Aufseherin

gardienne SS de camp de concentration From Wikipedia, the free encyclopedia

Aufseherin (en allemand : « surveillante »[1]) est le terme utilisé dans la Lagersprache pour désigner une gardienne auxiliaire civile (SS-Gefolge) des SS dans les camps de concentration nazis. Recrutée sous l'impulsion d'Heinrich Himmler, elles sont chargées de garder les prisonnières dans les camps de femmes tout au long de la guerre.

Aufseherin - KZ Lager.

Recrutement

En 1937, les Aufseherinnen sont recrutées grâce à des petites annonces publiées dans des journaux, annonces promettant logement et nourriture pour garder des « femmes négligées »[2]. Ce recrutement est une initiative d'Heinrich Himmler, qui craint les contacts sexuels entre les gardiens SS et les détenues, comme ce fut le cas dans certaines prisons de la SA[2]. Pout être recrutée, il faut remplir plusieurs critères : être âgée de 21 à 45 ans, de préférence célibataire, faire au moins 160 cm, passer un examen médical pour être déclarée apte au travail et avoir un casier judiciaire vierge[3]. Elles doivent également être âgées de moins de 45 ans  limite qui sera passée à 50 ans pendant la guerre[4]. Il faut également pouvoir prouver sa loyauté au régime nazi[3]. Le poste offre également des avantages dont la couverture médicale, la cotisation pour leur retraite mais aussi un meilleur salaire que dans les usines[3]. Elles sont en effet payées 186 Reichsmark (RM) par mois  contre 76 RM dans les usines  et leurs heures supplémentaires sont payées 35 RM dès les 300 heures supplémentaires atteintes[3]. Pendant les trois premiers mois, elles sont considérées comme stagiaires avant d'obtenir automatiquement le grade de surveillante[5].

Selon une lettre de l'administration du camp envoyée à une candidate : « aucune qualification professionnelle n'est requise pour le poste de gardienne car il s'agit simplement de surveiller les prisonnières. »[6]. En effet, âgées en moyenne de 26 ans[7], nombre d'entre elles sont sans qualifications, des femmes de ménage, des auxiliaires de cuisine ou encore des ouvrières[8]. Ce nouveau poste leur offre une ascension sociale rare, impression renforcée par le port de l'uniforme gris marron composé d'une veste, d'une jupe, d'un jupon, de bottes, de chaussures de ville, d'une cape en Loden et d'un couvre-chef[9]. Selon la déportée Margarete Buber-Neumann, « une fois l'uniforme mis, elles subissaient une véritable transformation : les bottes leurs permettaient d'avoir une toute nouvelle allure, le couvre-chef leur donnait de l'assurance »[9].

Face à l'augmentation du nombre de camps pour femmes en 1942, les candidatures spontanées ne sont plus suffisantes et les modalités de recrutement doivent être modifiées. Par exemple, Edmund Bräuning, le commandant de Ravensbrück, se lance dans une tournée promotionnelle dans les entreprises allemandes pour tenter de recruter des ouvrières en leur décrivant « dans des couleurs éclatantes les logements qui les attendaient et surtout la paie très élevée »[10]. Chacune de ses tournées déclenche une vingtaine de nouvelles candidatures[10]. Les entreprises sont également mises à contribution, poussées à recruter des gardiennes parmi leurs ouvrières pour pouvoir profiter de la main-d'œuvre bon marché des camps[10]. En 1943, les autorités continuent de poster des petites annonces dans les journaux, rédigées de façon neutre, sans jamais mentionner « camp de concentration » mais parlant plutôt de « prison d'État » ou encore « centre de rééducation »[4].

À la même période, l'obligation de service (Dienstverpflichtung) se renforce et certaines femmes sont enjointe de se présenter à Ravensbrück pour devenir gardiennes, comme Marianne Essmann, ouvrière dans l'usine Mechanik Gmbh Rochlitz[11]. Certaines expliqueront après-guerre qu'elles ont été obligées de prendre ce poste mais la vérité est que, bien qu'elles n'aient pas le choix de se présenter sur leur nouveau lieu de travail sous peine d'être envoyée en prison, elles n'étaient pas obligées de signer de contrat avec la SS après leur formation[12]. Selon les historiens actuels, les femmes refusant de travailler dans les camps ne risquaient aucune sanction, elles étaient juste renvoyées sur leur ancien lieu de travail[12]. Seules les femmes enceintes ou celles ayant au moins deux enfants de moins de 14 ans ne pouvaient être convoquées pour ce poste[13].

