Dernières exécutions du franquisme
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Les dernières exécutions du franquisme ont eu lieu le dans les localités espagnoles de Hoyo de Manzanares (Madrid), Barcelone et Burgos. Cinq personnes ont été fusillées ce jour-là: trois membres du Front révolutionnaire antifasciste et patriote (FRAP) — José Humberto Baena, José Luis Sánchez Bravo et Ramón García Sanz — et deux membres d'ETA politico-militaire — Juan Paredes Manot (Txiki) et Ángel Otaegui —. Ces exécutions, les dernières du régime franquiste, peu avant la mort du général Franco, ont soulevé une vague de protestations et de condamnations contre le Gouvernement espagnol, dans et hors du pays, aussi bien au niveau officiel que populaire. Un an auparavant, le , Salvador Puig Antich avait été exécuté au lacet étrangleur à Barcelone.
Ce furent les dernières peines de mort exécutées en Espagne. La peine capitale a été abolie par l'article 15 de la Constitution de 1978, avec l'exception de « ce dont pourraient disposer les lois pénales militaires pour temps de guerre». La loi organique 11/1995, du , l'a abolie sans cette exception.

À la fin de l'été 1975, plusieurs conseils de guerre étaient en cours et des condamnations à mort en suspens. Garmendia et Otaegui d'une part, outre le procès militaire pour l'attentat de la rue Correo de Madrid: Eva Forest, Durán et María Luz Fernández. D'autres procès suivaient leur cours: celui de l'attentat contre Carrero Blanco et d'autres cas contre des membres du FRAP pour la manifestation du au cours de laquelle un policier était mort.
L'État a publié le Décret-Loi 10/1975, du , sur la prévention du terrorisme, qui contenait divers préceptes de procédure et de droit pénal en relation avec le terrorisme[1]. Ce Décret-loi contenait vingt-et-un articles, une disposition additionnelle et trois dispositions finales. Pourtant, la peine de mort pour divers délits de terrorisme était déjà dans la législation pénale, par exemple dans les articles 294 bis a), 294 bis b) et 294 bis c) du Code de justice militaire, articles inclus dans ce code en 1971[2]. Le code pénal établissait aussi la peine de mort par les articles 260, 405, 406, 501 et d'autres[3].
Les dispositions du Décret-Loi 10/1975 s'appliquaient aux délits de terrorisme des articles 260 à 264 du code pénal et 294 bis du Code de justice militaire. La procédure de certains délits était attribuée à la justice militaire qui pourrait recourir à une exécution sommaire. Elle établissait aussi un prolongement du délai légalement établi pour mettre un détenu à la disposition de l'autorité judiciaire. Selon son article 13: «Le délai légalement établi pour mettre à disposition de l'autorité judiciaire un détenu pourra être prolongé, si les besoins de l'enquête le requièrent, jusqu'à cinq jours après l'arrestation et jusqu'à dix jours sur autorisation du Juge à qui doit être remis l'accusé. La demande de cette autorisation devra être formulée par écrit et exprimer les motifs sur lesquels elle se fonde».
Les conseils de guerre et les condamnations
Un conseil de guerre ordinaire s'est tenu dans le Régiment d'Artillerie de Campagne 63 de Burgos le . Au cours de celui-ci furent jugés José Antonio Garmendia Artola et Ángel Otaegui, tous les deux membres d'ETA politico-militaire, qui furent condamnés à mort pour le délit de terrorisme ayant entraîné la mort du caporal du Service d'Information de la Garde civile Gregorio Posadas Zurrón, à Azpeitia (Guipúzcoa), le . On leur a appliqué l'article 294 bis b) 1er du Code de justice militaire[4]. Garmendia a été condamné pour être l'auteur matériel de l'attentat et Otaegui a été condamné pour coopération nécessaire, pour la préparation minutieuse et détaillée de l'attentat. Garmendia a vu sa peine de mort commuée en une peine de réclusion et Otaegui sera fusillé à Burgos.
