Appendice N
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L'appendice N est une liste de livres et d'auteurs qui ont inspiré l'univers de Donjons et Dragons. Ce terme a été depuis utilisé pour qualifier une esthétique littéraire générale de fantasy pulp et de planet opera.
Histoire
Le Guide du maitre de l'édition avancée de Donjons & Dragons (1979 pour la version originale) est un livre écrit par Gary Gygax pour aider les maitres du donjon à faire jouer des parties de Donjons et Dragons[1]. Il contient une série d’appendices, dont l'un est intitulé « Appendice N : Lectures inspiratrices et éducatives ». Cet appendice N est une liste d'auteurs et d'œuvres que Gary Gygax avait identifiées comme étant à l'origine de nombreux concepts, clichés, sorts et monstres qui apparaissent dans le jeu[2].
La liste contient 28 auteurs et autrices, 22 livres isolés et 12 séries de livres différentes ; c'est une des fondations sur lesquelles le jeu de rôle fantastique a été bâti[3]. Une version révisée et développée a été publiée dans la 5e édition du Player's Handbook (2014), sous le titre « Annexe E : inspiration livresque »[4].
On utilise aujourd'hui le terme d'appendice N pour décrire une partie des littératures de l'imaginaire du début et du milieu du 20e siècle, avant que ce genre littéraire ne devienne massivement populaire. Une grande partie des œuvres citées étaient publiées au départ dans des magazines pulp des années 1930[5],[2].
Impact sur D&D
L'appendice N a posé l'esthétique du jeu de rôle de fantasy[6]. Les premières versions de D&D puisaient tellement dans les influences de l'appendice N que son éditeur actuel Wizards of the Coast ne revendique de copyrights que sur très peu des monstres des débuts (à l'exception notable du tyrannoeil et du flagelleur mental)[7]. Jeffro Johnson, qui a étudié l'appendice N, affirme qu'une lecture de l'appendice permet de comprendre beaucoup des bizarreries du D&D des débuts[8].
Gary Gygax a affirmé que D&D n'était pas censé reproduire l'oeuvre d'un auteur spécifique cet appendice[9], mais sa liste insiste sur l'influence de L. Sprague de Camp et Fletcher Pratt, Robert E. Howard, Fritz Leiber, Jack Vance, H.P. Lovecraft et A. Merritt plus que sur les autres auteurs et autrices[1],[5]. L'impact de J.R.R. Tolkien est aussi évident dans la présence de races comme le halfelin (au départ directement nommés hobbits), la division entre plusieurs peuples des elfes, l'omniprésence des orques, et la classe de personnage de rôdeur (inspiré par Aragorn). Gygax a affirmé cependant que l'influence de Tolkien était « minimale » et s'est plaint que Le Seigneur des anneaux était « rasoir »[5].
Le système d'alignement de D&D, qui oppose la loi et le chaos, est tiré des romans d'Elric de Michael Moorcock et du roman de Poul Anderson Trois cœurs, trois lions, qui les a précédé. Ce dernier a aussi inspiré la classe de personnage du paladin[3]. La classe de personnage du barbare est un clin d'oeil direct aux nouvelles de Conan de Robert E. Howard, bien que certains fans décrivent ce personnage comme plus proche des classes de guerrier, de voleur ou d'un hybride des deux. Le concept de donjons composés de nombreux niveaux reliés par des passages secrets est tiré de Margaret St. Clair et en particulier son roman Sign of the Labrys, tandis que les drows et Ombreterre sont inspirés par Merritt et St. Clair.
Le système de magie de D&D, basé sur la mémorisation de sorts qui disparaissent de la mémoire après avoir été lancés, est qualifié de « vancien » d'après l'œuvre de Jack Vance, qui a aussi inspiré la classe de personnage de voleur et plusieurs sorts[5]. Vance a autorisé Gygax à réutiliser dans D&D les pierres ioniques, une gamme d'objets magiques, à condition que celui-ci mentionne ses livres (ce qu'il fait dans l'appendice)[5]
Cependant, tout le monde n'était pas aussi satisfait par ces réutilisations : les premières éditions du catalogue de divinités Deities & Demigods contenaient les caractéristiques et descriptions de créatures fantastiques du mythe de Cthulhu de H.P. Lovecraft et de l'univers melnibonéen de Michael Moorcock ; les deux ont entrainé des menaces de procès et ont été retirées des rééditions de l'ouvrage[10]. TSR a aussi reçu une demande de dommages et intérêts à hauteur d'un demi-million de dollars de la part d'Elan Merchandising qui agissait au nom des héritiers de Tolkien dans le cadre de la création d'un jeu sur la Bataille des cinq armées. Il était demandé à TSR de retirer du jeu les balrogs, dragons, nains, elfes, ents, gobelins, hobbits, orques et ouargues ; finalement, tous sauf les hobbits, ents et balrogs ont été reconnus comme tombant dans le domaine public.
