertos plus tardifs, où il « réutilisait occasionnellement des thèmes […] à un degré qui conférait à ses œuvres une touche de programmaticisme secret »[147].

La Symphonie no 1 en ut mineur est composée en 1865, alors que Dvořák a 24 ans. Elle est plus tard sous-titrée « Les Cloches de Zlonice », en référence au temps que Dvořák passa dans le village de Zlonice, et dans son église, entre l'âge de 13 et 16 ans. À l'instar de la Symphonie no 2 en si bémol majeur, également composée en 1865, elle ne s'est pas imposée dans le répertoire symphonique de référence malgré quelques touches d'originalité[141]. Ces deux œuvres de jeunesse, bien que prometteuses, s'étirent trop en longueur et manquent de rigueur[150].

La Symphonie no 3 en mi bémol majeur (1874) témoigne de l'influence de la musique de Richard Wagner sur Dvořák. Cette influence est moins manifeste dans la Symphonie no 4 en ré mineur, hormis au début du deuxième mouvement[141].

La Symphonie no 5 en fa majeur et la Symphonie no 6 en ré majeur sont de nature essentiellement pastorale, la Cinquième étant d'ailleurs parfois surnommée « Symphonie Pastorale » pour son atmosphère bucolique évoquant sa célèbre homonyme[151]. La Sixième, publiée en 1880, présente des similitudes avec la Symphonie no 2 de Johannes Brahms, notamment dans les premier et dernier mouvements, mais moins dans le troisième mouvement, la furiant, une danse tchèque entraînante[141]. C'est cette symphonie qui a fait connaître Dvořák sur la scène internationale comme symphoniste[139].

La Symphonie no 7 en ré mineur, de 1885, est très appréciée des critiques et des musicologues[152]. Donald Tovey a déclaré : « Avec les quatre symphonies de Brahms et la Neuvième de Schubert, elle figure parmi les plus grands et les plus purs exemples de cette forme d'art depuis Beethoven »[153]. C'est avec cette symphonie que Dvořák choisit délibérément de dépasser son statut de « musicien slave » pour tendre désormais vers une musique plus universelle[154].

La Symphonie no 8 en sol majeur se caractérise par une tonalité plus chaleureuse et plus optimiste[155]. Karl Schumann (dans les notes de livret d'un enregistrement de l'intégrale des symphonies par Rafael Kubelík) la compare aux œuvres de Gustav Mahler[156].

La Symphonie no 9 en mi mineur est également connue sous le sous-titre « Du Nouveau Monde » ou sous le nom de Symphonie du Nouveau Monde. Dvořák s'inspira pour sa création d'aspects de la musique américaine, tels que les negro spirituals et la musique amérindienne, en les développant selon son propre style. La symphonie conserve un côté tchèque indéniable malgré ses « éléments de couleur locale » comme le mode pentatonique[157]. Guy Erismann affirme que l'influence de la poésie d'Henry Longfellow, notamment Le Chant de Hiawatha, s'y mêle à une sensibilité slave pour créer une « osmose intime, au-delà des différences, des frontières, des cultures, grâce au même regard sur les hommes et la nature » et donne à la symphonie son caractère universel[158]. C'est une œuvre très populaire auprès du grand public, ayant grandement contribué à la notoriété internationale du compositeur[159].

De nombreux chefs d'orchestre ont enregistré des cycles de ses symphonies, dont István Kertész[160], Rafael Kubelík[161], Witold Rowicki[162], Neeme Järvi[163], Zdeněk Mácal[164], Václav Neumann[165], Libor Pešek[166], Otmar Suitner[167], Jiří Bělohlávek[168], et José Serebrier[169].

Adolf Čech a dirigé les premières des symphonies no 2, 5 et 6[170] ; Bedřich Smetana a dirigé la no 3[37] ; Dvořák lui-même a créé les no 4, 7 et 8[171],[172],[173] ; Anton Seidl a dirigé la no 9[174] ; et Milan Sachs a créé la no 1 le [28].

Poèmes symphoniques

Dvořák a composé cinq poèmes symphoniques, tous en 1896-1897, numérotés successivement : Esprit des eaux (op. 107), Sorcière du midi (op. 108), Rouet d’or (op. 109), La Colombe sauvage (op. 110) et Le Chant du héros (op. 111). Les quatre premiers poèmes sont inspirés de ballades du recueil Kytice du folkloriste tchèque Karel Jaromír Erben. Le Chant du héros est basé sur un programme conçu par Dvořák et est considéré comme autobiographique[175],[176]. Ces poèmes symphoniques rendent hommage à Erben, dans l'œuvre de qui Dvořák voyait « la forme la plus aboutie et la plus parfaite de l'expression populaire » tchèque[177].

