Bipédie humaine

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La bipédie humaine est une bipédie permanente caractéristique d'Homo sapiens et d'autres Hominina fossiles. Plus généralement, différentes formes de bipédie, usuelle ou intermittente, caractérisent la lignée humaine depuis sa séparation de celle des chimpanzés, sans qu'on en connaisse encore aujourd'hui l'évolution précise ni l'origine évolutive.

Évolution de la hanche et du fémur entre les grands singes (gauche), l'australopithèque (centre) et l'homme (droite).

La bipédie exclusive impose des contraintes mécaniques que l'on retrouve enregistrées dans le squelette comme le suggère la médecine évolutionniste : bassin court, large et évasé où s'insèrent des muscles fessiers puissants qui favorisent la station debout (en) ; long pied propulsif à surface tibio-talaire développée, à hallux plus fort et parallèle aux quatre autres orteils courts adaptés à la course[1], avec double voûte plantaire ; os des membres inférieurs plus développés que ceux des membres supérieurs et verrouillés en hyperextension, assurant la bipédie permanente[2] ; inclinaison du fémur par rapport au plan perpendiculaire à celui du genou[3] ; apparition d'une taille qui rend indépendants les deux blocs tronc/bassin et d'un fémur incliné favorisant la stabilisation ; position très avancée du trou occipital sous le crâne qui permet à la tête d'être en équilibre au sommet de la colonne vertébrale présentant quatre courbures[4].

La biologiste de l'évolution Christine Tardieu, spécialiste de morphologie fonctionnelle et biomécanique, indique que la lignée humaine est devenue bipède par différentes adaptations : migration du trou occipital, en arrière de la tête dans le prolongement de la colonne vertébrale chez les quadrupèdes, vers le centre, sous le crâne[5] ; colonne vertébrale avec quatre courbures spécifiques ; verticalité en compression de la colonne vertébrale, expliquant le tassement dans la journée (de 0,5 à cm)[6], avec comme conséquences les pathologies du rachis (lombalgies, sciatique, cruralgie, méralgie), qui concernent environ 50 % de la population humaine, ses déformations (scoliose, cyphose, hyperlordose) ou les névralgies cervicobrachiales[7] ; raccourcissement et élargissement du bassin[8] à l'origine de la disproportion fœto-pelvienne ; perte de la capacité préhensile du pied (l'hallux reste aligné chez le fœtus humain, ce phénomène est appelé pédomorphose)[9].

Homininae

Les Primates ont des pieds préhensiles. L'hallux devient opposé aux autres orteils par migration proximale au cours de la croissance fœtale.

Selon la paléoprimatologue française Brigitte Senut, certains chercheurs remettent en cause « la bipédie comme caractéristique des Hominina sous prétexte qu'elle est largement répandue, mais ils font une confusion entre bipédie de posture et bipédie de locomotion. Même si le chimpanzé et le bonobo peuvent se déplacer occasionnellement sur deux pattes, la morphologie de leur fémur n'est pas une morphologie humaine : elle reste celle d'un grand singe sans modification liée à la bipédie permanente. Il faut distinguer la bipédie humaine actuelle permanente des bipédies non humaines ou des bipédies humaines primitives, qui ont les mêmes contraintes osseuses lors de la marche terrestre sur les deux pattes arrière »[10].

Les premiers homininés pratiquent une forme de bipédie occasionnelle dans les arbres, que l'on appelle la posture orthograde.

En 2019, la découverte en Allemagne d'une espèce fossile d'homininés dénommée Danuvius guggenmosi a fait remonter la première forme de bipédie connue à 11,6 Ma (Miocène moyen)[11],[12].

Hominina

La date de la séparation entre la lignée des chimpanzés et celle des Hominina reste controversée, entre 10 et 6 millions d'années. Peu de fossiles de cette période ont été mis au jour.

La bipédie s'est affirmée bien avant le développement de notre cerveau et l’usage d'outils[13],[14]. Des fossiles d'australopithèques datant de 3,5 millions d'années[15] montrent une bipédie déjà avancée, alors que Sahelanthropus tchadensis a probablement marché sur ses deux jambes il y a 7 millions d'années[16].

Kadanuumuu, daté de 3,58 millions d'années, découvert en 2005 dans le Bas-Awash, en Éthiopie, par l'équipe du paléoanthropologue éthiopien Yohannes Haile-Selassie, figure parmi les plus anciens spécimens fossiles connus de l'espèce Australopithecus afarensis. Les ossements post-crâniens trouvés montrent une bipédie déjà très avancée[17].

La basse vallée de l'Awash, dans l'Afar, est la région où fut découverte en 1974 la célèbre Lucy, datée de 3,18 millions d'années. Ce lieu a été inondé il y a Ma, devenant la mer d'Afar. On a retrouvé avec Lucy des fossiles de crocodiles, de tortues de mer et de pinces de crabes, le tout au bord d'une plaine inondable près de ce qui à l'époque était la côte de l'Afrique. Les habitants se seraient retrouvés soudainement dans des environnements semi-aquatiques variés : forêts inondées, marais, mangroves, lagons, etc.

En 2011, une étude 3D sur des traces de pas datées de 3,66 Ma découvertes sur le site de Laetoli, en Tanzanie, suggère une bipédie bien affirmée des auteurs des empreintes[18].

Des études montrent que le dimorphisme sexuel des vertèbres lombaires d'Homo sapiens se retrouve chez d'anciens Hominina comme Australopithecus africanus. Ce dimorphisme a été analysé comme une adaptation des femelles bipèdes pour mieux supporter la charge durant la grossesse[19],[20],[21].

En 2025, la comparaison du développement embryonnaire des humains et d'autres mammifères montrent l'importance de deux modifications du pelvis pour l'apparition de la bipédie humaine : chez l'homme, le cartilage iliaque effectue une rotation de 90° peu après sa formation, ce qui rend le bassin court et large ; ensuite, lorsque le cartilage iliaque s'ossifie, 24 semaines après la gestation, certaines cellules osseuses se forment beaucoup plus tard que chez les autres primates, ce qui permet aux cellules cartilagineuses de maintenir la forme du bassin pendant sa croissance. Cette évolution, qui implique cinq gènes, remonte à environ cinq millions d'années[22],[23].

Origine de la bipédie humaine

Notes et références

Voir aussi

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