En 1944, 1 808 gardiennes sont recrutées, ce qui est un record[4].

Formation, statut et affectations

En , elles sont formées au camp de concentration de Lichtenburg, qui est alors le seul camp pour femmes d'Allemagne dont les détenues viennent de tout le pays[2]. À partir de 1938, les 3 500 à 4 000 nouvelles gardiennes seront formées à Ravensbrück avant d'être envoyées travailler dans d'autres camps aux quatre coins du Reich[14]. Ravensbrück restera le seul camp de formation des gardiennes jusqu'en 1944, tout en se professionnalisant. Au fil des années, la formation passe de trois mois à six semaines pour faire face à la multiplication des camps de femmes[4]. Alice Orlowski ne passera que sept jours en formation avant d'être envoyée au camp de Majdanek[4].

Bien qu'elles puissent avoir des postes à responsabilités, les Aufseherin sont toujours sous le commandement d'un homme, le commandant du camp ou le directeur du camp de détention préventive[5]. Dans les camps où elles sont affectées, les Aufseherinnen change chaque jour de commando d'affectation pour éviter les connivences avec les prisonnières. Considérées comme le bas de l'échelle dans les camps, elles ont la possibilité de gravir les échelons en devenant responsable d'un bloc (Blockführerin) ou d'un commando (Erstaufseherin ou Kommandoaufseherin), chargée du comptage des prisonnières lors des appels (Rapportführerin) ou encore surveillante du mitard (Arrestaufseherin)[15]. Le plus haut échelon auquel pouvait accéder les surveillantes est le statut de responsable du camp des femmes (Lagerführerin) comme ce fut le cas pour Maria Mandl à Auschwitz[16]. Certaines ont également des chiens de garde qui leur servent lors de leur surveillance dans les commandos extérieurs au camp[17]. Toutes portent une arme de service[5].

Dans les camps de l'Est, le personnel est composé à 90 % d'hommes et les commandants se plaignent du manque de personnel féminin. À Auschwitz, elles étaient environ 170 gardiennes contre 2 000 gardiens tandis qu'à Majdanek, elles sont 19 gardiennes pour 7 000 prisonnières en 1943[18]. Selon une statistique de , 3 817 surveillantes travaillent dans les différents camps du Reich[5].

Quatre camps d'extermination n'ont jamais eu de surveillantes féminines : Treblinka, Bełżec, Chełmno et Sobibór[5]. Ravensbrück restera le seul camp exclusivement féminin durant la guerre, les autres n'étant que des enclaves dans des camps mixtes[13].

Vie en communauté

À Ravensbrück, les gardiennes sont logées dans des maisons de campagnes qui longent le lac Schwedt, chaque maison comprenant 10 appartements individuels ainsi que 4 chambres de bonnes sous les toits[19]. La cave est transformée en buanderie, installations de chauffage et lieu de stockage[9]. Face à l'augmentation des recrutements, dans les dernières années de guerre, les nouvelles recrues sont logées dans des casernes construites à la hâte[20]. Dans les autres camps, les Aufseherin sont logées en collectif dans des baraquements ou des bâtiments préexistants[9]. En 1943, lors de leur arrivée à Majdanek, les cinq nouvelles gardiennes sont logées dans une maison qu'elles partagent avec des officiers SS. Ce n'est qu'en mars qu'elles emménagent dans un logement construit spécialement pour elles[21]. À Auschwitz, à l'exception de la gardienne en chef, elles sont logées dans des casernes composées de dortoir de lits superposés comme leurs homologues masculins[21].

Toujours logées ensemble, les gardiennes sont dès 1942 poussées à se surveiller mutuellement en créant la fonction de Hausälteste (doyenne de la maison) chargées de la bonne application du règlement intérieur (Hausordnung)[22]. Le poste change de main chaque semaine et en cas de transgression, elles sont chargées de faire un rapport au commandant du camp[22]. À Ravensbrück, en plus de ce logement communautaire, tout est mis en place pour créer une alchimie de groupe. Plusieurs institutions sont mises en place  une cantine avec un casino, un cinéma, un tailleur, une bibliothèque et un coiffeur  et des excursions avec les hommes de la SS sont régulièrement organisées[22].

