Assassinat de Jovenel Moïse

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Assassinat de Jovenel Moïse
Image illustrative de l’article Assassinat de Jovenel Moïse
Jovenel Moïse en 2019.

Localisation Pétion-Ville, Drapeau d'Haïti Haïti
Cible Jovenel Moïse
(Président de la République d'Haïti)
Coordonnées 18° 29′ 55″ nord, 72° 17′ 51″ ouest
Date
1 h 0 HE
Type Fusillade
Morts Jovenel Moïse
Blessés Martine Moïse
Auteurs commandos de mercenaires colombiens

L’assassinat de Jovenel Moïse, président de la république d'Haïti, survient au début de la nuit du à Pétion-Ville (Ouest), dans la banlieue de Port-au-Prince, capitale d'Haïti, lorsqu’un groupe d'hommes armés attaque son domicile. L’épouse du chef de l’État, Martine Moïse, est blessée par balle.

Élection

Moïse était le successeur désigné du président Michel Martelly[1], à qui la Constitution interdisait de briguer un mandat à l'élection présidentielle de 2015. Selon les résultats officiels, Moïse a reçu 33 % des suffrages exprimés au premier tour, plus que tout autre candidat mais en deçà de la majorité requise pour éviter un second tour des élections. Ces résultats ont été contestés par Jude Célestin arrivé en deuxième position et d'autres personnes dont les partisans ont protesté[2]. Le second tour a été retardé à plusieurs reprises, ce qui a provoqué de nouvelles manifestations violentes[3], et les résultats ont finalement été annulés[1]. Après l'expiration du mandat de Michel Martelly, le législateur a nommé Jocelerme Privert comme président par intérim avant de nouvelles élections en [4]. Lors de ces élections, Moïse a reçu 56 % du décompte officiel, suffisamment pour éviter un second tour[1]. Moïse a pris ses fonctions le [5].

Trafic de drogue

Dans un entretien donné au New York Times, un ancien responsable de la DEA à Port-au-Prince, Keith McNichols[6],[7], indique qu'Haïti est devenu une plaque tournante majeure pour les drogues à destination des États-Unis. Ce commerce prospère grâce à « un éventail de politiciens, d'hommes d'affaires et de membres des forces de l'ordre qui usent de leur pouvoir[7] ». L’agent déclare que « la corruption atteint les plus hauts niveaux », y compris d’anciens membres locaux de l’agence américaine. Des trafiquants ont déclaré à la DEA qu’« Haïti était devenu une voie de transit privilégiée pour les passeurs parce que la police les aidait à transporter des milliers de livres de drogue pour eux[7] ». Un autre agent de la DEA en Haïti, George Greco, déclare « des milliers de kilos de cocaïne et d'autres drogues passaient par Haïti sans être détectés depuis des années, en route vers les États-Unis[8] ». Le sénateur de Floride Marco Rubio a déclaré qu'il existe « une quantité substantielle de cocaïne à destination de la Floride qui traverse Haïti en toute impunité alors que les trafiquants sud-américains recherchent des routes évitant l'Amérique centrale et le Mexique[8] ».

Dimitri Hérard, l’homme de confiance du président Jovenel Moïse, qui l’a trahi, fait l’objet d’investigations de l’agence anti-drogue américaine depuis 2014. À l’époque, il appartenait à la garde présidentielle de l’ancien président Michel Martelly. En , le cargo MV Manzanares, battant pavillon panaméen, est déchargé de son sucre sur un quai privé de Port-au-Prince. Lors du déchargement, de la cocaïne s'échappe d'un colis déchiré par les dockers. Ceux‑ci se précipitent sur la drogue, mais des gardes tirent en l’air pour les éloigner. Deux véhicules de la garde présidentielle arrivent avec des agents en uniforme. Ils chargent les colis de drogue (800 kg de cocaïne et 300 kg d’héroïne). Selon un rapport de la police haïtienne, Dimitri Hérard est vu leur donnant des ordres[8]. Le président Michel Martelly ne donne pas suite aux demandes d’enquête de la police haïtienne et de la justice[7]. C’est Dimitri Hérard que le président Jovenel Moïse choisit pour diriger sa garde présidentielle.

