Attentat du 8 mai 2002 à Karachi
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| Attentat du 8 mai 2002 à Karachi | |
Stèle commémorant l’attentat à Cherbourg. | |
| Localisation | A proximité du Sheraton Hotel, Karachi, Pakistan |
|---|---|
| Cible | Employés de Direction des constructions navales |
| Coordonnées | 24° 52′ nord, 67° 01′ est |
| Date | |
| Armes | Voiture piégée |
| Morts | 14, dont 11 employés français de la Direction des constructions navales |
| Blessés | 40 |
| Auteurs présumés |
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L'attentat du 8 mai 2002 a eu lieu à Karachi, dans la province du Sind au Pakistan, et a provoqué la mort de 13 personnes, dont 11 ingénieurs et techniciens français de la Direction des constructions navales (DCN). Le terroriste a également perdu la vie dans l'attentat. Le bus militaire qui les transportait a été pulvérisé devant l’hôtel Sheraton de Karachi par « un mélange d’explosifs militaires puissants » ; l'explosion d'une mine magnétique placée sur le bus avait sans doute été déclenchée à distance.
Jusqu’en , l’attentat était attribué à l'organisation terroriste islamiste Al-Qaïda ; mais depuis, les juges français chargés de l’affaire privilégient l’hypothèse de représailles à l'encontre de la France, organisées par une partie des services secrets pakistanais. Le sujet même de ces représailles est encore soumis à débat. La justice pakistanaise, qui elle aussi avait d'abord privilégié la piste islamiste, a remis en liberté les principaux suspects en 2009.
L'attentat a donné son nom à l'affaire politico-financière liée à la vente de frégates à l'Arabie saoudite et de sous-marins au Pakistan, qui aurait donné lieu a des rétrocommissions pour financer illégalement la campagne présidentielle de 1995 de l'ancien Premier ministre français Édouard Balladur.
Le , alors que la victoire de 1945 est célébrée en France et que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin prend ses fonctions, un attentat survient dans la ville de Karachi, au Pakistan.
Il est 7 heures 45 du matin, un autocar de la marine pakistanaise avec à son bord le chauffeur et un militaire pakistanais armé doit emmener 23 salariés français de la Direction des constructions navales (DCN) à la base navale, sur le chantier des sous-marins Agosta 90B vendus par la France. Les employés de la DCN sont dans des hôtels différents. Selon le récit officiel de l'époque, alors que cinq personnes embarquent de l’hôtel Sheraton, un kamikaze lance sa Toyota Corolla rouge hors d’âge, remplie d’explosifs, contre le bus ; les deux gardes armés n’ont pas le temps de réagir ; l’autocar et la voiture sont pulvérisés[1].
Ce récit devient caduc lorsqu'il apparaît que les explosifs utilisés provenaient de l'armée pakistanaise et que le déclenchement par une mine magnétique pointe également vers des éléments à l'intérieur de celle-ci[2].
Cette attaque fait 14 morts (11 Français, 2 Pakistanais et le terroriste) et 12 blessés[3].
Suites
Le , le président Chirac prononce à Cherbourg l’oraison funèbre des victimes qui sont faits chevaliers de la Légion d'honneur[4].
Au printemps 2002, « une équipe du Service Action » de la DGSE « aurait été dépêchée au Pakistan au moment de l’attentat de Karachi pour « appliquer des mesures de rétorsion ». « Cette expédition punitive aurait consisté à casser les jambes de trois amiraux pakistanais et à liquider un militaire d’un rang inférieur ». L'opération aurait eu lieu soit après les attentats du , soit après un avertissement préalable à cet attentat (une bombe sans détonateur sur la voiture d'une épouse d'un fonctionnaire, en )[5].
Enquêtes
Enquêtes pakistanaises
Dès le lendemain de l’attentat, une centaine de suspects sont arrêtés dans le milieu islamiste. Toutefois, tous finissent par être relâchés. Le kamikaze n’est pas identifié, bien que la police possède son empreinte génétique. En , trois suspects sont arrêtés, dont l'un s'échappe. Ils sont présentés comme proches d'un groupe terroriste islamiste impliqué au Cachemire.
D'abord condamnés à mort en 2003 par la cour anti-terroriste de Karachi, les deux principaux suspects, Asif Zaheed et Mohammad Rizwan, sont acquittés et remis en liberté par la Haute Cour du Sind en [6].
Enquêtes françaises
Le , le chef de la section antiterroriste du parquet de Paris, Michel Debacq, s’installe à Karachi et des agents de la direction de la surveillance du territoire (DST) coopèrent avec les policiers pakistanais[7].
Le , une instruction est ouverte pour « assassinats et complicité de tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste », elle est confiée aux juges Jean-Louis Bruguière et Jean-François Ricard. À la suite du départ à la retraite de Jean-Louis Bruguière, l’instruction est reprise par Marc Trévidic et Yves Jannes en 2008[8].
Entre et , une mission d’information de l’Assemblée nationale examine les circonstances entourant l’attentat. Dans son rapport, elle « regrette le refus du Gouvernement de lui communiquer toute source documentaire de première main »[9]. La conclusion du rapport indique que « la situation à Karachi rend plausible la piste islamiste, mais elle ne constitue pas la seule, loin de là. La mission d’information ne pouvait avoir pour ambition de se substituer au juge d’instruction dans cette quête. Mais outre la piste islamiste, ses auditions lui ont permis de travailler sur deux autres hypothèses souvent évoquées par la presse : la piste d’une affaire politico-financière ou un attentat lié à la montée de la tension entre l’Inde et le Pakistan depuis 2001. »[10]
Le , quatre documents réclamés par les juges, soit un total de 1 500 pages, sont déclassifiés, à la suite de l'avis favorable de la Commission consultative du secret de la défense nationale et du ministre Hervé Morin[11].
Le , le journal Libération annonce que « les familles de victimes portent plainte contre l'ex-juge Bruguière ». « Elles accusent l’ancien juge antiterroriste, chargé de l’enquête de 2002 à 2007, de faux témoignage et d’entrave à la justice »[12].
Le , le juge David de Pas a mis en examen pour homicides et blessures involontaires Gérard Clermont, le chef de site, responsable des personnels qui assemblaient les sous-marins Agosta 90B sur la base militaire pakistanaise, et le chef de projet en France, Alain Yvetot[13]. Le , la cour d’appel de Paris annule les mises en examen des deux anciens cadres de la Direction des constructions navales (DCN), pour cause de prescription[14].
