Vulgate

traduction latine de la Bible From Wikipedia, the free encyclopedia

On appelle par convention Vulgate la réunion des livres de la Bible, traduits en Latin pour la plupart à nouveaux frais par Jérôme de Stridon à la fin du IVe siècle; d'autres livres (surtout le Psautier et le Nouveau Testament) ont seulement été révisés par Jérôme à partir des traductions vieilles latines antérieures à Jérôme.

Bible de Gutenberg, vers 1455.

Il faut donc distinguer plusieurs familles de bibles latines que le langage courant qualifie de Vulgate.

  • la Vulgate hiéronymienne est un titre uniforme qui désigne l'ensemble des traductions hiéronymiennes, bien que celles-ci ne répondent pas à une projet éditorial systématique et intégral;
  • la Vulgate proprement dite est une codification ecclésiastique indépendante de l'initiative de Jérôme, bien que réunissant une grande partie de ses traductions.
  • les différentes recensions de la Vulgate, en particulier la Vulgate sixto-clémentine, caractérisées par le respect de la tradition textuelle de Jérôme et des textes associés
    • Les recensions antérieures à Jérôme sont appelées « Vieilles latines » («Vetus Latina ») mais ne relèvent pas d'un projet homogène unique et ne portent pas le titre de Vulgate.
    • Les traductions d'Érasme au XVIe siècle sont des recensions savantes personnelles, mais ne concernent que le Nouveau Testament et sont sans rapport ni avec Jérôme, ni avec les codifications reçues par l'Église catholique.
    • La révision de la Vulgate pour l'Église catholique latine promulguée en 1979 par Jean-Paul II sous le titre de "Nova Vulgata" (« Néo-Vulgate ») n'a de Vulgate que le nom. Bien qu'elle s'en défende, elle rompt avec le respect de la tradition textuelle philologique des traditions hiéronymiennes établies par l'édition maior critique des Bénédictins de San Geronimo in Urbe (Rome 1910-1984). En choisissant de les corriger, parfois sans motif réel, à partir de la connaissance moderne des langues bibliques premières (grec et hébreu), on rompait avec la tradition philologique ancienne et moderne qui veut que la critique textuelle biblique respecte l'unité philologique des traditions textuelles sans intervention anachronique à partir de critères hétérogènes et surtout anachroniques.

Recensions de la Vulgate

La Vulgate a pris la forme d'une collection homogène, codifiée en un ou plusieurs volumes après saint Jérôme et non par lui, entre le IVe et la fin du VIIIe siècle. Elle s'est progressivement imposée comme la forme de la Bible courante et commune ("Vulgata") reçue par les Églises d'Occident. Elle correspond à un certain canon ou liste de livres bibliques reçus par l'usage, relativement stable mais non figé. Les livres s'y suivent dans un ordre qui varie énormément jusqu'au XIIIe siècle. Chaque livre est précédé de pièces liminaires composées principalement (mais non exclusivement) d'écrits de saint Jérôme : préfaces, lettres, sommaires récapitulatifs et de listes de chapitres.

La Vulgate a connu plusieurs recensions successives, toutes caractérisées par le souci de transmettre la tradition hiéronymienne et les recensions associées dans le respect de leur cohérence philologique et sans les corriger par le recours aux langues premières. On distingue ainsi la Vulgate hiéronymienne (originale), la recension d'Alcuin au VIIIe siècle, la recension des bibles atlantes des XIe et XIIe siècle, la Vulgate des libraires de Paris du XIIIe siècle, les recensions dominicaines et franciscaines partiellement éclairées par la littérature des correctoires bibliques. En 1454, Gutenberg fait d'une recension dérivée de la bible des libraires de Paris le premier livre imprimé en Europe : c'est la Bible de Gutenberg. Le texte de la Vulgate est fixé en détail par le pape Clément VIII en 1592, dans une version dite « sixto-clémentine » qui fait autorité dans l’Église catholique romaine jusqu'en 1979 ;

Terminologie

Le terme vulgate vient du latin vulgata, qui signifie « rendue accessible, rendue publique », lui-même de vulgus, qui signifie « foule ». Le terme Vulgate (vulgata) appliqué à la version latine de la Bible est anachronique concernant le travail de Jérôme de Stridon : ce n'est qu'à partir du début du XVIe siècle qu'il sert à désigner habituellement les bibles latines dont les versions ont été plus ou moins stabilisées depuis l'édition faite à Mayence vers 1450. Afin d'identifier ce texte stabilisé, le Concile de Trente de 1546 utilise l'expression « vetus et vulgata editio »[1].