Troubles politiques

Pendant le mandat de Moïse, les troubles politiques et la violence de gang sont fréquents, tout comme diverses manifestations violentes contre le gouvernement. Il a été affirmé que son mandat avait pris fin en , mais Moïse considérait que son quinquennat qu'il n'avait commencé qu'en 2017 se terminerait en 2022. De nombreuses manifestations ont eu lieu dans la capitale où les gens ont exigé sa démission plus tôt cette année[9],[10],[11].

Objectifs des conjurés

L’assassinat du président Jovenel Moïse est organisé pour des motifs politiques, et pour réaliser un « casse. » C’est ce qui résulte du rapport d’enquête de la RNDDH (Réseau National de Défense des Droits Humains), ex National Coalition for Haitian Refugees (NCHR), créée à New York en 1982[12]. C’est confirmé par des entretiens réalisés par la chaîne de télévision colombienne Caracol avec quatre mercenaires (Germán Rivera García ex-capitaine, Jheyner Carmona Florez ex-sous-lieutenant, Ángel Yarce Sierra ex-sergent, et Naiser Franco Castañeda)[13],[14]. Les motifs politiques tiennent à la prolongation du mandat du président Jovenel Moïse en dehors de toute élection ; et ils tiennent aussi à une hostilité de la magistrature, notamment de la Cour de Cassation depuis que Jovenel Moïse a révoqué certains de ses membres pour complot dans les derniers mois. Le « Casse » concerne la récupération de plusieurs millions de dollars cachés dans la chambre de Jovenel Moïse[14]. Martine Moïse n’aurait pas déclaré ce vol (entre 18 et 45 millions de dollars selon un des mercenaires arrêté).

L’objectif d’une partie des conjurés est d’arrêter le président ; c’est-à-dire d’exécuter un ancien mandat d’arrêt de 2019 qu’ils n’osent pas exécuter. Il aurait dû en résulter la nomination de Christian Emmanuel Sanon comme Président. Mais la personnalité terne de celui-ci a conduit les conjurés à envisager son remplacement par Windelle Coq-Thélot, ancien juge à la Cour de cassation. L’objectif d’une autre partie des conjurés est d’assassiner le président, et toute sa famille, y compris le chien, pour voler l’argent caché par Jovenel Moïse et faire disparaître tous les témoins.[réf. nécessaire]

La mise en place des objectifs a réuni tous les conjurés avec la complicité active de deux responsables de la sécurité présidentielle, Dimitri Hérald et Jean Laguel Civil. L’un a désorganisé la sécurité présidentielle, l’autre a diminué l’armement et les munitions disponibles dans la résidence présidentielle. Sur un effectif théorique de 647 agents de la garde présidentielle, vingt-trois sont en service à la résidence le jour de l’assassinat. Un chef d’équipe n’est pas là pour convenance personnelle. Les agents se sont entrainés au tir une fois en deux ans et demi en tirant vingt-cinq cartouches dont trois au but. Pour armement, ils disposent de cinq fusils d’assaut et de revolvers. Certains d’entre eux résistent à l’assaut des mercenaires, puis se rendent, ou fuient, à court de munitions, d’autres se rendent sans combattre. Les mercenaires colombiens surclassent la sécurité présidentielle en motivation, en efficacité et en armement[12].

L’objectif du changement politique a été en partie rempli. L’objectif du casse a été complètement rempli. Au moins Joseph Félix Badio et John Joël Joseph, associés aux gangs de Port-au-Prince, sont en fuite avec l’argent et des documents probablement compromettants[réf. nécessaire].

