Apocalypse de la Theotokos
From Wikipedia, the free encyclopedia

L’Apocalypse de la Theotokos est un récit apocryphe chrétien byzantin composé entre le IXe et le XIe siècle. L’œuvre décrit le voyage en enfer de la Vierge Marie qui, accompagnée de l’archange Michel et de ses anges, va à la rencontre de la souffrance des damnés. Il découle de l’apocryphe original grec de multiples versions en diverses langues qui se retrouvent sous différents noms : Apocalypse de la très sainte Mère du Seigneur, Apocalypse de la Mère de Dieu, Apocalypse de la Vierge Marie (ou seulement de Marie ou de la Vierge) et en langues slaves sous le nom Pèlerinage de la Mère de Dieu parmi les tourments.
L’Apocalypse de la Theotokos écrite quelques siècles après l’Apocalypse de Paul en serait possiblement la première adaptation médiévale[1]. Elle en est une version similaire, plus courte, où l’apôtre Paul est remplacé par la Mère de Dieu. Non seulement l’Apocalypse est plus courte, mais elle est aussi plus sobre et mieux construite[2].

En 430, le mot grec Theotokos qui signifie « Mère de Dieu » est sanctionné par le concile d’Éphèse et défend l’idée que Jésus est à la fois le Fils de Marie et le Fils de Dieu devenu homme et donc que Marie est la Mère de Dieu. À la fin du VIIe siècle, la liturgie syrienne s’étend à Byzance et lors du deuxième concile de Nicée en 787, en réponse à l’iconoclasme de l’Empire byzantin, la dévotion de la Theotokos prend un essor encore plus grand. La vénération de l’Église pour la doctrine de la Theotokos est alors réaffirmée[3]. Ces paroles illustrent bien cette nouvelle position pour Marie : « Tout ce que chante de la Vierge la liturgie byzantine, elle le fait découler de sa foi en Jésus vrai Fils de Dieu et vrai Dieu, qui a remporté la victoire définitive sur le péché, le démon et le monde. Ainsi on ne peut adorer le Fils sans honorer la Mère »[4].
L’Apocalypse de la Theotokos voit le jour dans le contexte d’une forte mariologie byzantine, où les fictions normatives sont alors très prisées et au moment où Marie acquiert de façon permanente son rôle d’intercession[5]. La gloire de la Sainte Vierge la place au-dessus des anges et par sa toute-puissance suppliante les faveurs du Ciel sont accordées aux hommes[6]. Un passage de l’Apocalypse de la Theotokos souligne bien la capacité d’intercession qu’on accordait à la Vierge Marie : « Alors l’ayant vue, les tourmentés lui dirent : comment nous es-tu venue visiter, sainte Mère de Dieu, quand ton benoît Fils est venu sur terre et ne nous a pas interrogés, ni Abraham le patriarche, ni Moïse le prophète, ni Jean le Baptiste, ni l’apôtre Paul le bien-aimé de Dieu ? Mais toi, sainte Mère de Dieu et médiatrice, tu es le rempart de la gent chrétienne, tu supplies Dieu. Comment nous as-tu visités, malheureux que nous sommes ? »[2].
L'évolution des intercessions

L'Apocalypse de la Theotokos est construite autour du thème de l'intercession. Alors que dans l'Antiquité tardive les pécheurs pouvaient adresser leurs demandes directement à Dieu, quelques siècles plus tard, il devenait impératif qu'un surhumain représente ces pécheurs et déploie des efforts afin d'intercéder leur cause auprès de Dieu. L'oeuvre de l'Apocalypse de la Theotokos a été créé dans ce contexte où un intercesseur devenait indispensable entre les pécheurs et Dieu, et ce rôle avait une valeur d'autant plus grande qu'il était leur seul espoir d'accéder au Paradis. Il n'est donc pas surprenant que dans l'Apocalypse de Paul, apocryphe écrit antérieurement à l'idée d'un Dieu inaccessible, il ne s'y trouve aucun intercesseur, intermédiaire ou surhumain alors que dans l'Apocalypse de la Mère de Dieu, le rôle d'intercession de la Vierge Marie en est le pivot du récit[1].
Manuscrits, éditions et influence de l’œuvre
L’Apocalypse de la Theotokos présente un défi particulier concernant la datation vu la vaste quantité de versions à la fois médiévales et modernes. Parmi les manuscrits trouvés, il y a des versions en langue grecque, éthiopique, syriaque, arabe, latine, irlandaise, géorgienne, arménienne, slave et roumaine. Néanmoins, deux aspects permettent d’avancer une estimation sur la datation : le changement du Code pénal byzantin au milieu du VIIIe siècle et le développement du culte de la Marie comme intercesseur qui a débuté aux IXe et Xe siècles[1].
Un des plus anciens manuscrits en grec, no 333, se trouve à Vienne et date du XIIe siècle. C’est une version incomplète qui comporte des lacunes, mais la forme est sobre ce qui permet de penser qu’elle serait la plus fidèle à l’originale. Pierre Pascal a réalisé une version française[2] d’après deux textes de la version slave qui sont les plus proches de cette version grecque no 333 : le manuscrit de la Trinité-Saint-Serge du XIIe siècle et le manuscrit no 229 de 1602 situé à Leningrad. M. Gidel quant à lui a publié à Paris au XIXe siècle la première version complète de l’Apocalypse de la Theotokos à partir de versions manuscrites de Paris, les manuscrits grecs no 390 et no 1631, Bibliothèque nationale de Paris[7].
Plusieurs versions sont plus ou moins modifiées. Certaines copies du XVe, XVIe, XVIIe siècles comportent multiples arrangements qui ont été ajoutés à la version originale, la langue est rajeunie et la descente en enfer est complétée. De ces versions modernes est imprimée en 1870, à Athènes, une version avec une conclusion naïvement moralisatrice promettant le ciel à ceux qui possèdent un exemplaire et s’en servent assidument[2]. Ces versions modernes seraient de moindre valeur[1].
L’œuvre a beaucoup voyagé, géographiquement et dans le temps. Le nombre impressionnant de versions et de traductions ainsi que la continuité dans le temps démontrent l’importance de la réception de l’œuvre. Bien que l’Église condamnât la littérature apocalyptique, leur lecture était pourtant appréciée au sein des monastères. En Russie, le Pèlerinage de la Mère de Dieu parmi les tourments connait auprès des chrétiens russes un succès particulièrement important et constant. L’œuvre faisait écho aux idées religieuses du peuple russe et l’Apocalypse se retrouve même dans la fiction très prisée Les Frères Karamazov écrite par Dostoïevski[2].
