Badissia novembria

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Abdelhamid Ben Badis, fondateur de l'Association des oulémas musulmans algériens et maitre à penser de la mouvance de la Badissia-novembria

Badissia-novembria[1],[2] (en arabe : باديسية نوفمبرية) est un courant politique, d'obédience arabiste , néo-baathiste, islamiste et anti-kabyle apparu durant l'année 2019 en Algérie ; pendant les évenement du hirak (manifestations populaires). Le Badissia-novembria est une mouvance hétérogène composé d'un patchwork d’idées conservatrices, rassemblant des défenseurs de l’arabo-islamisme et du panarabisme ouvertement opposés aux courants démocrate, laïc et progressiste et la négation de la dimension amazighe du peuple algérien.

L'option d'un cinquième mandat du président Bouteflika est tombée face à la mobilisation populaire au début de l'année 2019. Plusieurs débats traversent alors la société et font appel à l'exhumation de référentiels historiques, pour légitimer les différents discours politiques du moment[1]. Le mouvement Badissia-novembria est, lui, porté par une poignée conservatrice de la population, le plus souvent marginalisée au sein des marches populaires du hirak[3].

La badissiya-novembria prétend réunir les idéaux de l'Association des oulémas musulmans algériens (islamo-conservatrice, autonomiste et légaliste pendant la colonisation française) et ceux de la Déclaration du (révolutionnaire, nationaliste armée…). Cette contradiction historique est d'ailleurs soulevée par les détracteurs de de la Badissia-novembria, qui rappellent que le FLN qui déclencha la guerre d'Algérie, le , n'est pas dans l'obédience d'Ibn Badis. En ce sens, la Badissia-novembria pratique une forme de révisionnisme pro-islamiste[4]. Ce mouvement s'oppose aussi aux valeurs du Congrès de la Soummam (état démocratique et social ...)[1].

Le mouvement cible également la Constitution de l'Algérie, lors de sa révision en 2020 et plus particulièrement son article 4 qui fait de tamazight, une langue nationale et officielle depuis 2016. Il espère ainsi un retour en arrière sur la question identitaire[5]. Les promoteurs de la Badissia-novembria, présentent quelques similarités avec l'extrême droite européenne, cette dernière articulant son discours autour de l'immigré alors que la Badissia-novembria articule son discours autour d'un chauvinisme et d'un racisme qui vise le Kabyle[6],[7],[8]. Ses partisans se veulent aussi défenseur d'un état algérien vu comme (uniquement) « arabe, novembrien et badissien » contre les « ennemis de la oumma »[6]. De nombreux responsables de la Badissia-Novembria ont été poursuivis par la justice algérienne.

Larbi ben M'hidi (à gauche) et Amirouche (à droite).

L’apparition du courant Badissia-novembria remonte à , quelques semaines après le début du hirak algérien, est porté par une poignée conservatrice de la population, le plus souvent marginalisée au sein des marches populaires, composée en partie par une élite souvent arabophone : journalistes et historiens un peu notoires sur la scène publique et des éléments infiltrés du « système » qui partagent une même vision : simplifier à l’extrême l’histoire nationale en l’enfermant dans un récit monolithique, centré sur une identité arabo-islamique et se réclamant d’un double héritage, celui du réformisme religieux d’Abdelhamid Ben Badis et du nationalisme algérien. Parmi les premiers à s’en être revendiqués on retrouve les rangs islamistes, avec le hamas, à travers les déclarations de ses deux leaders, Abderrazak Makri[9] et Aboudjerra Soltani, suivent des figures du pouvoir, dont Mohamed Djemaï, secrétaire général du FLN[10],[11].

Ils arborent des pancartes « bien confectionnées » avec les portraits de Larbi Ben M'hidi, et d'Amirouche Aït Hamouda. Certains des participants ont tenté de convaincre Ahmed Taleb Ibrahimi de prendre la tête d'une transition, puis, face à son renoncement, ont déserté les marches. Enfin, ce courant existe surtout au sein des étudiants de l'Institut d'histoire, et est promu dans les médias[6].

