Art roman en Catalogne
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L'art roman s'est développé sans frontières aux XIe et XIIe siècles à travers l'Europe centrale et occidentale, de la Pologne au Portugal et de la Scandinavie à la Sicile[1]. Malgré sa large expansion, c'est un art très homogène, raison pour laquelle il a été considéré comme le premier style médiéval européen complètement épanoui. En dépit de ce consensus, et comme il est advenu avec les langues romanes, différentes écoles nationales sont apparues, comme la catalane, étroitement liée à celle de la Lombardie. Son nom, passé dans l'usage courant seulement à partir de 1835, révèle qu’il puise ses origines dans la tradition romaine, dont il s'inspire tant en architecture qu'en sculpture, et même en peinture, dans ce dernier cas au travers de l'influence byzantine, très forte dans le Nord de l'Italie.
Après la décomposition de l'Empire carolingien, le territoire qu'il couvrait se fragmenta en petits États et comtés, régis par la féodalité, système économico-juridique et de relations sociales qui s'étendit à tout l'Occident européen à partir du XIe siècle, période où l'art roman connut son expansion, laquelle coïncide également avec l'éclosion des langues romanes, qui se sont peu à peu formées à partir du latin dans les siècles précédents, éveillant dans la population le sentiment d'appartenir à une nation (l'abbé Oliba parle déjà de patrie), sous la souveraineté, dans le cas de la Catalogne, des comtes de Barcelone.
Après une période considérée comme préromane, vers le milieu du Xe siècle, suivent deux périodes ou styles romans correspondant en Catalogne à deux étapes dans la lutte pour la reconquête du territoire à l'Islam. Ainsi, le premier âge roman, qui donne naissance à l'art roman lombard, correspond à l’ancienne Gothie, où les comtes catalans étaient arrivés au XIe siècle ; le second âge roman, ou âge roman classique, couvre la Nouvelle Catalogne, c'est-à-dire les territoires conquis au XIIe siècle, à savoir les régions de Lérida, Tarragone et Tortosa, qui donnent à la Catalogne sa configuration définitive.
L'art roman se prolongea en Catalogne jusque sur la première partie du XIIIe siècle ; il était donc encore l'art consacré lorsque Jacques Ier d'Aragon conquit Majorque (1229) et Valence (1239). Ce ne fut que dans la deuxième moitié du siècle que s'imposèrent progressivement en Catalogne les formes et l'esprit du nouveau style : l'Art gothique.
Antécédents historiques

La Catalogne a été envahie vers 716 par les troupes musulmanes, qui poursuivirent leur expansion vers le Nord jusqu'à ce qu'elles furent mises en déroute à la bataille de Poitiers (732) par les troupes de Charles Martel. Charlemagne, qui voyait compromis son vaste empire européen, l'Empire carolingien, interposa entre celui-ci et l'Islam une frontière, une zone tampon, qu'on appela la Marche d'Espagne, la future Catalogne. Deux étapes importantes de la mise en place de cette « marche » furent la conquête de Gérone par les Francs en 785 et la soumission par Louis le Pieux, fils de Charlemagne, en 801, de la ville de Barcelone et des terres avoisinantes, jusqu'au Llobregat [2].
C'est à cette époque que le cours inférieur du Llobregat devint la frontière méridionale de l'empire, séparant les chrétiens des Sarrazins. Ce n'est qu'au début du Xe siècle, plus précisément en 904, que l'on trouve trace des premiers établissements chrétiens situés sur l'autre rive du fleuve, comme le château de Cervelló. Nombreux furent les paysans qui colonisèrent ces terres par le moyen de l'aprision[3].
Souveraineté

C'est lorsque la Catalogne obtint sa souveraineté que l'art roman s'y implanta progressivement. Depuis Guifred le Velu (878-897), les comtes catalans avaient entamé la marche vers la souveraineté, mais ce seront les grands comtes de Barcelone, comme Raimond-Bérenger Ier (1035-1076), l'Ancien, ou Raimond-Bérenger III (1093-1131), le Grand, qui mèneront le pays à sa plénitude, parallèlement au développement de l'art roman. La mosaïque des comtés formant la Catalogne s'était peu à peu fondue en un seul État sous la souveraineté des comtes de Barcelone, à l'exception des comtés de Pallars et d'Empúries, qui se rapprochèrent plus tard.
Raimond-Bérenger IV (1113-1162), conquérant de Tortosa (1148) et de Lérida (1149), apporta la dernière touche à la configuration définitive de la Catalogne telle que nous la connaissons aujourd'hui et matérialisa l'union avec l'Aragon par ses fiançailles (1137) avec la princesse Pétronille, fille âgée d'à peine un an du roi d'Aragon Ramire II. Leur fils, Alphonse le Chaste (1162-1196), sera le premier comte de Barcelone à arborer le titre de roi d'Aragon.
Féodalité

Le développement et l'expansion de l'art roman coïncident également avec l'avènement de la féodalité à tous les niveaux de la société, caractérisé par la désintégration de l'autorité du pouvoir public, c'est-à-dire la privatisation progressive des charges et fonctions publiques, qui deviennent héréditaires[4],[5]. Dans la féodalité, les hommes étaient liés les uns aux autres par des liens de vassalité et de fidélité et l'objet du pacte était le fief, qui consistait en l'usufruit d'une terre ou d'un château ou aussi en une fonction publique ou des rentes[6]. Toute cette structure était sous l'emprise du prince, le comte de Barcelone, auquel étaient soumis de nombreux nobles et barons, parfois si puissants qu'ils en vinrent à se rebeller contre l'autorité du souverain.
Par opposition au fief, l'alleu était un domaine exempt de toute prestation. Dans la féodalité, les paysans, soumis au servage, étaient attachés à la terre, qu'ils ne pouvaient abandonner sans payer un rachat (remença) au seigneur.
Grâce à ce système, les anciens châteaux bâtis en toute hâte au moment de la reconquête du pays, purent être reconstruits. Les plus stratégiques prirent même une importance considérable, donnant leur nom à des lignées, telles que les Cardona ou les Cabrera, qui, grâce à leur lutte contre les Sarrazins et à la reconquête de la Nouvelle Catalogne, deviendront les seigneurs de domaines étendus et exerceront une forte influence politique.
La Trêve de Dieu

La prolifération des églises romanes s’explique par la violence féodale perpétrée par les nobles, qui affectait tout le monde, pas seulement les nobles et leurs guerriers, mais aussi le clergé et les moines, les paysans et tous les ordres de la société.
L'insécurité devint telle que l'Église, à l'initiative de l'abbé Oliva de Besalù, institua le mouvement de la Paix et de la Trêve de Dieu, lequel, pour protéger les personnes et les biens, interdisait la pratique de la guerre en des lieux et jours déterminés. C'est ainsi que se formèrent, sur une zone de trente pas autour des églises, des sagreras, où l'immunité était garantie[7].