Un conseil de guerre sommaire s'est tenu le au Gouvernement militaire de Barcelone. Au cours de celui-ci fut jugé Juan Paredes Manot, dit Txiki, de l'ETA politico-militaire, pour une attaque à la succursale de la Banque Santander de la rue Caspe de Barcelone le , hold-up au cours duquel, à cause d'une fusillade, est mort le premier caporal de la Police armée Ovidio Díaz López. On lui a appliqué l'article 294 bis c) 1er du Code de justice militaire. Il a été condamné à mort et fusillé à Barcelone[5].
Dans les dépendances militaires d'El Goloso, près de Madrid, s'est tenu les 11 et un conseil de guerre sommaire contre des militants du FRAP pour juger l'attentat ayant entraîné la mort du policier Lucio Rodríguez, rue d'Alenza à Madrid, le . Pour cet attentat, cinq accusés ont été condamnés comme auteurs d'un délit d'insulte à la force armée ayant entraîné la mort (article 308, 1er du Code de justice militaire). Trois d'entre eux ont été condamnés à mort; Manuel Blanco Chivite et Vladimiro Fernández Tovar verront leur peine de mort commuée en réclusion, et José Humberto Baena Alonso sera fusillé à Hoyo de Manzanares. Le procès de José Humberto Baena fut extrêmement irrégulier. La témoin principale alla jusqu'à affirmer que l'accusé Baena ne ressemblait même pas au suspect qu'elle avait vu tirer sur le policier Lucio Rodríguez[6][source insuffisante]. Les deux autres accusés ont été condamnés à de longues peines de réclusion; Pablo Mayoral Rueda à trente ans, et Fernando Sierra Marco à vingt-cinq[7]. En plus, Mayoral, Baena et Sierra ont été condamnés à cinq mois d'emprisonnement pour usage illégitime de véhicule à moteur d'autrui.
Également dans les dépendances militaires de El Goloso, s'est tenu le un autre conseil de guerre sommaire contre d'autres militants du FRAP pour l'attentat ayant entraîné la mort du lieutenant de la Garde civile Antonio Pose Rodríguez, dans le quartier madrilène de Carabanchel, le . On leur a appliqué l'article 294 bis b) 1er du Code de justice militaire; José Fonfría Díaz a été condamné à vingt ans de réclusion et cinq autres accusés ont été condamnés à mort, bien que la peine de mort de trois d'entre eux fût commuée ensuite en réclusion: Concepción Tristán López, María Jesús Dasca Pénelas (les deux étant enceintes) et Manuel Cañaveras de Gracia[8]. Les deux autres, Ramón García Sanz et José Luis Sánchez-Bravo Solla, seront fusillés à Hoyo de Manzanares[9].
Il y eut donc au total onze condamnés à mort. Le Conseil des ministres du vendredi a gracié six des condamnés à mort, en commuant leurs peines à la réclusion et a donné le "reçu" pour les cinq autres condamnés à mort. Le "reçu" était le refus de la grâce et par conséquent entraînait l'exécution de la peine de mort. Ces peines de mort furent exécutées par fusillade le lendemain, samedi [10],[11].
Tentatives pour éviter les exécutions
Il y eut plusieurs tentatives pour éviter les exécutions. Il y a eu plusieurs protestations d'avocats au Barreau de Barcelone et les avocats des accusés ont entrepris des démarches auprès du Saint-Siège[12]. Paul VI a envoyé un message sollicitant la clémence. Le premier ministre de Suède Olof Palme est sorti dans les rues de Stockholm en quêtant avec une tirelire en faveur des familles des condamnés. Nicolás Franco, frère du dictateur, lui a écrit en lui demandant de reconsidérer sa décision. La mère de Otaegui a rendu visite au cardinal Jubany, à l'évêque Iniesta et au cardinal Vicente Enrique y Tarancón[13].
