Blanche Grenier-Godard
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| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Antonia Marie Blanche Grenard |
| Pseudonymes |
Thérèse Martin, Petite Maman |
| Nationalité | |
| Activités |
Résistante, infirmière militaire |
| Enfant |
René Grenier-Godard, Jean Grenier-Godard |
| Organisation |
Réseau Grenier-Godard |
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| Parti politique | |
| Membre de | |
| Grade militaire | |
| Conflit | |
| Lieu de détention | |
| Distinctions |
Blanche-Marie Grenier-Godard, née le aux Moussières (Jura) et morte à Dijon le est une infirmière, résistante de la première heure et déportée française. Son réseau d'évasion et de renseignement[1], créé dès l'été 1940, prend en charge jusqu'à sa dissolution en 1942 un nombre estimé à près de 8 000 personnes.
Famille et vie privée
Blanche-Marie Grenard naît aux Moussières, dans les environs de Saint-Claude dans le Jura, d'un père voiturier, Jules, et d'une mère épicière, Eugénie, détenant un hôtel situé au chevet de l'église du village. Elle est la cinquième de 11 enfants. Après son mariage avec Alphonse Grenier-Godard [2], le couple s'installe à Dijon. Alphonse, de 9 ans son ainé, a combattu pendant la Première Guerre mondiale et a été gazé au front. Ensemble, ils ont deux fils : René, né le , et Jean, né en 1929[3].
Le réseau Grenier-Godard
Lorsque la guerre éclate en , Blanche Grenier-Godard s'engage comme infirmière militaire. Affectée à l'hôpital auxiliaire, installé dans le lycée Hippolyte-Fontaine, elle participe dès les premiers jours de l'occupation de Dijon à faire évader des prisonniers du camp de Longvic, retenus sur la base aérienne de Longvic, convertie en "Frontstalag 155" accueillant dans les mois suivant l'armistice de 35 à 40 000 soldats selon les estimations[4].
À l'aide de complices, elle récupère des plans du camp et des égouts, permettant une évasion souterraine jusqu'au canal de Bourgogne quelques centaines de mètres plus loin. D'autres stratagèmes sont employés, comme l'hospitalisation de prisonniers. Le réseau s'appuie sur des communautés de religieuses : Sœurs du Bon Secours (rue Berbisey), les Petites sœurs dominicaines et la Maison Saint-Michel (Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul), qui ravitaillent et cachent des évadés, mais aussi sur tout un réseau que Blanche Grenier-Godard tisse dans son entourage proche (famille, amis, voisins), mais aussi des commerces, café et restaurants pour le ravitaillement et des fonctionnaires ou toutes autres connaissances qui fournissent bons de rationnement, papiers et tampons pour produire de faux documents[5].
Grâce à ses origines franc-comtoises, Blanche Grenier-Godard établit des contacts qui agissent en relais ou facilitent les passages en zone libre. Les cheminots du dépôt de Perrigny, avec la complicité des gendarmes de la brigade de Gevrey-Chambertin chargée de la sécurité du site, embarquent les évadés sur les trains en direction de la zone libre. Au-delà, Blanche parvient à établir des contacts en zone libre, notamment grâce aux évadés soutenant à leur tour le réseau ainsi créé. Blanche et son fils René accompagnent personnellement des groupes qu'ils confient aux passeurs. Le plus jeune, Jean, participe également. Le réseau n'aide pas seulement à évader des prisonniers. Archives et témoignages attestent l'aide apportée à des Juifs et le travail de renseignement effectué par le réseau. Dès , de premières arrestations mettent à l'épreuve le travail du réseau. En , René est arrêté une première fois, mais il parvient à s'échapper et reprend ses activités malgré les supplications de sa mère[6].
Arrestation et déportation
Le , René est à nouveau arrêté au petit matin par une patrouille, alors qu'il tente de faire passer des évadés ainsi que deux agents secrets belges. Sa mère ne le voyant pas rentrer, se doute de son arrestation prochaine. Au lieu de fuir et se cacher, elle organise la sécurité des personnes qui sous sa protection. Le , elle est arrêtée par Ludwig Kraemer à son domicile avec son mari. Jean prétendant une envie pressante, fait fuir un prisonnier par le toit et étend un linge à la fenêtre, signe convenu pour éviter que des membres ou des bénéficiaires du réseau ne soient pris.
Blanche subit selon ses propres dires 11 interrogatoires. Alphonse est torturé, frappé à coup de barre de fer. Il y laisse ses dents et plusieurs côtes brisées. Malgré tout, aucun des trois membres de la famille ne donnent de renseignements compromettants et les semaines qui suivent, le réseau reste épargné d'arrestations supplémentaires. Au bout d'un mois, Alphonse est libéré. René et Blanche restent détenus à la prison rue d'Auxonne, avant leur transfert à Fresnes le . Ils sont ensuite transférés en Allemagne par le convoi Nacht und Nebel du jeudi , qui les mène à Trèves, De là, René est emmené avec les autres détenus masculins au camp SS de Hinzert, une trentaine de kilomètres plus au Sud. Il y contracte, dans des conditions de détentions effroyables une pleurésie, avant d'être transféré à la prison de Wittlich, une quarantaine de kilomètres plus au Nord.