Quand Jérôme ou son contemporain Augustin d'Hippone utilisent le terme vers le IVe siècle, c'est plutôt pour désigner la Bible grecque commune non révisée — ou les traductions latines antérieures à Jérôme et que celui-ci juge d'ailleurs inexactes[2] — connue sous le nom actuel de Vetus Latina vieille [bible] latine »)[1].

Enfin, le texte connu sous le nom de Vulgate de nos jours n'était toujours pas fixé au VIIIe siècle ni son usage réellement « vulgarisé » : celui-ci commencera à réellement se répandre aux alentours de 850, notamment grâce à la diffusion des bibles carolingiennes illustrées dites « Bibles de Tours », la Bible de Moutier-Grandval ou encore la Bible Vivien[1]. Pendant tout le Moyen Âge, cependant, le texte dit de la Vulgate continue à se diffuser avec de nombreuses variantes textuelles[3]. À la fin du XIIIe siècle, cependant, le texte des Bibles latines contenu dans les manuscrits bibliques, mais aussi dans les livres liturgiques (missels, lectionnaires…), reste encore hétérogène et on peut ne pas lire exactement le même texte latin dans deux Bibles complètes différentes.

Contenu

La Vulgate est « un ensemble composite qui ne saurait simplement être identifié avec le travail de Jérôme », car la Vulgate contient aussi des Vetus Latina[4].

Jérôme de Stridon

Saint Jérôme par Le Caravage.

Traductions de l'Ancien et du Nouveau Testament

À partir du IIe siècle, le nombre croissant de convertis au christianisme qui sont de langue ou de culture latine nécessite que les textes sur lesquels s’appuie cette religion leur soient accessibles. Cette demande est rencontrée par des traducteurs locaux, sans coordination ni systématisme. Il en résulte une grande variété de manuscrits et de versions des textes, aggravée par les processus de copie qui peuvent occasionner des fautes, des adaptations, ajouts ou retraits de la part des copistes[5].

Au IVe siècle, les traductions latines des textes de la Bible qui se répandent en Occident sont réalisées à partir de la version grecque et sont caractérisées, à l'origine, par leur littéralisme. Elles seront désignées par la suite sous le terme générique de Vetus latina, « vieille latine », dont il existe deux types de variantes : l'une africaine, la plus ancienne, et l'autre européenne mais qui dépendent toutes de la Septante grecque[6]. Ces traductions en latin finissent par devenir fort diverses en qualité et en précision, cumulant les fautes de copies et laissant à désirer tant sur le plan de l'exactitude ou de la conformité vis-à-vis des versions grecques récentes que sur celui de la qualité littéraire : la médiocrité stylistique combinant les fautes de grammaire ou de syntaxe à l'étrangeté du vocabulaire paraît indigne de la parole de Dieu aux lettrés chrétiens[7].

Ainsi, à cette époque, il existe presque autant de versions des textes bibliques qu'il y en a de copies, et l'évêque de Rome, Damase (366-384), vraisemblablement préoccupé par cette grande diversité des textes qu'il étudie, commande à Jérôme — un de ses collaborateurs occasionnels[8] qui a été ordonné par Paulin II d'Antioche, un évêque considéré comme schismatique par certains nicéens radicaux de l'épiscopat oriental[9] — d'en produire une version fiable[5].

Nouveau Testament

Épître de Jérôme à Paulin de Nôle (en) dans la Bible de Gutenberg.

C'est donc vraisemblablement à l'instigation de Damase[10] que Jérôme traduit les Évangiles à Rome, entre 383 et 384, en s'appuyant sur les manuscrits grecs d'une version courante en Orient. Plutôt que de composer une traduction renouvelée qui pourrait heurter les habitudes, il révise une version européenne de la Vetus Latina des Évangiles — vraisemblablement une version d'Eusèbe de Césarée[11] — dont il améliore la fluidité et la couleur latine[7].

