Aptera (Grèce)
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| Aptera | ||
Bains et citernes romaines. | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Périphérie | Crète | |
| District régional | La Canée | |
| Coordonnées | 35° 27′ 46″ nord, 24° 08′ 31″ est | |
| Altitude | 230 m | |
| Géolocalisation sur la carte : Grèce
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Aptera (grec moderne : Άπτερα), parfois appelée Aptara, Apteria, Apterea, Aptaria[1] ou Aptère[2], est une ancienne cité de Crète, désormais en ruines, située dans le district régional de La Canée. Aptera fut fondée sur la colline de Paliokastro, à une altitude de 230 mètres environ, et domine toute la baie de Souda, à environ 15 km à l'est de l'actuelle La Canée.
Fondée vers le VIIIe siècle av. J.-C. à la fin de l'époque minoenne, la ville atteint son apogée à l'époque hellénistique. Aptera, par sa position stratégique dans la baie de Souda, possédait deux ports : Minoa (l'actuelle Maráthi) et Kissamos (près de l'actuelle Kalyvès). Aptera continua à être une importante cité au cours de la période romaine puis lors des premiers temps de l'Empire byzantin, avant d'être détruite par deux tremblements de terre, aux IVe et VIIe siècles, puis par les Sarrasins en 823[3].
Les Vénitiens ont ensuite construit un fort à l'emplacement de la cité. Il fut détruit par des pirates en 1583. La position stratégique du site fut également exploitée par les Ottomans qui firent construire une forteresse dominant toute la baie de Souda, au nord du site, ainsi que par les troupes allemandes qui se positionnèrent sur le plateau de l'ancienne cité lors de la Seconde Guerre mondiale.
Robert Pashley fut le premier à établir un lien entre les ruines découvertes sur la colline de Paliokastro et la cité d'Aptera, confirmant cette identification grâce aux monnaies que l'on trouva sur le site. Les fouilles archéologiques commencèrent en 1942. Elles furent alors menées par les Allemands qui occupaient l'île. D'autres fouilles eurent lieu en 1986-1987 puis en 1992-1995. Les fouilles se poursuivent encore aujourd'hui.
L'ancienne Aptera fut fondée sur l'actuelle colline de Paliokastro[N 1] à une altitude d'environ 230 mètres[4]. La cité est remarquable par son emplacement stratégique : elle domine toute la baie de Souda au nord[N 2], la plaine d'Apokóronas à l'ouest et tout le massif des Montagnes blanches, au sud. Cet emplacement stratégique a favorisé son développement, en particulier au IVe siècle av. J.-C. De plus, ses deux ports : Kissamos (l'actuelle Kalyvès) et Minoa (l'actuelle Marathi), situés à l'entrée de la baie, lui ont assuré le contrôle du commerce dans la région. L'historien Nicolas Svoronos alla jusqu'à qualifier Aptera de la plus importante cité commerciale de Crète et l'une des plus puissantes pendant sa période de prospérité.
En tant que cité-État, Aptera contrôlait toute la région et de nombreux villages. Selon les sources, les frontières possibles de ce territoire auraient été le territoire de Kydonia, à l'ouest, et celui de Lappa, au sud. Il se serait étendu sur l'ensemble du cap Drapanon, à l'est[5]. La rivière Pyktos, qui traverse les plaines situées au sud et à l'est de la colline sur laquelle repose Aptera, faisait des plaines des actuelles Stýlos et Armenoi des plaines fertiles pour l'agriculture. Des traces de villages ou de fermes isolées ont été découvertes aussi bien dans ces plaines que plus haut en altitude. Des parties du réseau routier reliant Aptera aux cités voisines ont été mises au jour. Une borne milliaire indiquant la distance entre Aptera et Kissamos a été retrouvée sur l'axe menant à Lappa. Cette borne fait également mention de l'empereur Trajan et daterait de l'année 99-100[6].
Les murs de la ville, longs de 3 480 mètres, entourent la partie plate de la colline. La surface encerclée par la muraille ne fut jamais complètement urbanisée[6].
Nom de la cité
Le terme « Aptera » pourrait être lié au culte d'Artémis Aptera. Il n'est pas rare de voir le nom d'une cité dériver de celui d'un dieu ou d'une déesse. À Aptera, la cité aurait cependant choisi une épiclèse plutôt que le nom même de la déesse, ce qui est plus rare. Cela pourrait signifier que le terme Aptera précédait peut-être celui d’Artémis, une confusion née de la fusion des cultes d’Artémis avec celui du culte minoen de la déesse des animaux[7],[8].
