Bataille des Éparges
confrontation violente entre Français et Allemand sur cette crête des Hauts de Meuse
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La bataille des Éparges, ou bataille de Combres pour les Allemands, est une série de combats pour la maîtrise de la crête des Éparges opposant la 12e division d'infanterie de la 1re Armée française à la 33e division de réserve allemande du au au cours de la Première Guerre mondiale.
(Bataille de Combres)
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | Les Éparges (France) |
| Issue | Victoire tactique française |
| général Paulinier (12e D.I.) général Herr (6e C.A.) général Roques (1re Armée) |
Hermann von Strantz |
| 12e division d'infanterie du 6e corps de la 1re armée française |
33e division de réserve |
| 6102 hommes[1]. | ? |
Batailles
- Liège (8-1914)
- Namur (8-1914)
- Frontières (8-1914)
- Anvers (9-1914)
- Grande Retraite (9-1914)
- Marne (9-1914)
- Course à la mer (9-1914)
- Yser (10-1914)
- Messines (10-1914)
- Ypres (10-1914)
- Givenchy (12-1914)
- 1re Champagne (12-1914)
- Hartmannswillerkopf (1-1915)
- Neuve-Chapelle (3-1915)
- 2e Ypres (4-1915)
- Colline 60 (4-1915)
- Artois (5-1915)
- Festubert (5-1915)
- Quennevières (6-1915)
- Linge (7-1915)
- 2e Artois (9-1915)
- 2e Champagne (9-1915)
- Loos (9-1915)
- Verdun (2-1916)
- Redoute Hohenzollern (3-1916)
- Hulluch (4-1916)
- 1re Somme (7-1916)
- Fromelles (7-1916)
- Arras (4-1917)
- Vimy (4-1917)
- Chemin des Dames (4-1917)
- 3e Champagne (4-1917)
- 2e Messines (6-1917)
- Passchendaele (7-1917)
- Cote 70 (8-1917)
- 2e Verdun (8-1917)
- Malmaison (10-1917)
- Cambrai (11-1917)
- Bombardements de Paris (1-1918)
- Offensive du Printemps (3-1918)
- Lys (4-1918)
- Aisne (5-1918)
- Bois Belleau (6-1918)
- 2e Marne (7-1918)
- 4e Champagne (7-1918)
- Château-Thierry (7-1918)
- Le Hamel (7-1918)
- Amiens (8-1918)
- Cent-Jours (8-1918)
- 2e Somme (9-1918)
- Ligne Hindenburg (9-1918)
- Meuse-Argonne (10-1918)
- Cambrai (10-1918)
Ces combats se sont déroulés dans des conditions extrêmement difficiles, sous la pluie, la neige, dans la boue. L'infanterie des deux camps a dû rester pendant de longues semaines sous les coups de l'artillerie. L'armée française tente au cours de plusieurs assauts de conquérir la crête, après des pertes très lourdes des deux côtés, les Français arrivent à prendre pied sur la crête sans pouvoir en déloger totalement les Allemands.
Cette bataille est l'une des premières à présenter de nombreuses caractéristiques qui se révéleront classiques de la Première guerre mondiale : une durée de plusieurs semaines, des séries d'attaques et contre-attaques avec de nombreuses pertes pour des gains territoriaux faibles voire nuls. Elle annonce les batailles de Verdun et de la Somme.
Contexte
En pendant la bataille de la Marne, les troupes allemandes tentent de tourner la position fortifiée de Verdun en l'attaquant depuis la plaine de Woëvre. Les Allemands réussissent à créer un saillant à Saint-Mihiel et bloquent la voie ferrée reliant Verdun à Commercy.
En vue de la réduction de ce saillant, les généraux Dubail puis Roques, commandants de la 1re Armée française, décident de l'attaque et de la prise de la crête des Éparges. La prise de cette hauteur permettrait ainsi d'obtenir un observatoire pour l'artillerie française sur la plaine de Woëvre afin de perturber les mouvements de troupes allemandes.
