Île de l'Ascension
île du Royaume-Uni
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L'île de l'Ascension[2], (en anglais : Ascension Island), est une île du milieu inter-tropical de l'océan Atlantique sud.
| (Île de l') Ascension Ascension Island (en) | ||
Vue aérienne. | ||
| Géographie | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Localisation | Océan Atlantique | |
| Coordonnées | 7° 57′ S, 14° 21′ O | |
| Superficie | 88 km2 | |
| Point culminant | Green Mountain, surnommé The Peak (859 m) | |
| Géologie | île volcanique | |
| Administration | ||
| Territoire britannique d'outre-mer | de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha | |
| Démographie | ||
| Population | 894 hab. (2023[1]) | |
| Densité | 10,16 hab./km2 | |
| Plus grande ville | Georgetown | |
| Autres informations | ||
| Fuseau horaire | UTC±00:00 | |
| Géolocalisation sur la carte : océan Atlantique (Sud)
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| Île du Royaume-Uni | ||
| modifier |
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Située légèrement à l'ouest de la dorsale médio-atlantique, elle est isolée en plein océan Atlantique. La terre émergée la plus proche, Sainte-Hélène, se trouve à 1 300 km et les côtes du Libéria, pays le plus proche, à 1 600 km. Elle fait partie, avec Sainte-Hélène, Tristan da Cunha (à 3 700 km au sud) et Gough, des quatre îles principales aujourd'hui britanniques du centre de l'océan Atlantique qui constituent le territoire d'outre-mer de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha. Sa capitale est Georgetown, siège du Conseil de l'Île.
Ascension est une île volcanique assez récente à l'échelle géologique. Les premiers marins qui la découvrent, au XVIe siècle, la décrivent comme une terre aride, où poussent seulement quelques espèces d'herbes et de fougères. Elle n'est utilisée que comme une escale pendant près de 300 ans, jusqu'à ce que le Royaume-Uni y installe une garnison en 1815, afin d'éviter qu'une puissance étrangère tente de faire échapper Napoléon Ier de son exil à Sainte-Hélène. À partir de 1847, le botaniste Joseph Dalton Hooker va profondément transformer l'île en y faisant importer de nombreuses espèces végétales pour la rendre plus hospitalière.
Le volcan Green Mountain, plus haut sommet de l'île, est aujourd'hui couvert d'espèces végétales très variées, comme des pins, des bananiers, des framboisiers ou encore des bambous, qui forment une forêt humide et brumeuse. Cette végétalisation artificielle et l'importation d'animaux d'élevage ont causé l'extinction de certaines espèces originelles. Les quelques espèces endémiques qui subsistent sont toutes menacées d'extinction.
Il n'y a pas d'habitants permanents sur l'île de l'Ascension, dont l'accès est réglementé. Elle abrite des infrastructures militaires et scientifiques, comme des stations de radio, des stations de la NASA et de l'Agence spatiale européenne, une station commune aux services de renseignements du Royaume-Uni et des États-Unis, ainsi qu'un aérodrome construit par ces derniers pendant la Seconde Guerre mondiale. L'île a eu un rôle stratégique important pendant ce conflit, ainsi que pendant la guerre froide et la guerre des Malouines, en tant que base militaire au milieu de l'Atlantique.
Géographie
Localisation et situation générale

L'île de l'Ascension est située au milieu de l'océan Atlantique, à 90 km à l'ouest de la dorsale médio-atlantique[3]. Ses coordonnées sont 7°56' Sud et 14°22' Ouest[4]. La terre émergée la plus proche est Sainte-Hélène, à 1 300 km au sud-est, suivie par les côtes du Libéria à 1 600 km, du Brésil à 2 300 km et de la République du Congo à 2 900 km[3],[4]. L'île Tristan da Cunha, qui forme avec Sainte-Hélène et Ascension un territoire britannique d'outre-mer, se trouve à environ 3 700 km au sud[5].
L'île est la partie émergée d'un volcan, appelé Green Mountain (Montagne verte) ou The Peak (Le Sommet), qui culmine à 859 m au-dessus du niveau de la mer. Elle mesure 11 km du nord au sud et 14 km d'est en ouest, et sa surface émergée représente 88 km2[4],[3]. Au niveau du plancher océanique, à 3 000 m de profondeur, sa base couvre 2 000 km2[3].