Chronologie

Journée du 7 juillet 2021, vers 1 h 00 du matin

Le , vers 1 h 00 du matin (5 h UTC), un groupe de 28 hommes, comportant trois policiers haïtiens[15] et, au moins, 21 mercenaires colombiens et 2 Américano-haïtiens, s’est présenté au domicile du président Jovenel Moïse à bord de six véhicules loués (2 vans et 4 pick up)[16]. Selon Martine Moïse, épouse de Jovenel, 30 et 50 hommes gardent la résidence[17]. En réalité, vingt trois sont présent, un chef d'équipe (Jeanty Hubert) est absent[12].

Les trois policiers haïtiens, les mercenaires John Jairo Ramírez Gómez et Manuel Antonio Grosso Martínez sont dans le premier véhicule. Leur objectif était de neutraliser les postes de garde du domicile présidentiel[18].

Les mercenaires Mauricio Javier Romero Medina, Mario Palacios, Víctor Albeiro Pineda Cardona, Naiser Franco Castañeda et Juan Carlos Yepes Clavijo sont dans le 2ème véhihule. Leur objectif était d’entrer dans le périmètre du domicile. Les Américano-haïtiens James Solages et Joseph Vincent, les mercenaires Germán Alejandro Rivera García et Duberney Capador sont dans le 3ème véhicule. Leur objectif était d’entrer dans le périmètre du domicile. Dans un 4ème véhicule, les mercenaires Jheyner Alberto Carmona Flórez (ex sous-lieutenant), Francisco Eladio Uribe, Alejandro Giraldo et Gersaín Mendivelso Jaimes. doivent contrôler le périmètre extérieur de la maison et du 1er étage. Dans le 5ème, les mercenaires Carlos Giovanni Guerrero (ex-lieutenant-colonel), Edwin Enrique Blanquicet, Enalber Vargas Gómez et John Jairo Suárez Alegría doivent contrôler le périmètre extérieur de la maison. Dans la dernière voiture, les mercenaires Ángel Mario Yarce Sierra (ex-sergent), Neil Durán Cáceres, John Jader Andela, Miguel Guillermo Garzón et Alex Miller Peña doivent contrôler l’arrière du domicile. Ángel Mario Yarce était chargé de la neutralisation de la télésurveillance[18].

Les assaillants passent plusieurs points de contrôle de la police, et atteignent la rue Pèlerin 5 à Pétion-Ville, lieu de résidence de Jovenel Moïse. Ils viennent d'un quartier haut (Laboule 22) situé à km. Ils débarquent devant le domicile de Jovenel Moïse, équipé de fausses casquettes de l’agence américaine anti-drogue (DEA). Ils sont armés de fusils d'assaut 5,56 mm et 7,62 mm dont un Galil, et un fusil à pompe calibre 12[19].

Ils forcent l’entrée du domicile présidentiel, le lourd portail était débloqué[18]. Les premiers postes de garde n'opposent pas de résistance. Les premiers tirs de riposte viennent de la résidence[12](§64), sans morts, ni blessés à ce moment-là[20].

Le mercenaire Juan Carlos Yepes Clavijo indique qu’ils avaient un complice à l’intérieur, qui a donné le signal de l’opération[18]. Les trois policiers haïtiens et deux mercenaires neutralisent quatre hommes du premier poste de la garde présidentielle[18]. Un second poste de garde est neutralisé de la même manière[18].

En chemin, vers la chambre de Jovenel Moïse, les assaillants découvrent au 1er étage, dans un bureau, quatre à cinq hommes allongés au sol, avec des armes. Ils demandent à être épargnés. Ils sont menottés[14](CARMONA). Ensuite, les assaillants trouvent une femme de chambre, et un garçon d’étage, les bâillonnent et les enferment dans l'une des chambres[16],[20]. Selon les autorités colombiennes, sept mercenaires colombiens sont entrés. Ils sont identifiés par le journal colombien « Semana » (Duberney Capador, Mauricio Romero, Juan Carlos Yepes Clavijo, Víctor Albeiro Pineda, Mario Palacios, Carlos Giovanni Guerrero Torres et Naiser Franco[18]). Les autres mercenaires, dirigés par Germán Rivera[18], restent dehors[21].