Ancien Testament

Concernant l'Ancien Testament, la plupart des chercheurs contemporains s'accordent sur le fait que Jérôme a accompli son travail de traduction entre 390 et 405[12]. Doué d'une bonne connaissance du grec qu'il perfectionne durant six ans à Antioche[13], Jérôme apprend l'hébreu lors de sa retraite dans le désert syrien avec un moine d'origine juive converti au christianisme puis il noue une relation avec certains érudits juifs, relation qu'il poursuit tout au long de sa carrière[14]. Faisant face à des difficultés d'interprétation, il se rend en Palestine pour consulter les docteurs juifs, spécialistes du texte hébreu. Son désir est de retrouver la veritas hebraica par-delà l'héritage grec. Néanmoins, le niveau de maîtrise de l'hébreu par Jérôme demeure en débat au sein de la recherche du XXIe siècle[15].

Jérôme traduit l’Ancien Testament à partir d’un texte hébreu proche du texte massorétique[16], à Bethléem entre 390 et 405[17]. Il s'appuie également sur la version grecque issue de l'édition officielle d'Eusèbe[11], commandée par l'empereur Constantin à l'issue du premier concile de Nicée de 325[18], version qui est également la source des grands onciaux du IVe siècle[11]. Concernant l'ordre des traductions, la recherche actuelle propose la datation suivante : les Prophètes, Samuel, les Rois, les Psaumes[19] et Job sont achevés vers 393 ; Esdras, Néhémie et les Chroniques vers 394-396 ; les Proverbes, l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques vers 398 ; enfin le Pentateuque, Josué, les Juges, Ruth et Esther entre 398 et 405[12].

Il n'a pas traduit les livres deutérocanoniques, à l'exception de ceux de Tobie et de Judith, deux livres que Jérôme traduit depuis l'araméen ; il a aussi traduit les additions au livre d'Esther à partir du grec de la Septante, et les ajouts au livre de Daniel à partir du grec hexaplaire de Théodotion[20].

Psautier

Jérôme a produit deux révisions du Psautier romain et une traduction du livre des Psaumes. La première est une révision du psautier vieux latin connu sous le nom de Psautier romain, effectuée entre 382 et 385. Cette révision n'a pas été conservée comme telle[21]. Elle subsiste partiellement dans les passages communs au Psautier Romain et au Psautier hexaplaireconservée.

De retour à Bethléem entre 386 et 389, Jérôme se livre ensuite à une nouvelle révision du même Psautier romain, mais cette fois ci à partir du texte hexaplaire (en grec) de la Septante d'Origène, c'est-à-dire de la réception du Psautier hébreu lu par les juifs hellénophones d'Alexandrie. Le Psautier hexaplaire hiéronymien doit être distingué de la version adaptée à l'usage liturgique dans l'espace germano-franc (Gallia)Gaule à partir de la seconde moitié du IXe siècle. C'est à lelle seule que convient le titre de Psautier gallican[22],[23]. Bien qu'il existe d'autres psautiers latins (en)[24], l'édition de la Bible réalisée à la fin du VIIIe siècle et au tout début du IXe siècle par Alcuin n'inclut que le Psautier hexaplaire à à l'exclusion du Psautier iuxta Hebreos et du Psautier romain, pourtant encore en usage dans la liturgie[25]. Le psautier hexaplaire, dans une version proche du Psautier gallican, est également la seule recension du Psautier de la Vulgate sixto-clémentine[23].

Enfin, Jérôme a traduit les Psaumes à partir du texte hébreu mais cette version n'a jamais fait l'objet d'une utilisation liturgique et est absente de la Vulgate sixto-clémentine[23].

Vetus Latina

La Vetus latina n'appartient pas à la Vulgate. Seuls les traductions vieilles latines de certains livres bibliques ont été intégrées à la Vulgate hiéoronymienne.

Nouveau Testament

Jérôme n'a traduit du Nouveau Testament que les quatre Évangiles[4]. On a longtemps considéré que la révision des Épîtres de Paul, contemporaine de Jérôme, était également l'œuvre de ce dernier ; cependant, il apparaît désormais qu'il n'en est pas l'auteur même s'il reste possible que cette révision ait été effectuée dans son entourage[26]. Les traductions latines de tous les livres du Nouveau Testament, hormis les quatre Évangiles, ne doivent rien à Jérôme ; elles reflètent des Vetus Latina qui sont l'œuvre de Rufin le Syrien ou de cercles pélagiens[4].