Géologie
La formation de l'île a commencé il y a 6 ou 7 millions d'années et la partie émergée visible aujourd'hui date d'environ 1 million d'années[3]. L'origine de l'île n'est pas complètement connue[3]. Son activité volcanique n'est pas liée à un point chaud[5]. Elle pourrait avoir été formée à partir d'un panache (soit une remontée de roches chaudes depuis le manteau terrestre) non liée à une zone de subduction, ou bien à partir d'une portion du manteau anormalement riche, qui aurait donné lieu à la production de magma et se serait déplacée vers l'ouest de la dorsale médio-atlantique par l'activité tectonique[3].
Ascension présente une variété de roches inhabituelle pour une île océanique : basalte, hawaiite, mugéarite, benmoréite, trachyte et rhyolite[3]. Elle comprend plusieurs cratères et a connu différents types d'éruption au cours de l'histoire, dont de nombreuses éruptions effusives depuis les Sisters Peak, au nord-ouest, dans les derniers 2000 ans[5]. On dénombre au moins 74 éruptions explosives depuis les cratères de Middleton's Ridge et Green Mountain, qui ont créé un ensemble complexe de roches felsiques au centre et à l'est de l'île[5],[3]. À l'inverse, le nord-ouest de l'île présente un ensemble plus homogène de roches mafiques, résultat des éruptions effusives depuis Sisters Peak[5],[3].
- Comfortless cove, à l'ouest.
Climat
Bien que située en zone tropicale, l'île est balayée par un alizé qui influence beaucoup son climat[6]. Des vents marins chargés d'humidité soufflent sur les reliefs escarpés du sud-est, ce qui rend cette zone fraîche et brumeuse et souvent couverte de nuages. Les reliefs au-delà de 600 m sont aujourd'hui couverts de végétation, ce qui augmente le taux d'humidité[6]. Dans le reste de l'île, le climat est plus sec, avec un sol aride sur lequel pousse une végétation très rare[6]. La pluviométrie est très variable : en 1958, elle était d'environ 660 à 685 mm sur Green Mountain, contre 127 mm à Georgetown[6]. Des épisodes de très fortes pluies ont été enregistrés au XIXe siècle et au XXe siècle, certains ayant détruit les routes et les cultures[7].
Les suivis météorologiques sur l'île de l'Ascension commencent dès 1815, avec des mesures plus ou moins régulières prises à différentes altitudes[6]. Les températures varient très peu au cours de l'année : en 1958, les minimales à Georgetown allaient de 21,6 à 24 °C, les maximales de 33,3 à 36 °C. Sur Green Mountain, à 660 m d'altitude, elles variaient de 14,5 à 17,4 °C pour les minimales et de 20,8 à 25,5 °C pour les maximales[8].
Environnement et écologie
Flore
Flore endémique
À l'arrivée des premiers habitants au XIXe siècle, l'île est particulièrement aride, avec peu de végétation[9],[10]. Les falaises y sont en général trop accidentées pour accueillir des espèces végétales[11]. Les zones de roches basaltiques à basse altitude sont quasiment nues, tandis que quelques espèces d'herbes et de fougères poussent dans les hauteurs[9]. On trouve aujourd'hui plusieurs plantes endémiques. Le buisson nain Euphorbia origanoides pousse à basse altitude, sur des scories arides. Les autres espèces poussent dans des environnements plus humides, principalement sur les pentes du Green Mountain : Anogramma ascensionis, Asplenium ascensionis, Pteris adscensionis, Sporobolus caespitosus, Stenogrammitis ascensionensis et Ptisana purpurascens[12]. En 2026, toutes ces espèces sont en danger critique d'extinction, excepté Asplenium ascensionis qui est vulnérable[12].
- Espèces endémiques
- Ptisana purpurascens au Jardin botanique de Paris.
- Pteris adscensionis.
- Sporobolus caespitosus.
Végétalisation artificielle

Au cours du XIXe siècle, de nombreuses espèces de plantes sont importées et cultivées, ce qui façonne un nouvel environnement sur l'île[13],[11],[10].
