Bertrand Poirier de Beauvais
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Richelieu
Chinon
| Bertrand Poirier de Beauvais | |
| Naissance | Richelieu |
|---|---|
| Décès | (à 75 ans) Chinon |
| Origine | Français |
| Allégeance | |
| Arme | Armée catholique et royale |
| Grade | Général |
| Commandement | Artillerie de l'armée d'Anjou |
| Conflits | Guerre de Vendée |
| Faits d'armes | Bataille de Cholet Virée de Galerne |
| Distinctions | Ordre de Saint-Louis |
| Autres fonctions | Conseiller du roi en son Grand Conseil |
| Famille | Famille Poirier |
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Bertrand Poirier de Beauvais, né à Richelieu le et mort à Chinon le , est un magistrat français et un officier vendéen.
Bertrand Poirier de Beauvais est le fils de Bertrand Poirier, seigneur de Beauvais, avocat en parlement, conseiller du Roi, assesseur en la maréchaussée de Chinon, et de Marguerite Hippolyte Ragonneau. Il épouse Thérèse Pomponne Amiel, fille de Nicolas-Louis Amiel, conseiller du Roi, maître particulier des eaux et forêts, directeur des fourrages sur la frontière de Champagne, et de Marie-Poncette Vuitry. Elle se remariera avec Jean Baptiste Balthazard Augustin Amielh de Mérindol, receveur général des fermes à Bordeaux, originaire de Martigues.
Conseiller du roi en son Grand Conseil en 1777, il émigre en . Il est cependant renvoyé en France sur ordre des Princes afin de préparer une action politique qui cependant échoue. Accusé avec son père de correspondre avec Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, alors avocat du roi Louis XVI, il est arrêté. Bertrand est finalement relâché, en revanche son père est guillotiné.
Il se retire à Chinon où il apprend la victoire des Vendéens à la bataille de Saumur. Il rejoint alors l'Armée catholique et royale, il reste à Saumur même après le départ de l'armée et mène une reconnaissance jusqu'à Chinon.
Il devient ensuite officier dans l'artillerie de l'Armée catholique et royale d'Anjou et du Haut-Poitou, sous les ordres de Marigny. Il prend part à presque toutes les batailles de l'armée, se distingue au siège de Granville, participe à la Virée de Galerne[1], et mène le siège d'Angers en [2].
En décembre, à Ancenis, à la suite de la traversée du fleuve par le général en chef La Rochejaquelein, il est chargé par les Vendéens restés sur l'autre rive et sans nouvelle de reprendre contact avec lui. Poirier de Beauvais réussit à traverser le fleuve, mais en tombe malade.
Il finit par se rétablir et rejoint l'armée de Stofflet, qui a succédé à La Rochejaquelein, tué au combat. Poirier de Beauvais affronte les colonnes infernales puis en 1795, il prend part aux négociations de La Jaunaye mais refuse, tout comme Stofflet, de signer le traité et de reconnaître la République. Il est ensuite envoyé en Bretagne afin de représenter l'Anjou et Stofflet lors de négociations de la Mabilais le entre les Républicains et les Chouans. Il refuse également de signer ce traité. Finalement, le , Stofflet, sans moyens, se résout à signer. Poirier de Beauvais l'imite mais aussitôt après, gagne l'Angleterre.
Il est à Londres lorsque lui arrive sous la main un exemplaire des mémoires du général républicain Louis Marie Turreau. Scandalisé par les affirmations qu'il y lit, il rédige, de à , ses propres mémoires sur la guerre, publiées par la comtesse de La Bouëre.
En 1800, il est autorisé par Bonaparte à rentrer en France. Il se retire dans sa propriété à Chinon où il vit paisiblement jusqu'à sa mort en 1826.
« SIRE,
En 1791, je fus à Coblentz ; j'entrai dans la seconde compagnie noble d'ordonnance. Avant, j'étais magistrat, conseiller au Grand Conseil.
En 1792, j'eus une mission et des ordres par écrit de Leurs Altesses Royales pour une diversion centrale soutenue, pourquoi j'ai couru des risques éminents et j'ai été deux fois arrêté.
En 1793, les princes n'étaient point soutenu par leurs alliés. Alors la diversion ne pouvant éclater, et le jeune roi étant dans les fers, je m'unis aux Vendéens. Leur artillerie formait trois grandes divisions. J'eus cette année le commandement de la première, et l'année suivante (les armées réunies), le commandement général de toute leur artillerie.
Je dirai cependant qu'à la fin de la première campagne et arrivés à Ancenis (séjour de douleur), après avoir passé la Loire entre deux chaloupes canonnières, dont j'essuyai le feu, et me trouvant renfermé sur la rive gauche par les eaux grossies, il me fallut passer à la nage deux longs espaces. J'avais alors une fluxion de poitrine et une fièvre continue, mais je me sacrifiai au désir de l'armée.
