Bataille de Tall Afar (2017)
From Wikipedia, the free encyclopedia
Territoire contrôlé par l'État islamique
Territoire contrôlé par l'Irak et ses alliés
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | Tall Afar |
| Issue | Victoire de l'Irak et de la coalition |
Maytham al-Zaïdi |
40 000 à 50 000 hommes[1],[2] 20 000 hommes[3] |
1 000 à 2 000 hommes[4],[5],[6] |
115 morts[1] 679 blessés[1] |
600 à 2 000 morts[4],[7],[1] 100 à 300 prisonniers[4],[8] |
72 à 182 morts dans les bombardements aériens[9]
30 blessés dans les bombardements aériens[9]
40 758 déplacés internes[10],[11]
Seconde guerre civile irakienne
| Coordonnées | 36° 22′ 27″ nord, 42° 27′ 13″ est | |
|---|---|---|
La bataille de Tall Afar a lieu lors de la Seconde Guerre civile irakienne. Elle débute le par une offensive de l'armée irakienne et des Hachd al-Chaabi soutenus par la coalition afin de reprendre la ville de Tall Afar, tenue par l'État islamique depuis . Tall Afar est reprise le , les djihadistes se replient ensuite dans un village, al-Ayadiya (ar), qui est repris à son tour le .
La ville de Tall Afar est située 70 kilomètres à l'ouest de Mossoul[12]. Elle est prise à l'armée irakienne par les djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant le [13]. En 2016, lors de la bataille de Mossoul, l'offensive dans la région de Tall Afar est assignée aux milices chiites des Hachd al-Chaabi[14],[15]. Le , ces dernières coupent la route de Sinjar à l'ouest et réalisent leur jonction avec les peshmergas stationnés au nord ; la zone de Mossoul et Tall Afar se retrouve encerclée dans une seule et même poche[16],[17],[18]. Puis, le , les miliciens chiites et la 9e division blindée (en) de l'armée irakienne (en) coupent la route qui relie ces deux villes ; Tall Afar est alors totalement encerclée, tandis que Mossoul retombe aux mains des forces irakiennes (en) en [19].
Avant sa prise par les djihadistes, la ville de Tall Afar comptait 150 000 à 200 000 habitants, dont une majorité de chiites turkmènes, enclavée dans cette région sunnite[15],[20],[21]. Mais par crainte des massacres, la plupart des habitants ont fui[15],[21]. En , selon l'armée irakienne, le nombre de civils restant dans la ville se limiterait à 5 000 personnes[5]. La coalition affirme pour sa part que 10 000 à 50 000 habitants sont encore présents à Tall Afar et ses environs[3].
Forces en présence
Les djihadistes sont encerclés à Tall Afar : les forces irakiennes (en) et les milices chiites sont déployées au sud, tandis que les peshmergas sont positionnés au nord[5]. L'aéroport (en), situé à six kilomètres au sud-ouest de la ville, est notamment contrôlé par les forces irakiennes depuis le [22].
L'armée irakienne (en), la police fédérale, les unités de l'Iraqi Special Operations Force » (ISOF) surnommées la « division d'or », et les miliciens des Hachd al-Chaabi sont engagés dans l'assaut[12],[23],[24]. L'armée déploie les 9e (en), 15e (en) et 16e divisions[23],[24] ; au total 40 000 hommes[25]. La police fédérale engage la 6e division de la Force d'intervention rapide[24]. Le commandement des Hachd al-Chaabi affirme pour sa part avoir mobilisé 20 000 hommes[3] ; douze brigades de cette coalition participent à l'offensive[24] — notamment l'Organisation Badr[26], la Division de combat d'al-Abbas[26],[27] et les Brigades de l'imam Ali[28] — et parmi ces derniers figurent également un certain nombre de Turkmènes chiites originaires de la ville[29]. Le commandement des opérations militaires à Tall Afar est confié au général Abdelamir Yarallah (en)[6].
La France soutient l'offensive avec la Task force Wagram, constituée de quatre CAESAR et 150 hommes[30],[31]. Des forces spéciales américaines[32] et belges[32] appuient également les troupes irakiennes, de même que les aviations française[33], britannique[34] et australienne[35]. Au cours de la bataille, les forces aériennes de la coalition mènent 89 frappes en douze jours[36].
Le général irakien Najm al-Joubouri estime que la bataille ne devrait pas être la plus acharnée ; selon lui les hommes de l'État islamique sont « exténués et démoralisés » et seraient environ 2 000 retranchés dans Tall Afar[37],[5]. L'armée américaine donne le même nombre[6]. Des responsables locaux cités par des agences de presse évoquent pour leur part un millier de combattants[38]. Parmi les effectifs de l'État islamique à Tall Afar figurent également une proportion assez importante de combattants turcs[24].