Musique religieuse

Page de titre de la partition du Stabat Mater, avec les signatures des interprètes.

Parmi les principales œuvres chorales de Dvořák figurent sa mise en musique du Stabat Mater (la plus longue mise en musique existante de ce texte)[178], son Requiem, sa mise en musique du Te Deum et sa Messe en ré majeur.

Le Stabat Mater, op. 58, est une œuvre sacrée vocale et instrumentale de grande envergure (environ 90 minutes) pour solistes (soprano, alto, ténor et basse), chœur et orchestre, basée sur le texte de l'ancien hymne religieux du même nom. À son côté mystique s'ajoutent « une certaine monumentalité héritée de Smetana […] et une vision panthéiste tendre et parfois transcendentale […] proche de la magie et du fantastique païens »[179].

Dvořák compose son Requiem en 1890. Profondément religieux, il imprègne cette œuvre de sa foi et de sa spiritualité[180]. Moins monumental que ceux de Berlioz et Verdi, ce Requiem joue sur le contraste entre la profonde tristesse de sa première partie et l'atmosphère de confiance en une après-vie lumineuse de la seconde[181].

Le Te Deum, op. 103, est une cantate pour soprano et baryton solo, chœur et orchestre, sur le texte latin du célèbre hymne Te Deum, composée en 1892. Le Te Deum se caractérise par son ton allègre et débordant d'enthousiasme mêlé à des moments plus poétiques destinés à faire briller les solistes[182].

La Messe en ré majeur, op. 86, commandée par Josef Hlávka en 1887, est initialement destinée à l'orgue, aux voix solistes et à un petit chœur. L'œuvre est finalisée en 1892 lorsque, à la demande des éditeurs Novello & Co de Londres, Dvořák arrange sa messe pour un orchestre symphonique[183].

L'oratorio Sainte Ludmila, sur un livret de Jaroslav Vrchlický d'après l'histoire de Ludmila de Bohême, est un « grand oratorio à l'anglaise dans la lignée de ceux de Haendel et de Mendelssohn »[184].

La cantate Les Chemises de noces, op. 69, B. 135, est une adaptation d'une ballade de Karel Jaromír Erben. Cette pièce d'une grande intensité dramatique présente un « caractère sombre, halluciné voire morbide » à part dans l'œuvre du compositeur[185].

Concertos

Le critique Harold C. Schonberg a décrit « un attrayant Concerto pour piano en sol mineur avec une partie de piano plutôt inefficace, un magnifique Concerto pour violon en la mineur et un suprême Concerto pour violoncelle en si mineur »[186]. Tous les concertos sont dans la forme classique en trois mouvements.

Le Concerto pour piano et orchestre en sol mineur, op. 33, est le premier des trois concertos pour instrument soliste et orchestre que Dvořák a composés, et c'est le moins connu des trois, ne s'étant jamais imposé au répertoire. Dvořák, qui n'est pas pianiste de formation, délivre un concerto très « symphonique », son style personnel n'étant pas adapté à la virtuosité du genre[187].

Le Concerto pour violon et orchestre en la mineur, op. 53, est composé en 1878 pour Joseph Joachim, violoniste de renom que Dvořák a rencontré et admire. Terminé en 1879, il laisse Joachim sceptique quant à son appréciation et le concerto est entièrement révisé[60]. L'œuvre marque pourtant une nette amélioration de la maîtrise de cette forme avec un dialogue équilibré et inventif entre le violon et l'orchestre[188].

En 1865, au début de sa carrière, Dvořák compose un Concerto pour violoncelle en la majeur, B. 10, sans l'orchestrer. Günter Raphael en réalise une version révisée et orchestrée entre 1925 et 1929. Jarmil Burghauser, catalogueur de Dvořák, en fait une autre orchestration et un abrégé, publiés en 1976[189]. Le Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur, op. 104, est son dernier concerto. Il l'écrit entre 1894 et 1895 pour son ami Hanuš Wihan. Dvořák apprend à cette période que sa belle-sœur Josefina, qui est aussi son premier amour, est mourante, et déverse son flot émotionnel dans le concerto, modifiant la coda après avoir appris sa mort[190]. Brahms déclara à propos de l'œuvre : « Si j'avais pu imaginer que l'on pouvait tirer de tels accents du violoncelle, j'aurais écrit depuis longtemps un concerto pour cet instrument »[191]. Un compilateur de discographies de la musique de Dvořák a écrit que son concerto est le « roi » des concertos pour violoncelle[192].