Ancien Testament

Les traductions latines des livres de la Sagesse, du Siracide, des deux livres des Maccabées et du Livre de Baruch ne doivent rien à Jérôme et reflètent d'anciennes Vetus Latina[27].

Réception antique

Jérôme propose une littéralité nouvelle des Écritures, éloignée de son style personnel[28]. La traduction de Jérôme, que les pratiques ascétiques et approches théologiques confinent en dehors des courants alors dominants de la Grande Église, est largement rejetée par ses contemporains, religieux comme laïcs, qui vont jusqu'à questionner l'orthodoxie de son auteur[29]. Sa façon de recourir au texte hébreu pour établir le texte de la Bible chrétienne est ainsi désapprouvée par ses contemporains comme Augustin d'Hippone qui pense qu'il faut suivre la Septante[30]. Cette version suscite également la méfiance et la suspicion des prêtres latins, composant un clergé romain « scrupuleux et conservateur » contemporain de Jérôme, qui voient là une dangereuse falsification des Écritures par un étranger ; la renommée de la Vulgate ne s'impose ainsi qu'au début du Moyen Âge[31].

Correspondance de Jérôme et Damase

Enluminure extraite de l'évangiliaire de Lund. Jérôme de Stridon présente sa version de la Vulgate au pape Damase Ier sous les auspices de Laurent de Rome, c. 1150, bibliothèque de l'université d'Uppsala.

Dans la lettre-préface à sa traduction des Évangiles adressée à Damase, Jérôme exprime ses doutes à propos de l'accueil que recevra sa révision des quatre Évangiles : « Tu me contrains à faire du travail nouveau sur de l'ancien : tu veux que, une fois les exemplaires des Écritures dispersés dans le monde entier, je siège comme arbitre et que, dans la mesure où ils varient entre eux, je décide quels sont ceux qui s'accordent avec la vérité grecque. […] Qui en effet, qu'il soit instruit ou non, quand il prendra le volume en mains et qu'il verra que ce qu'il y lit diverge du goût de la salive qu'il a senti la première fois, n'éclatera aussitôt en exclamations, s'écriant que je suis un faussaire, un sacrilège, moi qui ose ajouter, changer, corriger quelque chose aux livres anciens ? »[32].

La correspondance entre Jérôme et Damase est peut-être apocryphe[33]. Selon Pierre Nautin, spécialiste de la littérature patristique, plusieurs des lettres entre Jérôme et Damase auraient en fait été écrites par Jérôme après la mort de Damase, Jérôme ayant « composé toute cette correspondance après la mort du pape dans une circonstance où il lui était utile de se prévaloir de ses relations avec le pontife défunt »[34]. Du vivant même de Jérôme des lettres faussement attribuées à ce dernier, à son grand dam, étaient en circulation — dont un pseudo-courrier à Damase[35] —, et moins d'un siècle après sa mort, des faussaires forgeaient des lettres apocryphes entre les deux hommes afin de créer une autorité pour leurs travaux, comme Jérôme l'avait lui-même déjà fait avec une certaine finesse[36]. De nombreuses fausses lettres, censées avoir été échangées entre Damase et Jérôme, circulent ensuite au cours à l'époque médiévale[37].

Versions successives

L'histoire du texte de la Vulgate ecclésiastique est celle d'un flot ininterropu de corruptions dues à l'usure et à l'usage, corrigé par des entreprises tout aussi continues de corrections et d'amélioration du texte.

Période carolingienne

Codex Sangallensis, vers 900

Il existerait près de dix mille manuscrits (estimation), souvent récents, de la traduction de la Vulgate attribuée à Jérôme, dont les plus anciens remontent au VIIe voire au VIe siècle[38].

Dès le IVe siècle, du vivant même de Jérôme qui s'en plaint, les copies manuscrites s'écartent du texte de Jérôme. À la demande de Charlemagne désireux de proposer à ses sujets une version fiable de la Bible, Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours, effectue un travail de restauration, qui sera mené à son terme par Théodulfe, évêque d'Orléans[39]. Ainsi, l'usage de la Vulgate ne se généralise pas avant le IXe siècle tandis que les copies de la Vetus Latina et leur consultation se poursuivent jusqu'à la fin du Moyen Âge[29].

