László Krasznahorkai
écrivain et scénariste hongrois
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László Krasznahorkai, né le à Gyula, est un écrivain et scénariste hongrois, auteur de plusieurs dystopies. Il a signé les adaptations de ses romans, notamment Tango de Satan et La Mélancolie de la résistance, pour des films réalisés par Béla Tarr. Il est lauréat du prix Nobel de littérature en 2025, « pour son œuvre fascinante et visionnaire qui, au milieu de la terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l'art[1]. »
| Naissance | |
|---|---|
| Nom dans la langue maternelle |
Krasznahorkai László |
| Nationalité | |
| Domicile |
Berlin (à partir de ) |
| Formation | |
| Activités |
Scénariste, écrivain, romancier, visiting docent |
| Période d'activité |
Depuis |
| Enfants |
| Mouvement | |
|---|---|
| Partenaire |
Béla Tarr (depuis ) |
| Genre artistique | |
| Site web |
(en) www.krasznahorkai.hu |
| Distinction |
Prix Attila-József 1987 Prix Tibor Déry 1992 Prix Sándor Márai 1998 Prix Kossuth 2004 Prix Vilenica 2014 Prix international Man Booker 2015 Prix de l'État autrichien pour la littérature européenne 2021 Prix Formentor 2024 Prix Nobel de littérature 2025 |
Les thèmes de ses œuvres sont plutôt sombres : solitude, pourrissement, faux messies, ambiances apocalyptiques. Elles se distinguent néanmoins par leur style ample, avec des phrases-paragraphes allant parfois sur plusieurs pages, non sans une certaine recherche du lyrisme et de la beauté. Il est souvent inscrit dans la continuité de Franz Kafka et Thomas Bernhard, et comparé à son contemporain Mircea Cărtărescu.
Biographie
Famille et formation
László Krasznahorkai est né dans une famille juive de la classe moyenne[2],[3]. Son père, György Krasznahorkai, était avocat et sa mère, Júlia Pálinkás, était administratrice à la sécurité sociale[4],[5]. Son père a caché son ascendance juive et ne l'a révélée à son fils que lorsqu'il avait onze ans[2],[6],[7].
Diplômé du lycée Ferenc Erkel en 1972, spécialisé en latin, Krasznahorkai commence à étudier le droit en 1973 à l'université József-Attila, puis poursuit ses études à l'université Loránd-Eötvös à Budapest à partir de 1976, où il continue ses études de droit jusqu'en 1978[8]. En 1977, il publie une première nouvelle, intitulée Tebenned Hittem, dans le journal Mozgó Világ (hu) (« Monde mouvant »)[9],[10].
De 1978 à 1983, il étudie la langue et la littérature hongroise à la faculté des sciences humaines de l'université Loránd-Eötvös, où il a obtenu son diplôme. Sa thèse portait sur le travail et les expériences de l'écrivain Sándor Márai à la suite de son exil après la prise du pouvoir par les communistes en 1948[8]. Pendant ses études de littérature, il travaille à la maison d'édition Gondolat Kiadó (hu)[11].
Carrière littéraire
László Krasznahorkai devient ensuite éditeur, mais abandonne ce métier pour se consacrer entièrement à l'écriture.
En 1985, il publie Tango de Satan (Sátántangó) qui obtient un important succès critique. À la même époque, il amorce, en tant que scénariste, une fructueuse collaboration avec le réalisateur Béla Tarr.
Sa première sortie d'Europe de l'Est date de 1987, à Berlin-Ouest, pour un séjour d'un an, à la Deutscher Akademischer Austauschdienst.
Il connaît la consécration internationale en 1989 avec la parution du roman La Mélancolie de la résistance (Az ellenállás melankóliája). Son ami, l'écrivain et lauréat du prix Nobel de littérature Imre Kertész, écrit à son propos :
« Ses phrases longues et sinueuses m'enchantent. Et même si son univers peut sembler sombre par moments, on a sans cesse l'impression d'y percevoir cette transcendance qui, pour Nietzsche, représentait une forme de consolation métaphysique[12]. »
En 1990, il effectue ses premiers voyages dans l'est de l'Asie, en Chine et en Mongolie[13].
De 1992 à 1998, il effectue plusieurs voyages en Europe et aux États-Unis en lien avec l'écriture de Guerre & Guerre[13]. À New York, il est accueilli par Allen Ginsberg, avec qui il échange sur son travail et qui l'aide à élaborer une méthode pour représenter New York de manière neutre dans ce roman[14],[15].
En 2000, il signe l'adaptation de son roman La Mélancolie de la résistance pour le film Les Harmonies Werckmeister, réalisé par Béla Tarr.
Reconnaissance
Krasznahorkai reçoit le prix Kossuth en 2004 et le prix international Booker en 2015[16].
Régulièrement cité parmi les auteurs susceptibles de recevoir le prix Nobel de littérature[12], il l'obtient finalement en 2025[1].
Style et thèmes
Le style de László Krasznahorkai se distingue par une prose ample, labyrinthique et exigeante, marquée par des phrases longues, sinueuses et une syntaxe implacable, souvent qualifiée de « réalité examinée jusqu’à la folie ». Son écriture, à la fois dense et hypnotique, plonge le lecteur dans des univers dystopiques et mélancoliques, où la frontière entre réel et imaginaire s’estompe. Krasznahorkai explore des thèmes récurrents de déliquescence sociale, de terreur apocalyptique et de désillusion, tout en créant une beauté singulière à travers la complexité et le vertige de ses récits. Son approche littéraire, souvent comparée à celle de Franz Kafka ou de Thomas Bernhard, se caractérise par un absurdisme et un excès grotesque, poussant l’expérience narrative à ses limites. Malgré la lourdeur apparente de son style, son œuvre laisse aussi transparaître une certaine légèreté et une grande beauté lyrique[17].
L'écriture de Krasznahorkai évolue au fil de son œuvre. Déjà dans Tango de Satan, ses phrases sont longues et syntaxiquement complexes, avec une accumulation de propositions et d'incises[18]. Dans La Mélancolie de la résistance, elles gagnent encore en ampleur et en complexité[19], mais avec le verbe généralement placé à la fin des propositions, l’allongement des phrases reste encore limité[note 1],[20].
Guerre & Guerre marque une nouvelle étape dans cette évolution : les chapitres sont relativement courts et constitués chacun d'une seule phrase, souvent centrée sur un événement, un lieu ou un point de vue[21]. Dans Le baron Wenckheim est de retour, cette évolution se poursuit : Chaque phrase couvre un passage plus long du récit que dans ses œuvres précédentes, englobant plusieurs événements et points de vue, dans des lieux et des moments différents[21]. Avec Herscht 07769, un roman constitué d'une seule phrase, cette tendance est poussée à son paroxysme[21].
Parmi les thèmes récurrents dans l’œuvre de l'auteur hongrois, on trouve celui du « faux messie ». Aussi bien dans Tango de Satan (avec Irimias) que dans Le Baron Wenckheim est de retour (avec le baron), des personnages sont attendus comme des rédempteurs. Les "deux rédempteurs" se révèlent finalement affligés par le fait qu'on les prenne comme des rédempteurs, et leur retour se passe donc très mal[22]. Ce faux messie arrive dans le cadre du pourrissement général, qui existe dans tous les romans de Krasznahorkai : Guerre et Guerre raconte l'effondrement de civilisations et se passe à New York juste avant le 11 septembre 2001, La Mélancolie de la résistance montre une ville de zone rurale cédant à la panique à cause d'un cirque itinérant contenant un monstre[22].
Selon Marina Warner, présidente du jury du Man Booker Prince, l’œuvre de Krasznahorkai se divise en deux périodes. La première, dans les années 1980, est marquée par des récits apocalyptiques et sombres, centrés sur de petites villes et des personnages ordinaires broyés par le destin. Plus tard, son travail évolue vers une tonalité bien plus lumineuse[23].
Œuvres
Romans et récits
- Les œuvres de Krasznahorkai sont traduites en français par Joëlle Dufeuilly.
- Sátántangó (1985) Publié en français sous le titre Tango de Satan[24],[25], Gallimard, Paris, coll. « Du monde entier », 2000 (ISBN 2-07-075255-0) ; réédition, Gallimard, Paris, coll. « Folio » no 6279, 2017 (ISBN 978-2-07-271443-6)
- Az ellenállás melankóliája (1989) Publié en français sous le titre La Mélancolie de la résistance, Gallimard, Paris, coll. « Du monde entier », 2006 (ISBN 2-07-076757-4) ; réédition, Gallimard, Paris, coll. « Folio » no 6152, 2016 (ISBN 978-2-07-079265-8)
- Az urgai fogoly (1993)
- Háború és háború (1999)[26],[27],[28],[29],[30],[31],[32] Publié en français sous le titre Guerre & Guerre, Cambourakis, Paris, coll. « Irodalom », 2013 (ISBN 978-2366240610) ; réédition, Arles, Actes Sud, coll. « Babel » no 1345, 2015 (ISBN 978-2-330-05652-0)
- Északról hegy, Délről tó, Nyugatról utak, Keletről folyó (2003)Publié en français sous le titre Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau, Cambourakis, Paris, 192 pages, coll. « Irodalom », 2010 (ISBN 978-2-916589-54-1) ; réédition, Arles, Actes Sud, coll. « Babel » no 1466, 2017 (ISBN 978-2-330-07818-8)
- Rombolás és bánat az Ég alatt (2004) (Destruction et chagrin sous le ciel)
- Seiobo járt odalent (2008)[33],[34] Publié en français sous le titre Seiobo est descendue sur terre, Cambourakis, Paris, 412 pages, coll. « Irodalom », 2018 (ISBN 978-2-36624-329-1) ; réédition, Arles, Actes Sud, coll. « Babel » no 1642, 2019 (ISBN 978-2-330-12510-3)
- Az utolsó farkas (2009) Publié en français sous le titre Le Dernier Loup, Cambourakis, Paris, coll. « Irodalom », 80 pages, 2019 (ISBN 978-2366244427) ; réédition, Cambourakis, Paris,, coll. « Irodalom », 2022, 74 pages (ISBN 978-2-36624-671-1)
- Báró Wenckheim hazatér (2016) Publié en français sous le titre Le baron Wenckheim est de retour, Cambourakis, Paris, coll. « Irodalom », 2023, 528 pages (ISBN 978-2-366246-93-3) ; réédition, Arles, Actes Sud, coll. « Babel » no 1955, 2024 (ISBN 978-2-330-19529-8)
- Aprómunka egy palotaért (2018) Publié en français sous le titre Petits Travaux pour un palais, Cambourakis, Paris, coll. « Irodalom », 90 pages, 2024 (ISBN 978-2-366249-11-8) ; réédition, Cambourakis, Paris, coll. « Irodalom », 2025, 120 pages (ISBN 978-2-386-69050-1)
- Mindig Homérosznak (2019)
- Herscht 07769 (2021)
- Zsömle odavan (2024)
- A magyar nemzet biztonsága (2025) À paraître en français en janvier 2027 sous le titre La Sécurité de la nation hongroise, Gallimard, Paris, coll. « Du monde entier » (ISBN 978-2-07-316053-9)
Recueils de nouvelles
- Kegyelmi viszonyok (1986) Publié en français sous le titre Sous le coup de la grâce : nouvelles de mort, Marseille, Éditions Vagabonde, 2015 (ISBN 978-2-919067-15-2)
- Megjött Ézsaiás (1998)[35],[36] Publié en français sous le titre La Venue d’Isaïe, Paris, Cambourakis, 2013 (ISBN 978-2366240023) ; réédition, Paris, Cambourakis, coll. « Irodalom », 2018, 51 pages (ISBN 978-2-36624-329-1)
- Állatvanbent (2010)
- Megy a világ (2013)
Autres publications
- A Théseus-általános (1993), essais et fictions Publié en français sous le titre Thésée universel, Marseille, Éditions Vagabonde, avril 2011, 96 pages (ISBN 978-2-919067-04-6)
- Este hat; néhány szabad megnyitás (2001)
- Nem kérdez, nem válaszol. Huszonöt beszélgetés ugyanarról (2012)
Scénarios
- 1988 : Damnation (Kárhozat), film hongrois réalisé par Béla Tarr, scénario original de László Krasznahorkai
- 1994 : Le Tango de Satan (Sátántangó), film hongrois réalisé par Béla Tarr, adaptation par László Krasznahorkai de son roman Tango de Satan
- 2000 : Les Harmonies Werckmeister (Werckmeister harmóniák), film hongrois réalisé par Béla Tarr, adaptation par Krasznahorkai de son propre roman intitulé La Mélancolie de la résistance
- 2007 : L'Homme de Londres (A Londoni férfi), film hongrois réalisé par Béla Tarr, adaptation par Krasznahorkai du roman L'Homme de Londres de Georges Simenon
- 2011 : Le Cheval de Turin (A torinói ló), film hongrois réalisé par Béla Tarr, scénario original de Krasznahorkai et Béla Tarr
Adaptations à l'opéra
Mélancolie de la résistance, opéra avec film, musique de Marc-André Dalbavie, livret de Guillaume Métayer avec le concours du metteur en scène David Marton, créé le au Staatsoper Berlin[37].
Prix et distinctions
Récompenses
- 1987 : Prix Attila-József
- 1992 : Prix Tibor Déry
- 1993 : Preis der SWR-Bestenliste pour La Mélancolie de la résistance
- 1998 : Prix Sándor Márai
- 2003 : Prix de la Open Society Foundations
- 2004 : Prix Kossuth
- 2014 :
- America Award in Literature
- Prix Vilenica
- 2015 : Prix international Man Booker
- 2017 : Prix d'art AEGON
- 2021 : Prix de l'État autrichien pour la littérature européenne
- 2024 : Prix Formentor[38]
- 2025 : Prix Nobel de littérature
Honneurs
- 1996 : Élu au Collège scientifique de Berlin
- 2019 : Docteur honoris causa de l'université Babeș-Bolyai
- 2026 : L'astéroïde (305263) Krasznahorkai est nommé en son honneur[39].