À partir de 1815, les premiers habitants construisent une ferme maraîchère sur le Green Mountain pour subvenir à leurs besoins[9]. La végétalisation s'accélère à partir de 1847 : le botaniste Joseph Dalton Hooker, qui visite Ascension en 1843 avec son grand ami Charles Darwin, décide de faire envoyer des arbres et des buissons sur l'île[9],[10]. Il veut verdir Green Mountain pour retenir l'humidité, amplifier les pluies, prévenir l'érosion et améliorer la qualité du sol, afin de rendre Ascension plus hospitalière[9]. Dans les années qui suivent, les Jardins botaniques royaux de Kew envoient des graines de différentes plantes tropicales[10].
Aujourd'hui, la base du Green Moutain accueille des herbes, des buissons et des Prosopis. Des Faux-acacias (Leucaena leucocephala) et des cactus Opuntia poussent entre 330 et 600 m. Au-delà de 600 m, dans la zone brumeuse qui couvre le Green Mountain, l'humidité permet de faire pousser des bananiers, des genévriers, de la Lavande blanche (Alpinia zerumbet), du bambou, des figuiers, des ifs, des pins, des framboises et de nombreuses autres espèces[9],[10].
Conservation
Cette végétalisation artificielle, en plus de l'importation d'animaux d'élevage (chèvres, lapins, moutons et ânes), a participé à l'éradication des espèces endémiques, qui ont été remplacées par une mosaïque complexe d'espèces végétales introduites et envahissantes[10]. Le Green Mountain est déclaré parc national en 2005, ce qui encourage des projets de conservation des espèces endémiques subsistantes, toutes menacées[10].
L'île a fait l'objet d'une invasion biologique par une espèce importée de fougères[14].
Faune
L'île de l'Ascension abrite une importante colonie d'oiseaux marins, dont une espèce endémique, la Frégate aigle-de-mer (Fregata aquila) [11]. Certaines de ces espèces sont longtemps restées confinées sur l'île de Boatswainbird, un îlot à proximité, afin d'échapper à la prédation par les chats[11]. Deux espèces endémiques ont disparu : le Râle de l'Ascension (Mundia elpenor), connu uniquement par un croquis du XVIIe siècle et des ossements, et une espèce de héron, Nycticorax olsoni[15],[16].
Éradication des chats errants
De nombreux oiseaux marins nichent sur l'île de l'Ascension jusqu'à l'installation des premiers habitants. L'introduction du Chat domestique (Felis catus) en 1815 cause l'extinction locale de toutes les espèces présentes sur l'île, exceptée la Sterne fuligineuse (Onychoprion fuscatus) et quelques couples de Gygis blanche (Gygis alba)[17]. Les chats causent une prédation forte sur les oiseaux, qui se retrouvent confinés sur des falaises ou des îlots hors de portée[11]. Afin de protéger ces espèces, une campagne d'éradication des chats errants est initiée dans les années 2000[11]. Elle nécessite d'importants moyens de communication pour sensibiliser la population locale à la protection des oiseaux. En 2000, une loi rend obligatoire l'identification et la stérilisation des chats par leurs maîtres, puis les chats bien identifiés sont équipés de colliers réfléchissants afin d'éviter qu'ils soient tués par erreur[18]. La plupart des chats errants sont tués par des appâts empoisonnés au fluoroacétate de sodium, qui n'est pas toxique pour le crabe Johngarthia lagostoma, unique animal charognard de l'île[18].
Cette campagne d'éradication des chats, qui a duré de février 2002 à janvier 2006, a coûté environ 650 000 livres[18]. Près de 488 chats ont été empoisonnés et d'autres ont été tués par d'autres moyens[19]. En 2010, les auteurs d'un compte-rendu de l'opération écrivent qu'il est « hautement improbable qu'il reste un seul chat capable de se reproduire sur l'île de l'Ascension »[20]. Dès la fin de la campagne, plusieurs espèces d'oiseaux recolonisent l'île : le Phaéton à bec jaune (Phaeton lepturus), le Phaéton à bec rouge (Phaeton aethereus), le Fou masqué (Sula dactylatra), le Fou brun (Sula leucogaster) et le Noddi brun (Anous stolidus)[21].