Les exécutions

Les exécutions des peines de mort non graciées furent réalisées par fusillade le samedi . A Barcelone fut exécuté Juan Paredes Manot, dit Txiki, de 21 ans, et à Burgos, Ángel Otaegui, de 33 ans, tous les deux militants de l'ETA politico-militaire[14]. A Hoyo de Manzanares (Madrid), José Luis Sánchez Bravo, de 22 ans, Ramón García Sanz, de 27 ans, et José Humberto Baena Alonso, de 24 ans, membres du Front révolutionnaire antifasciste et patriote (FRAP)[15],[16][source insuffisante].
A Hoyo de Manzanares les fusillades ont été réalisées par trois pelotons composés chacun de dix gardes civils ou policiers, un sergent et un lieutenant, tous volontaires. A 9h10, les policiers ont fusillé Ramón García Sanz. Ving minutes plus tard, José Luis Sánchez Bravo et peu après Humberto Baena. A 10h05 tout était terminé. Aucun proche des condamnés n'a pu assister à l'exécution, bien qu'elle fût une "exécution publique" d'après la loi.
Les cadavres des trois membres du FRAP ont été enterrés le matin même de leur exécution à Hoyo de Manzanares. Les restes de Sánchez Bravo seront transférés, plus tard, à Murcie, et ceux de Ramón García Sanz, au cimetière civil de Madrid[13].
Réactions et protestations
Lorsque le vendredi le Conseil des ministres, à l'unanimité et suivant les directives de Francisco Franco, approuve l'exécution de cinq des onze condamnés à mort, cela provoque une immense commotion. Les titres de la presse espagnole proclamaient la générosité du régime qui avait gracié six des onze condamnés. Sous le titre Il y a eu de la clémence la presse se pliait aux consignes du régime, sans qu'on puisse entendre une parole dissonante[réf. nécessaire].
Au Pays basque, une grève générale est déclarée en plein état d'exception, et est majoritairement suivie. Dans toutes les villes espagnoles les grèves et les protestations se sont multipliées, et dans le monde la clameur contre les exécutions ne cessait pas[réf. nécessaire].
Les irrégularités des procès avaient déjà été dénoncées par l'avocat suisse Christian Grobet qui avait assisté en tant qu'observateur judiciaire au conseil de guerre de Txiki au nom de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme et de la Ligue Suisse des Droits de l'Homme, dans le rapport duquel il dit:
« Jamais l'avocat soussigné, depuis qu'il suit les procès politiques en Espagne, n'avait eu aussi clairement l'impression d'assister à un tel simulacre de procès, en définitive une sinistre mascarade, si nous pensons un instant à l'avenir qui attend les accusés. »
Douze pays occidentaux ont retiré leurs ambassadeurs à Madrid. Les ambassades espagnoles de plusieurs villes ont été attaquées par les manifestants, et celle de Lisbonne a été incendiée.
La réponse du régime fut l'appel à une manifestation d'adhésion sur la plaza de Oriente à Madrid, manifestation qui fut organisée par le lieutenant colonel José Ignacio San Martin. Au cours de celle-ci, Franco, physiquement très diminué, accompagné du prince des Asturies Juan Carlos de Bourbon, lors de ce qui sera la dernière apparition publique du dictateur, proclame[17]:
« Tout le scandale qui se fait entendre en Espagne et en Europe obéit à une conspiration maçonnique et gauchiste, en collusion avec la subversion communiste terroriste de la société qui, si elle nous honore, les avilit. »
Au Pays basque et en Navarre
Le samedi a commencé une grève générale de trois jours, jusqu'au 30, qui a été majoritairement suivie et au cours de laquelle on estime que furent arrêtés plus de 200 000 travailleurs[réf. nécessaire]. C'était la troisième grève générale qui se produisait en ce mois de septembre et il y avait déjà eu d'autres protestations en août. Malgré l'état d'exception déclaré dans les provinces de Biscaye et Guipúzcoa, les ateliers et les usines s'arrêtent, les commerces et les bars ferment et jusqu'aux bateaux de pêche restent au port. Des manifestations ont lieu dans toutes les localités importantes, et sont réprimées avec violence par la Police Armée et la Garde civile, y compris par des tirs à balles réelles. Des obsèques sont célébrées dans presque toutes les localités basques. A Saint-Sébastien des obsèques programmées pour le 30 à 19h dans la Cathédrale du Buen Pastor, avec l'office de l'évêque Setién et 30 autres prêtres, ne pourront pas être célébrées car la police occupe la place et le temple. Même ainsi un grand nombre de personnes sont rassemblées et les troubles durent jusqu'au milieu de la nuit. Des coups de feu sont tirés et un enfant est blessé. Les coups de feu réels sont communs dans la répression des manifestations[réf. nécessaire].