Musique de chambre

Altiste lui-même, Dvořák avait une affinité naturelle pour les instruments à cordes et composa près de soixante œuvres de musique de chambre.

En 1860, peu après avoir terminé ses études à l'école d'orgue de Prague, Dvořák compose son Quintette à cordes n° 1 en la mineur, op. 1. Deux autres suivent, dont le Quintette à cordes no 2 en sol majeur, op. 77, composé début 1875 et remarquable par l'utilisation de la contrebasse. Ce quintette est écrit vers la fin de la période de transition du compositeur et marque une avancée par rapport à ses premières œuvres pour ensemble de chambre : il est techniquement plus raffiné, sa structure plus équilibrée, et l'ajout de la contrebasse comme cinquième instrument lui confère une sonorité plus imposante tout en permettant au violoncelle d'occuper une place plus élevée et plus lyrique au sein de l'ensemble[193]. Le Quintette à cordes no 3 en mi bémol majeur, op. 97, avec un second alto ajouté, est composé lors de vacances d'été à Spillville. L'influence de la musique folklorique amérindienne, comme dans le Quatuor « Américain » et la Symphonie « Du Nouveau Monde », imprègne tous les mouvements, à l'exception du Larghetto, notamment par un rythme de tambour commun[194].

Dans les années 1880, Dvořák dressa la liste de ses compositions détruites, parmi lesquelles des quatuors à cordes en si bémol majeur, ré mineur et mi mineur composés entre 1868 et 1870. Le nombre d'erreurs dans les parties rend peu probable qu'elles aient jamais été jouées. Dvořák conserva les manuscrits de ces quatuors, mais ne leur attribua pas de numéro d'opus. Ils sont répertoriés sous les numéros B.17 , B.18 et B.19 dans le catalogue Burghauser et témoignent de la forte influence de la musique de Richard Wagner[195]. Ces œuvres témoignent d'une plus grande maîtrise de la forme et comprennent trois arrangements distincts : pour orchestre (B47), pour violon et piano (B48A) et pour piano à quatre mains (B48B)[196].

Dernière page de la partition du Quatuor Américain.

C'est à partir du septième et surtout du huitième quatuor à cordes, que Dvořák démontre pleinement son inventivité et son lyrisme dans ce genre particulier[197]. Lors de son séjour aux États-Unis en 1893, Dvořák composa l'une de ses œuvres les plus populaires : le Quatuor à cordes no 12 en fa majeur, op. 96. Il puisa son inspiration dans la liberté qu'il ressentait dans la campagne américaine, à Spillville. Cette œuvre se distingue de ses autres quatuors par la simplicité de son écriture. Tout au long de la pièce, Dvořák utilise des rythmes saccadés, le registre aigu du premier violon et des relations tonales unifiées entre tous les mouvements, à l'exception du Lento[198]. Les deux derniers quatuors du compositeur, en sol majeur et en en la bémol majeur, sont pour Guy Erismann ses « chefs-d'œuvre absolus » dans ce genre[199].

Il a également composé deux quintettes pour piano, tous deux en la majeur, dont le second, op. 81, est le plus connu[200]. Il a laissé un Terzetto pour deux violons et alto (op. 74) ; deux quatuors pour piano (op. 23 et op. 87) ; un sextuor à cordes, op. 48 ; et quatre trios pour piano, dont le Trio pour piano no 4 (sous-titré Dumky), op. 90, « d'une inspiration pleine de force et de fantaisie et d'une grande originalité de forme »[200]. Il a aussi écrit un recueil de bagatelles, op. 47, pour la formation inhabituelle de deux violons, violoncelle et harmonium. Les Bagatelles sont cycliques et s'apparentent à une suite, rappelant les mélodies de la cornemuse tchèque[201]. Dvořák a écrit deux valses pour quatuor à cordes et a arrangé un recueil de douze lieder pour quatuor à cordes (B 152), extrait de son recueil de dix-huit lieder composé initialement en 1865 et intitulé Les Cyprès[202]. Ses œuvres pour violon et piano comprennent les Pièces romantiques, la Sonatine pour violon et une sonate pour violon.

