Bataillon des Filles-Saint-Thomas

From Wikipedia, the free encyclopedia

Le bataillon des Filles-Saint-Thomas fait partie de la Garde nationale de Paris, créée le . Il est surtout connu pour sa participation à la défense du Palais des Tuileries, lors de la Journée du 10 août 1792, mais avant la chute de la monarchie, il joue un rôle important dans la répression des différentes insurrections parisiennes et lors de l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV. Rebaptisé section Lepelletier, il constitue le fer de lance des manifestants. Et pourtant, les survivants de la Journée du 10 août 1792 sont presque tous morts pendant les massacres de Septembre ou guillotinés.

Un « bataillon aristocrate » ?

Un officier de la Garde nationale dans les jardins des Tuileries.

Rien ne laisse à penser en 1789 que ce bataillon va devenir un bataillon aristocrate. Le premier commandant du bataillon des Filles-Saint-Thomas est Louis-Félix Guynement de Kéralio, père de Louise-Félicité de Kéralio, femme de lettres et féministe. Les 60 bataillons, qui correspondent aux 60 districts de la capitale, reçoivent chacun un drapeau durant les mois d'août et . François Robert, gendre de Louis Félix Guynement de Kéralio, note que l’épigraphe de son journal, Le Mercure national, ne change guère de celle du drapeau du district des Filles-Saint-Thomas : Vivre libre ou mourir. Le bataillon et le district ne sont en rien hostiles aux idées nouvelles :

  • Nicolas-Jean Hugou de Bassville est membre du comité de district ;
  • Louis-Lézin de Milly, américain, citoyen de Paris, avocat en Parlement, est l'un des commissaires nommés par le district des Filles-Saint-Thomas pour l'examen de la question relative à la liberté et à l'abolition de la traite des nègres[1]. Il présida l'assemblée du district des Filles-Saint-Thomas puis de la section de la Bibliothèque de mai à  ;
  • Tassin de l’Etang, le second chef de ce bataillon, aperçoit en un individu avec une cocarde noire, signe de ralliement des ennemis de la Révolution, aussitôt il la lui arrache et la foule aux pieds[2].

Toutefois les grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomas sont très souvent des bourgeois, d’humeur modérée, qui sont très attachés au roi et à la Constitution. Ce sont des banquiers, des agents de change, des marchands. Comme ils ont eu, à dater du jour où le roi est venu à Paris, à partager le service du château avec des troupes d’élite, et notamment avec les Suisse, ils n’ont pas voulu être ridicules et se sont entraînés. Les Feuillants et les Filles-Saint-Thomas manœuvrent comme de vieux soldats[3].

Madame Agathe de Rambaud qui s’occupe de l’éducation du futur Louis XVII, en racontant ses souvenirs de 1785 à 1792, à sa famille et à ses proches, insistera sur les différences d’attitude des bataillons qui assurent à tour de rôle la garde au palais des Tuileries, pendant plus de deux ans. Mais, l'attitude de la Garde nationale est en 1792 considérée comme beaucoup moins loyale, par les proches de la famille royale. Elle varie effectivement d'un bataillon à un autre :

« 

Un soir, alors qu'arrive aux Tuileries une excellente Garde nationale, la reine va au petit jardin du Dauphin, dont elle revient par la terrasse de l’Eau. Des fédérés qui passent sur le quai, ayant aperçu la Reine, l’insultent. Marie-Antoinette veut se retirer, mais les Gardes nationaux la supplient de n'en rien faire et de leur laisser apprendre à ces drôles-là qu'on ne les redoutent pas. Ils se mettent alors à crier :

  • Vivent le Roi et la famille royale !

Les fédérés s'en plaignent le lendemain à l'Assemblée législative, qui, quoique instruite de leur insolence, les félicite. Les gardes nationaux qui accompagnent la Reine sont du bataillon des Filles-Saint-Thomas[4].  »

Les bataillons des Filles-Saint-Thomas, des Petits-Pères, de Henri IV et celui des Grands-Augustins, nous protégeaient des brigands et des factieux écrira Madame de Tourzel dans ses mémoires[5].

Les derniers défenseurs du roi

La Garde constitutionnelle du Roi est dissoute le par l'Assemblée législative. Le duc de Brissac est décrété d'arrestation, et les postes du Palais des Tuileries, sont remis à la Garde nationale.

La Garde nationale et les gardes suisses sont les dernières troupes assurant la défense du roi face aux révolutionnaires. Or, si le général Galiot Mandat de Grancey garantit toujours sur sa tête les bonnes intentions du roi, du fait de la fuite de Varennes et de la propagande révolutionnaire, il ne réussit plus à convaincre l'ensemble des gardes nationaux. Les bataillons des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau lui sont d'ailleurs franchement hostiles dès 89, et, dans les autres bataillons, les gardes les plus pauvres sont favorables aux idées jacobines.

Après cette dissolution, La Fayette devient un traître aux yeux de certains révolutionnaires, car il vient à Paris défendre le roi et la Constitution.

Les répétitions avant l'assaut final

Le palais des Tuileries où le bataillon monte la garde quand c’est son tour. Le pavillon de Marsan est à la droite de la photo.

Le , Boscary de Villeplaine, le commandant en second du bataillon[6] vole à la défense de la famille royale[7]. Trois rangs de grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomas se rangent devant la table et protègent tant bien que mal la famille royale de la foule.

Le , lors de la seconde fête de la Fédération, le Roi sort à midi du palais des Tuileries, pour aller au Champ de Mars, ayant dans sa voiture la reine, ses deux enfants, Madame Élisabeth, et Madame la princesse de Lamballe. L’escorte du roi est composée de Suisses et de nombreux grenadiers de la garde nationale. Elle réussit à assurer sa protection. Même si François-René de Chateaubriand constate que « Paris n'avait plus en 1792, la physionomie de 1789 et de 1790. Ce n'était plus la Révolution naissante, c'était un peuple marchant ivre à ses destins au travers des abîmes, par des voies égarées. L'apparence du peuple n'était pas tumultueuse, furieuse, empressée, elle était menaçante. On ne rencontrait, dans les rues, que des figures effrayantes ou farouches, des gens qui se glissaient le long des maisons afin de n'être pas aperçus, ou qui rôdaient cherchant leur proie...».

Louis XVI traversant les rangs des troupes défendant le palais des Tuileries avec Augustin-Joseph de Mailly, maréchal de France, avant les combats de la journée du 10 août 1792.

Le , une rumeur se propage : « les députés du côté gauche ont été assassinés par les aristocrates… 10 000 fusils sont stockés aux Tuileries ». C’est à nouveau l’insurrection, mais, cette fois-ci, 4 à 5 000 gardes nationaux se rendent au château, et les fédérés et les hommes à pique des faubourgs se méfient de leur attitude. Le roi ordonne à Pétion de venir vérifier la présence de ses armes.

Le , Duhamel, lieutenant du bataillon des Filles-Saint-Thomas, agent de change, est tué par des Marseillais et plusieurs autres Gardes sont plus ou moins grièvement blessés. Leurs camarades viennent à leur secours et blessent des gardes nationaux marseillais[8]. Ils se réfugient au palais des Tuileries. Mandat fait relever le pont-levis. Ils sont soignés, pansés par la reine et les femmes. Les grenadiers des Filles-Saint-Thomas, aussitôt mobilisés par un ordre de Mandat braquent leurs canons devant la Comédie italienne et Théodore de Lameth propose d’attaquer la caserne des Marseillais. Mais Tassin, le chef de bataillon des Filles-Saint-Thomas, exige une réquisition légale[9]. Mathieu Dumas demande que le cadavre de Duhamel soit porté à la barre de l’Assemblée, mais Charles Barbaroux racontera plus tard que l’affaire est « un complot destiné à massacrer les Marseillais ». Le lendemain, les Révolutions de Paris racontent que « six ou sept cents hommes habillés de noir, tous chevaliers de Saint-Louis ont passé la nuit au château ». Marie-Antoinette s’inquiète dans une lettre à Fersen que « cent quatre-vingt grenadiers aient pris la fuite… ». Taine ne s’en étonnera pas : « des hommes prompts aux coups l’emportent toujours sur des marchands ».

La Fayette écrit : « On me dit que le bataillon des Filles-Saint-Thomas a envoyé ses grenadiers à Metz… ce  »[10]. Ce qui explique peut-être qu’ils ne sont que 600, voire 400 en y ajoutant quelques gardes des Petits-Pères, selon d’autres sources.

La journée du 10 août 1792

Mandat et Marie-Antoinette

Marie-Antoinette harangue les grenadiers.

Pour renforcer la garde nationale, Mandat fait appel à seize bataillons dès le , mais seuls un peu plus de deux mille hommes consentent à participer à la défense du palais des Tuileries. En outre, si les bataillons des Petits-Pères et des Filles-Saint-Thomas manifestent en arrivant leur dévouement à la cause royale, il n’en est pas de même pour la plupart des autres, notamment pour celui des canonniers du Val-de-Grâce qui, commandés par le capitaine Langlade, semblent prêts à tout instant à passer du côté des insurgés. Marie-Antoinette, devant ses appartements, harangue vingt grenadiers de la garde nationale : - Messieurs, tout ce que vous avez de plus chers, vos femmes et vos enfants, dépendent de notre existence, notre intérêt est commun.

et leur désignant des nobles qui se préparent à subir l’assaut des ennemis dans les appartements, elle ajoute :

- Vous ne devez pas avoir de défiance de ces braves gens qui partageront vos dangers et mourront jusqu’au dernier pour défendre leur Roi[11].

Les domestiques du Tuileries et les nobles, dont certains sont venus en uniforme de grenadiers de la garde nationale avec le bonnet d’ours, sont en général mal armés.

Une partie des officiers des Filles-Saint-Thomas soupent le 9 août avec des membres du Club des Feuillants, quelques notables et Moreau de Saint-Méry. Ils multiplient les toasts au roi et à la Constitution. Les simples gardes ont bu un peu eux aussi pour se donner du courage. Ils craignent les émeutiers parisiens, car ils ont comme nous l’avons vu, défendu plusieurs fois les Tuileries. Le sacrifice de leur vie leur parait peut-être excessif. Les gardes nationaux n’ont que trois cartouches par homme.

La défense du palais des Tuileries

Ancien emplacement du palais.

Les gardes sont répartis pendant la nuit du 9 au 10 août dans les différents postes. Le bataillon des Filles-Saint-Thomas est placé près du pavillon de Marsan, des grenadiers nationaux, au premier étage de la Galerie du bord de l’eau, sur deux rangs, l’un tourné vers la Seine et l’autre vers la cour des Princes, et les canonniers, dans les trois cours. On dispose cinq pièces de canon dans la cour Royale, entre la porte et l’entrée du vestibule, encadrées d’un bataillon de gardes nationaux d’un côté et d’un bataillon de gardes Suisses de l’autre. Un même nombre de pièces est placé devant le pavillon central du côté du jardin. Enfin, des gardes nationaux sont placés au Pont Neuf et sous l’arcade Saint-Jean, place de Grève. Ils gardent aussi les issues de la Terrasse des Feuillants.

La gendarmerie à cheval, composée surtout d'anciennes gardes-françaises, n'est pas sûre. Au total, la défense ne peut compter que sur quinze ou seize cents hommes fidèles. Et ils manquent de munitions. Dans la nuit, Tassin de l’Etang, le chef de bataillon des Filles-Saint-Thomas, et son frère rencontrent le roi[12]. Boscary de Villeplaine, le commandant en second du bataillon, le rencontre lui plusieurs fois[13].

La dernière aube

Le Palais des Tuileries, à droite de la gravure, la galerie du bord de l’eau.

Le 10 août, à quatre heures du matin, éclate une querelle, entre l’adjudant-général Doucet et le capitaine Langlade au sujet de la position des pièces de canon, que Langlade juge trop proches de la Porte-royale et qu’il fait reculer au grand dam de l’adjudant. Les canonniers du Val-de-Grâce, qui ne cachent pas leurs sentiments républicains, menacent de faire défection au moment où les patriotes passeront à l’attaque. Les grenadiers des Filles-Saint-Thomas leur répliquent qu’ils n’hésiteront pas à les pousser à faire feu en usant de la force de leurs baïonnettes.

Acloque, chef de la deuxième légion de la garde nationale, se hâte de prévenir la famille royale, réunie dans la chambre du roi, de l’imminence du danger. Pour apaiser la foule, Louis XVI accepte de se montrer, et se rend dans la salle de l’œil-de-bœuf où il est entouré par Acloque, plusieurs officiers, les ministres Lajard et Chambonas, Madame Élisabeth et d’autres personnes encore. Il se laisse placer dans l’embrasure d’une des fenêtres de la pièce, tandis que l’on dispose devant lui plusieurs rangs de banquettes pour le protéger. Six grenadiers royalistes du bataillon des Filles-Saint-Thomas arrivent au même instant. Le sergent des canonniers, Joly se place à la droite du roi, un grenadier, Auguste, à sa gauche, et le maréchal de Mouchy s’assied devant.

Pétion et les gardes suisses

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, Musée du château de Versailles

Prétextant l'extrême chaleur, Pétion descend alors sur la terrasse. Il y est mal reçu par les gardes nationaux loyalistes des Filles-Saint-Thomas. Dès lors, il ne songe plus qu'à se mettre à l'abri. Les gardes le gardent de force et il n’est pas relâché qu’après les ordres réitérés du roi. De mauvaise grâce, en sa qualité de maire, Pétion signe l'ordre de repousser la force par la force, si le château est assailli[14].

Bien encadrés, habitués à une discipline stricte, la plupart des gardes suisses, quoique le départ des deux compagnies qui ont accompagné la famille royale à l'Assemblée les ait fort réduits, sont encore capables de résistance. Certains sont aux fenêtres avec des gentilshommes volontaires, d'autres ont été massés sur les marches du grand escalier qui descendant des appartements et de la chapelle débouche dans le vestibule. Mêlés aux habits bleus des Filles-Saint-Thomas, protégés par une espèce de barricade, le fusil en joue, ils attendent l'attaque.

Après la journée du 10 août 1792

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI