Bagne pour enfants

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Scène de Violence dans les prisons - Collection Ernest de Crauzat (1898)

Un bagne pour enfants est une prison réservée aux enfants ou une colonie pénale ou correctionnelle dite « agricole et maritime pénitentiaire » destinée aux mineurs délinquants, qui existe du XIXe siècle jusqu'au milieu du XXe siècle.

Ces bagnes ou colonies pénitentiaires sont supprimés avec l'Ordonnance de 1945 relative à l'enfance délinquante.

La création de colonies agricoles et pénitentiaires est liée au mouvement philanthropique et à ses réflexions sur le statut des enfants et l'univers carcéral. En France, la séparation entre détenus majeurs et détenus mineurs n’existe pas. Quelques humanistes, hygiénistes ou paternalistes décident d’aménager la vie des jeunes délinquants jusqu’ici emprisonnés avec les adultes voire criminels. Plusieurs d’entre eux vont jouer un rôle déterminant dont Alexis de Tocqueville, Gustave de Beaumont, Antoine d’Argout ou Charles Lucat.

À la suite de la séparation des adultes et des enfants en prison voulue par le code pénal de 1810 de Napoléon, plusieurs expériences sont tentées pour le traitement à appliquer à la jeunesse délinquante. La loi du généralise le type d'établissement pénitentiaire réservés aux mineurs et une cinquantaine de colonies agricoles privées sont installées sur tout le territoire français[1].

Pour les insubordonnés des colonies agricoles et pour les enfants de moins de 16 ans, condamnés à des peines de plus de 2 ans, l’État met en place une structure plus répressive, appelée « colonie correctionnelle ».

Avec l'avènement de la Troisième République, le gouvernement décide de lancer un programme national contre la délinquance juvénile à travers la création sur l'ensemble du territoire de 35 « colonies pénitentiaires agricoles et maritimes ». Ayant fermé en 1880 plusieurs colonies pénitentiaires privées administrées par des congrégations non autorisées (la Grande-Trappe dans l'Orne, Beaurecueil dans les Bouches-du-Rhône et Fontgombault dans l'Indre), le Gouvernement se trouve à répartir des centaines de jeunes détenus sur des colonies existantes et à ouvrir d'autres[2].

Ce type de bagne devient rapidement une « école du crime » où la discipline est d'une grande sévérité[3].

En 1934, le directeur du grand quotidien Paris Soir, Pierre Lazareff, mène une campagne de presse contre les bagnes d'enfants et les maisons de correction pour dénoncer et les conditions de vie des jeunes qui y séjournent, en s'appuyant sur les reportages du journaliste Alexis Danan sur la colonie pénitentiaire pour enfants de Belle-Île[4].

Établissements

Plusieurs établissements sont considérés comme ayant été des bagnes pour enfants.

En France

Paris

Evasion à la colonie pénitentiaire du Luc (7 juillet 1873)

En 1836, une première prison est réservée aux enfants : la Petite-Roquette sise à Paris[3]. Il s'agit d'une prison cellulaire pour mineurs délinquants vagabonds et enfants relevant de la « correction paternelle ». Dans la journée, les jeunes détenus travaillent en silence en ateliers et dans le couloir de promenade, ils doivent porter des cagoules pour ni se voir ni se parler[3]. Ils reçoivent également une instruction élémentaire et religieuse, où l'on cultive toujours l'isolement.

Cette méthode est critiquée et considérée comme un échec en raison de son fonctionnement trop strict. Jusqu'en 1860, le modèle reste le châtiment et l'enfermement, comme dans des colonies pénitentiaires.

Mettray

En 1840, la première colonie agricole et pénitentiaire privée de Mettray ouvre à Mettray en Indre-et-Loire, destinée aux petits délinquants qui doivent être employés à des travaux agricoles.

Jean Genet raconte son parcours de la colonie pénitentiaire de Mettray dans Miracle de la Rose, paru en 1946.

Gaillon

À partir de 1824, une colonie agricole dite « colonie pénitentiaire » voit de jeunes détenus de la maison centrale de Gaillon dans l'Eure, envoyés quotidiennement à la réalisation de travaux des champs[5],[6].

De 1847 à 1925, la colonie des Douaires s'y installe grâce à l'acquisition de la ferme des Douaires[5].

Loos

Dès 1848, les colonies pénitentiaires de Loos situées à Loos dans le Nord, sont deux colonies pénitentiaires destinées à réhabiliter de jeunes délinquants par le travail de la terre.

Luc

De 1856 à 1904, la colonie pénitentiaire agricole du Luc est établie au Luc dans le Gard[7],[8],[9].

Plan en noir et blanc figurant des bâtiments et des voies.
Plan du pénitencier de l'Île du Levant.

Ajaccio

La colonie correctionnelle de Saint-Antoine est un bagne pour enfants géré par l'État à Ajaccio en Corse[10],[11].

Île du Levant

De 1861 à 1878, la colonie pénitentiaire agricole de Sainte-Anne ouvre sur l'île du Levant dans l'archipel d'Hyères dans le Var, pour défricher les terres de l'île et les rendre cultivables[10] . À la fermeture du bagne pour enfants d'Ajaccio, 65 jeunes bagnards sont transférés à Sainte-Anne, le [12].

Le , une révolte survient conduisant à des destructions et à la mort d'enfants détenus[13],[14].

Îlet à Guillaume

De 1864 à 1879, le pénitencier pour enfants de l'îlet à Guillaume, à Saint-Denis à la Réunion, est un pénitencier agricole géré par les missionnaires de la congrégation du Saint-Esprit[15],[16]. Sa fermeture ordonnée en 1871 sera effective en 1879.

Carte postale de la colonie pénitentiaire Haute-Boulogne de Belle-Ile : le salut au drapeau.

Belle-Île-en-Mer

Dès 1880, la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer à Haute-Boulogne situé sur le glacis de la citadelle se transforme en Maison d'éducation surveillée (MES) en 1927 puis en une institution publique d’éducation surveillée (IPES) après 1945[17]. Le ministère de la Justice acquiert, en 1902, le domaine de Bruté[17] qui devient en 1977, après la fermeture, un centre de colonie de vacances et d'accueil de classes vertes[18].

En 1924, le reportage Les enfants de Caïn de Louis Roubaud, journaliste au Quotidien de Paris, instruit sur les conditions de vie des jeunes bagnards[19].

En 1934, la révolte des enfants du bagne de Belle-Île éclate et fait plusieurs victimes. Cette révolte inspire Jacques Prévert pour son poème Chasse à l'enfant.

Galerie

Notes et références

Voir aussi

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