Opéras

La mare de Vysoká au bord de laquelle Dvořák cherchait l'inspiration pour Rusalka.

En 1904, Dvořák affirma que l'opéra était « le moyen d'expression le plus adapté à notre nation. Cette musique bénéficie du public le plus important, qui en écoute souvent, alors que si je compose une symphonie, il peut se passer des années avant qu'elle ne soit exécutée »[131]. Si ce sentiment nationaliste est au cœur de ses compositions lyriques, il s'efforce de trouver un style à la croisée de la mélodie traditionnelle tchèque et du style du grand opéra de Giacomo Meyerbeer, qu'il a découvert comme premier altiste de l'orchestre du Théâtre provisoire de Prague entre 1862 et 1871, et dont l'influence est manifeste dans des œuvres telles que Vanda et Dimitrij[203]. Son intérêt pour la musique de Richard Wagner influence également ses opéras, notamment Alfred et la première version du Roi et le Charbonnier[136].

De tous ses opéras, seul Rusalka, op. 114, qui contient le célèbre air Měsíčku na nebi hlubokém Chant à la lune »), d'une « incomparable sensualité » selon Piotr Kamiński, est joué régulièrement sur les scènes d'opéra contemporaines en dehors de la République tchèque. Sa forme wagnérienne est adoucie et l'œuvre, « l'un des sommets de l'opéra romantique », est plus intimiste et sensuelle que philosophique[126]. En dehors de Rusalka, l'opéra le plus réussi et le plus joué de Dvořák est Le Jacobin[204].

Chansons

Le cycle vocal le plus célèbre du compositeur est celui des Duos moraves, qui a grandement contribué à le faire connaître en Allemagne entre 1875 et 1877[205]. Un autre cycle bien connu est celui des sept Mélodies tziganes (Cikánské melodie), op. 55, très mélancolique, qui comprend notamment Když mne stará matka zpívat učívala Quand ma mère m'apprenait » en français, le quatrième de l'ensemble)[206].

Le cycle de dix Chants bibliques, op. 99, B. 185, fut composé en . À cette époque, Dvořák apprit la mort du célèbre chef d'orchestre et ami proche, Hans von Bülow. Un mois auparavant, il avait été profondément attristé d'apprendre que son père était mourant, en Bohême. Dvořák trouva du réconfort dans le Livre des Psaumes. L'œuvre qui en résulta, considérée comme le plus abouti de ses cycles de mélodies, est basée sur le texte de la Bible de Kralice. Le père de Dvořák mourut le , deux jours après l'achèvement de l'œuvre[207].

Dvořák a composé de nombreuses autres chansons inspirées par la musique traditionnelle nationale tchèque, telles que les Chansons d'amour, les Chants du soir, etc.[208], ainsi que des Chansons populaires grecques, op. 50, dont la version pour orchestre a été perdue[209].

Autres œuvres

Parmi les autres œuvres témoignant de l'influence des rythmes et des formes mélodiques folkloriques tchèques, les deux recueils de Danses slaves sont sans doute les exemples les plus connus. Le premier livre, op. 46 (1878), est de forme essentiellement tchèque. Composé à l'origine pour piano à quatre mains, il fut ensuite orchestré par Dvořák dans son intégralité et terminé la même année. Le second livre, op. 72 (également composé initialement pour piano à quatre mains), composé huit ans plus tard, intègre des formes propres à d'autres pays slaves, Serbie, Pologne et Ukraine, bien que certaines « combinent des caractéristiques de plusieurs danses »[210]. Dvořák n'a pas utilisé de mélodies folkloriques existantes, mais a créé ses propres thèmes dans le style de la musique folklorique traditionnelle, en s'inspirant des rythmes de danses folkloriques originales[57].

Humoresques, op. 101, est un cycle pour piano qu'il a écrit durant l'été 1894. Selon le critique musical David Hurwitz, « la septième Humoresque est probablement la plus célèbre petite œuvre pour piano jamais écrite après La Lettre à Élise de Beethoven »[211]. Ses autres cycles pour piano bien connus sont Légendes pour piano à quatre mains, op. 59, composé entre 1880 et 1881, dont il existe une version pour orchestre (B 122)[212] ; et Impressions poétiques, op. 85, composé en 1889, l'une de ses premières incursions dans le domaine de la musique à programme[213].

Les Variations symphoniques de 1877 ne rentrent dans aucune des autres catégories. Les variations orchestrales sur un thème original, composées comme une œuvre indépendante, constituaient un genre assez inhabituel. D'abord peu appréciées et reprises seulement dix ans plus tard, elles se sont depuis imposées au répertoire[214].

