Aspects juridiques de la circoncision

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La circoncision désigne, dans sa forme la plus répandue, l’ablation totale ou partielle du prépuce, laissant ainsi le gland du pénis à découvert. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2009, 661 millions d’hommes de plus de 15 ans seraient circoncis, soit environ 30 % de la population masculine mondiale[1]. Cette pratique, parfois qualifiée de mutilation génitale, est l'objet de lois et débats juridiques.

Généralement pratiquée sur des enfants sans motifs médicaux, la circoncision soulève à travers le monde de nombreuses questions liées à l'éthique et au droit à l'intégrité physique.

Dans les pays développés, aucun acte chirurgical n’est censé pouvoir être pratiqué sur une personne si elle ne donne son consentement éclairé. Dans le cas d’un mineur, ce sont les parents ou tuteurs qui doivent donner ce consentement, même si les médecins essaient parfois de tenir compte de l’avis de l’enfant s’il est d’âge à le donner. Or, la circoncision se pratique généralement sur des mineurs (souvent même sur des nourrissons), et certains remettent en cause la légitimité des parents à choisir pour l’enfant une modification corporelle irréversible en l’absence de toute nécessité médicale.

En Afrique du Sud : encadrement légal de la pratique

L’article 12 (8) du Children’s Act 38 of 2005[2].

  • Interdit la circoncision de l’enfant mâle de moins de 16 ans
    • sauf lorsqu’elle a un but religieux
    • sauf lorsqu’elle est recommandée par un médecin dans un but médical
  • Fait dépendre la circoncision de l’enfant mâle de plus de 16 ans de son consentement sur la méthode prescrite, du respect d’une obligation de conseil, et du respect de la méthode prescrite.
  • Reconnait le droit de tout enfant mâle à refuser la circoncision, compte étant tenu de son âge, de sa maturité et de son stade de développement.

En Amérique

Au Canada et aux États-Unis : « intactivistes » et liberté religieuse

Des mouvements pour l’intégrité génitale, parfois désignés du terme générique « intactiviste », qui sont apparus surtout aux États-Unis, considèrent que puisque l’ablation du prépuce induit une perte de fonctions sexuelles, elle nuit au bien-être de l’homme et font valoir que la circoncision cause une souffrance physique et morale réelle chez certaines personnes. Ils estiment donc que le prépuce n’est pas « un bout de peau superflu » dans l’anatomie masculine et que la circoncision constitue une mutilation de tissus sexuels sains et fonctionnels, une véritable violation du droit à l’intégrité corporelle, lorsqu’elle est pratiquée avant l’âge de la majorité.

Des associations contre la circoncision envoyèrent une proposition de loi afin d’interdire la circoncision des mineurs auprès du Congrès des États-Unis qui ne reçut l’aval d’aucun sénateur. « Leur lobbying a contribué toutefois à la suppression du remboursement des circoncisions néonatales dans certains États, notamment sur la côte ouest, ainsi qu’au Canada ». Selon les opposants à la circoncision, celle-ci ne serait justifiable médicalement que s’il n’existait pas de solutions de remplacement moins invasives et si la vie du patient était en jeu[3].

Les militants américains anti-circoncision (dits « intactivistes »), ont soumis aux autorités de la ville de San Francisco dans le courant de l'année 2011 un texte de loi visant à interdire la circoncision avant l'âge de 18 ans. La pétition qui a recueilli plus de 7 000 signatures aurait pu permettre, selon les règles électorales en vigueur en Californie, de faire soumettre à référendum cette proposition devant les électeurs de la ville, lors d'élections qui se sont déroulées le 8 novembre 2011 pour ou contre la circoncision[4]. Le projet de loi prévoyait des peines de 1 000 $ d'amende et jusqu'à un an de prison[5]. Le projet de loi a été mis en suspens, une juge américaine ayant interdit le référendum. Les militants ont eu l'intention de faire appel de la décision[6]. Mais le 3 octobre 2011, le gouverneur de Californie a signé une loi qui empêche désormais l'interdiction de la pratique de la circoncision masculine, à la suite d'une vaste polémique portant sur la liberté religieuse et le libre choix parental[7],[8],[9].