1 heure 30 environ

Vers 1 heure 30, le président Jovenel Moïse est réveillé par des tirs à l'extérieur de sa chambre. Il appelle à l’aide le chef de la garde présidentielle, Dimitri Hérald, à 1h34. Il appelle ensuite Jean Laguel Civil qui entend des tirs au téléphone. Celui-ci rappelle Dimitri Hérald, puis Paul Eddy Amazan responsable de la force d’intervention rapide[22],[23],[24].

La femme du président, Martine Moïse, se rend dans les chambres de ses enfants. Ils sont mis à l’abri, avec leur chien, dans une salle de bain sans fenêtres de la chambre du fils[17]. Martine Moïse revient dans la chambre présidentielle et s’allonge sur le sol à la demande de son mari[17].

Deux mercenaires (Naiser Franco Castañeda et Mario Palacios) se présentent devant la chambre d’un des enfants dont la porte est ouverte. Ils lancent une grenade offensive à l’intérieur[25],[26].

Quatre mercenaires sont entrés dans la chambre du président (Juan Carlos Yepes, Victor Albeiro Pineda, Mauricio Javier Romero et Duberney Capador Giraldo[18]). Des coups de feu éclatent. En entrant dans la chambre, Victor Albeiro Pineda tire avec un fusil d’assaut M4 sur Jovenel Moïse et sa femme[26],[14](CASTANEDA). Martine Moïse est blessée et fait la morte. Le président est blessé aussi[27]. Duberney Capador Giraldo arpente la chambre présidentielle en parlant au téléphone pendant que d’autres fouillent[28]. Ils trouvent le ou les documents qu’ils cherchent, et les emportent[17]. Ils trouvent de l’argent, rangé dans plusieurs valises et des cartons[12](§139). Selon les mercenaires, il y a plus de dix millions de dollars[25],[26]

Un des assassins donne au téléphone une description de Jovenel Moise : « Il est grand, fin et noir ». Il est alors achevé au revolver[27]. Dehors, un des Américains-haïtien (James Solages) annonce par haut parleur, en créole et en anglais, qu’il s’agit d’une opération anti-drogue et que personne ne doit quitter sa maison[29]. Vers 1h30 les assaillants quittent le domicile du président[16]. Ils criblent de balles les véhicules présents dans la cour pour les rendre inutilisables[30]. Ils descendent à pied vers le palais présidentiel. Leurs véhicules partent avec les seuls chauffeurs et de lourdes valises exfiltrées du domicile présidentiel[18]. Une partie des véhicules partent par le haut, avec les policiers haïtiens, contenant les deux valises et trois cartons avec l'argent[14](RIVERA), et quelques mercenaires. L’avis de recherche pour assassinat et vol à main armée lancé contre Joseph Pierre Ashkard[31] confirme que la valise contenait des valeurs[32]. Jean Laguel Civil a déclaré que, en arrivant à la résidence présidentielle, il avait été arrêté par le groupe de mercenaires « montants »[24].

Des forces de police officielles, dont Dimitri Hérard, arrivent sur les lieux. Elles voient partir les mercenaires et les véhicules « descendants » ; par crainte de prise d'otage, elles les laissent passer. Ces véhicules sont bloqués deux kilomètres plus bas, à la hauteur du commissariat de police de Pétion-Ville, par une force de police d’environ 100 hommes. Les mercenaires quittent les véhicules en abandonnant une partie des armes, la plupart se réfugient dans un magasin abandonné, avec deux otages, des hommes de la garde présidentielle[33].

Jovenel Moïse est retrouvé mort, sa femme est blessée (bras, main, abdomen), deux de ses enfants (Jomarlie 24 ans, et Jovenel junior) sont physiquement indemnes[16].

2 h 30 environ

Martine Moïse, la femme de Jovenel, est trouvée assise sur l’escalier devant la porte de sa chambre. La femme de chambre lui a apporté une cravate de son mari pour faire un garrot au bras droit[34]. Elle reçoit les premiers soins de ses enfants[35],[17]. L’inspecteur général André Jonas Vladimir Paraison est le premier sur les lieux[12](§70). Il organise l'évacuation de Martine Moïse vers un hôpital local puis, par un avion médicalisé (Trinity Air Ambulance)[16] vers un hôpital de Miami (Jackson Memorial Hospital)[36]. Martine Moïse précisera que, lors de son évacuation de la résidence, elle ne voit aucun des gardes qui auraient dû être présents[27].

