Avant-garde (marxisme)

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Dans la théorie marxiste, l'avant-garde est la fraction la plus consciente et la plus politisée du prolétariat ; les organisations dites avant-gardistes militent pour tirer la classe ouvrière vers une politique révolutionnaire et prendre le pouvoir politique.

En théorie, l'avant-garde ne vise pas à être un organisme distinct de la classe ouvrière qui tente de se placer au centre du mouvement et l'orienter dans une direction conforme à sa propre idéologie. Il est plutôt destiné à être une partie organique de la classe ouvrière qui amène la conscience de classe, puis, la conscience révolutionnaire.

Selon les courants marxistes (conseillistes, léninistes etc...), le rôle de l'avant-garde peut comporter des visions différentes.

Réunion du Parti bolchévique (Lénine est à droite sur la photographie).

Militant du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, Lénine s'emploie dans ses écrits à appliquer la théorie marxiste au contexte russe, et à déterminer la manière la plus adaptée de faire triompher la révolution dans ce pays essentiellement rural, gouverné de manière autocratique. Lénine juge que la Russie, pays européen dans son modèle économique, demeure plongée dans l'« asiatisme » - synonyme, dans son vocabulaire, de despotisme et d'arriération - sur le plan politique. Le développement du capitalisme est dès lors entravé en Russie par les structures sociales, qui s'apparentent à un système de castes : il appartient aux révolutionnaires de donner l'impulsion historique décisive qui anéantira les « institutions surannées qui entravent le développement du capitalisme », la Russie devant rattraper son retard en la matière avant de passer au socialisme. Du fait du contexte particulier du pays, l'évolution ne saurait être spontanée : dans la brochure Que faire ?, qu'il publie en 1902, Lénine plaide pour une révolution qui serait organisée par des « professionnels » qui constitueraient l'« avant-garde » de la classe ouvrière et seraient, en Russie, les porteurs de la conscience de classe et de la théorie révolutionnaire, dont les ouvriers n'ont pas un sens inné. Le contexte social et politique de l'Empire russe empêchant le développement de la lutte des classes, il appartient dès lors au Parti de la créer : la bourgeoisie n'existant pas en Russie au sens occidental du terme, il appartient au Parti des « révolutionnaires professionnels » de se substituer à elle pour tenir un rôle d'accélérateur de l'Histoire. Dès lors, le Parti n'est plus un produit de la lutte des classes : c'est lui, au contraire, qui la produit, en permettant aux intellectuels porteurs de la conscience de fusionner avec le mouvement ouvrier et de lui apporter le savoir[1].

En matière d'organisation, Lénine prône l'« unité de la volonté », soit l'adoption, par l'avant-garde révolutionnaire que constitue le parti, d'une volonté unique, qui doit devenir la « volonté de la classe » : l'efficacité, qui doit être la raison d'être de l'organisation, a pour condition la disparition des volontés individuelles au profit de la volonté unie du parti. Lénine, qui prône un mouvement politique strictement hiérarchisé et fonctionnant selon les principes de la division du travail, multiplie dans ses écrits les métaphores comparant le parti à une usine, à une armée ou à un orchestre. Lénine s'est inspirée du mode d'organisation de la social-démocratie allemande, où l'opinion de la majorité du congrès est fixée dans des résolutions qui sont la règle à laquelle doivent se conformer en pratique les membres du Parti jusqu'à ce que, par suite de la discussion, l'opinion générale soit modifiée. Le centralisme démocratique, tel que le théorise Lénine, repose sur un double principe : en premier lieu, l'élection de chaque niveau de l'organisation par le niveau inférieur ; en second lieu, la stricte obéissance de chaque niveau par le niveau inférieur et l'application unanime des décisions dans l'action. Dans un contexte où l'organisation révolutionnaire russe est à la fois faible, en partie clandestine et disséminée par l'émigration, Lénine souhaite qu'elle puisse se donner les moyens du combat via la discipline interne, en élaborant un mode d'organisation qui élabore un minimum d'efficacité et de cohérence.

Lénine définit la dictature du prolétariat comme « un pouvoir conquis par la violence que le prolétariat exerce, par l'intermédiaire du parti, sur la bourgeoisie et qui n'est lié par aucune loi[2]. ». Chez Lénine, le concept de « dictature du prolétariat » joue un rôle central[3] : « L'essentiel dans la doctrine de Marx, c'est la lutte des classes. C'est ce qu'on dit et c'est ce qu'on écrit très souvent. Mais c'est inexact. Et, de cette inexactitude, résultent couramment des déformations opportunistes du marxisme, des falsifications tendant à la rendre acceptable pour la bourgeoisie. Car la doctrine de la lutte des classes a été créée non par Marx, mais par la bourgeoisie avant Marx ; et elle est, d'une façon générale, acceptable pour la bourgeoisie... Celui-là seul est un marxiste qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu'à la reconnaissance de la dictature du prolétariat. C'est ce qui distingue foncièrement le marxiste du vulgaire petit (et aussi du grand) bourgeois. C'est avec cette pierre de touche qu'il faut éprouver la compréhension et la reconnaissance effective du marxisme[4] ».

Parti politique

Voir aussi

Notes et références

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