Circoncision chez les juifs orthodoxes new-yorkais : metzitzah b’peh, tradition et santé

Une pratique spécifique à cette communauté, pose de graves problèmes de santé. Cette pratique dénommée metzitzah b’peh en hébreu, consiste pour le mohel à sucer le sang du bébé sur l'incision. Elle correspond à l'ancienne procédure de la circoncision juive telle qu'elle est décrite dans la mishna en 200 av. J.-C. Elle a commencé à être abandonnée par une grande partie des mohels ashkénazes dans les années 1930, mais elle est conservée par les hassidim[10]. Environ 3 600 enfants sont circoncis ainsi, à New York, par an. Le risque de contracter l'herpès pour l'enfant est d'environ 1 pour 4 000. De 2004 à 2011, onze cas d'infection par le virus de l'herpès ont nécessité une hospitalisation, deux bébés sont morts, au moins deux autres souffrent d'atteinte cérébrale[11].

Face à ce risque mortel, des docteurs demandent l'interdiction de cette pratique. Les rabbins orthodoxes protestent contre cette restriction de la liberté religieuse. Le département de la santé de la ville adopte une position de compromis en septembre 2012, laissant cette pratique autorisée sous réserve que les deux parents aient donné leur consentement après avoir été mis au courant de la dangerosité de cette pratique[12]. Le maire de New York, Michael Bloomberg, appuie fortement cette restriction.

Les rabbins dénoncent la première restriction gouvernementale de la circoncision aux États-Unis, de plus cela arrive concomitamment aux mouvements d'interdiction de la circoncision qui se développent en Europe, notamment au Danemark et en Allemagne[13]. Des associations juives portent plainte contre la ville pour atteinte aux libertés religieuses[14]. Toutefois, en 2013, on continue à enregistrer des cas de contamination par le virus de l'herpès à la suite de circoncisions[15].

En 2015, un accord de compromis est conclu entre autorités et rabbins. Cette pratique continue à être tolérée mais les rabbins devront être formés à la maîtrise du risque de l'herpès. Les autorités réévaluent à dix-sept, les cas de contamination de nourrisson depuis 2000[16].

États-Unis : responsabilité des parents suite une opération non nécessaire médicalement

Aux États-Unis, des parents ont subi des plaintes de leurs enfants, devenus adultes[17],[18],[19]. Ces enfants reprochent à leurs parents de ne pas avoir respecté leur libre arbitre et demandent réparation. Les parents devant alors payer une forte amende permettant à l’enfant de réaliser une très onéreuse opération de chirurgie esthétique : la restauration du prépuce.

Le coût de cette opération et — surtout — l'augmentation du nombre de publications de pédiatres américains contre la circoncision, mais aussi l’abandon du remboursement de cette opération par de plus en plus d’États, expliqueraient la chute du taux de circoncision de 90 % à 60 % dans les années 2000 puis dans les quatre dernières années passé de 56 % à 33 %[20].

Vente et utilisation commerciale de prépuces de nouveau-nés

Des marques de cosmétiques américaines dont SkinMedica et Allergan[21],[22] achètent et utilisent des prépuces de bébés qui ont été circoncis afin d'en extraire le fibroblaste avec lequel elles fabriquent des crèmes cosmétiques anti-âge[23] et des injections de collagène anti-rides. Aux États-Unis, ces prépuces de nouveau-nés sont vendus à l'industrie biomédicale directement par les hôpitaux qui ont circoncis les bébés[24].

L'exploitation commerciale des prépuces d'enfants circoncis pose un débat éthique et juridique. Ainsi, un débat a lieu en Afrique du Sud au sujet des raisons d'une mesure de promotion de la circoncision, où des docteurs et groupes éthiques soupçonnent un but de profit commercial dans cette ablation de tissus génitaux d'enfants[25]. Le forum bioéthique de l'Université du KwaZulu-Natal estime que les prépuces d'enfants circoncis sont la source d'une « industrie de plusieurs millions de dollars », ceux-ci pouvant être utilisés dans « l'industrie cosmétique, la fabrication d'insuline et de peau artificielle »[25].

En Asie

En Israël : incertitude en cas de désaccord des parents

La circoncision en Israël est quasi systématique mais aucune loi israélienne n’oblige ses citoyens à faire circoncire leurs enfants.

En cas de désaccord des parents (circoncision ou non), il semble que la circoncision doit primer ; une amende pouvant même être prononcée contre le parent récalcitrant[26].

En Europe

Notes et références

Voir aussi

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