Né dans une famille noble de Guyenne, le jeune Bernard est un enfant précoce. Il termine le programme d’études ordinaires —humanités et philosophie— à 12 ans.
Il est brillant, et bientôt son éloquence se fait entendre en des cercles de plus en plus larges: Toulouse, Rodez, Rouen, Paris. Et cependant il n’est pas tendre pour son auditoire. La cour royale l’invite à prêcher le carême à l’église royale de Saint-Germain-l’Auxerrois. On lui offre la pourpre épiscopale, et même l’abbaye de Morimond à réformer. Il refuse, désireux de rester simple moine.
À la mort de Henri III (1589), il se lance dans la ligue catholique s’opposant avec virulence à l’accession au trône de Henri de Navarre. C’est alors que l’on parle du «Petit Feuillant». Le , il prend part à la procession du clergé révolutionnaire dans les rues de Paris où 1 300 prêtres et moines armés défient Henri IV.
Lorsque Henri IV revient à Paris, pardonné par le pape Clément VIII et réconcilié avec l’Église catholique, Montgaillard juge prudent de s’éloigner de la ville. Quittant le groupe des moines feuillants dont la réforme n’est pas approuvée par l’ordre de Cîteaux il redevient simplement cistercien. Il s’exile dans les Pays-Bas méridionaux, où son éloquence attire encore les foules. Il rencontre Juste Lipse qui exprime son admiration dans une lettre de 1601.
En 1602, Montgaillard est envoyé par le chapitre général de l’ordre cistercien à l’abbaye de Nizelles (près de Nivelles, en Belgique), comme abbé, pour y ramener la discipline monastique. Il y reste trois ans.
En 1605, Montgaillard est imposé par l’archiduc Albert—dont il était le prédicateur favori— comme abbé à Orval. Il est fraîchement reçu par la communauté qui s’était déjà choisi un père abbé. Sa bonne gestion fait que l’opposition s’éteint progressivement. Son gouvernement dure 25 ans et redonne vitalité et prospérité à l’abbaye déjà pluriséculaire. Montgaillard fait marcher sa communauté dans les voies monastiques de la ferveur et de la régularité monastique. De nombreuses vocations sont reçues. Proche des archiducs Albert et Isabelle il contribue avec eux à propager la dévotion pour Notre-Dame de Montaigu en lui érigeant une chapelle dans les bois de l'abbaye; elle est contemporaine de la basilique de Montaigu (Scherpenheuvel)[2]. À la demande de ses moines il laisse des Ordonnances pour affermir l’esprit de réforme dans l’abbaye.
Bernard de Montgaillard reste proche du peuple. En 1626, lors de la grande famine, il n’hésite pas à ouvrir largement les greniers de l’abbaye et fait distribuer le grain aux affamés qui affluent de partout. Il est resté tribun: «ici, on ne vend pas le grain au peuple; on le donne!»[réf.nécessaire]
Le , cet homme, qui n’était pas sans défaut, meurt entouré de ses moines dont il avait gagné l’estime et le respect.
Notes et références
↑(en) Barbara B. Diefendorf, «A Monastery in Revolt: Paris's Feuillants in the Holy League», Historical Reflections / Réflexions Historiques, vol.27, no2, , p.301–324 (ISSN0315-7997, lire en ligne, consulté le ).
↑Valère Wastelain, «Le prieuré de Montaigu», Les cahiers de Mariemont, vol.27, , p.27-63 (lire en ligne).
Annexes
Bibliographie
Paul-Christian Grégoire, Orval - Le Val d'Or depuis la nuit des temps, Metz, Éditions Serpenoise, 2011, 328p.(ISBN978-2-87692-889-3).
Hugues Rogier, Bernard de Montgaillard. L'histoire mouvementée d'un grand abbé d'Orval, Neufchâteau, Weyrich Édition, , 325p. (ISBN978-2-87489-184-7).