La police haïtienne est informée que les mercenaires détiennent au moins deux membres de la garde présidentielle en otages. L’assaut est retardé au lever du jour[33].

Deux personnes venues à moto avec une caméra s’entretiennent avec les mercenaires[18].

8 h 00 environ

Un mercenaire, Duberney Capador Girald, téléphone à sa sœur, Jenny Capador : il lui dit qu’il entend des échanges de coups de feu avec la police haïtienne[33]. D'autres mercenaires téléphonent à Arcángel Pretel, de CTU : il promet d’arranger la situation[14](YARCE).

10 h 00

Le juge Carl Henry Destin est arrivé sur les lieux vers 2h du matin ; à 10h, des policiers l’autorisent à entrer pour les premières constatations, ils ne portent ni insignes, ni uniforme, selon le juge[24]. Le juge de paix de Pétion-Ville constate que le corps de Jovenel Moïse gît dans sa chambre à l’étage, sur le sol, dans une mare de sang : il a reçu une balle dans le front, une dans chaque mamelon, trois dans la hanche, une dans l’abdomen, l’œil gauche est exorbité. Plusieurs fractures seront constatées. Il est vêtu d’un pantalon bleu et d’une chemise blanche. La chambre et le bureau attenant ont été mis à sac. 12 balles seront retrouvées dans le corps, de calibre mm et d’un calibre plus élevé[16],[19].

15 h 00 environ

La police haïtienne lance trois grenades lacrymogènes dans le refuge des mercenaires. Les négociations commencent, via un des otages. Les deux Américains-haïtiens sortent d’abord (Solage et Vincent), puis les deux otages de la garde présidentielle[33].

Peu après, l’assaut commence. Les mercenaires réfugiés au second étage se défendent. Ils lancent une grenade qui n’explose pas. Les échanges de feu durent deux heures environ[33].

17 h 00 environ

La police entre dans le magasin désaffecté de « Morne calvaire », elle trouve deux morts (Mauricio Javier Romero et Miguel Guillermo Garzón)[12](§94). Une partie des mercenaires s’est réfugiée dans l’Ambassade de Taïwan située plus haut[33]. La nuit tombe. Germán Alejandro Riviera alias Mike[12](§60) rassure les mercenaires en leur disant que des soldats de l’ambassade des États-Unis vont intervenir[14](CARMONA).

Journée du 8 juillet

Tôt le matin, Duberney Capador Girald meurt de ses blessures après s’être réfugié sur un toit rue Sténio Vincent, à Pétion-Ville[37]. Son décès est constaté par le juge Fidélito Dieudonné[20]. C’est un des deux chefs du groupe de mercenaires. 40 000 dollars sont retrouvés sur son corps, pris dans la chambre du président[12](§92-93).

Deux mercenaires colombiens sont appréhendés par la population dans le bidonville de Jalouzi au lieu-dit Tchétchénie. Ils sont remis à la police après avoir été molestés[38].

Dans la journée du , sur les 28 assaillants, vingt ont été capturés, deux ont été tués (Mauricio Javier Romero…), un est mort de ses blessures (Duberney Capador Girald), cinq sont en fuite (Mario Palacios…). Deux se sont rendus (James Solage et l’informateur de la D.E.A Joseph Gertand Vincent). Les mercenaires se sont d’abord réfugiés dans une maison attenante et ont échangé des coups de feu avec la police. Sept ont été finalement arrêtés[16]. Ensuite, ils se sont réfugiés à l’ambassade de Taïwan, vide, qui les a livré à la police[37]. 13 des 18 Colombiens capturés sont d’anciens militaires. Ils étaient rémunérés 2 700 $ Américains par mois[39]. Mais plusieurs n'ont pas eu le temps de toucher leur « rémunération »[28].