Selon Eusèbe de Césarée, le nom d'Aptera viendrait d'Apteras, roi de Crète qui aurait vécu au temps de Moïse, en [9]. Cette information est reprise par Joseph Pitton de Tournefort[10] ainsi que Richard Pococke[11]. D'après Pausanias, Ptéras, fondateur du second temple d'Apollon à Delphes, aurait donné son nom à la cité[12]. Enfin, une autre légende, rapportée par Étienne de Byzance au VIe siècle, raconte qu'une compétition musicale fit s'affronter les Muses et les sirènes dans le temple des Muses. À l'issue de ce concours, les Muses l'emportèrent et les Sirènes, désemparées, retirèrent leurs ailes[N 3] et, devenues blanches, se jetèrent dans la baie de Souda, formant ainsi les différents îlots de la baie, appelés îles blanches. Les sirènes, se retrouvant dépourvues d'ailes (Apteres en grec) donnèrent ainsi leur nom à la ville[6],[13].
La plus ancienne occurrence du nom « Aptera », sous la forme A-pa-ta-wa, a été trouvée à Cnossos, sur une tablette en linéaire B du XIIIe siècle av. J.-C. Le terme Aptara, d'origine dorienne, n'est apparu que plus tard, lorsque les Doriens se rendirent maîtres de l'île[14],[N 4]. C'est la forme dorienne qui semble avoir prédominé en Crète, comme l'indiquent les pièces de monnaie ainsi que les inscriptions retrouvées. La forme Aptera semble, quant à elle, avoir prédominé dans le reste du monde grec[6].
Histoire
De la fondation à la période hellénistique
La Crète bénéficia, vers le IXe siècle av. J.-C., de conditions favorables au développement de nouvelles cités, parmi lesquelles Eleftherna, Lappa, Lyttos, Kydonia et Aptera[15]. Cette dernière aurait été fondée au cours de la période géométrique, soit vers le VIIIe siècle av. J.-C., d'après les fouilles effectuées dans le cimetière de la ville[16]. Aptera pourrait avoir été, au moins dans un premier temps, une cité « industrielle ». Il existait alors, dans la région, des mines exploitées depuis la période minoenne. Ainsi, à Meskla, antique Κεραια, à environ trois à quatre heures de marche d'Aptera, on exploitait le fer et le cuivre[17]. Mais la région d'Aptera est surtout connue au travers des Dactyles idéens qui, selon la tradition, auraient découvert le feu, le cuivre et le fer ainsi que l’art de travailler ces métaux dans la région des Aptéréens. Ils se seraient situés près du mont Berekynthos[17]. Là, dans la commune de Maláxa, se trouvait également une des plus anciennes mines d'Europe[18].
Ce que nous savons de la cité provient d'ailleurs majoritairement des fouilles, étant donné le peu de textes l'évoquant. Cependant Pausanias nous apprend qu'en -668 les archers d'Aptera prirent part à la seconde guerre de Messénie aux côtés de Sparte[19],[4]. Au Ve siècle av. J.-C., tout comme l'ensemble des cités crétoises, Aptera ne prit pas part aux guerres médiques, sans pour autant rompre ses relations commerciales avec Athènes, si l'on en croit les poteries importées retrouvées lors des fouilles et datant de cette période. Comme de nombreuses cités crétoises, la ville prospéra au IVe siècle av. J.-C. On comptait jusqu'à huit faubourgs, situés au pied de la colline jusque dans la vallée de Stýlos[20]. Réputée pour l'habileté de ses archers, Aptera fournit des mercenaires à divers conflits hors de Crète qui ramenèrent ensuite des richesses dans leur cité d'origine. On trouva également des mercenaires d'Aptera parmi les nombreux pirates de l'Égée[21]. L'argent, importé d'Égypte et de Cyrénaïque, permit à la cité de frapper ses propres pièces et ainsi de renforcer son indépendance et sa puissance économique. La plupart de ces pièces (on compte 76 types différents[20]) représentaient la déesse Artémis sur l'envers avec l'inscription APTARAION ou APTERAION et Pteras sur le revers. D'autres pièces ont été retrouvées avec les portraits de Zeus, Apollon ou Héra et une torche, une abeille ou un arc sur le revers. Les archéologues estiment la population d'Aptera à cette période à 20 000 habitants, dont 1/5e d'hommes libres et le reste d'esclaves[18]. De nombreux hommes libres sont marchands, propriétaires terriens ou armateurs.