Cependant, en 2016, la population de rats est en forte augmentation et commence à s'attaquer aux œufs et poussins de la Sterne fuligineuse[22].
Zone protégée
Le , le Royaume-Uni crée l'aire marine protégée de l'île de l'Ascension (en), qui englobe 445 000 km2 autour de l'île[23],[24]. La création de cette aire marine protégée fait suite à une décision prise par le conseil de l'île. Elle couvre toute la surface de la zone économique exclusive d'Ascension, ce qui en fait l'une des plus grandes aires marines protégées au monde[23],[24]. La pêche commerciale et l'extraction minière y sont interdites, afin d'offrir le plus haut degré de protection possible pour la biodiversité marine qui y vit[24]. En 2021, un plan de gestion sur 5 ans est publié[24],[25].
Histoire
Découverte
L'île est découverte en 1501 par l'explorateur luso-galicien João da Nova[13], qui la nomme « Conception » ou « Île de Notre-Dame de la Conception » (en portugais Ilha de Nossa Senora de Conceição)[26],[27]. « Redécouverte » le , jour de l'Ascension, par le Portugais Afonso de Albuquerque, celui-ci lui donne alors le nom de cette fête religieuse chrétienne[28],[29]. La première carte de l'île est réalisée par Jan Huyghen van Linschoten puis publiée à grande échelle dans l'ouvrage Tertia Pars Indiae Orientalis de Théodore de Bry, en 1601[29].
L'île demeure inhabitée d'êtres humains pendant près de 300 ans. Elle est seulement utilisée comme base de ravitaillement par des marins de passage[30],[13]. Des navigateurs portugais y importent des cochons et des chèvres, afin de disposer de viande lorsqu'ils font escale[29]. William Dampier, de retour d'un voyage vers la Nouvelle-Hollande, échoue son navire sur l'île de l'Ascension . Son bateau est infesté de tarets communs (Teredo navalis) et irrécupérable. L'équipage survit dans des tentes et des grottes, en se nourrissant des vivres récupérés sur le bateau et de chèvres, de crabes, de poissons, de tortues, de frégates et de fous[31]. Ils sont sauvés le par un navire anglais de passage[32]. L'épave du Roebuck est retrouvée par des plongeurs en 2000 et explorée en 2001. Certains vestiges sont exposés sur l'île de l'Ascension et au Western Australian Maritime Museum de Fremantle, en Australie[32].
En 1724, l'île aurait servi de lieu d'emprisonnement à Leendert Hasenbosch, un capitaine de marine néerlandais accusé de sodomie. Les restes de son campement et son journal sont retrouvés par des marins en escale quelques mois plus tard, qui ne trouvent aucune trace du corps de Hasenbosch, probablement mort de soif[33]. L'explorateur James Cook visite l'île en 1775[34].
1815 : début de l'occupation humaine
L'île est finalement occupée par la Royal Navy en 1815[13] et prend le statut de stone frigate (en) sous le nom HMS Ascension[35]. Les Britanniques y établissent une petite garnison afin de surveiller l'empereur déchu des Français, Napoléon Bonaparte, contraint à l'exil sur l'île « voisine » de Sainte-Hélène le [34],[35]. Les Britanniques revendiquent la possession d'Ascension afin de prévenir tout risque d'évasion de leur prisonnier[36],[26].
Dans les années qui suivent, on compte près de 200 personnes, principalement des militaires accompagnés de leurs femmes et enfants, ainsi que des serviteurs africains, dans la colonie baptisée Georgetown[37],[13]. À part la pierre, les matériaux de construction doivent être envoyés d'Angleterre ou du Cap. Les habitants élèvent de la volaille et des chèvres, et se nourrissent également de légumes frais cultivés sur les coteaux du volcan Green Mountain et de tortues qu'ils gardent en captivité dans des bassins[38],[13]. Une seule source approvisionne l'île en eau potable[39].