Description du champ de bataille
La butte des Éparges est une hauteur des Hauts de Meuse haute de 345 mètres, longue de 1 100 mètres et large d'environ 700 mètres. Elle est située sur la face nord du saillant allemand de Saint-Mihiel, cette hauteur s'avance dans la plaine de Woëvre ce qui en fait un observatoire idéal pour l'artillerie française.
La crête s'étend d'est en ouest avec les Allemands au sud. Les troupes françaises ont face à elles plusieurs secteurs défensifs. Le plus proche des lignes françaises est appelé le point A ou le doigt, puis sur la ligne de crête, d'autres secteurs défensifs sont présents, notamment le point C situé au milieu de la crête et le point X situé le plus à l'est qui domine la plaine.
- Combats entre
- français et bavarois.
La bataille
La conquête de la crête est confiée à la 12e division d'infanterie du général Paulinier. De à , les troupes françaises s'approchent des lignes allemandes par les conquêtes successives des villages des Éparges et de Saint-Remy. Des sapes sont construites par les troupes du génie.
Les combats du mois de février
Le , le combat pour la prise de la crête des Éparges débute par l'explosion simultanée de quatre mines sous les lignes allemandes, suivi d'un violent bombardement d'une heure. À 15 h, le 2e bataillon du 106e régiment d'infanterie soutenu par un autre bataillon du même régiment et flanqué à gauche de deux bataillons du 132e régiment d'infanterie part à l'assaut de la crête et la conquiert. Durant la nuit, l'artillerie allemande bombarde régulièrement les positions françaises. L'intensité du bombardement s'accroît jusqu'à la contre-attaque allemande déclenchée à 8 h le qui repousse les troupes françaises sur leur ligne de départ.
À 15 h, un nouvel assaut français composé du 3e bataillon du 106e RI renforcé de compagnies du 2e bataillon du même régiment et du 132e RI reprend les tranchées allemandes. Malgré les nombreuses tentatives de contre-attaques allemandes le , les tranchées conquises restent aux mains des troupes françaises.
Le un nouvel assaut français est lancé, composé d'un bataillon du 106e RI à gauche (vers le point X), un bataillon du 67e RI et d'un bataillon du 132e RI. La crête est dépassée, mais devant l'arrivée et l'action de renforts allemands, les troupes françaises sont à nouveau repoussées avec de lourdes pertes.
À la fin des combats du mois du février, les Français se maintiennent dans la partie des défenses allemandes les plus proches des tranchées de départ, appelé le point A ou le doigt.
Les combats du mois de mars

Les résultats obtenus lors des combats du mois de février sont très limités. Après plusieurs jours nécessaires à la remise en état défensif des tranchées, un nouvel assaut de la 12e division d'infanterie, pour le , est ordonné par le général Herr, commandant du 6e Corps d'armée. Plus de 100 canons sont impliqués dans la préparation d'artillerie de 45 minutes. Les troupes d'assaut sont les 1er et 2e bataillons du 132e RI, le 3e bataillon est en appui du 1er. Les réserves sont formées par six compagnies du 54e RI. À 16 h, les troupes françaises déclenchent leur attaque et abordent le secteur défensif appelé point C, objectif principal de l'assaut, mais ne peuvent investir la zone. Cet assaut permet juste la capture de 350 mètres de tranchées, le point X étant situé à 100 mètres des nouvelles lignes françaises.
Le général Herr ordonne l'exécution d'une nouvelle attaque par la 12e DI renforcée d'un bataillon de chasseurs, le qui malgré les moyens employés ne donne aucun résultat.
Les combats du mois d'avril
Du 5 au , une nouvelle série d'attaques est lancée sur la crête des Éparges pendant l'offensive française dans la plaine de Woëvre. La 12e DI est à nouveau engagée pour prendre la crête. Le 106e RI doit prendre le point C au milieu de la crête tandis que le 132e RI doit attaquer la partie est de la crête et prendre le point X.
