Arturo Ruiz García
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Grenade
Plaza del Callao, Madrid
| Naissance | Grenade |
|---|---|
| Décès |
(à 19 ans) Plaza del Callao, Madrid |
| Nationalité |
Espagnole |
| Formation |
Collège de Chamartín (en) |
| Activité |
Etudiant |
| Parti politique |
Joven Guardia Roja de España |
|---|---|
| Membre de |
Commissions Ouvrières |
Arturo Ruiz García (Grenade, - Madrid, ) est un étudiant et militant de gauche espagnol, qui fut assassiné par un militant d'extrême droite pendant une manifestation pro-amnistie le .

Ses parents étaient Eduardo Ruiz, originaire de Bédar (province d'Almería) et Elvira García, née à Cortes y Graena, dans la province de Grenade. Les parents d'Arturo avaient six fils et deux filles, Arturo étant le plus jeune des garçons.
Arturo a été à l'école primaire de Darro, commune de la province de Grenade, et a fait ses études secondaires à l'Institut de Churriana de la Vega, de la même province. Le travail de fonctionnaire d'Eduardo a conduit la famille à déménager à plusieurs reprises.
Arturo s'est installé à Madrid avec ses parents à 15 ans en raison du nouveau travail de son père et a passé le baccalauréat au Collège de Nuestra Señora del Recuerdo. Pendant son séjour à Madrid il a aussi effectué quelques travaux ponctuels dans la construction.
C'était un grand sportif, membre à Grenade du Club Juveman de Montagne et du Club Alpin “La Maliciosa” à Madrid.
Arturo avait déjà montré son implication en politique dès son plus jeune âge. Il a réalisé quelques actions avec la Jeune Garde Rouge d'Espagne, organisation de jeunesse du Parti du Travail d'Espagne.
Avec l'arrivée de la Transition, il a adhéré aux Commissions Ouvrières, où il allait militer jusqu'à son assassinat.
Le combat pro-Amnistie
La demande d'Amnistie pour les prisonniers politiques est devenue l'une des revendications fondamentales des mouvements démocratiques en Espagne lorsque le franquisme arrivait à sa fin. Le concept d'Amnistie était lié non seulement aux demandes de démocratie, mais aussi aux revendications syndicales, les deux étant indissociables. Une réconciliation n'était pas possible sans amnistie[1]. Entre 1975 et 1977 près de 120.000 détenus ont été libérés par des libérations, grâces et amnisties. On estime que les prisonniers politiques à cette époque étaient environ 11.200[2].
Première grâce
Après la mort du général Franco en novembre, le rétablissement de la monarchie dans la personne de Juan Carlos Ier a été considéré comme l'événement propice à la concession d'une ample amnistie qui a affecté 12.000 personnes, dont 700 étaient des détenus politiques[3].
Première amnistie
Le , la Première Amnistie a été proclamée par le Décret-Loi Royal 10/1976, qui a permis la sortie de 287 prisonniers avec une limitation: qu'ils n'eussent pas mis en danger ou blessé la vie ou l'intégrité physique des personnes. Mais cela était toujours basé sur les sentences d'un tribunal franquiste, où les défenses étaient mises en doute et parfois même sans possibilité de répondre devant le juge.
Première semaine pro-Amnistie
(Dans l'ensemble de l'Espagne. Au Pays Basque on considère comme la première, celle qui a eu lieu entre le et le ).
Du 4 au , cette semaine pro-Amnistie s'est déroulée au niveau national, après convocation des organismes unitaires de l'opposition démocratique. Au cours de ces sept jours, se sont tenues des actions et des manifestations, autorisées ou non, un peu partout en Espagne: Valence (plus de cent mille manifestants), Éibar, Madrid, Barcelone, Santander, Málaga, Las Palmas de Gran Canaria, Bilbao (cent cinquante mille manifestants), Grenade, Santa Cruz de Tenerife, La Corogne, Gijón, Lugo, Guadalajara, Sabadell, Séville, Valladolid, Badajoz et Santurce où il y a eu une victime à la sortie d'une action pro-amnistie. Cette même semaine, la police empêche le début de la Marxa de la Llibertat en Catalogne, dont l'un des objectifs était précisément la demande d'amnistie.
Elargissement de l'amnistie et grâce générale
Le ont été publiés Décret-loi Royal 19/1977 sur des mesures de grâce et le Décret Royal 388/1977 sur une grâce générale. Le premier était un élargissement de l'amnistie antérieure, éliminant la condition de “ne pas avoir mis en danger”, considérée discriminatoire. La grâce générale a diminué toutes les condamnations de 12 ans, dont les délits fussent préalables au . Cela entraîna la grâce pour 3905 personnes.
Cela n'a conduit à la libération que de quelques prisonniers politiques, tandis que restaient détenus tous les condamnés à mort du procès de Burgos et d'autres victimes de procès sommaires comme les condamnés du 27 septembre 1975.
Deuxième semaine pro-Amnistie
Entre le 8 et le , de grandes manifestations ont eu lieu à Villafranca de Ordice, Rentería, Bedia, Tolosa, Madrid, Valladolid, Salamanque, Barcelone et Saragosse et d'autres à Bilbao, Alonsótegui, Miravalles, Saint-Sébastien, Deva, Vera de Bidasoa, Ortuella, Pampelune, Alzate, Alsasua, Lecumberri, Baracaldo.
Il y a eu des morts à Pampelune, un autre à Ortuella, deux blessés à Tolosa, des altercations graves dans plusieurs localités et des blessés par balle à Baracaldo.
De plus, des références à l'amnistie furent faites dans les meetings de PSOE, ANV, PNV et UGT où un communiqué a été lu, de même que dans les Assemblées Publiques qui se sont tenues.
Le a eu lieu un appel à la grève générale[4]. Des personnes ont été enfermées à Madrid, Barcelone, Valladolid, Salamanque, Saragosse et Saint-Jacques-de-Compostelle.
Au Pays Basque il y a eu deux autres semaines pro-amnistie, une en juin et l'autre entre septembre et .
Loi d'amnistie: Loi 46/1977
Avec la promulgation de la Loi d'Amnistie le , seuls 89 prisonniers politiques sont sortis des prisons espagnoles. Certains d'entre eux n'étaient même pas des prisonniers faute de jugement. Pourtant, on l'a appelée "loi de point final" parce qu'on y pardonne les crimes d'État du franquisme et de la transition[2].
Actuellement, en raison de la Loi d'Amnistie, les crimes contre l'humanité commis pendant le franquisme n'ont toujours pas été jugés.
Les événements du 23 janvier 1977
Le matin du , un groupe d'activistes était rassemblé entre la rue de la Estrella et rue de Silva, participant à la manifestation pro-amnistie convoquée dans la Gran Vía de Madrid. Le Gouvernement Civil de Madrid avait interdit la manifestation en raison de la possibilité de violence. Vers 12h24 Arturo Ruiz García rejoignait ce groupe de personnes[5].
Comme d'habitude, des groupes d'extrême-droite rôdaient autour de la zone de la manifestation avec l'objectif de menacer et d'effrayer les participants. Des groupes tels que Fuerza Nueva ou Triple A, dont certains liés à la Direction Générale de Sécurité (DGS) ou aux Forces et Corps de Sécurité de l'État avaient l'habitude d'aller à ce type de manifestations pro-amnistie armés.
Ce jour-là, quelques fascistes reconnus se trouvaient dans la zone, dont Jorge Cesarsky Goldstein et José Ignacio Fernández Guaza. Le premier était un citoyen argentin, agent d'assurances, âgé de 50 ans, lié à la Direction Générale de Sécurité. Il s'agissait d'une personne "reconnue" dans les cercles de l'ultradroite espagnole et très lié à Fuerza Nueva. Le second, de 29 ans, lié à la Garde civile, appartenait à la mouvance d'ultradroite, en particulier aux Guerrilleros de Cristo Rey[6]. A cette occasion, il disait travailler pour les services d'information de ce corps, selon les déclarations testimoniales de María del Carmen Chacón Poveda, sa compagne. Tous deux étaient armés de pistolets le jour de la manifestation[7].
A un moment donné, l'un des manifestants a dit qu'il y avait des membres de l'organisation d'ultradroite Guerrilleros de Cristo Rey et, entendant cela, Fernández Guaza s'est avancé vers les manifestants tout en proférant des insultes contre eux et les a menacés avec un gantelet qu'il portait, en criant qu'il était armé avec un pistolet et en faisant le geste de le sortir[8].
En voyant cela, Arturo Ruiz García, dépourvu de toute arme, s'est mis à la tête des manifestants et a reproché à Fernández Guaza son attitude, en lui disant que s'il n'avait pas porté un pistolet il n'aurait pas proféré ces menaces. A ce moment-là, Fernández Guaza a reculé pour se trouver à côté de Cesarsky, et lui a demandé de sortir le pistolet qu'il portait. Cesarsky a sorti le pistolet avec l'objectif de tuer les manifestants qui se trouvaient devant lui et a tiré sur eux, qui ont fui par la rue de la Estrella pour ne pas être atteints. Ensuite, selon la version Fernández Guaza, il a demandé l'arme à Cesarsky qui l'a lui a donnée, ou bien il lui a arraché l'arme[9]. Immédiatement, Fernández Guaza a tiré deux coups sur Arturo Ruiz García, dont l'un l'a atteint de plein fouet et l'a tué instantanément[10].
Enterrement
Selon le voeu express de la famille, l'enterrement a eu lieu dans l'intimité dans le cimetière de Fuencarral et aucune messe n'a été célébrée pour l'âme du défunt; le curé local a juste lu une oraison funèbre devant des centaines de jeunes.
Conséquences
L'assassinat d'Arturo Ruiz a donné lieu à une série d'incidents violents qui seraient connus comme la semaine tragique ou semaine noire de Madrid[11],[12],[13]. Le lendemain, dans une manifestation de protestation pour l'assassinat d'Arturo Ruiz, Maria Luz Nájera a été tuée par l'impact d'une grenade fumigène dans la tête. Quelques heures après, un commando d'ultradroite a fait irruption dans un bureau d'avocats du travail et a tué cinq personnes lors de ce qu'on connaît sous le nom de la tuerie d'Atocha de 1977[9].
Cesarsky a été arrêté et condamné à six ans de prison, mais n'en a accompli, selon les versions, que 10 mois ou un peu plus d'un an, grâce à la Loi d'Amnistie[8]. Guaza a fui à l'étranger et on a perdu sa trace[7],[14].