Œuvres listées dans l'annexe N
L'appendice mentionne les livres d'EC Comics, les bestiaires médiévaux et les contes de fée, mais ne les inclut pas dans sa liste.
La liste originale ne mentionnait pas Clark Aston Smith, mais Gygax l'a mentionné plus tard comme étant une omission. Certains des livres et séries de livres incluent un « et al », indiquant qu'on peut également inclure dans la liste les ouvrages suivants.
Auteurs
Séries de livres
- Edgar Rice Burroughs : Cycle de Pellucidar ; Cycle de Mars ; Cycle de Vénus
- Lin Carter : World's End
- Philip José Farmer : Saga des Hommes-Dieux ; et al.
- Gardner Fox : Kothar, Kyrik ; et al.
- Robert E. Howard : Conan le Barbare
- Fritz Leiber : Cycle des épées ; et al.
- L. Sprague de Camp & Fletcher Pratt : Harold Shea
- Michael Moorcock : Légende de Hawkmoon (en particulier les trois premiers livres)
- J. R. R. Tolkien : Le Seigneur des Anneaux
- Roger Zelazny : Cycle des Princes d'Ambre ; et al.
Livres isolés
- Poul Anderson : Trois cœurs et trois lions ; Les Croisés du cosmos ; L'Épée brisée
- John Bellairs : The Face in the Frost
- De Camp, L. Sprague : De peur que les ténèbres ; The Faillible Fiend ; et al.
- De Camp & Pratt : The Carnelian Cube
- Sterling Lanier : Hiero's Journey
- A. Merritt : Rampe, ombre, rampe ; Le Gouffre de la Lune ; Les Habitants du mirage ; et al.
- Michael Moorcock : Stormbringer ; Le Voleur d'âmes
- Andrew J. Offutt : Éditeur du recueil de nouvelles Swords Against Darkness III
- Fletcher Pratt : Blue Star ; et al.
- Fred Saberhagen : Changeling Earth ; et al.
- Margaret St. Clair : The Shadow People ; Sign of the Labrys
- J.R. R. Tolkien : Le Hobbit
- Jack Vance : Cugel l'Astucieux ; La Terre mourante ; et al.
- Roger Zelazny : Le Maître des ombres
Héritage et impact culturel
L'appendice N couvre le canon de la littérature de fantasy à la fin des années 1970. Michael Moorcock a identifié la période de la fin des années 1970, où le D&D des débuts a amalgamé ensemble divers tropes de fantasy, comme la période fondatrice d'un nouveau genre de littérature de fantasy, là où les oeuvres plus anciennes se rangeaient souvent dans les genres devenus obsolètes de la romance planétaire ou de la weird fiction[11].
L'Appendice N a eu un rôle-clé dans la fondation du jeu de rôle de fantasy, puis dans le mouvement OSR ou « Old School Renaissance »[3]. L'auteur de jeux Joseph Goodman a lu tous les livres de l'appendice N afin de créer le jeu de rôle Dungeon Crawl Classics (DCC)[2], qui est inspiré par Gygax et le mouvement OSR. Beaucoup des scénarios publiés pour ce jeu font directement référence à des textes de l'appendice N ; par exemple, Peril on the Purple Planet est inspiré par Edgar Rice Burroughs[12]. DCC a également reçu des suppléments pour jouer dans les univers de Fritz Leiber et Jack Vance[2].
Le livre de Jeffro Johnson sur son exploration de l'appendice N a été nommé pour le Prix Hugo en 2016[13]. En 2022, Ernest G. Gygax Jr a qualifié le roman Shagduk, de J.B. Jackson, comme un membre honoraire de l'appendice N.
Parmi les autres personnes qui ont été lire et commenter l'intégralité de l'appendice N, on trouve l'auteur de jeux Martin Ralya qui a écrit un blog sur cette aventure[14]. Il existe aussi plusieurs podcasts, comme Sanctum Secorum, ou l'Appendix N Book Club ; ce dernier a été nommé pour un Ennie Award en 2022[15].