À 16 h, après une préparation de 30 minutes, l'attaque est déclenchée. Le 106e RI réussit à atteindre et prendre ses objectifs, le 132e RI est bloqué par la violence du feu allemand. Des sections françaises sont contraintes de rompre le combat, la boue ayant rendu hors service leurs armes.
Le , le 67e RI attaque à son tour appuyé par un bataillon du 132e RI, mais l'attaque est stoppée par les mitrailleuses allemandes. Dans la journée les Allemands contre-attaquent et reprennent l'intégralité du terrain perdu le lors de combats au corps à corps. À partir de 15 h, l'artillerie française établit un barrage. Une attaque générale des troupes françaises permet de reprendre le point C, mais est toujours bloquée à l'extrême est de la butte des Éparges au niveau du point X.
Le , quatre bataillons allemands attaquent les 106e RI et 132e RI. Ces deux régiments ne sont pas soutenus par l'artillerie française et doivent abandonner le terrain conquis la veille. Dans l'après midi, l'avance allemande est contenue, mais les contre-attaques françaises échouent.
Le , le 8e RI est envoyé en renfort de la 12e DI. Ce régiment participe à plusieurs attaques nocturnes qui sont immédiatement enrayées par les Allemands qui repoussent tous ces assauts.
Le , la ligne de crête est pilonnée par l'artillerie française, et le 106e RI et le 25e bataillon de chasseurs alpins, soutenus par le 132e RI, prennent définitivement le point C et la ligne de crête. Le 8e RI attaque le point X, mais après des combats très violents les Allemands restent en possession de celui-ci et du versant sud de la butte. À tous ces combats meurtriers a pris part le 166e RI.
Bilan

Après trois mois de combats extrêmes pour l'infanterie des deux parties, dans la boue, sous le pilonnage incessant de l'artillerie des deux camps, les Français possèdent, dans des conditions précaires, la plus grande partie de la crête des Éparges excepté le point X. Il est pour eux impossible d'y établir des postes pour l'artillerie, but de la bataille. Ces combats coûtent environ 12 000 pertes (tués, blessés et disparus) pour les deux camps, pour des résultats quasi nuls. Les combats dans cette région se transforment en guerre des mines jusqu'en . Au cours de cette période, 46 mines allemandes et 32 mines françaises explosent sur une longueur de front de 800 mètres sans modifier la ligne de front.
Décorations et hommages
« LES EPARGES 1915 » est inscrit sur le drapeau des régiments cités lors de cette bataille.

Tous les soldats français qui ont combattu aux Éparges entre et , ont reçu un diplôme de reconnaissance pour leurs combats effectués dans cette région, signé du général Herr, commandant le 6e corps d'armée et du général Roques, commandant la Ire armée. Ce document est nominatif et reprend les citations de la 12e division d'infanterie et du 25e bataillon de chasseurs à pied.
Chaque lundi de Pâques, une cérémonie commémore les séries d'attaques lancées vers la crête des Éparges, organisée par le comité cantonal de Fresnes-en-Woëvre et la municipalité des Éparges. Cette cérémonie rappelle une page d'histoire : en quelques jours, les régiments français perdirent plus de 5 000 hommes, tués, blessés, ou disparus, appartenant pour un grand nombre d'entre eux aux régiments de la 12e division d'infanterie de Reims (132e de Reims, 106e de Chalons et 25e bataillon de chasseurs à pied d’Épernay et Saint-Mihiel). Hommage est ainsi rendu à tous les combattants morts sur ce haut lieu de mémoire, pendant les quatre années de la Grande Guerre. Lors de ces assauts, ils furent tués, engloutis dans la boue des Éparges, déchiquetés par les mines dont les immenses cratères ponctuent la montée vers le sommet de la crête.
Plusieurs communes ont donné le nom des Eparges à des rues, comme à Houilles, Roanne, Chartres, Toulouse ou Marseille.