Les gardiennes étant majoritairement célibataires, les rapports sexuels entre elles et les SS sont acceptés et peuvent même déboucher vers le mariage, comme celui de Franziska Buchinger et Franz Steidl à Ravensbrück en 1940[23]. Ces mariages sont considérés comme une élévation sociale pour les gardiennes, les SS étant vus comme l'élite de la société nazie[23]. Lors d'une grossesse, les femmes sont d'abord licenciées  neuf démissionneront d'elles-mêmes  mais à partir de 1942, la Kommandantur renonce à ce choix de peur de voir leur poste rester vacants et décide alors de mettre en place des structures pour prendre en charge les enfants sur les lieux de travail des gardiennes[24]. En 1941 à Ravensbrück, un chantier est lancé pour transformer une villa en foyer pour enfants avec, dès 1942, des puéricultrices professionnelles chargées de s'en occuper[24].

Comportement des gardiennes

Selon les témoignages des rescapées, les nouvelles recrues sont souvent mal à l'aise, voire apeurées par l'« univers concentrationnaire » mais prennent vite le pli. Selon Germaine Tillion, survivante de Ravensrbück : « Les débutantes avaient l'air généralement effarées à leur premier contact avec le camp, et elles mettaient quelque temps avant d'atteindre le même niveau de cruauté et de débauche que les anciennes. C'était, pour certaines d'entre nous, un petit jeu assez amer que de chronométrer le temps que mettait une nouvelle Aufseherin avant d'atteindre ses chevrons de brutalité. Pour une petite Aufseherin de vingt ans, qui, le jour de son arrivée, était tellement peu au fait des bonnes manières du camp qu'elle disait « pardon » lorsqu'elle passait devant une prisonnière, et qui avait été visiblement effrayée par les premières brutalités qu'elle avait vues, il a fallu exactement quatre jours avant qu'elle ne prît ce même ton et ces mêmes procédés [...] Pour les autres, on peut dire que huit à quinze jours, un mois au plus, représentaient une moyenne très normale d'adaptation. »[13].

D'après un article de l'historien Philippe Aziz de 1982, « selon les témoignages de rescapés, ces femmes « SS » — en fait « auxiliaires féminines » n'appartenant pas au corps de la SS — ont eu quelquefois des comportements d'une brutalité inouïe et leur apparition semait la terreur parmi les détenues[25] ». Sur la transformation des nouvelles gardiennes en femmes sadiques, nous citons le témoignage, rapporté par Philippe Aziz, de la sociologue Germaine Tillion[26] qui est accablant : « Certaines gardiennes prenaient un plaisir évident à frapper les déportées et tout particulièrement les plus faibles, malades ou visiblement effrayées. Les autres frappaient les prisonnières « avec rudesse et simplicité, comme un paysan sur son âne ». Elles semblaient redoubler de zèle devant leurs collègues masculins comme si elles voulaient mériter une considération spéciale en se montrant particulièrement agressives ». En quelques jours, des jeunes femmes dont certaines étaient issues de la bonne société, se transformaient, pour leur majorité, « en brutales geôlières d'un troupeau de prisonnières »[27].

Au cours de la guerre, on voit une montée de la violence et de la radicalisation des gardiennes, passant des claques au visage, des insultes ou des coups à pied à des châtiments plus violents comme des coups de fouet et de bâton[28]. Certaines se font un nom de par leur comportement à part. Par exemple, Hermine Braunsteiner, surnommée « Kobyla » (jument en polonais) par les prisonnières[29], est connue pour les coups de pied violents dont elle roue ses victimes, avec ses bottes qu'elle a fait équipée de pointes de métal[28] tandis qu'Irma Grese est surnommée la « hyène d'Auschwitz » de par son comportement cruel[30]. Une autre raison de cette radicalisation dans les camps d'extermination est la présence des hommes, les femmes voulant prouver qu'elles valent sans cesse autant que le « sexe fort »[28]. Bien que ne participant ni aux gazages, ni aux fusillades  réservé aux hommes , les Aufseherin participent aux sélections et surveillent les prisonniers devant les chambres à gaz[13].