On retrouva Aptera aux côtés de Sparte dans sa guerre chrémonidéenne contre les Macédoniens en -267 - -266. Les querelles internes que connut la Crète au IIIe siècle av. J.-C., principalement entre Cnossos et Gortyne, amenèrent Aptera à s'allier le plus souvent avec Cnossos. Après la destruction de Lyttos par Cnossos, lors de la Guerre de Lyttos en -220, les alliés de Cnossos que sont Aptera, Kydonia et Eleftherna se retrouvèrent assiégées par les alliées de Gortyne (Lappa et Pollyrrhenia) ainsi que par l'armée de Philippe V de Macédoine. Aptera finit par se joindre au camp de Gortyne, devenue alors la principale cité de l'île[22],[4],[N 5].
L'intense activité d'Aptera en matière de politique étrangère est confirmée dans des inscriptions concernant des alliances et dans la nomination de consuls représentant la cité dans de nombreuses autres cités. Ainsi on trouva Aptera dans les trente villes qui s'allièrent au roi de Pergame Eumène II en -183[23]. Elle honora Attale II en érigeant une statue de bronze à son effigie. La cité nomma des consuls pour la représenter à Knossos, Hierapytna, Malia, mais aussi dans le Péloponnèse, dans l'Égée, en Asie mineure et sur les côtes de l'Adriatique[6].
Les plus anciennes traces de cultes découvertes datent du VIIIe siècle av. J.-C. et ont été retrouvées près du temple bipartite attribué au culte d'Artémis et d'Apollon[6] Ce temple, découvert en 1942, daterait du Ve siècle av. J.-C. La déité centrale d'Aptera était Artémis. En plus de ce temple, on retrouvait le portrait de la déesse sur deux types de monnaies d'argent aux IVe et IIIe siècles av. J.-C.. Aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., une inscription nous informe que des courses se tinrent en son honneur pendant le mois de Diktynnaois, c'est-à-dire le mois de Dyktinna, une forme archaïque du nom d'Artémis en Crète. On trouve également la mention d'un sanctuaire d'Artémis dans une autre inscription à l'occasion du renouvellement d'une alliance avec la cité de Teo, en Asie mineure, en -170. Enfin, dans une autre inscription votive, il est fait référence à Artémis sous le nom Eileithyia, ou déesse de la naissance[24]. D'autres dieux et déesses furent honorés à Aptera. Les chercheurs allemands ont mis au jour un temple dédié à Dionysos et des pièces avec les portraits d'Hermès, de Zeus, Hestia ou d'Héra ont pu être retrouvées.
Aptera romaine

Lors de la conquête de la Crète par Metellus (67 à ), Aptera se rendit sans combattre tout comme le fit Kydonia. Cet acte permit à la cité de recueillir les faveurs des Romains qui n'infligèrent à Aptera que des taxes peu élevées[25]. Le déclin d'Aptera semble s'être amorcé avant la conquête romaine, sans doute parce que la cité devint dépendante de sa voisine Kydonia[23]. D'ailleurs, l'usage de pièces de monnaie de Kydonia laisse penser qu'Aptera fut placée sous l'autorité administrative de celle-ci. D'après les fouilles, la ville connut cependant un nouvel essor aux Ier et IIe siècles. Les importantes infrastructures mises en place à cette époque montrent son développement : les imposantes citernes d'eau qui la ravitaillaient en eau sont le signe d'une ville à la population importante.
Les fouilles montrent qu'à la période romaine, Aptera continua à vouer un culte à différents dieux, voire s'ouvrit à de nouveaux cultes. Les fouilles entreprises par Stylianós Alexíou (en) en 1958 ont mis au jour un petit temple du Ier siècle av. J.-C. dédié à Démeter et Perséphone. Le culte de Dionysos semble toujours présent au travers d'une statue d'époque romaine retrouvée sur le site. Des statues d'Aphrodite et d'Hermès ont été découvertes dans la « villa au péristyle ». Enfin, dans la nécropole, ont été découvertes des preuves de l'existence d'un culte voué à Isis, la déesse égyptienne. Ce culte est peut-être arrivé lors de la période hellénistique mais il se développa sûrement lors de la période romaine[6].
Déclin et destruction de la cité
À partir du IIIe siècle, Aptera commença à décliner et cela alors que des cités telles que Kissamos et Kydonia prospéraient. Ce déclin s'accéléra avec le tremblement de terre de 364-365 qui détruisit plusieurs villes de Crète[26]. La cité continua à être habitée, comme l'atteste Hiéroclès[27], et fournit même des évêques au cours de la période byzantine[28]. Les archéologues ont pu retrouver les fondations d'une église chrétienne du VIIe siècle ou VIIIe siècle et des tombes sous le sol de l'édifice. Un second tremblement de terre au VIIe siècle[N 6] et le pillage par des pirates sarrasins marquèrent l'abandon de la ville par ses derniers habitants[3].
