Apocalypse de Val-Dieu
manuscrit enluminé du XIVe siècle conservé à la British Library
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L’Apocalypse de Val-Dieu est un manuscrit gothique richement enluminé, réalisé dans les années 1320 dans le duché de Normandie, probablement dans le Cotentin (peut-être à Coutances ou dans ses environs), comme le suggèrent des éléments héraldiques présents dans le manuscrit[1]. Il est aujourd’hui conservé à la British Library de Londres, sous la cote Additional Ms. 17333.
Le manuscrit appartient à un groupe de quatre « Apocalypses normandes » conservées – aux côtés de l’Apocalypse de Saint-Victor (Paris, Bibliothèque nationale de France, Latin 14410), de l’Apocalypse des Cloîtres (New York, Metropolitan Museum of Art, Ms. 68.174) et de l’Apocalypse de Namur (Namur, Séminaire Notre-Dame, Ms. 77) – réalisées en Normandie au XIVᵉ siècle, mais s’inspirant de modèles anglais de la fin du de la fin du XIIIᵉ siècle[2]. Étroitement liées tant par le style que par l’iconographie, ces manuscrits présentent une mise en page commune : des enluminures gothiques rectangulaires, encadrées, occupant une demi-page au-dessus de deux colonnes du texte biblique. Parmi les Apocalypses normandes, l’Apocalypse de Val-Dieu se distingue par la richesse exceptionnelle de son enluminure, notamment par l’intensité de ses couleurs et ses fonds entièrement peints[3]. Elle est en outre la seule du groupe à contenir non seulement le texte latin de l’Apocalypse de la Vulgate, mais aussi sa traduction française.
Style et iconographie
L’Apocalypse de Val-Dieu conserve 83 enluminures subsistantes sur un total original de 85 enluminures à demi-page (la moitié supérieure du folio 9 a été découpée, entraînant la disparition de deux scènes), ainsi que de nombreuses lettres initiales enluminées, dont la plupart sont enrichies de prolongements à rinceaux et, à l’occasion, de drôleries (animaux, dragons).
L’iconographie de l’Apocalypse de Val-Dieu s’inspire principalement des Apocalypses anglaises du milieu du XIIIᵉ siècle appartenant au groupe de Metz-Lambeth. Si le manuscrit suit généralement de près ses modèles anglais, environ un tiers des scènes illustrées présentent des écarts notables ou des interprétations créatives, notamment par l’ajout de détails narratifs. Quatre scènes en particulier : l’Ange fort donnant à Jean le livre à manger (f. 15v) et des épisodes liés à la chute de Babylone (ff. 33r, 36v, 37r), semblent être des créations nouvelles des artistes normands[4].
- Le quatrième cavalier, f. 7r
- L'ange fort donne à Jean le livre à manger, f. 15v
- Le Dragon, la Bête et le Faux Prophète rassemblent les rois de la terre à Armageddon, f. 33r
- La grande Prostituée de Babylone assise sur la Bête, f. 34v
L’Apocalypse du Val-Dieu illustre l’élégance de l’enluminure normande du début du XIVᵉ siècle, mais se distingue surtout par l’éclat de ses couleurs et par ses fonds entièrement peints, souvent ornés de motifs diaprés – un traitement qui la différencie des techniques plus légères, à base de lavis, employées dans les Apocalypses de Namur, de Saint-Victor et des Cloisters[5]. Sa palette privilégie les rouges intenses, les bleus et verts profonds, le lie-de-vin, ainsi qu’un jaune-vert caractéristique obtenu par l’addition de couches de pigments bleu et jaune[6]. Les compositions sophistiquées, l’élégance expressive des figures et la richesse chromatique confèrent à l’Apocalypse de Val-Dieu une forte intensité dramatique. Les personnages associent un balancement gothique d’inspiration parisienne à des proportions monumentales et à des couleurs vibrantes. Le manuscrit se caractérise également par sa primauté de la ligne : le dessin souligne les formes et la profondeur (notamment à travers les plis complexes des drapés), faisant peut-être écho aux techniques du vitrail normand contemporain[3].
Texte
Contrairement aux autres Apocalypses normandes, l’Apocalypse de Val-Dieu ne transmet pas seulement le texte latin du Livre de l’Apocalypse, mais comprend aussi une traduction en prose française propre à ce manuscrit, enrichissant considérablement son contenu. Les indices linguistiques suggèrent que cette traduction a été réalisée en Normandie vers 1320-1330, en accord avec la datation artistique du manuscrit. Les textes latin et français constituent une version bilingue particulièrement soignée et cohérente, unique dans la tradition manuscrite. La traduction est d’une telle précision et fidélité à la source latine qu’elle pourrait être la version originale, réalisée spécialement pour ce manuscrit. Cette hypothèse est renforcée par la présence de passages latins restés non traduits et par des abréviations dictées par la mise en page, suggérant que le traducteur travaillait directement sous le texte latin. Pour accueillir cet apport vernaculaire, le manuscrit comprend même des feuillets de parchemin ajoutés ne contenant que la traduction française (ff. 13, 35 et 44)[7].
Voir aussi
Bibliographie
- Nigel John Morgan, Karlyn Griffith et Daron Burrows, L'Apocalypse de Val-Dieu [fac-similé et volume de commentaires], Barcelone, M. Moleiro Editor, 2016.
- (en) Richard Kenneth Emmerson et Suzanne Lewis, « Census and Bibliography of Medieval Manuscripts Containing Apocalypse Illustrations, ca. 800–1500 II », Traditio: Studies in Ancient and Medieval History, Thought and Religion, Cambridge University Press, vol. 41, no 76, , p. 367-409 (DOI https://doi.org/10.1017/S0362152900006966)
- (en) Montague Rhodes James, The Apocalypse in Art, Londres, British Academy, coll. « The Schweich Lectures of the British Academy », , nº13
Articles connexes
Liens externes
- (en) Notice du catalogue de la British Library
- Édition en fac-similé de l'Apocalypse de Val-Dieu publiée par les éditions Moleiro.