La guerre que nous faisions était une guerre de ligne. On abordait franchement l'ennemi rangé en bataille, et partout où il se trouvait. Nous lui avons fait plus de cent mille prisonniers, seulement dans la première campagne, pendant qu'il n'en faisait pas. Ses blessés étaient traités comme les nôtres. Louis XVII a régné dans ce pays, la justice se rendait en son nom. Les ministres des autels célébraient publiquement les saints mystères. Enfin il y avait un gouvernement.
Dans cette guerre mémorable, nous avons fait couler des boulets, nous avons eu des moulins à poudre (sans aucun secours étranger), et j'ai manié environ cinq cents pièces de canon prises sur l'ennemi avec leurs caissons. Nous les avons perdues dans nos malheurs, et la dernière (la Vendée étant aux abois) m'a été arrachée, je dirais presque dans mes bras, en 1795, à l'affaire de Saint-Florent, sonnant encore le rappel de la maison des Bourbon. Cette artillerie est la seule qui ait tonné pour Louis XVII et j'ai eu l'honneur et la satisfaction de la commander, faisant alors (on ne peut le nier) les fonctions de grand maître de l'artillerie de France.
Après l'affaire de Saint-Florent (22 mars 1795), l'armée m'honora de sa confiance pour la représenter aux conférences près Rennes. Fidèle à mes instructions, je refusai ma signature au traité (20 avril 1795), et je refusai l'or que le général républicain Humbert m'offrit de la part des représentants du peuple.
A mon retour dans la Vendée, on jugea que, seuls, isolés, nous étions forcés de traiter aussi. Mais, l'armée le fit majestueusement, sur le champ de bataille, où, quelques semaines avant, elle avait brûlé ses dernières cartouches (des soldats en avaient payé un louis la pièce) et perdu sa dernière pièce de canon. Quelle puissance a mis autant de dignité en traitant avec la République ? Une table fut placée entre les deux armées, et lorsqu'il nous fallut signer et concentrer au fond de nos coeurs le nom de notre maître, ses drapeaux déployés flottaient encore sur nos têtes (2 mai 1795).
Les Bretons se plaignant de l'inexécution du traité de la part de la République, je fus envoyé dans la Bretagne et la Normandie, chargé de vérifier les forces du parti, puis en Angleterre pour découvrir ses desseins, ceux des autres puissances et mendier des secours.
Arrivé à Londres, M. le duc d'Harcourt, sur le vu de mon brevet de général en chef de l'artillerie de l'armée vendéenne (du 7 juin 1794), m'engagea de donner ma supplique à Votre Majesté pour la croix de Saint-Louis et le brevet de maréchal de camp. Cormatin, Mercier, Georges, etc., venaient d'avoir ce grade, et le marquis de Puisaye celui de lieutenant général. Mais, n'obtenant pas de secours, je ne voulus pas qu'on pût me reprocher que je m'en retournais les mains pleines pour moi et vides pour le parti du roi.
D'ailleurs, Votre Majesté nous ayant fait assurer que nous aurions dans la ligne les mêmes grades que nous aurions eu dans votre armée de la Vendée (nos adversaires mêmes sont maintenus, c'est le prix de la valeur, et de plus, pour nous, celui de l'attachement), je ne pouvais que gagner en attendant patiemment le retour de Votre Majesté, sur lequel j'ai toujours compté. Et si je demande aujourd'hui le cordon rouge et le grade de lieutenant général dans vos armées, c'est parce que je les crois analogues aux services que j'ai eu le bonheur de rendre et au poste que j'occupais. M. de Suzannet et M. d'Autichamp ont obtenu le cordon rouge, et M. d'Autichamp le grade de lieutenant général. Je ne pense pas qu'ils se sentent humiliés si je mets mes services à côté des leurs ; et la bonté de Votre Majesté, Sire, me fait espérer (surtout ma position étant particulière et ne faisant planche pour personne) que ma demande sera accueillie favorablement.
Rentré en France en 1800, je me suis constamment occupé du retour de la maison des Bourbons, et j'ai des titres qui le prouvent.
Sire, mon père eut l'honneur de payer de sa personne aux champs de Fontenoy, Rocoux, Lawfeld, etc. Magistrat dans ces derniers temps, son attachement pour son auguste maître lui fit subir la mort (16 novembre 1793), sur la même place où se commit le plus grand des crimes (21 janvier 1793). Ses biens et les miens ont été envahis pour votre cause. En outre, plus de 120.000 livres, valeur en blé ou farine, ont été pris dans mes trois moulins économiques, presque en totalité par votre armée de la Vendée, le surplus par la République ; et ma conscience me dit, avec toute l'armée, que, dans les diverses missions dont j'ai été honoré, dans toutes les batailles, enfin dans toutes les circonstances où je me suis trouvé, quelqu'épineuses qu'elles aient été, j'ai toujours fait ce que je devais pour le plus grand intérêt de Votre Majesté. Je vous supplie, Sire, de vouloir bien peser mes titres. »
Sources
- Émile Gabory et Xavier du Boisrouvray (édition), Les Guerres de Vendée : la révolution et la Vendée. Napoléon et la Vendée. Les Bourbons et la Vendée. L'Angleterre et la Vendée, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1476 p. (ISBN 978-2-221-11309-7), p. 1440.