Les mercenaires connus du « sous-groupe » de tueurs sont morts (Duberney Capador Girald, Mauricio Javier Romero), ou en fuite (Mario Palacios) ; certains disent n’être pas entrés dans la chambre présidentielle (Juan Carlos Yepes Clavijo, Carlos Giovanni Guerrero), d'autres sont détenus (Víctor Albeiro Pineda Cardona, Naiser Franco Castañeda).

Préparation de l'assassinat

Phase I : Sanon

Duberney Capador Girald (ex-sergent) était le référent du groupe de Colombiens organisés dans au moins deux groupes WhatsApp. Il effectue mi-mai un voyage de repérage à Port-au-Prince, en Haïti, avec Germán Rivera (ex-capitaine). Il recrute un groupe de mercenaires comme agents de sécurité pour « CTU » (Counter Terrorist Unit)[40]. CTU était une petite entreprise, couverte de dettes, qui peine à payer son loyer[41], qui a obtenu un prêt par l’intermédiaire du Worldwide Capital Lending Group, comme l’a confirmé un ex-procureur de Floride du sud, Robert N. Nicholson[42].

Les conjurés haïtiens, Antonio Enmanuel Intriago Valera, de l’entreprise CTU, et Walter Veintemilla, de l’entreprise Worldwide Capital Lending Group, Américain-équatorien, se sont réunis dans un hôtel de Saint Domingue en République Dominicaine avant l’assassinat[43]. La police haïtienne pense qu’il s’agit de préparer l’assassinat. Un professeur américain, Parnell Duverger, a participé à d’autres réunions et pense que ce pouvait être pour préparer l'« après-démission » de Jovenel Moïse[21].

Deux mois avant l'assassinat, Christian Emmanuel Sanon et une centaine de ses partisans ont envoyé une lettre à Julie Chung (en) au Département d'État américain, lui demandant de reconnaître Sanon comme dirigeant d’Haïti. Le en Floride, se tient une réunion des « partisans » de Sanon, incluant la société CTU. La violence n'auait pas été évoquée ; seulement, saisir les avoirs de trafiquants de drogue. « Steve » qui était présent, déclare aussi que la société de Walter Veintemilla (Worldwide Capital Lending Group), également présente, n’est pas le financier de l’opération[42]. En fait, il s’agissait d’une petite société agissant comme intermédiaire (un courtier).

Les Colombiens ont été majoritairement recrutés par l’entreprise américaine CTU située en Floride, mais dirigée par un Vénézuélien (Antonio Enmanuel Intriago Valera)[44]. Sur les 21 Colombiens identifiés, 19 ont voyagé avec des billets d’avion achetés avec une carte de crédit de l’entreprise[45]. C’est un agent de CTU, Gabriel Pérez Ortiz, qui remet à Germán Rivera le faux mandat d’arrêt contre le président Jovenel Moïse[18].

Antonio Enmanuel Intriago Valera s’est rendu en Haïti à de nombreuses reprises avant l’assassinat. La police l’accuse d’avoir participé à sa préparation[45].

L’entreprise CTU a été contactée par un Haïtien résidant en Floride, Christian Emmanuel Sanon, il s’agissait d’assurer sa sécurité personnelle pendant environ un an. Après un certain temps, la mission des agents de CTU a évolué en une mission de mercenaires[46]. La nouvelle mission était de procéder à l’arrestation du président de la République[47]. Dans un mémoire d’avocat, Antonio Emmanuel Intriago Valera déclare ne pas être au courant du projet d’assassinat, mais reconnaît avoir reçu copie d’un ordre d’arrestation du président Jovenel Moïse, signé par un juge haïtien (Jean Roger Noëlcius) en [48],[12](§52). Selon le président Colombien Ivan Duque, la plupart des mercenaires croyaient vraiment à une mission de gardes du corps. Seule une minorité avait des « objectifs criminels »[49] notamment Duberney Capador Girald et German Rivera[50].

