En 1992, le phénomène est déjà identifié. L'avocate française Linda Weil-Curiel, secrétaire générale de la Ligue du droit international des femmes, promeut l'utilisation de l'expression « apartheid sexuel ».
En 1999, un article signé Noreen Shanahan appelle à lutter contre l'apartheid de genre en Afghanistan[3].
En 2000, la juriste américaine Ann Elizabeth Mayer nomme le phénomène et remet en question l’incapacité de la communauté internationale à se mobiliser dans un article intitulé A "Bening" "Apartheid": How Gender "Apartheid" has been rationalized ([Un « apartheid »« bénin » : comment l’« apartheid » des genres a été rationalisé])[2],[1].
Les démarches pour son adoption par des instances internationales sont longues, mais connaissent un regain en 2023, quand le collectif End gender apartheid' composé d'Iraniennes, d'Afghanes, de juristes et de militants réussit à mobiliser des commissions de l'ONU en faveur d'une reconnaissance mondiale du crime d'apartheid de genre. La démarche est appuyée par l'Iranienne Narges Mohammadi, l'Afghane Malala Yousafzai et les Américaines Hilary Clinton et Gloria Steinem. Cinq des trente États — Australie, Brésil, Malte, Mexique et États-Unis, à l'exception remarquée de la France — formant la sixième commission de l'Assemblée générale des Nations unies, chargée d'examiner un projet de traité sur les crimes contre l'humanité, incluent l'apartheid sexiste dans leur version du projet de traité, et une majorité des pays en acceptent le principe. Certains juristes appellent à la prudence compte tenu des délais extrêmement longs nécessaires à son adoption, et rappellent qu'il existe déjà des outils permettant certaines poursuites de ce fait[4].
Pour Amnesty International, la persécution fondée sur le genre, que le droit international reconnaît par exemple dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, est l'outil qui s'en rapproche le plus, bien que « à lui seul [il] ne rend[e] pas pleinement compte de l’ampleur et de la portée de la domination systémique ou du caractère institutionnalisé et idéologique des atteintes pouvant être commises dans le cadre d’un système d’apartheid »[5].