Un monastère, fondé vers 1182 et dédié à Saint Jean le Théologien, s'établit au centre de l'ancienne cité. Propriété du monastère de Patmos, il le resta jusqu'en 1964. Le site de l'ancienne cité servit plus tard à l'installation, par les Vénitiens, d'une forteresse appelée Paleokastro (ou Paliokastro), mais le village fut à son tour détruit par des pirates en 1583[28]. Puis, au milieu du XIXe siècle, les ruines d'Aptera servirent de carrière pour la construction de la forteresse d'Itzedin, à Kalámi, construite par les Turcs en l'honneur du fils du sultan (1872)[28].
Redécouverte de la cité
Après sa destruction, la cité tomba dans l'oubli et il faut attendre plusieurs siècles pour la voir identifiée. L'indication de Strabon que le port de la ville s'appelait Kissamos conduisit en effet à la rechercher près de la localité ayant conservé ce nom située entre les péninsules de Gramvoussa et de Rhodopos ; il existait en réalité au moins deux localités de ce nom, le port d'Aptéra étant maintenant considéré comme l'actuelle Kalyvès.
Ainsi, en 1415, le géographe Cristoforo Buondelmonti semble identifier Minoa sur ce qui est le site d'Aptera. Il décrivit déjà les citernes de la cité et en prit les mesures[29]. Domenico Negri commit la même erreur en 1557. Cornaro, qui pensait que Minoa se trouvait entre Kydonia et Aptera, plaça cette dernière plus à l'est qu'elle ne l'était dans la réalité[30]. En 1630, Basilicata décrivit un théâtre rond et des mosaïques, mais ne chercha pas à identifier le nom de la cité[31]. Joseph Pitton de Tournefort se rendit en Crète en 1700 ; s'il mentionne les ruines de Paleokastro, il ne semble pas qu'il les ait examinées[32] et il identifia Aptera à un autre site près de Kissamos, appelé lui aussi Paleokastro[10], et considéré par la suite comme celui de Polyrrhénie[33].
Robert Pashley fut le premier, en 1834, à situer correctement Aptera. Il conforta son opinion par la présence de pièces sur le site portant les initiales de la cité[34]. Il découvrit près du monastère de St Jean le Théologien, à environ un mètre de profondeur, un mur portant un décret de la cité antique[N 7].
Les premières fouilles furent conduites en 1862 et 1864 par l'École française d'Athènes : Carle Wescher mit au jour le « mur des inscriptions »[35], qui pourrait selon lui marquer l'emplacement du prytanée[36]. Ce mur comportait un décret rendu par le sénat et avait pour objet de décerner des honneurs à Attale, roi de Pergame, afin de le remercier de sa bienveillance envers la confédération crétoise en général et envers Aptera en particulier : le texte mentionnait que la cité ferait ériger une statue de bronze représentant Attale, soit à pied, soit à cheval selon son gré, et qu'elle garantirait au roi sa sécurité personnelle, aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre, et ce aussi bien au sein de la ville d'Aptera que dans ses ports[37]. La découverte de Wescher permit d'attester les hypothèses de Pashley selon lesquelles les ruines d'Aptera étaient situées à Paleokastro[1]. En septembre 1878, Haussoullier se rendit également à Aptera, étudia, copia et publia les inscriptions trouvées par Wescher. Selon lui le « mur des inscriptions » se trouvait près du temple bipartite probablement dédié à Artémis. En 1899, lorsque deux voyageurs italiens, Luigi Savignoni et Gaetano de Sanctis, se rendirent sur les lieux, le mur des inscriptions avait disparu. Mais, en 1928, trois nouvelles inscriptions furent mises au jour[23].
Après la bataille de Crète, le site fut occupé par l'armée allemande. Sa position stratégique explique un tel choix. De nos jours, on peut encore apercevoir des nids de mitrailleuses construits à partir des pierres trouvées sur le site. Lors de cette occupation, le site fut de nouveau fouillé. Le temple bipartite fut retrouvé au sud-ouest du monastère. Daté du Ve siècle av. J.-C. ou IVe siècle av. J.-C., il fut par la suite utilisé comme tombe avant d'être recouvert par d'autres bâtiments d'époque médiévale[4].
En 1958, l'archéologue Stylianós Alexíou fouilla le site. Il découvrit un temple en l'honneur de Déméter. Plusieurs exemples de kernoi[N 8] de l'époque hellénistique y ont été découverts. Alexíou découvrit également un groupe de tombes du IVe siècle av. J.-C. qui contenaient des broches en argent et de la vaisselle, et une partie d'un traité conclu entre Aptera et Kydonia[38].