Big Boss Man (chanson)

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Face B I'm a Love You
Sortie
Enregistré
Chicago
Durée 2:46
Big Boss Man
Single de Jimmy Reed
extrait de l'album Found Love
Face B I'm a Love You
Sortie
Enregistré
Chicago
Durée 2:46
Genre Blues
Format 7" / 45 tours
Auteur-compositeur Luther Dixon, Al Smith
Label Vee-Jay

Singles de Jimmy Reed

Big Boss Man est une chanson de blues écrite par Luther Dixon et Al Smith et enregistrée pour la première fois par Jimmy Reed en 1960. Publiée en single en 1961 par Vee-Jay Records, elle est devenu l'un de ses plus grands succès[1]. C'est l'une des dernières apparitions de Reed dans les palmarès musicaux. Figurant parmi les morceaux de blues les plus repris de l'après-guerre[1], Big Boss Man est ensuite enregistré par de nombreux artistes de styles très variés, notamment Elvis Presley, B. B. King, Grateful Dead, Charlie Rich et Hope Sandoval, qui connaissent également le succès avec ce titre[2],[3].

En 1990, la chanson est intronisée au Blues Hall of Fame par la Blues Foundation[4]. L'enregistrement de Jimmy Reed fait partie de la liste des « 500 chansons qui ont façonné le rock and roll » selon le Rock and Roll Hall of Fame[5].

Big Boss Man est un blues à 12 mesures, au tempo rapide, avec un rythme shuffle entraînant[1], caractérisé par « l'un des grooves les plus influents de Jimmy Reed »[6]. La voix est nonchalante et légèrement traînante dans le style habituel de Reed[7]. Les paroles et la musique sont attribuées à Al Smith, le manager de Jimmy Reed, et à Luther Dixon, compositeur chez Vee-Jay Records[1]. Ce titre est l'un des rares succès de Reed à avoir été écrit par quelqu'un d'autre que lui-même et sa femme, Mama Reed[4].

Jimmy Reed, au chant, à l'harmonica et à la guitare, enregistre la chanson à Chicago le [8]. Mama Reed l'accompagne au chant, Lee Baker et Lefty Bates fournissent les riffs de guitare boogie, la basse entraînante est due au pilier de Chicago, Willie Dixon, et la batterie, solide et précise, est d'Earl Phillips[7]. Big Boss Man paraît initialement sur l'album Found Love de Jimmy Reed, sorti en [9]. Vee-Jay l'édite en single en [9],[10]. Celui-ci atteint la 13e place du classement R&B Hot Sides du magazine Billboard et la 78e position de son classement Hot 100[1],[7].

L'un des secrets du succès de Reed réside dans le contraste saisissant qu'il offre avec le son agressif et incisif des disques Chess qui dominent la scène blues des années 1950[7]. Ce succès s'explique aussi par ses paroles engagées, imprégnées de la réalité de la classe ouvrière. Le sentiment de rébellion des cols bleus est parfaitement résumé dans le refrain, lorsque le chanteur remarque avec sarcasme que son patron (big boss) n'est pas « gros » au sens du statut ou de l'importance, mais seulement par sa corpulence (you ain't so big, you're just tall, that's all). Le thème de la remise en question et de la confrontation de l'autorité face au surmenage trouve un écho auprès des auditeurs noirs et blancs[1]. L'emploi du terme « patron » évoque sans aucun doute le souvenir de nombreux Afro-Américains ayant échappé à la vie brutale des plantations. « Patron » est alors une appellation courante pour désigner une figure d'autorité blanche dans le Sud profond, mais est également utilisée par les Noirs pour s'adresser aux hommes blancs en général. Une telle rébellion dans le Sud ségrégationniste, telle que décrite dans la chanson, est assurément un rêve partagé. À l'instar de nombreux grands morceaux de blues, le message recèle aussi un optimisme sous-jacent. Le dernier couplet s'achève sur l'espoir de trouver un nouveau patron qui offrira un traitement équitable[1].

Héritage et postérité

En 1990, la chanson est intronisée au Blues Hall of Fame dans la catégorie « Classic of Blues Recording » (Single or Album Track)[4]. Dans son discours d'intronisation, l'historien du blues Jim O'Neal souligne que la portée de la chanson dépasse le cadre des musiciens de blues[4] :

« S'il y a jamais eu un hymne blues pour le prolétariat, c'est bien le tube de Jimmy Reed de 1961, Big Boss Man. "Tu me fais travailler, patron, je travaille 24 h/24, je veux boire un verre d'eau mais tu ne laisses pas Jimmy s'arrêter", chantait Reed, mais le refrain affirmait : "Tu n'es pas si important, tu es juste gros, c'est tout". »

La popularité de Big Boss Man inspire plusieurs autres morceaux de blues, certains devenus des classiques, dont le titre emblématique de Frank Frost, Jelly Roll King, sorti en 1962, ou encore Soul Hootenanny de Gene Chandler[11]. Parmi eux, le plus connu est sans aucun doute le tube de Tommy Tucker, Hi-Heel Sneakers, paru chez Checker en 1964 et qui atteint la 11e place des charts R&B[1]. À l'instar de Jelly Roll King de Frost, la composition de Tucker reprend l'introduction et le rythme shuffle de Big Boss Man, mais la chanson est portée par une guitare rythmique omniprésente (et parfois par l'orgue de Tucker) qui joue des accords staccato puissants et successifs de quinte, de sixte et de septième. Cette progression d'accords rythmique désormais familière, qui accentue le temps à la manière de Hi-Heel Sneakers, est à son tour intégrée à de nombreuses reprises de Big Boss Man, et influence ironiquement la façon dont ce standard de Jimmy Reed est généralement interprété aujourd'hui[1].

En 1967, la version rock 'n' roll d'Elvis Presley, extraite de la bande originale du film Clambake, atteint la 38e place du Billboard Hot 100[12]. Le King l'interprète également lors de l'émission Elvis 1968 Comeback Special dans un medley comprenant aussi Nothingville, Guitar Man, Little Egypt et Trouble. Big Boss Man est devenu un titre incontournable de son répertoire[13].

La chanson figure au répertoire des concerts du Grateful Dead à ses débuts[14]. Elle est généralement chantée par Ron « Pigpen » McKernan, qui s'accompagne à l'harmonica dans un style blues[15]. Selon David Malvinni, chroniqueur du groupe, la « voix puissante » de McKernan est parfaitement adaptée pour offrir des interprétations convaincantes de vieux morceaux de blues, contrairement aux performances vocales d'autres groupes de revival blues[15]. Un enregistrement live paraît pour la première fois sur leur album homonyme de 1971[16].

L'introduction de Big Boss Man est reproduite dans le riff de guitare d'ouverture de All Down the Line des Rolling Stones, tiré de l'album Exile on Main St. (1972)[17]. B.B. King enregistre la chanson pour son album Six Silver Strings, sorti en 1985. Cette version, parue en single chez MCA, atteint la 62e place du classement Hot Black Singles de Billboard[18].

Hope Sandoval l'enregistre avec Mercury Rev pour l'album Bobbie Gentry's The Delta Sweete Revisited paru en 2019, en hommage à Bobbie Gentry. Une critique de l'album souligne : « Hope Sandoval s'approprie Big Boss Man exactement comme on l'attend d'elle : comme si elle venait d'entendre une vieille ballade du Velvet Underground »[19].

On compte également des reprises par Conway Twitty, The Pretty Things, The Standells, John Hammond, Jerry Lee Lewis, Bill Cosby, Bobbie Gentry, Jimmy Smith, Nancy Sinatra, Graham Bond + Jack Bruce + Ginger Baker + Dick Heckstall-Smith, Steve Miller Band, Link Wray, Eric Clapton, Tom Petty and The Heartbreakers, Tony Joe White, Slim Harpo, Alex Chilton, Ronnie Wood, et beaucoup d'autres[2],[3].

Eddy Mitchell adapte la chanson en français en 1971 pour son album Rock 'n' Roll[20].

Dans la culture populaire

Notes et références

Liens externes

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