Christian Emmanuel Sanon a demandé un prêt de 865 000 dollars américains à Worldwide Capital Lending Group pour financer son projet. Cette société était prête à s’engager sur 645 000 dollars. La garantie était l’argent public haïtien. Aucun contrat n’a été retrouvé. Mais, Worldwide Capital a quand-même dépensé 200 000 dollars[51]. La RNDDH relève que Walter Veintemilla était le principal contributeur financier du complot, en contre-partie d’une promesse sur le marché de l’électricité en Haïti[12](§59).

Christian Emmanuel Sanon s’est aussi endetté auprès de Maxime Sada, le propriétaire du Maxime Boutique Hotel, à Port-au-Prince (Pétion-Ville) qui est à vendre. Sanon se serait engagé, devant notaire, à l’acheter 3,8 M de dollars (la garantie financière est inconnue). Le groupe de mercenaires a été hébergé dans cet hôtel jusqu’au . Quand l’hôtel demande le paiement des factures, le Worldwide Capital Lending Group se défile[52].

Les mercenaires colombiens arrivent en Haïti en trois groupes (sans armes). Un groupe arrive par le Panama et la République dominicaine, en mai. Un autre, de 11 hommes, arrive de Colombie, via la République dominicaine, le [53]. Un dernier groupe est arrivé début juin, dans un vol privé venant de Floride, avec Christian Emmanuel Sanon. Celui-ci est logé dans une villa, située à Delmas 60, à Port-au-Prince, appartenant à Samir Handal. Sept mercenaires logent avec lui, les autres sont au Maxime Boutique Hôtel de Pétion-ville[12](§46). L’arrivée d’un quatrième groupe était prévue après coup. Deux mercenaires, Salamanque et le frère de Rivera, sont retournés en Colombie avant l’assassinat[18].

Giovanna Romero Dussán, la femme du mercenaire tué, Mauricio Javier Romero, a présenté un dialogue Whatsapp où son mari déclare qu’il assure la sécurité de « nombreuses personnes importantes qui vont et viennent sans qu’il sache de qui il s’agit »[54].

Phase II : Coq-Thélot

Selon des mercenaires colombiens, des réunions se seraient tenues chez Windelle Coq-Thélot rue Pelerin 5, non loin de la résidence présidentielle, pour préparer l’arrestation de Jovenel Moïse [55].

Cette femme est un des trois magistrats de la Cour de Cassation. Accusée de complot en , elle avait été mise à la retraite d’office par le président Jovenel Moïse. Selon l’opposition politique haïtienne, elle était une des magistrats de la cour de Cassation qui aurait pu remplacer le président Jovenel Moïse, quand l’extension de son mandat a été contestée. Un recours en annulation avait été déposé contre cette décision de Jovenel Moïse devant la Cour de Comptes. La direction des Impôts, dont relève cette cour, a invoqué son incompétence[56].

Windelle Coq-Thélot est aussi accusée d’avoir signé des documents pour CTU en relation avec la préparation directe de l’assassinat[57].

Phase III : Badio

Le , Christian Emmanuel Sanon téléphone à un ami en Floride, identifié sous le pseudonyme « Steve » (pour sa sécurité). Sanon aurait déclaré que les mercenaires abandonnaient sa protection s’ils n’étaient pas payés. Puis, ils le quittent pour se rendre dans une autre maison (Laboule 22[43] et au numéro 10 de Pélerin 6[12](§95) à Pétion-Ville). Selon Joseph Gertand Vincent, un des Américains-Haïtien qui accompagne les mercenaires, cette maison appartient à Rodolphe Jaar[24]. Ils y reçoivent leurs armes de Joseph Felix Badio, mais en quantité insuffisante, selon le mercenaire Juan Carlos Yepes Clavijo. L’opération est alors reportée plusieurs fois[18].

Le , selon la police colombienne, Joseph Felix Badio change les ordres des mercenaires, et leur demande d’assassiner le président Jovenel Moïse[58],[59].


Mesures judiciaires et d'instruction

Suites

Notes et références

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