Art construit

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L’art construit désigne un courant artistique de l'abstraction géométrique. Il s’inscrit dans une tradition de l’abstraction qui rejette l’expression subjective et la référence directe au monde naturel, au profit d’une élaboration des formes, des couleurs et des structures. Il est parfois appelé « abstraction géométrique de la seconde moitié du XXe siècle » pour le différencier des premiers courants abstraits géométriques.

Etymologie

Le terme d'abstraction géométrique est repris par les artistes eux-mêmes qui, dans les années 1950, opposent deux formes d'abstraction, l'une géométrique et l'autre lyrique. Dans ces années d'après Guerre, le milieu artistique français, avec des artistes comme Herbin, Dewasne, Vasarely… s'unit, au-delà des spécificités, dans ce mouvement en opposition avec l'abstraction lyrique. Des galeries, comme la Galerie Denise René ou Colette Allendy, mais aussi des revues comme Art d'Aujourd'hui, tout comme le Salon des Réalités Nouvelles participent au renouveau de ce mouvement[1].

Hommage au carré de Joseph Albers.

Bien que faisant encore partie de l'abstraction géométrique, de nouveaux courants se développent dans les années 1960-1970, comme l'art optique et l'art cinétique, qui vont davantage intégrer la lumière et le mouvement qu'il soit perçu, à travers des illusions d'optiques, ou réel, à travers un mécanisme[1].

D'autres noms sont parfois utilisés pour désigner ces artistes. "Art concret" désigne plus spécifiquement le mouvement fondé par Theo Van Doesburg dans les années 1930. Chargé historiographiquement, ce terme n'inclut que les artistes qui pensent rationnellement leurs œuvres, préalablement à la concrétisation, ce qui exclut l'usage de l'intuition. Le terme d'« art construit » est souvent utilisé. Inscrit dans la tradition du constructivisme, il n'est pas aussi limitant dans sa définition, mais inclut la question de la fonction de l'art dans laquelle ne se reconnaissent pas tous les artistes géométriques. Dans les faits, les artistes ou associations choisissent en fonction des affinités. Ainsi, l'association Repères privilégient le terme d'« art construit »[1].

Histoire

À partir des années 1930, mais surtout suite à la publication de Michel Seuphor en 1949 consacrée à l'art abstrait, l'abstraction connait un profond renouveau après la Seconde Guerre mondiale. Ce courant peut prendre le nom d'art construit[2]. Le grand salon de l'art abstrait dans la seconde moitié du XXe siècle est le Salon des réalités nouvelles, ouvert à partir de 1946. Il est dirigé par Auguste Herbin et est le Salon de référence qui donne au courant de l'art construit sa légitimité et permet sa diffusion. Il sera le lieu incontournable pour tous les artistes de ce mouvement. Y sont exposés, par exemple, Hans Steinbrenner ou Günter Fruhtrunk. Le Salon des « Grands et Jeunes d'aujourd'hui » complète ce salon et permet à des plus jeunes, comme Cruz Diez ou Guy de Lussigny d'y exposer[3].

Sérigraphie de Morellet.

Ce courant doit beaucoup à l'engagement de plusieurs galeries, dont la principale est celle de Denise René. Sa galerie est ouverte en 1944 à Paris avant de travailler dans les années 1970 à promouvoir cet art aux États-Unis. Elle est l'une des premières galeries à exposer des artistes comme Mondrian ou Albers en France. À partir de ces mêmes années, elle travaille à faire connaître certaines formes spécifiques de l'abstraction géométrique comme l'art cinétique de Cruz Diez. Il est aussi possible de citer les rôles importants des galeries Allendy et Lahumière[3]. Les ateliers-éditions Fanal, consacrés à l'édition d'œuvres abstraites, était un lieu important pour la diffusion de ce mouvement[4].

Ce courant européen s'inscrit dans une opposition entre une approche géométrique de l'abstraction et une vision lyrique défendue par la scène américaine[5], mais aussi dans un contexte de déplacement de la scène artistique à New York[6]. Cette opposition touche des conceptions fondamentales l'art. En 1964, Frank Stella et Donald Judd, deux peintres américains, utilisent des mots durs contre cet art européen qu'ils considèrent stérile. Pour l'historien de l'art Erich Franz, cette vision était déjà dépassée lors de cette interviews, l'art abstrait de cette époque ne pouvant se résumer à un constructivisme[7]. Pour Nicolas Surlapierre, les artistes de ce courant sont « sans doute les meilleurs exemples de l'orthodoxie du discours moderniste sur l'art »[8].

Collections importantes

Bibliographie

  • Hélène Trespeuch, « Cheminer dans l'abstraction géométrique » in Lignes et couleurs, Musée de Cambrai, 2020, p. 20-28.
  • Nicolas Surlapierre, « Abstraction faite » in L'abstraction géométrique vécue, Musée de Cambrai, p. 55-71.
  • Véronique Burnod, Art construit- Art concret, Musée de Cambrai.

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