Bibliothèque ukrainienne Symon-Petlura
From Wikipedia, the free encyclopedia
La bibliothèque ukrainienne Symon-Petlura (en ukrainien Бібліотека імені Симона Петлюри, orthographiée aussi Simon-Petlura), est une bibliothèque ukrainienne fondée en 1927 à Paris. C'est la plus ancienne d'Europe occidentale. Elle est nommée d'après Symon Petlioura.
Alors que des milliers d'émigrés ukrainiens s'installent en France au début des années 1920, le conseil général de l'Union des organisations d'émigrés ukrainiens en France lance un appel pour la création d'une bibliothèque, dans le but de remplir les besoins de ces émigrés dans le domaine culturel. Cet appel est soutenu et relayé par Symon Petlioura dans une adresse intitulée « À propos de la bibliothèque ukrainienne à Paris », datant de 1926[1]. Petlioura met en avant le fait qu'existent déjà à Paris la Bibliothèque russe Tourguenev et la Bibliothèque polonaise de Paris pour justifier la création d'une bibliothèque ukrainienne[2]. C'est la raison pour laquelle la nouvelle bibliothèque porte le nom de celui qui est désormais considéré comme son fondateur. Dans les faits la bibliothèque, associée à un musée (musée Symon-Petlura (uk)), est créée, après l'assassinat de Symon Petlioura, à l'initiative de Viatcheslav Prokopovytch, qui dirige alors le gouvernement ukrainien en exil[1].

La bibliothèque Symon-Petlura est d'abord hébergée dans les locaux de la revue Trident (uk), 19, rue des Gobelins. Le premier bibliothécaire, à partir de mars 1927, est Ivan Roudychiv (1881-1958). Elle déménage, en même temps que la revue, en octobre 1927 au 42, rue Denfert-Rochereau. Le musée associé ouvre en mai 1928 avec du mobilier de l'appartement parisien de Symon Petlioura et des documents en rapport avec lui. L'administration de la bibliothèque est précisée en février 1928, avec l'élection d'un conseil de membres fondateurs, élus à vie. Les trois premiers membres du conseil sont Viatcheslav Prokopovytch, Alexandre Choulguine et Oleksandr Oudovitchenko. Ilarion Kosenko (uk), administrateur de la revue Trident, vient compléter par la suite le conseil, Ivan Roudychiv étant toujours bibliothécaire. Enfin la bibliothèque Symon-Petlura est déclarée auprès de la préfecture de Paris le 4 mai 1929 et l'ouverture officielle a lieu le 26 mai 1929[1].
Avec 1400 ouvrages dès 1928, la bibliothèque se sépare de la revue Trident en février 1929 pour occuper ses propres locaux au 11, square du Port-Royal[1].
Croissance (1929-1940)
En 1932 la bibliothèque comprend 10 000 ouvrages, auxquels s'ajoutent des périodiques et une collection de photographies, de peintures, de cartes, d'objets folkloriques et ethnographiques, etc. Elle a des représentants en Tchécoslovaquie, Pologne, Allemagne, Roumanie, Yougoslavie, Bulgarie, Italie, Suisse, Autriche, Turquie, aux États-Unis et au Canada. Elle a aussi plusieurs annexes, quatre en France et une au Luxembourg. Ses fonds viennent du Comité parisien pour la mémoire de Petlioura, du gouvernement de la République nationale ukrainienne et de donations privées. À cause de l'accroissement de ses collections, la bibliothèque-musée déménage de nouveau, au 41, rue de la Tour-d'Auvergne. En 1941, elle abrite plus de 14 000 livres, dont 8 000 en ukrainien, et reçoit plus de 5 000 visiteurs les sept premières années[3].
La bibliothèque abrite en outre des conférences sur des sujets historiques, littéraires et sociopolitiques. Deux professeurs, Stepan Smal-Stotsky et Oleksander Lototskyi (en), sont élus membres honoraires afin d'améliorer le niveau académique de la bibliothèque. La bibliothèque participe au second Congrès international des bibliothèques en 1932 à Madrid. De nombreuses associations ukrainiennes de Paris tiennent des réunions dans ses locaux[3].
Comparé à la Bibliothèque polonaise de Paris (140 000 volumes) ou à la Bibliothèque russe Tourguenev (120 000 volumes en 1939), la bibliothèque ukrainienne reste toutefois une entreprise de modeste envergure[4].
Occupation allemande et après-guerre (1940-1958)
Les nazis se sont intéressés à la bibliothèque ukrainienne de Paris pour des motifs idéologiques : la réputation d'antisémitisme qui entoure Symon Petlioura, les motivations de son assassin, Samuel Schwartzbard, juif ukrainien affirmant avoir voulu venger les Juifs massacrés en Ukraine et les rumeurs sur l'aide qu'il aurait reçue de l'Union soviétique, amènent les nazis à vouloir manipuler le nationalisme ukrainien au service de leur cause[5]. Aussi la bibliothèque Symon-Petlura est fermée par les autorités allemandes en octobre 1940. En janvier 1941, les Allemands pillent la bibliothèque et le musée. De facto, la bibliothèque Symon-Petlura cesse d'exister entre 1941 et 1944. Son contenu est transféré à Berlin[6]. La Bibliothèque polonaise de Paris et la Bibliothèque russe Tourguenev connaissent un sort similaire : 130 000 livres sont pillés dans la première et 100 000 dans la seconde[7].
La spoliation du contenu de la Bibliothèque ukrainienne s'est faite sous la direction de Georg Leibbrandt, qui œuvre au sein du ministère des Territoires occupés de l'Est. Leibbrandt, lui-même né dans la région d'Odessa, et qui avait déjà visité la bibliothèque en 1937 à Paris, passe alors pour l'un des meilleurs spécialistes de l'Ukraine au sein de ce ministère. Mais Leibbrandt semble finalement juger le contenu de la Bibliothèque ukrainienne de peu d'intérêt, et son contenu passe sous le contrôle de l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg, organisation spécialisée dans le pillage[8].
Lorsque la bibliothèque rouvre en 1946, au 24, rue de la Glacière, il ne reste que cinquante-sept ouvrages sur les rayons. En 1949, ce sont 2000 ouvrages ukrainiens et plus de 800 dans d'autres langues, ainsi qu'une importante collection de périodiques. Auprès de différentes commissions chargées des réparations après guerre, la bibliothèque récupère 257 livres et une collection de l'hebdomadaire Trident[9].
Après le départ à la retraite du bibliothécaire Ivan Roudychiv et de son successeur Hryhoryi Dovzhenko, la bibliothèque cesse ses activités entre 1955 et 1958[9].
Les ouvrages de la bibliothèque Symon-Petlura confisqués par les autorités nazies sont transférés en Union soviétique après la défaite du Troisième Reich[10]. Une partie des ouvrages, quand ils n'ont pas été détruits, sont à Moscou, d'autres à Kyiv[11],[12]. En 2026, ils n'ont toujours pas été restitués à la bibliothèque[10].
Renaissance (après 1958)
En 1958, sous la direction d'un conseil renouvelé, Petro Iosypyshyn est nommé comme nouveau bibliothécaire. Cette même année la bibliothèque Symon-Petlura entreprend d'obtenir des réparations auprès des autorités allemandes pour le vol de ses biens en 1941. Cette action aboutit en 1968 au paiement de la somme de 420 000 Deutsche Marks de l'époque, soit plus de 400 000 francs. Cette somme permet à la bibliothèque d'acquérir de nouveaux locaux et de professionnaliser ses missions. Grâce à cette somme, un nouveau bâtiment est acquis, rue de Palestine, dans le 19e arrondissement de Paris, en 1971. Il est possédé en copropriété avec la Fraternité Saint-Symon et le conseil de la paroisse de l'Église orthodoxe autocéphale ukrainienne. Le lieu permet d'accueillir expositions et autres manifestations culturelles. Une extension au bâtiment principal est construite en 1986[13].
À partir de 1959, la bibliothèque publie aussi des Informatsiinyi biuleteri (« bulletins d'information »), qui contiennent des informations sur ses activités. Le conseil à la tête de la bibliothèque met par ailleurs en place un réseau de représentants dans plusieurs pays, où sont présentes des communautés d'émigrés ukrainiens : Autriche, Allemagne, Angleterre, Belgique, Argentine, Brésil, et surtout États-Unis et Canada. Le but est de réunir des fonds et de célébrer la personnalité de Symon Petlioura[13].
Le nombre de livres possédés par la bibliothèque ne cesse de croître : 3000 au début des années 1950, 10 000 en 1958, 12 000 en 1971, 18 000 en 1979 , plus de 30 000 en 1984. De plus un catalogue de ressources bibliographiques sur l'Ukraine incluant d'autres bibliothèques dans toute la France est créé[13].
Les membres fondateurs du conseil de la bibliothèque étaient tous politiquement proches de Symon Petlioura et du gouvernement de la République populaire ukrainienne. Après le décès des cinq membres fondateurs, décision est prise, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, d'élargir le conseil aux autres sensibilités politiques et confessionnelles des Ukrainiens. Les statuts de la bibliothèque ukrainienne Symon-Petlura sont en conséquence modifiés en 1963. Elle devient membre d'organisations comme le Congrès mondial des Ukrainiens libres (l’actuel Congrès mondial ukrainien), la Société scientifique Chevtchenko, ou l'Université ukrainienne libre (en). Elle participe par ailleurs au service en mémoire de Petlioura qui se tient annuellement sur sa tombe au cimetière Montparnasse, tombe dont l'entretien est de sa responsabilité[13].
Présidence du conseil
Direction de la bibliothèque - bibliothécaire
- 1927-1958 : Ivan Roudychiv puis Hryhoryi Dovzhenko.
- 1958-1989 : Petro Iosypyshyn[14].
- depuis 1989 : Vasyl Mykhalchouk.
Sélection d'ouvrages publiés par la bibliothèque Symon-Petlura
- Petra Zlenko (cs), Symon Petliura, Paris, 1939 (réimpression d'après Trident).
- Alain Desroches, Le Problème ukrainien et Simon Petlura, Le Feu et la Cendre, Paris, 1962 (édition commandée et partiellement financée par la bibliothèque).
- Symon Petliura, Moskvos'ka vosha, Paris, 1966.
- Borys Martchenko, Simon Petlura, Paris, 1976 (en français).
- Viacheslav Prokopovych, Vienne piddanstvo. Do pytannia pro pravnu pryrodu z"iednannia Ukrainy i Moskvy, Paris, 1976.
- Symon Petliura. Statti, lysty, dokumenty, vol. 2 (New York, 1979); coédition Ukrainian Free Academy in the U.S.A.
- Symon Petliura. Zbirnyk studiino-naukovoi konferentsii ν Paryzhi (troven', 1976). Statti, zamitky, materiialy, éd. V. Kosyk, Munich et Paris, 1980 (coédition Université ukrainienne libre (en)).
- Taras Hunczak, Simon Petlura et les Juifs, Paris, 1987.
- Jean Pélissier, La Tragédie ukrainienne, Paris, 1988.