Béla Tarr
cinéaste et anarchiste hongrois
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Béla Tarr est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma hongrois né le à Pécs (Hongrie) et mort le à Budapest (Hongrie).
| Naissance |
Pécs (Hongrie) |
|---|---|
| Nationalité | Hongroise |
| Décès |
(à 70 ans) Budapest (Hongrie) |
| Profession | Réalisateur, scénariste |
| Films notables |
Damnation Le Tango de Satan Les Harmonies Werckmeister Le Cheval de Turin |
Auteur original et exigeant, il donne à travers son cinéma une expérience singulière de la durée et une vision du monde inédite[1]. Il est l'une des figures majeures du cinéma contemplatif.
Il est connu pour plusieurs films, notamment Le Tango de Satan, film de sept heures sur le déclin moral et l'effondrement du communisme en Europe de l'Est, adapté d'un roman du lauréat du prix Nobel de littérature Laszlo Krasznahorkai, avec qui il entretient une collaboration régulière.
Il reçoit l'Ours d'argent au Festival de Berlin 2011 pour Le Cheval de Turin.
Biographie
Jeunesse et début
Né le , Béla Tarr est le fils de Béla Tarr « père », décorateur, notamment à l'Opéra d'État hongrois ; et de Mari Tarr, assistante renommée travaillant au Théâtre Madách[2].
Intéressé à l'art par ses parents, il commence à réaliser des films amateurs à 16 ans[1]. Il continue à se familiariser avec le cinéma en travaillant à la Maison de la Culture et du Divertissement[1]. Alors qu'il travaille sur un chantier naval, son travail attire l'attention des studios Béla Balázs qui lui offrent la possibilité de mettre en scène son premier long métrage Családi tűzfészek (Nid familial) en 1979, consacré au réalisme socialiste[1],[2]. Tarr souhaite initialement réaliser un documentaire sur une famille expulsée de Pest, mais la police lui interdit l'accès aux lieux. Il réalise alors un documentaire-fiction sur le sujet, avec décors naturels, acteurs amateurs et dialogues improvisés, reprenant une technique en vogue au sein de l'école de Budapest (en). Le film, réalisé en six jours et sans rémunération, fait connaitre le jeune réalisateur et devient le documentaire le plus célèbre de Hongrie[2].
Carrière
Après la sortie de ce premier film, Béla Tarr vit de petits métiers et est admis à l'université d'art dramatique et cinématographique de Budapest[1].
En 1981, il fonde avec d'autres jeunes réalisateurs le studio Társulás, dont il est membre jusqu'à sa dissolution en 1985[2].
C'est avec une adaptation de Macbeth pour la télévision en 1982 que sa façon de filmer va vraiment changer : le film ne comportant que 2 plans, le premier (avant le générique) de 5 minutes, le second de 67 minutes. Tourné avec György Cserhalmi dans le rôle principal, il s'agit de son film de fin d'études[2].
En 1984, sous l'influence de Rainer Werner Fassbinder qu'il vient de découvrir, il tourne Őszi almanach (Almanach d'automne), son dernier film en couleur[3].
En 1987, Damnation (Kárhozat) marque un tournant décisif dans sa carrière et pose les bases de ce qui sera son style pour les deux décennies suivantes[2]. Le réalisateur radicalise sa démarche artistique : il opacifie le contour de ses personnages et déréalise l'intrigue de ses films, ancrés de prime abord dans un cadre spécifiquement hongrois[4]. Le noir et blanc, les paysages désolés et les plans longs et lents, souvent de dix minutes, deviennent sa signature[2]. C'est aussi la première fois que Tarr travaille avec le scénariste, romancier et futur prix Nobel de littérature László Krasznahorkai, dont les préoccupations mystiques et la représentation cosmogonique influencent ses futures réalisations[4].
Béla Tarr est professeur à la Film Akademie de Berlin à partir de 1990[1].
La collaboration avec Krasznahorkai se poursuit : Béla Tarr met sept ans pour adapter le roman Le Tango de Satan en une fresque de sept heures sur l'effondrement du communisme en Europe de l'Est, considérée comme son chef-d'œuvre[5]. Le film sort en 1994. Malgré les difficultés de production et de distribution, l'œuvre est encensée internationalement. Pour mener à bien la réalisation des Harmonies Werckmeister, sorti en 2000 et également adapté d'un roman de Krasznahorkai (Mélancolie de la Résistance), il met plusieurs années pour réunir le financement nécessaire et boucler le plan de tournage. Le film, dernière partie du triptyque commencé par Damnation, est acclamé par la critique et connaît un brillant parcours en festivals[réf. souhaitée]. En 2004, il réalise le court-métrage Prologue (Visions of Europe).
En 2003, The Guardian le classe 13e dans la liste des 40 meilleurs réalisateurs contemporains[6].
Pour la plupart de ses films, Béla Tarr s'entoure de deux fidèles collaborateurs : son épouse pour le travail de script et le montage, et le musicien Mihály Víg (également acteur dans certains de ses films) pour l'ambiance sonore si particulière de ses films.
À partir de 2004, le cinéaste travaille sur un nouveau projet L'Homme de Londres, adapté d'un roman de Georges Simenon. Cependant, le suicide de son producteur Humbert Balsan, en , retarde considérablement le projet et le tournage démarré à Bastia, en Corse, est achevé à temps pour participer à la compétition du Festival de Cannes 2007.
En , Béla Tarr présente Le Cheval de Turin (A Torinói ló) à la 61e Berlinale. Cette fable sur la fin du monde y reçoit l'Ours d'argent. Elle est, selon ses propres dires, son ultime réalisation pour plusieurs raisons : il pense que le public ne veut plus de ce cinéma-là et que le processus de production devient de plus en plus difficile en Hongrie[7],[8], mais surtout, il a le sentiment d'avoir dit tout ce qu'il avait à dire sur un plan métaphysique et refuse d'entrer dans un processus ennuyeux de répétition.
Après ce dernier film, il ne réalise que deux courts-métrages, et se consacre à l'enseignement du cinéma, en Hongrie, en Allemagne et en France[9]. En 2012, il contribue à fonder un cursus doctoral de cinéma, la film.factory, au sein de la Faculté de science et technologie de l’université de Sarajevo[10].
Il préside le jury du 16e Festival international du film de Marrakech en , et celui du 15e Festival international du film de Pékin en 2025.
Mort
Béla Tarr meurt le à l'âge de 70 ans des suites d’une longue maladie, à Budapest (Hongrie)[9].
Œuvre
L'œuvre de Béla Tarr est saluée notamment par Susan Sontag, Gus Van Sant[5] ou Martin Scorsese, qui voit en lui l'un des artistes les plus audacieux du cinéma[11].
La sensibilité de Tarr porte aussi bien sur les plans très serrés que sur des compositions abstraites ou de longues prises[1]. Après de premières réalisations marquées notamment par l'influence de Miklós Jancsó[1], son style s'est personnalisé, reprenant souvent des éléments considérés comme sa signature : durée dilatée, noir et blanc stylisé, mouvements d'appareil complexes, plans séquences sophistiqués, lenteur (certains plans durant parfois une dizaine de minutes), paysages désolés, confusion des espaces[2],[4]… Sur le fond, il passe d'une description psychologique et sociale réaliste à une quête métaphysique et allégorique proche d'Andreï Tarkovski[12]. Cependant, Tarr se définit comme athée et sa vision du monde est marquée par un profond pessimisme[4]. Contrairement aux films de Tarkovski où l'espoir d'un ailleurs spirituel est possible, le cinéaste réfute toute idée de grâce salvatrice[4], alliant pessimisme sur la condition humaine et foi dans la puissance du cinéma[5].
Son œuvre, distribuée pour la première fois en France avec Les Harmonies Werckmeister, y reste mal connue. Le Centre Pompidou lui a consacré une retrospective en 2011, et le philosophe Jacques Rancière un livre[5].
« Les œuvres de Béla ont une démarche organique et contemplative plutôt que tronquée et contemporaine. Elles s'avèrent contempler la vie d'une manière qui est presque impossible à retrouver dans un film moderne ordinaire. Elles sont tellement plus proches des vrais rythmes de la vie qu'il nous semble assister à la naissance d'un nouveau cinéma. Béla Tarr est l'un des rares cinéastes réellement visionnaire. »
Filmographie
Réalisateur
Courts métrages
Documentaire
- 2019 : Missing People
Longs métrages
- 1979 : Le Nid familial (Családi tűzfészek)
- 1981 : L'Outsider (Szabadgyalog)
- 1982 : Macbeth
- 1982 : Rapports préfabriqués (Panelkapcsolat)
- 1985 : Almanach d'automne (Őszi almanach)
- 1988 : Damnation (Kárhozat)
- 1994 : Le Tango de Satan (Sátántangó)
- 2000 : Les Harmonies Werckmeister (Werckmeister Harmóniák)
- 2007 : L'Homme de Londres (A Londoni férfi)
- 2011 : Le Cheval de Turin (A Torinói ló)
Producteur
- 2005 : Johanna de Kornel Mundruczo
- 2005 : A halál kilovagolt Perzsiából de Putyi Horvath
- 2007 : Töredék de Gyula Maár
Distinctions
- 1994 : Prix Caligari au Festival de Berlin pour Le Tango de Satan
- 1994 : Prix de l'Âge d'or pour Le Tango de Satan
- 2000 : Présentation des Harmonies Werckmeister à la Quinzaine des réalisateurs
- Berlinale 2001 : Prix des lecteurs pour Les Harmonies Werckmeister
- Festival de Cannes 2007 : en compétition officielle pour L'Homme de Londres
- Berlinale 2011 : Ours d'argent pour Le Cheval de Turin[7]
- 2026 : L'astéroïde (305264) Tarrbéla est nommé en son honneur[15].
Rétrospectives
- Béla Tarr, Peter Forgacs : regards sur la Hongrie, Forum des Images, Paris, 4-.
- Rétrospective Béla Tarr au centre Pompidou dans le cadre du Festival d'Automne 2011 du au [7].
- Rétrospective Béla Tarr au Festival Premiers Plans d'Angers 2020.