Base de ravitaillement et expéditions

Lorsque Napoléon Ier meurt, début mai 1821, l'île est devenue une base de ravitaillement et un sanatorium pour les marins du West Africa Squadron grâce à son emplacement stratégique entre l'Afrique et le Brésil[35], puis elle est administrée par les Royal Marines à partir de 1823[26]. Elle est toujours utilisée comme escale au cours du XIXe siècle et plusieurs expéditions s'y succèdent[34]. Du 18 au 28 janvier 1825, l'île est visitée par l'expédition française de Louis Isidore Duperrey, depuis son navire La Coquille, qui en décrit minutieusement la faune et la flore dans un ensemble désertique :
« L’aspect de l'île de l'Ascension, pris de la rade, est celui de rochers noirs et brûlés, que le feu a calcinés, et que ne recouvre pas le moindre vestige de terre[40]. »
En 1831, le capitaine normand Charles-Prosper Costey (1804-1868) en dresse une carte manuscrite, assortie en pied d'instructions maritimes sur l'accès et le mouillage[41]. Elle est visitée par Charles Darwin, embarqué sur le HMS Beagle, en 1836, puis par son ami Joseph Dalton Hooker en 1843[34].
Depuis le XXe siècle

en haut à gauche, l'Union Jack ;
en bas à droite, le blason propre à l'île, où figure son peak culminant stylisé, entouré de trois sternes et de deux tortues marines).
Durant le dernier tiers du XIXe siècle puis au XXe siècle, l'île connaît un déclin de fréquentation extérieure, du fait de l'ouverture successive des canaux de Suez en 1869 et de Panama en 1914, qui permettent de relier directement les océans Atlantique, Indien et Pacifique, sans devoir absolument contourner les caps de Bonne-Espérance et Horn.[réf. souhaitée]
L'île de l'Ascension est exclusivement militaire jusqu'en 1899, lorsque l'Eastern Telegraph Company s'y installe. Un câble sous-marin posé cette année-là permet de relier l'île au Royaume-Uni et à l'Afrique du Sud[34],[35]. Par la suite, de 1922 à 1964, elle est gérée administrativement par le responsable local de l'Eastern Telegraph Company[4],[26].
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis s'accordent avec leurs alliés britanniques pour y construire la RAF Ascension Island, un aérodrome militaire. Des avions américains y transitent pour rejoindre les zones de combats en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient[26]. L'île a également une position stratégique dans la lutte anti-sous-marine[35]. La présence américaine perdure après guerre, avec l'agrandissement de l'aérodrome en 1957 puis l'utilisation de l'île comme base pendant la guerre froide. Entre 1956 et 1961, les États-Unis y construisent des stations de suivis de missiles et une antenne radar balayant l'Atlantique[4],[35]. Une station de la NASA est construite en 1967[26],[34].
En 1982, l’île sert de base à des opérations durant la guerre des Malouines[26],[4],[34]. Elle y joue un rôle déterminant en constituant la principale base de ravitaillement utilisable de l’Atlantique sud contre l'Argentine lors de l'opération Black Buck[35]. Elle sert encore aujourd'hui de base pour les vols militaires qui relient le Royaume-Uni et le RAF Mount Pleasant, dans les Malouines[4],[35].
Administration et population

L'île de l'Ascension est restée une île exclusivement militaire de 1815 à 1899. Elle est administrée par le Board of Admiralty de 1823 à 1922, date de son rattachement au territoire de Sainte-Hélène[26].
De nos jours, la base aérienne militaire d'Ascension — qui compte une petite communauté américaine en profitant, ainsi qu'une base SIGINT de renseignement par interception de communications, dirigée par la branche civile du GCHQ britannique, la Composite Signals Organisation (CSO)[42] — dépend encore du commandant des forces britanniques de l'Atlantique sud basé à Port Stanley, aux îles Malouines, Malvinas ou Falkland.
Cependant, c'est le gouverneur britannique de Sainte-Hélène (en) qui continue ex officio d'administrer aussi l'Ascension — et encore Tristan da Cunha, pour les trois îles principalement constitutives de ce « Territoire britannique ultra(-)marin » — au nom de Sa Majesté[30], bien que compte tenu de la distance de 1 302 km (809 miles) entre Ascension et Saint Helena, un administrator à demeure sur Ascension y est chargé d'agir en tant que représentant spécifique du gouverneur, depuis 1942, formellement désigné par le vocatif « Son Honneur » (His / Her Honour). Les deux fonctionnaires, gouverneur et administrateur plus local, sont désignés pour des durées assez courtes pouvant aller empiriquement jusqu'à cinq années.
Fin août 2008, le gouvernement de Londres a demandé une extension de ses droits souverains jusqu'à une distance de 350 milles nautiques (648 km), afin d'y opérer de la prospection d'éventuels hydrocarbures à forer, à la Commission des limites du plateau continental (CLPC) de l'ONU, qui devait se prononcer à partir de mai 2009[30].
Infrastructures
L'île de l'Ascension dispose de nombreux équipements et infrastructures, qui sont entretenus par du personnel temporaire, essentiellement des militaires[4].
En 1899, l'île sert de relais lors de la pose du premier câble télégraphique transatlantique, opérée par l'Eastern Telegraph Company[4]. Puis pendant la Seconde guerre mondiale, des infrastructures militaires se développent : l'aérodrome RAF Ascension Island, (immatriculé ASI dans le code AITA), financé et construit par les États-Unis en 1942, ainsi qu'une station de radiogoniométrie qui permet de visualiser la position des navires[4]. L'aérodrome est aujourd'hui le principal moyen de relier l'île au reste du monde. Il est géré conjointement par la Royal Air Force et l'US Air Force et dispose d'une piste de 3 km. Des avions relient Ascension au Royaume-Uni ou à la Floride à une fréquence hebdomadaire ou mensuelle[4].
L'île compte plusieurs infrastructures de communication : elle accueille un relais de la BBC, une antenne du réseau GPS, et l'une des trois stations du Defence High Frequency Communications Service hors du Royaume-Uni[4]. Les services de renseignement britannique et américain (le Government Communications Headquarters et la National Security Agency) sont aussi présents dans un site conjoint ayant fait partie du réseau Echelon[4].
Elle possède également une station de l'Agence spatiale européenne servant au suivi des lanceurs d'Arianespace lorsqu'ils sont tirés vers l'est, après les stations GALLIOT (proche de leur décollage en Guyane française) et NATAL au Brésil[43],[4].
- Un C-17 Globemaster se posant sur l'aérodrome RAF Ascension Island.
- Des éoliennes et l'installation de mesures télémétriques qu'elles alimentent.
- Installation hydroponique.
Démographie

Déserte d'êtres humains lors de sa découverte par des Européens, l'île est aujourd'hui principalement habitée par des Saint-Hélénais, ainsi que des Britanniques et des Américains[44].
L'île de l'Ascension est très fermée afin de sécuriser les équipements militaires et les activités qui y sont menées. Il faut obtenir une autorisation des armées britannique et américaine pour s'y rendre[4]. Il n'existe pas de droit de résidence permanente. Les habitants ne sont présents sur l'île que pour travailler ou pour accompagner une personne qui y travaille. À la fin de leur contrat, ils doivent quitter l'île s'ils n'obtiennent pas un nouveau contrat de travail[45].
On dénombre 1 122 habitants en 1998, 950 en 2004, 806 en 2016, 880 en 2018[44], de nouveau 806 début 2020[46].
Dans la culture
L'île de l'Ascension est mentionnée dans le récit autobiographique de Bernard Moitessier Vagabond des Mers du Sud en 1960 et dans le roman Le Cri de Nicolas Beuglet, prix du Roman populaire (Elven) en 2017.
En 1726, un éditeur londonien fait paraître le journal intime de Leendert Hasenbosch, abandonné seul sur l'île deux ans plus tôt comme châtiment pour une relation homosexuelle. Son journal a été trouvé en 1725 par des marins anglais en escale. La première édition reprend fidèlement le texte du prisonnier, où il évoque sa culpabilité, sa lutte contre la faim et la soif, et où il montre des signes de folie[33]. Le livre est réédité dans des versions modifiées, avec d'autres titres, et le journal original disparaît. En 2002, un historien néerlandais retrouve le nom de Leendert Hasenbosch[33]. Son histoire a inspiré des écrivains et artistes[33].