Appartement de madame de Maintenon au château de Versailles
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madame de Maintenon
au château de Versailles
| Type |
appartement |
|---|---|
| Destination initiale |
afférent à une charge |
| Destination actuelle |
salles d'exposition |
| Style |
extérieur Louis XIII |
| Construction |
XVIIe siècle |
| Commanditaire | |
| Propriétaire |
| Pays | |
|---|---|
| Commune |
L'appartement de madame de Maintenon est un ensemble de quatre pièces situé dans le corps central du château de Versailles. Madame de Maintenon l'occupe de 1680, ou 1682, à 1715.
La reine Marie-Thérèse meurt en 1683. Louis XIV agrandit alors son propre appartement en l'étendant à celui de la défunte. La nouvelle entrée de l'appartement du roi se trouve dès lors en haut de l'escalier de la Reine, sur le palier où s'ouvre l'appartement de madame de Maintenon.
Louis XIV vient chaque jour dans l'appartement de son épouse secrète. Il y travaille aux affaires de l'État en sa présence, parfois avec un ministre.
L'appartement de madame de Maintenon se trouve dans la petite aile sud du corps central du château de Versailles. Il est au premier étage, comme celui de Louis XIV[1].
Contexte
Attribution de l'appartement
En , madame de Maintenon, maîtresse de Louis XIV, reçoit la charge inédite de deuxième dame d'atour de celle qui va devenir deux mois plus tard la dauphine, Marie-Anne de Bavière[2]. Cette charge lui vaut un appartement au château de Versailles, qui commence à être occupé. La cour s'y installe définitivement deux ans plus tard, le . On ignore si l'appartement de 1680 est bien le même que celui de 1682, mais on n'a pas trouvé trace d'un déménagement entre ces deux dates. Quoi qu'il en soit, l'appartement dont dispose madame de Maintenon en 1682 est celui où elle va rester jusqu'en 1715[3].
Nouvelle entrée de l'appartement de Louis XIV

Le , la reine Marie-Thérèse meurt[4]. Le , Louis XIV épouse secrètement madame de Maintenon[5]. Il double la surface de son propre appartement en l'étendant à celui de la défunte, au sud de la cour de Marbre[6]. Désormais les courtisans accèdent au premier étage par l'escalier de la Reine et pénètrent dans l'appartement du roi par la salle des gardes du Roi[note 1],[6]. Sur le même palier, s'ouvre l'appartement de madame de Maintenon[7],[8].
Description
Premier état, avant 1685
Dans sa première configuration, l'appartement, assez bas de plafond, comprend quatre pièces : une première antichambre avec cheminée pour le commun, une seconde antichambre avec cheminée pour les personnages de haut rang, un petit cabinet non chauffé où se donnent audiences et réceptions, et une chambre étroite avec une cheminée sur le mur sud[9]. Les cinq fenêtres, trois au nord, deux à l'est, ouvrent sur la cour royale. À l'arrière, entre la chambre et l'entrée de l'appartement, est la garde-robe, local de service exigu où l'on trouve la chaise percée et un petit escalier permettant à la servante, Nanon Balbien, de monter au galetas, à l'entresol[10]. Pas de cuisine. Il n'y en a pas à Versailles dans les logements de courtisans[10].
Deuxième état, de 1685 à 1715

En 1684 ou 1685[10], tandis qu'il agrandit son propre appartement, le roi entreprend également des travaux dans celui de madame de Maintenon. Les plafonds sont légèrement surélevés en calottes[10]. La cloison séparant le cabinet de la chambre est abattue, ce qui donne une grande chambre[11]. La partie ouest de l'ancienne chambre forme l'alcôve. Derrière cette alcôve, un cabinet de chaise percée est aménagé. L'encombrement de l'escalier de service est repensé pour offrir, au niveau de l'appartement, une chambrette à Nanon Balbien[12]. La servante devient officiellement en 1685 « première damoiselle d'honneur de madame la marquise de Maintenon[13] ».
Chaque matin, le roi rend visite à madame de Maintenon dans cet appartement — quand elle n'est pas à Saint-Cyr. Sur la fin de sa vie, il revient de plus en plus souvent en fin d'après-midi, pour y donner audience, ou y travailler avec un ministre, en présence de son épouse secrète[2],[11]. Saint-Simon décrit le lieu :