Les trois jours de grève générale se transforment en trois jours de protestations généralisées dans les rues des villages et villes du Pays basque. La réponse du gouvernement a été d'envoyer la Police armée et la Garde civile pour tenir les localités, ce qui n'a pas empêché des perturbations généralisées dans les trois provinces basques et en Navarre.
Dans le reste de l'Espagne
Dans d'autres régions d'Espagne les protestations sont moindres. À Barcelone il y a eu plusieurs manifestations qui sont réprimées par la police. Il y a eu des protestations dans quelques villes, mais l'ordre public a été maintenu.
Réaction internationale

La réaction internationale a été forte, aussi bien au niveau gouvernemental que populaire. Les pays de la Communauté économique européenne ont demandé la grâce des condamnés (demande exprimée à Londres par l'ambassadeur italien), de même que le Saint-Siège et l'Organisation des Nations unies. Il y a eu des protestations populaires dans presque toutes les villes importantes et les capitales. Les ambassades et consulats espagnols ont été assaillis et les intérêts de l'Espagne boycottés dans certains pays comme la France[réf. nécessaire].
Certains gouvernements, comme celui de la Norvège, le Royaume-Uni ou la Hollande, ont rappelé leur ambassadeur à Madrid, à Copenhague l'Alliance Atlantique a approuvé une motion de protestation contre les condamnations et a exhorté les pays membres à ne rien faire qui pût favoriser l'intégration de l'Espagne dans cet organisme.
Le président du Mexique, Luis Echeverría Álvarez, a demandé que l'Espagne fût expulsée de l'ONU, il a annulé les vols entre Madrid et Mexico, a fermé le Bureau d'Affaires de l'Espagne dans le pays et la représentation de l'agence de presse EFE. Les protestations se sont étendues sur toute la planète, dans les pays occidentaux comme en Orient. Les manifestations et actes de protestation, avec de fortes perturbations, ont été nombreux[18].
Les États-Unis ont officiellement gardé le silence sur les exécutions. Toutefois, Henry Kissinger est intervenu devant le Mexique et d'autres pays, pour que la proposition de suspension espagnole à l'ONU ne reçoive pas de soutien[19],[20].
Seule la dictature chilienne a exprimé son soutien public au régime espagnol. Dans une lettre formelle Augusto Pinochet a manifesté à Franco « la plus absolue solidarité du peuple et du Gouvernement du Chili avec le peuple et le Gouvernement de l'Espagne » face à ce qu'il a nommé une « infame campagne internationale qui affronte l'Espagne ». Franco répondra affectueusement au message du dictateur chilien, en formulant sa « reconnaissance personnelle et celle du Gouvernement et du peuple espagnol en formulant à mon tour des vœux pour la fortune personnelle de Votre Excellence et l'expansion de la République du Chili »[19],[21].
Dans la culture populaire
Filmographie
- Aguirre, Iñaki: Le vent et la racine (2007)[22].
- Dufour, Adolfo: Septembre 75 (2008)[23].
- García Sánchez, J. L.: La nuit la plus longue (1991)[24].
Musique
- Al alba, chanson de Luis Eduardo Aute. La chanson appartient au disque Albanta. Le thème Al alba, probablement le plus fameux et significatif de toute la carrière de Aute, a été créé à l'origine comme une chanson d'amour, mais est devenu une plaidoirie contre la peine de mort lorsque Rosa León a commencé à la chanter en hommage aux fusillés de [25].