Les djihadistes ont préparé leur défense en creusant des tranchées autour des 26 quartiers de la ville[39]. Les rues de Tall Afar sont également assez larges pour permettre aux chars et aux véhicules blindés d'y circuler ; à l'exception du quartier de Saraï, le seul comparable à la vieille ville de Mossoul[37],[39].
Déroulement
Le , l'aviation irakienne commence une campagne de bombardements contre la ville[38] ; elle largue également des tracts à l'adresse des habitants et les autorités annoncent la mise en place d'une station de radio pour les tenir informés des développements[39]. Enfin, dans la nuit du au , le Premier ministre Haïder al-Abadi annonce le début de la bataille à Tall Afar[12] ; il déclare que les hommes de Daech n'ont « pas d'autre choix que de se rendre ou d'être tués »[3].
Vulnérables en terrain découvert, les djihadistes se replient rapidement à l'intérieur de la ville et abandonnent les villages environnants sans opposer de fortes résistances[24]. Le soir du , les forces irakiennes (en) atteignent les faubourgs de Tall Afar : la police fédérale contrôle alors cinq villages et n'est plus qu'à quelques centaines de mètres du quartier d'al-Kifah, à l'ouest de la ville ; les Hachd al-Chaabi atteignent aussi les faubourgs ouest et les unités du contre-terrorisme progressent au sud-ouest en reprenant cinq villages[40]. Le , l'armée irakienne (en), les unités du contre-terrorisme et les milices chiites entrent dans la ville par le sud et par l'ouest[41]. Les défenses de l'État islamique s'effondrent rapidement[42],[26]. Quelques heures plus tard, les Hachd al-Chaabi reprennent les quartiers d'al-Kifah, au nord-ouest, et al-Nour, au sud-est[43]. Le , ils atteignent le quartier d'al-Tanak, dans l'Est, tandis que les unités du contre-terrorisme investissent le quartier adjacent d'al-Sinaai[44]. Le soir du , l'armée irakienne affirme occuper cinq quartiers au sud et à l'est de la ville, dont ceux d'al-Nour et d'al-Mo'allameen, tandis que le quartier d'al-Wahda, à l'ouest, est également sous leur contrôle[45] ; un quart de la ville est alors aux mains des forces irakiennes[45]. Le , ces dernières s'emparent encore des quartiers d'al-Nasr, à l'est ; de Saad, à l'ouest ; et d'al-Taliaa, au sud de la citadelle[6] ; elles affirment alors contrôler les trois quarts de la ville[46]. Le , le centre-ville de Tall Afar est repris : les hommes de la division d'or réoccupent le quartier de Bassatine, ainsi que celui de la citadelle (en), où ils hissent le drapeau irakien[6]. Le même jour, les forces irakiennes reprennent également les quartiers d'al-Salam et d'al-Ourouba, au nord-est ; al-Qadissia, au nord-ouest ; et al-Rabie, à l'ouest[6]. Les combats se poursuivent cependant dans la localité d'al-Ayadiya (ar), au nord, ainsi que dans quelques poches de résistance à l'intérieur de la ville[6]. Le Commandement conjoint des opérations (JOC) affirme alors que les forces irakiennes occupent « 94 % de la ville, soient 27 quartiers sur 29 » ; il déclare également que 1 155 km2 sur 1 655 km2 occupés par les djihadistes autour de la ville ont été repris, soient 70 % de la zone[47]. Le , l'armée annonce dans un communiqué avoir repris le contrôle total de la ville de Tall Afar[48].
Les derniers combats se concentrant alors dans le secteur d'al-Ayadiya, une localité à 11 kilomètres au nord de Tall Afar, où environ 700 djihadistes se sont regroupés[26],[48],[49],[2]. Le , la police fédérale et la Force d'intervention rapide s'emparent du village de Qoubouq, tandis que l'armée irakienne et les Hachd al-Chaabi contrôlent la moitié est d'al-Ayadiya[27]. Cependant dans cette dernière localité, les djihadistes, estimés entre 150 et 200 par la coalition sans compter les membres de leurs familles, opposent cette fois une forte résistance[27]. Le , al-Ayadiya tombe entièrement aux mains des forces irakiennes ; le Premier ministre Haïder al-Abadi proclame la victoire et affirme que la province de Ninive est désormais entièrement reconquise[4].