« … puis une grand-chambre très profonde. Entre la porte par où on y entrait de cette seconde antichambre et la cheminée était le fauteuil du roi, adossé à la muraille, une table devant lui, et un ployant autour pour le ministre qui travaillait. De l'autre côté de la cheminée, une niche de damas rouge et un fauteuil où se tenait madame de Maintenon, avec une petite table devant elle ; plus loin, son lit dans un enfoncement ; vis-à-vis les pieds du lit, une porte et cinq marches à monter ; puis, un fort grand cabinet[7]… »
En 1689, l'appartement s'est en effet agrandi à son angle sud-est d'une ancienne salle de billard, transformée en un spacieux cabinet[14]. L'angle de la chambre est relié à celui du cabinet par un passage oblique comportant quelques marches, car les deux pièces ne sont pas du même niveau : le plancher du grand cabinet est de 53 centimètres plus haut que celui de la chambre[15]. La porte du passage est constituée de deux vantaux qui se referment à angle droit rentrant, recréant ainsi l'angle du mur[16]. Le grand cabinet s'éclaire au nord sur la cour royale. Il livre accès à la première antichambre de l'appartement de jour du duc de Bourgogne[7]. Ce grand cabinet permet des réceptions. Tous les soirs, il offre un espace de rencontres et de jeu à la duchesse de Bourgogne et aux dames en ayant obtenu l'entrée. Les trois seuls hommes admis sont le dauphin et deux de ses fils, le duc de Bourgogne et le duc de Berry[17]. Le grand cabinet accueille des concerts de musique de chambre et des représentations théâtrales[12]. Les deux tragédies sacrées de Racine, Esther et Athalie, y sont représentées par les pensionnaires de Saint-Cyr[14].
En 1695, la cheminée du mur sud de la chambre est supprimée. Elle est remplacée par une cheminée plus grande, sur le mur ouest séparant la chambre de la seconde antichambre[11]. C'est cette nouvelle cheminée que mentionne Saint-Simon, avec le roi et madame de Maintenon assis de part et d'autre[7],[18].
Décor
Par l'inventaire de 1708 du garde-meuble de la Couronne[19], on sait que les murs sont tendus de soieries en lés alternés :
- dans la première antichambre, « brocatelle de Venise à fleurs et rinceaux sur fond blanc et damas rouge » ;
- dans la deuxième antichambre, « tapisserie de damas rouge cramoisi […] montants de molet d'or » ;
- dans la chambre, tapisserie de damas or et damas cramoisi ;
- dans le grand cabinet, « tapisserie de […] brocart fond or filé à fleurs d’or frisé et […] damas rouge cramoisi […] montants de molet d’or[1] ».
« Des allées et venues perpétuelles »
En 1705, dans un entretien avec Madeleine de Glapion, madame de Maintenon détaille le flot harassant des visites qu'elle reçoit. Cela commence à sept heures et demie par une apparition du chirurgien Mareschal. Puis vient le médecin Fagon. Il est suivi du premier valet de chambre Blouin, envoyé par le roi pour prendre de ses nouvelles. Le cardinal de Noailles entre, puis c'est un général d'armée qui va partir en campagne, puis il faut honorer l'audience promise à une personne qui ne saurait attendre un jour de plus, puis survient le ministre de la Guerre et des Finances Chamillart, tandis que le duc du Maine patiente dans l'antichambre. Quand Chamillart a fini, le duc du Maine peut entrer. Il ne sort que lorsque le roi arrive.
« Il y a là même un petit agrément, sourit madame de Maintenon, c’est qu’ils ne sortent de chez moi que quand quelqu’un d’au-dessus les chasse. Quand le Roi vient, il faut bien qu’ils s’en aillent tous. Le Roi demeure avec moi jusqu’à ce qu’il aille à la messe. Je ne sais si vous prenez garde qu’au milieu de tout cela je ne suis pas encore habillée ; si je l’étais, je n’aurais pas eu le temps de prier Dieu. J’ai donc encore ma coiffure de nuit ; cependant ma chambre est comme une église ; il s’y fait comme une procession ; tout le monde y passe, et ce sont des allées et des venues perpétuelles […] À dix heures ou dix heures et un quart [du soir] tout le monde sort. Voilà ma journée[20]. »
Départ de madame de Maintenon
Le , madame de Maintenon vient de Saint-Cyr assister le roi, deux jours avant la mort de celui-ci. Vers cinq heures de l'après-midi, elle se rend une dernière fois à son appartement. Elle distribue ses meubles à ses domestiques et quitte définitivement Versailles. Elle se retire à Saint-Cyr[21],[22],[23].
Transformations
Sous Louis-Philippe
Après le départ de madame de Maintenon, des modifications sont apportées pour les occupants successifs de l'appartement[1]. Mais les plus importantes surviennent lorsque Louis-Philippe transforme le château en un musée « à toutes les gloires de la France », inauguré en 1837[24]. Dans l'alcôve est construit un escalier menant à l'étage supérieur. Les cloisons de sa cage empiètent sur l'angle sud-ouest de la chambre. Le passage à cinq marches, entre la chambre de madame de Maintenon et son grand cabinet, est obturé. Les deux pièces sont mises au même niveau[25].
Aménagements modernes
En 1974, le passage entre la chambre et le cabinet est recréé — sans les marches, puisqu'il n'y a plus de dénivelé. Deux vantaux sont posés, sans serrure, car on ne dispose d'aucune précision sur la serrure d'origine[25].
En 2019, pour le tricentenaire de sa mort, une exposition d'une soixantaine d'œuvres et de documents évoque la destinée de madame de Maintenon. Les tentures murales sont recréées à cette occasion, restituant un type de décor du XVIIe siècle que l'on ne trouve plus à Versailles[1]. Elles sont tissées d'après l'inventaire de 1708 par Tassinari et Chatel, une manufacture de soieries lyonnaise[1].