Concept

Abane Ramdane, l'artisan du congrès de la Soummam et l'héraut de la « primauté du civil sur le militaire », l'une des revendications phares du Hirak qui le scandait en arabe : « dawla madania mashi ‘askaria »

Selon le sociologue Nacer Djabi[2], la Badissia-novembria, expression d’un « nationalisme retardataire » est le produit du télescopage de deux réalités éloignées. Faisant référence à Abdelhamid Ben Badis, fondateur en 1931 de l’Association des oulémas musulmans algériens (AOMA) et à ses disciples, le qualificatif badissia évoque un mouvement religieux réformiste qui place l’Islam et la langue arabe au cœur de l’identité nationale sans pour autant soutenir l’insurrection national de novembre 1954 contre la colonisation française[12]. Par ailleurs, badissi désignait à l'origine un adepte de Ben Badis interdisant à son épouse de visiter les mausolées de saints soufis[6]. La Novembria, quant à elle, renvoie à l'insurrection national de , légitimant la lutte armée. Les deux termes expriment ainsi des visions peu compatibles de la question nationale. Leur association, à l’instar des profils esquissés côte-à-côte d’Abdelhamid Ben Badis et de Larbi Ben M'hidi, ce dernier est l'une des figures du déclenchement de l'insurrection national[12].

Le principe de la « primauté du civil sur le militaire », actée au Congrès de la Soummam en 1956 est l'un des principaux mots d’ordre, massivement revendiquée durant les marches populaires du hirak sous le slogan en arabe « dawla madania mashi ‘askaria » (en français : État civil et pas militaire) en confrontation frontale avec un autre nouveau mot d’ordre qui est la Badissia-novembria qui cherche à rétablir le pouvoir du militaire incarné à l'époque par le chef d’État-Major Ahmed Gaïd Salah sur le civil, avec la caution des islamistes réformistes, “ modérés ” sensibles à l’idée d’une alliance qui les affranchirait de leur identité historique contre-révolutionnaire[2].

Dans cette vision univoque, la cible privilégiée de la Badissia-novembria est la dimension culturelle, historique, identitaire, et linguistique amazighe. Caricaturée, diabolisés et surtout soupçonnée de séparatisme. Avec la montée au créneau des islamistes sur la question amazigh s’inscrit dans la suite du Hirak, lors duquel l’ancien chef d’État-major de l’armée, disparu en , avait lancé une véritable chasse contre les porteurs du drapeau amazigh lors des manifestations. Des dizaines de porteurs de ce drapeau ont été arrêtés par les services de sécurité et condamnés à des peines de prison après l’essoufflement du mouvement. Ahmed Gaïd Salah avait ainsi semblé encourager les attaques de plus en plus décomplexées dont fait l’objet l’identité amazighe[11]. On note ainsi l'émergence inopinée des mouvements badissistes-novembristes et d'un discours de haine anti-kabyle[8].

Les partisans de la Badissia-novembria rejettent ou combattent le drapeau amazigh qu'ils appellent râyat al-farchitta, le « drapeau à la fourchette ». Il est structuré autour de divers personnalités politiques dont le mouvement de la société pour la paix (connu aussi sous son acronyme « Hamas » en arabe : Harakat Moudjtamaa As-Silm)[13]. Le mouvement Badissia-novembria s'implique dans la politique de dénigrement de la France. Il préconise de remplacer le français par l’anglais[14],[15]. La Badissia-novembria cible également l'article 4 de la Constitution algérienne, qui fait de tamazight la langue nationale et officielle[5].

Critiques

Salah Goudjil, président du Conseil de la nation (Sénat) depuis , critique à plusieurs reprises le Badissia-novembria : « Quand on dit novembre est badissi, ont ment à l’histoire. Novembre c’est novembre, il n’appartient à personne ». Il est soutenu en cela par le Conseil de la nation[10],[16].

De même en 2023, Nordine Aït-Hamouda, deux ans après sa libération de prison de 2021, parle de « la grande supercherie Badissia-Novembria ». Ainsi, il critique ceux qui veulent empécher le développement du tamazight alors que la Constitution l’a instauré comme langue nationale et officielle. Il considère qu'il « n’est pas anodin que la plupart des animateurs embusqués dans les réseaux sociaux soient d’obédience islamiste et inféodés aux officines intégriste ». Il demande aux Algériens de combattre le Badissia-novembria[17].

Ce courant déforme et altère l’histoire de la lutte pour l’indépendance nationale. Il associe le déclenchement de la guerre d'Algérie, le 1er Novembre 1954, au mouvement réformiste islamique de Ben Badis, alors que les disciples de ce dernier ont joué un rôle marginal au cours des premières années de la lutte armée (). À l’inverse, les Kabyles ont fourni de nombreux cadres parmi les principaux initiateurs du Front de Libération Nationale (FLN)[13].

Médias

Cette idéologie s'est amplifiée à travers les chaines de télévision et dans les réseaux sociaux, des comptes anonymes, parfois bien structurés, diffusent des discours d'intolérance voire haineux. Face à cette escalade, les institutions restent laxistes, qui laisse ce discours s’installer durablement dans le débat public, loin d’être marginal, gagne en audience, faute de débat contradictoire ou de sanction[11].

Figures notoires de Badissia-novembria et poursuites judiciaires

Analyses

Notes et références

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