Le plan principal de Gradaščević était d'affronter l'armée de Mustafa Pacha Bushatli alors gouverneur du Pashalik de Shkodër, qui disposait d’une armée d’environ 40 000 hommes[1].
Reşid Mehmed Pacha avait alors attaqué Mustafa Pacha Bushtali à Skopje pour empêcher le rassemblement des Bosniaques et des Albanais au Kosovo. La légende raconte que Reşid Pacha aurait soudoyé les hommes de Bushatli en leur promettant de l'or pour les rallier à sa cause. L'armée de Mustafa Pacha avait été vaincue par Reşid Pacha, contraignant Bushatli à se replier sur Shkoder, où il fut assiégé[1].
Bataille
Gradaščević avait fait marcher son armée à travers Novi Pazar, atteignant le Kosovo actuel et le nord de l'Albanie. La première rébellion contre lui est venue d'une forteresse qui était autrefois un monastère orthodoxe, commandée par des troupes albanaises loyales à Reşid Mehmed Pacha, où il a atteint et a assiégé Peć[2]. Dans la forteresse se trouvait Reşid Pacha. Gradaščević lui a demandé de se rendre, mais le grand vizir a refusé, montrant ses canons sur les murs de la forteresse. Gradaščević a enfourché son cheval et a appelé ses hommes à attaquer la forteresse. Les Bosniaques ont réussi à prendre la forteresse, escaladant les murs et défaisant l'armée ottomane. Le grand vizir s'enfuit alors à Pristina. Le commandant Mujaga Zlatarević avec environ 300 hommes parta en reconnaissance à la recherche des nizams du sultan (troupes régulières et réformées de l’armée ottomane). Après trois jours de recherche, il est arrivé à Lipjan où l'armée ottomane avait creusé des tranchées[2].
La bataille entre les Bosniaques et les Ottomans eut lieu le près de Lipjan (certains pensent qu'il s'agissait de Kačanik) au Kosovo.
L'armée loyaliste était principalement composée d'Albanais et de nizams. Zlatarević était retourné auprès de Gradaščević pour l'informer que, le lendemain matin, après la prière, les hommes de Gradaščević marcheraient sur la ville pour l'assiéger.
De nombreux Albanais avaient fui l'armée ottomane et rejoint l'armée bosniaque[2]. La bataille fut une défaite humiliante pour l'armée ottomane, le grand vizir Reşid Pacha s'enfuit du champ de bataille, abandonnant ses canons et son matériel militaire. Ses archives et ses bagages furent retrouvés par les soldats bosniaques. Il s'enfuit ensuite à Skopje.
Le général de Gradaščević, Ali-Pacha Fidahić, profita du manque d'organisation de l'armée ottomane pour prendre la ville de Peć. Les Bosniaques avaient pris un otage, un serviteur du mutesellim (fonctionnaire local) de Thessalonique nommé Ahmed Pacha.
Les historiens divergent, mais la majorité s'accorde à dire que Reşid Pacha avait reconnu les revendications des Bosniaques et accepté que la Bosnie ait son propre vizir, à l'exception du Gradaščević. Les Bosniaques quittèrent le champ de bataille victorieux, persuadés que les Ottomans avaient reconnu Husein-kapetan comme vizir, bien qu'aucun ferman ottoman (mandat royal) du sultan n'eût encore été rédigé ni remis à Gradaščević et à ses rebelles, ce qui allait entraîner une nouvelle guerre entre les Bosniaques et l'Empire ottoman[1].