Blanche reste elle une semaine à Trèves avant son transfert à la prison d'Aix-la-Chapelle. Elle est retransférée au camp de Flußbach (NS-Frauenlager Flußbach), près de Wittlich, en 1943. À l'automne 1943, elle est de nouveau transférée à Lauban, près de Breslau pour son procès devant le Sondergericht de Breslau où elle est jugée avec son fils le . C'est la dernière fois qu'elle le voit avant leur déportation dont René ne reviendra jamais. Elle est condamnée à mort pour avoir "aidé plus de cent cas de prisonniers évadés et des Juifs à passer la ligne de démarcation", lui à trois ans de détention.
René est transféré le à la prison de Schweidnitz, à une cinquantaine de kilomètres de Breslau, où les prisonniers travaillent pour Siemens. Blanche n'est finalement pas exécutée mais transférée le à la forteresse de Jauer. Pendant l'hiver 1944/45, devant l'inexorable avancée des troupes russes, les autorités décident le rassemblement des détenus politiques de Silésie et leur transfert vers Gross-Rosen. René quitte Schweidnitz début avec 80 co-détenus, dont 80% n'ont pas survécu. Les conditions dans le camp, passé de 15 000 à presque 40 000 détenus, sont infernales et René s'affaiblit alors de plus en plus, selon les témoignages de ses camarades revenus de détention. Début février, le camp est évacué à nouveau afin d'éviter la libération des déportés par les Soviétiques, alors à quelques kilomètres du camp seulement. René part dans le deuxième transfert, dans des wagons à charbon découverts, accroupi sous peine d'exécution, sans possibilité de s'allonger, dans des wagons surchargés. À son arrivée à Dora-Mittelbau, il est agonisant. Le , il est envoyé à la Boelcke-Kaserne, dans d'anciens garages de blindés faisant office de mouroir du camp de Dora, où les prisonniers trop faibles sont entassés à même le sol. Il y meurt le ou le , à l'âge de 19 ans[7].
Blanche est évacuée de la forteresse de Jauer le , dans la neige et des températures glaciales. Avec ses compagnes de captivité, elles entament un périple de plus de deux semaines pour se rendre à Löbau. Jusqu'au , elles parcourent trente kilomètres par jour, sous-nutries, sans repos convenable. Après six jours de détention à la prison de Görlitz, elles reprennent la route le pour arriver le 14 à Löbau, où, chargées dans des trains de marchandises, elles partent le 14 sur des chemins de fer bondés de transports de troupes et de matériel en direction du front. Elles n'arrivent à Aichach, près d'Augsbourg en Bavière, que le . C'est son dernier lieu de détention. Le , sa visite médicale fait état d'une pneumonie, dont elle souffre depuis 1942 et de problèmes cardiaques[7]. Aichach est finalement libérée le par la 101e division aéroportée américaine et Blanche, affaiblie, se voit transférée à l'hôpital civile. Elle est rapatriée le à Paris au Lutetia et rentre à Dijon courant juin.
Retour de captivité et homologation du résau
Blanche Grenier-Godad se consacre à son retour de captivité à tenter d'obtenir des nouvelles de son fils déporté. Depuis la Suisse, où elle est envoyée en convalescence de la mi-août 1945 à la fin de l'été 1946, elle fait publier des encarts de recherche dans divers publications. C'est finalement grâce à des publications dans des bulletins d'amicales de déportés, qu'elle obtient la confirmation du destin tragique de son fils dans un courrier adressé à des proches en juillet 1946 .
À son retour à Dijon, elle s'atèle à l'homologation de son réseau.Elle rédige un rapport détaillé des activités du réseau, fourni une liste d'agent et trouve l'appui de nombreux témoignages, menant fin février 1948 à son homologation. Pour tous les membres du réseau, elle établit des attestations, mène un véritable travail d'enquête et de remémoration pour recenser ses agents, y consacrant en tout une dizaine d'année. En tout, plus de 400 personnes auraient participé aux activités du réseau dans 45 départements de métropole, pour un total estimé à 4800 évasions.
Le 8 mai 1949 a lieu la remise solennelle du drapeau du réseau, au domicile familial rue Saumaise, en présence du député-maire de Dijon, le chanoine Kir. Blanche tient à perpétuer le souvenir de son fils et y fait broder le nom "Résau René Grenier-Godard" ainsi qu'une devise "Prier, Souffrir, Se Taire". Une plaque commémorative en hommage à René et au réseau est inaugurée en même temps:
« « Ici fut le siège du réseau René Grenier-Godard, le domicile du lieutenant René Grenier-Godard 16 ans ½, sous-chef du réseau exterminé lâchement le 25 mars 1945, après 33 mois de captivité à Dora.
Français, souvenez-vous. Il est mort pour votre liberté ainsi que les 9 membres de sa famille et ceux de son réseau. » »
En juillet 1950 a lieu à Paris un hommage au réseau Grenier-Godard. Une trentaine de membre est décorée aux Invalides, puis le groupe participe au ravivage de la flamme du Soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe. Dans les années suivantes, Blanche et sa familles doivent faire face à une précarité grandissante : la famille éprouvée n'a que peu de ressources, ne s'est jamais enrichie dans ses activités et le travail d'homologation a un coût. Elle fait de mauvaises affaires en investissant dans un projet de carrière au début des années 1950 et le réseau sombre dans l'oubli, la famille ne témoignant que peu sur la période de guerre. Elle s'éteint le 25 mai 1974, l'occasion d'un dernier hommage dans le Bien Public et Les Dépêches, qui publient une nécrologie dans laquelle il est rappelé qu'« Avec Madame Grenier-Godard vient de disparaître une grande résistante »[7].