Recensions parisiennes et universitaires

Dès le premier quart du XIIIe siècle, dans le contexte de l'essor des universités, en particulier à Paris, mais aussi en Italie et en Angleterre, les libraires, les dominicains et les franciscains rivalisent pour procurer un texte de la Vulgate susceptible de répondre à la demande, sans coût excessif, et en aidant les lecteurs à comprendre l'origine et la valeur philologique des très nombreuses variations textuelles transmises par les copies manuscrites. À Paris, les artisans du livre développent des techniques de miniaturisation de la Bible pour en faciliter l'usage par les nouvelles formes de vie religieuses itinérantes (bibles portatives). On en profite pour réviser le texte, stabiliser le contenu des bibles, l'ordre des livres, le choix des préfaces, la division en chapitres. On abandonne l'usage des sommaires et des divisions. Entreprise à la hâte pour répondre à l'afflux d'étudiants, l'initiative des libraires de Paris a soulevé des critiques acerbes (Roger Bacon) et des entreprises de révisions, en particulier chez les dominicains et les franciscains. Au XIVe siècle, la postille de Nicolas de Lyre améliore la compréhension des différences entre les versions latines et hébraïques. La diffusion par exemplar et pecia permet d'homogénéiser, ou tout au moins de normaliser les versions du Texte en circulation. Les correcoires bibliques font office d'appartats critiques mobiles; susceptibles d'accompagner la lecture de n'importe quelle bible, ils permettent d'éviter les corrections intempestives et de comprendre l'origine des leçons rencontrées au fil de la lecture.

Gutenberg

C'est à Gutenberg qu'on doit le fait que le premier livre imprimé en Europe est la Vulgate ; Gutenberg réalise cette impression entre 1452 et 1455. Pour cette première édition, qui comporte deux volumes in-folio sans adresse ni date et ne fut précisément identifiée qu'au XVIIIe siècle par le bibliographe français François Debure[40], on parle de « Bible à 42 lignes » d'après le nombre de lignes qu'elle comprend par pages, présentées en deux colonnes[41].

Renaissance

Au XVIe siècle, la Réforme protestante favorise de nouvelles traductions directement dans les langues vernaculaires (en allemand, français, etc.) des textes hébreu et grec.

Estimant que le texte de la Vulgate a subi jusqu'à son époque de multiples corruptions, Érasme entreprend en 1513 de rétablir un texte plus fidèle à celui de Jérôme en se fondant, à l'exemple de Laurent Valla, sur des sources en grec ancien : c'est ainsi que parait le Novum Instrumentum omne (1516), texte bilingue latin-grec d'une Vulgate corrigée, qui sert de base aux bibles protestantes de Genève et d'Angleterre. Des éditions de la Vulgate n'en apparaissent pas moins à la suite de celle de Gobelinus Laridius publiée à Cologne en 1530, comme celle de Robert Estienne en 1528[42]. En outre, les traductions directes des versions en grec ou en hébreu entreprises par les exégètes humanistes font perdre à la version de Jérôme son statut de seule version valable de l'Écriture au sein du christianisme occidental, pour devenir une version parmi bien d'autres et souffrant de défauts[42].

Frontispice de la Vulgate sixto-clémentine de 1592

L’Église catholique ressent alors la nécessité de réaffirmer la suprématie de la Vulgate[42]. Elle déclare au cours du concile de Trente en 1546[43] :

« [L]e […] saint concile […] statu[e] et déclar[e] que la vieille édition de la Vulgate, approuvée dans l'Église même par un long usage de tant de siècles, doit être tenue pour authentique dans les leçons publiques, les discussions, les prédications et les explications, et que personne n'ait l'audace ou la présomption de la rejeter sous quelque prétexte que ce soit. »

Les autorités ecclésiales catholiques s'attachent dès lors à établir une nouvelle version révisée qui connaît quelques errements[42]. Dès 1561, le pape Pie IV songe à fixer le texte de la Vulgate et son successeur, Pie V, confie la tâche à une commission présidée par le cardinal Morone et composée de six cardinaux dont une partie défend le maintien des versions jusque-là traditionnelles tandis qu'une autre, marquée de l'approche humaniste d'Érasme, est plus encline à corriger le texte[44]. Les travaux sont poursuivis sous Grégoire XIII par les cardinaux Guglielmo Sirleto et Peretti, sans que les résultats ne répondent aux attentes[44].

