Apparitions de Notre-Dame de Grâces
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Les apparitions de Notre-Dame de Grâces de Cotignac ou de Notre-Dame des Grâces, désignent les deux apparitions mariales survenues dans le village de Cotignac (Var), les 10 et (voir Jean de La Baume (Cotignac). À la suite de cet événement, une grande procession est réalisée un mois plus tard, et le , la construction d'une église est débutée.
Ce petit sanctuaire local obtient très vite une réputation régionale et même nationale avec la vision du frère Fiacre et son pèlerinage sur le lieu des apparitions « en vue de demander la naissance d'un héritier pour la couronne ». Ce sera la naissance du futur Louis XIV neuf mois plus tard, et la décision de son père, le roi Louis XIII de consacrer le royaume de France à la Vierge, qui vont amener une notoriété nationale à cette modeste localité. La visite personnelle du roi Louis XIV en 1660, accompagné de sa mère, et les marques de reconnaissances du roi au sanctuaire ancreront un lien fort entre la monarchie et le sanctuaire de Notre-Dame de Grâces.
Le Contexte
Ces apparitions surviennent plusieurs décennies avant la fin du concile de Trente (terminé en 1563) qui va fixer les conditions de reconnaissance des apparitions mariales[1],[2], et plus de deux siècles avant que Benoît XIV ne fixe de manière rigoureuse les conditions de reconnaissance des apparitions[3]. Les premières apparitions mariales reconnues par l’Église, après enquête canonique, sont les apparitions mariales de Notre-Dame de Guadalupe de 1531[4], reconnues en 1754, puis (pour la France) l'apparition mariale de La Salette en 1846, reconnue en 1851[5]. Ce qui explique que les autorités religieuses de l'époque n'aient pas cherché à faire une enquête sur « l'authenticité de l'apparition », mais à y installer un culte organisé et structuré par l'Église catholique, comme c'était l'habitude à l'époque, et jusqu'au XIXe siècle, où l’Église (à travers l'évêque du lieu) commença à enquêter en vue d'attester de l'authenticité de l'apparition, et du témoignage du voyant[6].
Autre point de bascule important et contemporain de l'apparition : la réforme protestante[2], qui par son rejet de l'intercession mariale et du culte des saints, entraîne une rupture religieuse avec cette tradition chrétienne. Yves Chiron désigne sous le terme « d'apparitions mariales de reconquête », une liste d'apparitions mariales survenues après que les régions aient partiellement ou totalement basculé dans le protestantisme (comme pour Notre-Dame de Šiluva[7] ou Notre-Dame de l'Osier[8]), et qui, après les apparitions, sont revenues au catholicisme. Dans le même ordre d'idées, l'auteur évoque l'idée « d'apparitions mariales préventives », survenues au tout début de la Réforme, dans des régions qui, « fort de leur attachement à la Vierge ne basculeront pas dans le protestantisme ». Pour Yves Chiron, l'apparition de Cotignac pourrait être placée dans cette catégorie, car d'après lui, « la Provence fut épargnée par le protestantisme »[9].
Sources écrites
Les sources écrites du récit des apparitions sont tardives. La plus ancienne date de 1630 (un siècle après les faits), par le jésuite François Poiré, qui dans son ouvrage La Triple Couronne de la bien-heureuse Vierge Mère de Dieu[10], relate cet événement[11]. Tous ces récits proviennent du voyant et de ses contemporains, qui visiblement les ont transmis oralement, jusqu'à leur mise par écrit ultérieure.
Un autre récit sommaire a été réalisé par Melchior Pasteur, né à Cotignac en 1598, et qui a écrit au milieu du XVIIe siècle un Traité des bénéfices et des censures ecclésiastiques, dans lequel il évoque rapidement cet événement[12], indiquant qu'il en tient le récit de ses parents, qui eux-mêmes le tenait d'habitants contemporains des événements[11].
Le dernier récit le plus complet est rédigé par l'historien Pierre-Joseph de Haitze (1656-1737), dans son Dictionnaire chorographique[13],[N 1].
Les deux apparitions

Le , un pauvre et vieux paysan nommé Jean de la Baume[N 2] voit apparaître la Vierge Marie sur une petite colline à « une lieue » au sud du village de Cotignac (appelée localement « le mont Verdaille »). La Vierge lui demande de rapporter au clergé et aux habitants de Cotignac « qu'ils viennent ici en procession et d'y construire une chapelle » sous le nom de Notre-Dame de Grâces[14],[13]. Le lendemain, sur ce même lieu, le voyant dit voir à nouveau la Vierge Marie, accompagnée de l'Enfant-Jésus[N 3], qu'elle porte dans ses bras. Lors de cette seconde apparition, la Vierge est entourée de plusieurs saints qui selon les traditions sont identifiés comme saint Michel archange, saint Bernard, sainte Marguerite)[11]. La Vierge aurait également promis d'accorder beaucoup de grâces à tous ceux qui viendraient ici en pèlerinage, et qui l'invoqueraient sous le nom de « Notre-Dame de Grâces »[13],[15].
Les chroniqueurs rapportent que la procession fut faite le mois suivant, à l'occasion de la fête de l'exaltation de la Sainte-Croix[N 4], et l'église rapidement bâtie sur les lieux[13], les travaux débutant le , financés par madame Catherine de Grasse, fille de Pierre de Grasse (seigneur de Bormes), et épouse de Durand de Pontevès[16]. Les chroniqueurs rapportent que « très vite des ex-votos fleurissent sur les parois de l'église », et que le pape Léon X accorde différentes indulgences à ce sanctuaire le [17],[13].