Personnalités ayant participé à la bataille des Éparges
- L'écrivain français Maurice Genevoix, sous lieutenant au 106e RI a participé aux combats des Éparges où il fut blessé. Il a témoigné de la bataille dans son ouvrage, Les Éparges.
- Le journaliste et écrivain Maurice Desclers (connu aussi sous son nom de plume Paul Bail), mort le [2],[3].
- Robert Porchon, un ami du romancier Maurice Genevoix (1890-1980) qui lui dédie son livre Sous Verdun, mort aux Éparges le .
- Frédéric Chevillon, maire d'Allauch et député des Bouches-du-Rhône, est tué au combat le à 36 ans. Il s'agit du cinquième député mort pour la France[4],
- Le sculpteur Georges Saupique y est blessé le .
- Ernst Jünger, auteur des Orages d'acier a également participé à cette bataille, où il reçoit sa première blessure.
- Eugène-Emmanuel Lemercier, artiste peintre, sergent au 106e RI, porté disparu le , aux Éparges.
- L'écrivain Louis Pergaud, prix Goncourt (1910) et auteur de La Guerre des boutons, y est mort le . Il a laissé une description de sa participation à cette bataille dans un recueil posthume de sa correspondance à sa femme (1907-1915) « Lettres à Delphine ».
- Le lieutenant Théodore Meynadier, tué le à la bataille des Éparges, père du capitaine Roger Meynadier (1914-1944), résistant français.
- Le théologien jésuite, Pierre Rousselot, est mort lors de la bataille des Éparges ().
- Maurice Bedel y fut blessé en .
- Le compositeur et chef d'orchestre Albert Wolff a servi aux Éparges comme brancardier lors de la bataille du printemps 1915, et y a écrit la partition In Paradisium en hommage aux camarades tombés autour de lui.
Pour approfondir
Bibliographie
- Maurice Genevoix, Ceux de 14, Paris, Larousse, coll. « Les Contemporains classiques de demain », , 123 p. (ISBN 978-2-03-586608-0)
- Maurice Genevoix, Les Éparges, Paris, Librio, coll. « Librio : littérature ; 1130 », , 214 p. (ISBN 978-2-290-09908-7)
- Robert Porchon, Carnet de route : suivi de lettres de Maurice Genevoix et autres documents, Paris, Table ronde, , 206 p. (ISBN 978-2-7103-3083-7, OCLC 470968059) – édition établie et annotée par Thierry Joie.
- Eugène-Emmanuel Lemercier, Lettres d'un soldat (août 1914 – avril 1915), Bernard Giovanangeli Editeur, coll. « Témoignage », (ISBN 978-2-909034-58-4)
- Nicolas Czubak et Pascal Lejeune, Les Eparges, die Combres-Höhe (1914-1918) : Français et Allemands face à face sur les Hauts de Meuse (Supplément DVD inclus), Paris, DACRES éditions, coll. « Mémorial de Verdun », , 285 p. (ISBN 979-10-92247-24-4)
- Louis Pergaud, Lettres à Delphine : Correspondance (1907-1915), Paris, Mercure de France, coll. « Le Temps retrouvé », , 615 p. (ISBN 978-2-7152-4447-4)
- Ernst Jünger, Orages d'acier, Le Livre de Poche, coll. « Biblio Romans », , 379 p. (ISBN 978-2-253-04842-8)
- Commandant R. de Feriet, La Crête des Éparges. 1914-1918, Payot,
- Journal des marches et des opérations (JMO) de la 12e Division d'infanterie 26 N 290/1.
- Journal des marches et des opérations (JMO) du 6e Corps d'Armée 26 N 118/1.
Articles connexes
- nécropole nationale du Trottoir aux Éparges
- Nécropoles militaires de Lorraine
- Lieu de mémoire
- Lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale
- Les Éparges
- L'Adjudant-Vincenot (dirigeable) s'écrase aux Éparges. Il est abattu par la DCA allemande le .