Dans les camps de l'Est, les gardiennes participent elles aussi à l'entreprise de vol et de corruption en vigueur. Bien que le fait de voler des biens réquisitionnés aux déportés soit un crime contre l'État, plusieurs d'entre elles sont traduites en justice devant les tribunaux SS et risquent d'être mise aux arrêts[31]. D'après Rudolf Höss, une gardienne fut condamnée à cinquante coup de gummi (matraque) et d'un internement à vie dans un camp pour avoir volé des « pièces d'or et des objets précieux »[31].

Il y a aussi quelques exceptions, comme ces gardiennes qui face à la surpopulation carcérale, se plaignent de leurs conditions de travail et tentent de s'y soustraire par des arrêts maladie et des congés de convalescence[20].

Camps, noms et grades

Irma Grese - Bergen-Belsen.
Maria Mandl - Auschwitz.
Herta Bothe en attente de son jugement () - Bergen-Belsen.

Arrestation et expiation

À la libération de Bergen-Belsen, les trente gardiennes et leurs cinquante homologues SS encore sur place sont chargées par les autorités britanniques d'enterrer les cadavres de leurs victimes avant de les arrêter[32]. Pour les identifier, les autorités utilisent des photos car, comme la rappelle une ancienne déportée à Majdanek « ces messieurs-dames n'avaient pas pour habitude de se présenter à nous »[33]. Malgré le faible effectif des War Crimes Investigation Teams, plusieurs milliers de suspects sont arrêtés, dont Dorothea Binz et Fritz Suhren[33].

Lors de leurs procès, certaines anciennes gardiennes se défendront en affirmant avoir été obligées d'effectuer ce travail de par le Dienstverpflichtung[11]. Par exemple, Herta B. de Gruppin déclarera avoir été mise de force sur la liste de volontaires par son patron, qui l'aurait menacée d'envoyer son fils dans un orphelinat[11]. D'autres plaident les circonstances atténuantes, arguant que les camps étaient des « prisons légales » sous le régime nazi tandis que certaines justifient leur violence par la nécessité d'affirmer sa place[34]. Pendant certains procès, les avocates des accusées tentent de discréditer les témoignages des rescapées[34].

Arrestation des Aufseherinnen de Bergen-Belsen, . Parmi les femmes figurent de gauche à droite : Hildegard Kanbach, Magdalene Kessel, Irene Haschke, la gardienne en chef, Elisabeth Volkenrath (partiellement cachée) et Herta Bothe.
Exécution de gardiennes du camp de Stutthof en Pologne, à Biskupia Gorka le 4 juillet 1946.

De 1945 à 1948, des nombreuses gardiennes de Bergen-Belsen, de Stutthof, d'Auschwitz et de Ravensbrück passent en procès. Pourtant, en comparaison du nombre total de gardiennes, peu d'entre elles sont traduites en justice[35]. À partir de 1946, les témoins étant difficiles à retrouver, de nombreuses gardiennes sont acquittées fautes de preuves[35].

À l'est

En Pologne, seules 24 anciennes gardiennes sont jugées sur les 977 à 1 036 à avoir travaillé dans les camps sur ce territoire[35]. Maria Mandl fut jugée et condamnée à mort lors du procès d'Auschwitz[36].

À l'ouest

Le premier est celui de Bergen-Belsen, durant lequel 16 anciennes gardiennes dont Irma Grese, Elisabeth Volkenrath, Johanna Bormann et Herta Bothe sont inculpées pour avoir fait partie d'un système qui a favorisé « le meurtre, la brutalité, la cruauté et la négligence »[37]. Elles basent leur défense sur le déni et le mensonge comme Volkenrath, qui prétend avoir assisté aux sélections sans y avoir pris part et n'avoir jamais eu connaissance de l'existence des chambres à gaz[37]. Trois des accusées, Grese, Volkenrath et Bormann sont condamnées à la peine de mort et pendues le par le bourreau britannique Albert Pierrepoint[16]. Grese est la plus jeune exécutée de la justice britannique du xxe siècle, elle avait 22 ans[16].

Dans la fiction

Le film La vie est belle (1997) présente plusieurs personnages secondaires qui sont des Aufseherinnen.

Notes et références

Annexes

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