Le cardinal Peretti, élu pape en 1585 sous le nom de Sixte V, souhaite faire aboutir le projet et nomme une nouvelle commission d'érudits et de prélats — parmi lesquels l'anglais William Allen, l'helléniste italien Antonio Agelli, le grécisant français Pierre Morin, l'hébraïsant espagnol Bartolomé de Valverde ou encore les jésuites florentin Robert Bellarmin et le portugais Manuel de Sá, professeur au Collège romain[45] — sous la direction du cardinal Antonio Carafa, devenu la même année bibliothécaire du Vatican[46]. Après deux ans de travail, la commission qui a rassemblé un grand nombre d'ouvrages pour nourrir ses travaux, présente ses résultats au souverain pontife qui estime que les variants retenus sont trop nombreux[46]. S'appuyant davantage sur la Bible de Louvain et ses variantes plutôt que sur les travaux de la commission, il s'attèle alors lui-même à la tâche, conseillé par le jésuite Francisco Toledo et aidé de l'humaniste Angelo Rocca ainsi que de quelques autres augustins[46]. Le résultat de son travail est publié en 1590[47] par l'imprimerie vaticane (créée en 1587) : cette édition est vivement critiquée et, selon Bellarmin, truffée d'erreurs[42], si bien que dès la mort de Sixte V quelques mois après la publication, les cardinaux font interdire la diffusion de cette Vulgate, avant même l'élection de son successeur. Les Jésuites sont chargés de racheter ou d'échanger les exemplaires déjà en circulation en Europe[48].

À l'instigation du cardinal jésuite Bellarmin, Grégoire XIV fait entamer dès 1591 une nouvelle révision par les anciens membres de la commission Cafara, depuis décédé, renforcée de quelques autres érudits — dont Angelo Rocca qui assure le secrétariat — sous la houlette du cardinal Marco Antonio Colonna[48]. À l'issue des travaux, la version proposée reprend les grandes lignes de la commission Cafara, adoptant notamment la répartition des versets que l'on trouve dans les Bibles d'Estienne, conservant toutefois certaines des corrections de Sixte V[48]. C'est cette version révisée qui est finalement promulguée en 1592[38] par le successeur de Grégoire, Clément VIII et c'est ce texte connu sous le nom de Vulgate sixto-clémentine qui fera autorité dans l’Église catholique romaine jusqu'en 1979[49].

XXe siècle

Au XXe siècle, le pape Pie XII qualifie de juridique l'authenticité de la Vulgate, pour souligner qu'elle découle avant tout de l'autorité de l'Eglise :

Prologue de l'évangile de Jean, Vulgate clémentine.

« Si le concile de Trente a voulu que la Vulgate fût la version latine « que tous doivent employer comme authentique », cela, chacun le sait, ne concerne que l'Église latine et son usage public de l'Écriture, mais ne diminue en aucune façon (il n'y a pas le moindre doute à ce sujet) ni l'autorité ni la valeur des textes originaux… Cette autorité éminente de la Vulgate ou, comme on dit, son authenticité, n'a donc pas été décrétée par le concile surtout pour des raisons critiques, mais bien plutôt à cause de son usage légitime dans les Églises, prolongé au cours de tant de siècles. Cet usage, en vérité, démontre que, telle qu'elle a été et est encore comprise par l'Église, elle est absolument exempte de toute erreur en ce qui concerne la foi ou les mœurs, une authenticité de ce genre ne doit pas être qualifiée en premier lieu de critique, mais bien plutôt de juridique »[50].

L'actuelle version standard de la Vulgate de l'Église catholique est appelée la « Néo-Vulgate », promulguée en 1979 par Jean-Paul II[49].

Une édition critique de la Vulgate, dite Vulgate de Stuttgart (en), a été publiée par Robert Weber (1904-1980) en 1969[51] ; la cinquième édition de cette Vulgate de Stuttgart, dirigée par Robert Weber puis Roger Gryson, a été publiée en 2007[52].

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

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