Hommages

Statue d'Antonín Dvořák à Prague.

Le musée Antonín Dvořák de Prague renferme de nombreux manuscrits et la correspondance du compositeur, ainsi qu'une partie importante des archives et de la bibliothèque de partitions de Dvořák[215].

Le Festival international de musique Dvořák de Prague, tenu annuellement au mois de septembre depuis 1991 et rebaptisé en l'honneur du compositeur en 2008, est un important cycle de concerts organisé chaque année pour célébrer la vie et l'œuvre du compositeur[216].

En hommage à Dvořák, une statue à son effigie est érigée sur Stuyvesant Square, toute proche de la maison new-yorkaise de Dvořák qui était située au 327 East Seventeenth Street, près de l'intersection avec l'actuelle Perlman Place, et a été démolie en 1991, malgré les protestations du président tchèque Václav Havel, pour laisser place à une résidence du Beth Israel Medical Center destinée aux personnes atteintes du sida[217],[218]. Le parc Dvorak (Anton) dans le quartier historique de Pilsen à Chicago est également nommé en l'honneur du compositeur[219].

Le film de 1980, Koncert na konci léta, de František Vláčil, est inspiré de la vie de Dvořák. Le rôle de Dvořák y est interprété par Josef Vinklář[220]. Le téléfilm de 2012, Americké dopisy, s'intéresse à la vie amoureuse de Dvořák. Le rôle de Dvořák y est interprété par Hynek Čermák[221]. Josef Škvorecký a écrit Dvorak in Love, un ouvrage relatant son expérience aux États-Unis en tant que directeur du Conservatoire national de musique.

En astronomie, sont nommés en son honneur (2055) Dvořák, un astéroïde de la ceinture principale d'astéroïdes, découvert par Luboš Kohoutek[222], et Dvorák, un cratère de la planète Mercure[223].

Le , un Google Doodle lui est consacré à l'occasion du 182e anniversaire de sa naissance[224],[225].

Serge Gainsbourg a emprunté le premier mouvement de la Symphonie n° 9 dite « Du nouveau monde » pour la musique de la chanson Initials B.B., en hommage elle-même à Brigitte Bardot.

Œuvres

Musique symphonique

  • La suite tchèque en ré majeur pour petit orchestre B. 93 (op. 39, 1879)
  • La suite américaine en la majeur B. 190 (op. 98B, 1894-95)
  • Le Scherzo capriccioso B. 131 (op. 66, 1883)
  • 3 rhapsodies slaves (op. 45) et rhapsodie en la mineur (op.14)
  • Les Variations symphoniques (Symfonické variace z písně „Já jsem huslař“), B. 70 (op. 78, 1877)
  • Ma patrie, ouverture, B. 125a (extraite de la musique de scène pour la pièce de F. F. Samberka : “ Josef Kajetán Tyl ”, B. 125 (Op. 62, 1882)
  • Un triptyque d'ouvertures intitulé Nature, Vie et Amour (au départ sous le seul op.91, puis le compositeur décida de donner à chacune des œuvres un numéro) :
    • Dans la nature, op. 91, B. 168 (1891)
    • Carnaval, op. 92, B. 169 (1891)
    • Othello, ouverture de concert, op. 93, B. 174 (1892)
  • Arrangement pour violon et orchestre de l'humoresque n° 7 pour piano

Concertos

Musique de chambre

Opéras

Musique vocale sacrée

Dvořák fut un homme croyant qui exprima tant la liesse que la tristesse dans des œuvres basées sur des textes religieux.

Musique vocale profane

  • The American Flag (le drapeau américain), cantate profane B. 177 (op. 102, 1892-1893)
  • Chants tziganes (tchèque Cikánské melodie), B. 104 (op. 55, 1880)
  • 4 chants extraits de Cyprès, B123 et 124 (op.2, 1881)
  • Dans le style populaire (tchèque V nàrodnim tonu), B. 146 (op. 73, 1865)
  • Chants d'amour (tchèque Pisne Milostné), B. 160 (op. 83, 1888)
  • Chants du manuscrit de Dvur Kràlové (tchèque Kràlovédvorského), B. 30 (op. 7, 1872)
  • Duos moraves, B. 107 (tchèque Moravské dvojzpěvy), (op. 20, 29, 32 entre 1875 et 1881)

Piano

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI