Belle Kreilssamner
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Belle Kreilssamner, dite aussi Belle Krelsamer, née Bèle Gresshammaer le (15 ventôse de l'an VIII) à Lyon et morte le à Paris, est une comédienne française.
Elle a utilisé les noms de scène Mlle Serre puis Mélanie Serre.
En dehors de sa carrière artistique, elle est connue pour avoir été la maîtresse du romancier Alexandre Dumas et la mère de sa fille Marie Alexandrine.
Jeunesse et famille
Belle Kreilssamner naît à Lyon en 1800, fille d'un couple juif alsacien, Cerf Greilsamer, marchand, et Zippert Hirsch, mariés le (18 fructidor de l'an II) à Horbourg[1]. À l'état civil, elle est enregistrée sous le prénom Bèle, fille de Cerf Gresshammaer, marchand, et de Sipore, son épouse, établis place Confort[2].
En 1808, le père, désormais colporteur et résidant 51, rue Paradis, déclare avoir quatre filles, toutes nées à Lyon : Marie, née le (28 thermidor de l'an III) ; Fillette (dite aussi Finette), née le (8 frimaire de l'an VI) ; Bèle, née le (15 ventôse de l'an VIII) ; Esther Cerf, née le (9 prairial de l'an X)[3].
Par un jugement du tribunal civil de Lyon en date du , transcrit le suivant à la mairie du 1er arrondissement, plusieurs rectifications sont apportées à l'acte de naissance de Bèle : le patronyme du père est Kreilssamner, l'identité de la mère est Zuber Hirtz et le prénom de l'enfant est Belle[2].
Zuber Hirtz est dite décédée lorsque sa fille Finette se marie à Lyon en , à l'âge de 15 ans[4]. Cerf Kreilssamner meurt, veuf, en 1833 à Fontainebleau[5].
Parcours
Belle Kreilssamner débute dans le demi-monde parisien au milieu des années 1820, sous l'influence de sa sœur Finette[6]. Celle-ci, devenue mère d'une fille en 1815 à Lyon[7], est installée au début des années 1820 à Paris — 16, rue de l’Échiquier — où elle se fait appeler Fanny Krelsamer[Note 1].
Le , Belle Kreilssamner met au monde un garçon prénommé Jean Paul, enregistré sous le nom du père, nommé Nanutal Krelsamier selon l'état civil parisien reconstitué[9]. Devenue la protégée de l'administrateur de la Comédie-Française, le baron Taylor, Belle Kreilssamner commence à répéter sur la scène du Français en 1827, sous le nom de Mlle Serre, pour les rôles de Célimène du Misanthrope et d'Elmire du Tartuffe. Enceinte de Taylor, elle s'éloigne de Paris pour passer sa grossesse à Toulouse[10] et, le , y accouche d'une fille[11]. Le lendemain, elle dépose au tour d'abandon de l'Hôtel-Dieu son enfant qui est enregistrée à l'état civil sous le nom de Mélanie Adèle Graie[12]. Prise de remords, Belle Kreilssamner se présente deux mois tard pour faire une déclaration selon laquelle « le dernier, il lui est née une fille, dans la maison du sieur Laniès, docteur en chirurgie ». Le suivant, elle la reconnaît comme sa fille naturelle[13].
Grâce à l'appui de Taylor, Belle Kreilssamner débute officiellement au Français en , dans l'emploi de « grande coquette »[14],[15], avec les rôles d'Elmire dans Tartuffe[16] et d'Armande dans Les Femmes savantes[17]. Elle semble avoir joué dans moins d'une dizaine de pièces jusqu'en 1830[18]. N'ayant pas vraiment séduit le public parisien, elle trouve une consolation en créant à Marseille en le rôle de la duchesse de Guise dans la pièce Henri III et sa cour d'Alexandre Dumas[6]. En , elle fait la rencontre du romancier par l'intermédiaire de Firmin, tandis qu'elle reprend le rôle dans un théâtre de Versailles[19],[20]. Dumas entretient alors, et depuis trois ans, une liaison avec Mélanie Waldor[21],[22]. Fin , Dumas rompt avec sa maîtresse et entame une relation avec Belle Kreilssamner, qui vit alors 7, rue de l'Université[23],[6]. Dans ses Mémoires, il la décrit ainsi : « [elle] avait des cheveux noirs de jais, des yeux azurés et profonds, un nez droit comme celui de la Vénus de Milo et des perles au lieu de dents »[20]. Le naît leur fille naturelle Marie Alexandrine[Note 2] — avec le nom Marie pour lui tenir lieu de nom de famille[24] — qu'ils reconnaissent deux jours plus tard. Dix jours après, Belle Kreilssamner persuade Dumas de reconnaître aussi Alexandre[25], le fils naturel qu'il a eu en 1824 avec la couturière Laure Labay[26].
Tandis que Marie Alexandrine est placée dès ses premiers jours en nourrice[20], ses parents séjournent un temps à Trouville, avant de s'établir dans un appartement au 42, rue Saint-Lazare avec Alexandre fils[27]. En , le couple quitte à nouveau Paris où sévit l'épidémie de choléra, pour un voyage de trois mois jusqu'en Italie. Tout le temps de leur liaison, Alexandre Dumas s'éprend d'autres femmes, notamment des actrices Marie Dorval et Ida Ferrier. En 1833, Belle Kreilssamner, comprenant qu'elle est désormais supplantée par Ida Ferrier, choisit de renoncer à sa position de maîtresse[20].
Ida Ferrier et Alexandre Dumas vivent une relation tumultueuse, jalonnée de disputes et d'infidélités[28]. Après avoir été placée en nourrice, Marie Alexandrine est confiée aux soins d'Ida Ferrier, qui semble partager avec elle une affection sincère. Malgré leurs conflits, les amants se marient le à la mairie du 1er arrondissement[29] et la cérémonie religieuse a lieu à l'église Saint-Roch[30]. Plusieurs proches de Dumas réagissent très mal à cette union, parmi lesquels son fils Alexandre[20], Mélanie Waldor et Belle Kreilssamner[31]. Peu après, Marceline Desbordes-Valmore confie à son mari : « Madame Serre est venue s'évanouir à la maison. Elle va plaider pour se faire rendre sa fille. »[20] Mais Belle Kreilssamner ne reprend pas Marie Alexandrine[6].
En 1840, les Dumas s'établissent à Florence, mais l'écrivain s'absente fréquemment pour retourner en France[32]et Ida Ferrier continue d'élever en partie Marie Alexandrine. Le couple se sépare finalement à l'amiable en 1844, sans toutefois divorcer[33]. Le , les modalités de la séparation sont enregistrées chez un avoué[20] : Dumas doit verser une pension mensuelle de 10 000 francs, sa fille restant à la charge d'Ida Ferrier. Elles continuent de vivre ensemble jusqu'en 1847[32].
En 1860, Belle Kreilssamner est rentière et établie rue de Clichy avec sa fille Mélanie Adèle[Note 3], lorsque cette dernière se marie avec un architecte[11].
Disparition
Belle Kreilssamner meurt célibataire en 1875, à son domicile du 29, avenue de Wagram[34]. Elle est inhumée le lendemain dans le carré israélite de la 3e division du cimetière du Montparnasse, aux côtés de sa sœur Marie morte en 1866[35],[36].
Dans la culture
- En 1832, Alexandre Dumas publie dans La France littéraire un long poème intitulé À toi, dédié à Belle Kreilssamner[19].
Sources
- André Maurel, Les Trois Dumas : le général Dumas, Alexandre Dumas, père, Alexandre Dumas, fils, Paris, La Librairie illustrée, (lire en ligne)
- L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Paris, Duprat, (lire en ligne), « Mlle Ida Ferrier », p. 27-28
- André Maurois, Les Trois Dumas, Paris, Hachette, (traduction anglaise en ligne [lire en ligne][37])
- Alain Decaux, Dictionnaire amoureux de Alexandre Dumas, Plon, coll. « Dictionnaire amoureux », (ISBN 978-2-259-21105-5)
- Claude Schopp et Sylvain Ledda, Les Dumas : Bâtards magnifiques, La Librairie Vuibert, (ISBN 978-2-311-10253-6)