Bled el-baroud
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Le bled el-baroud (en arabe : بلاد البارود, blād al-bārūd, signifiant « pays de la poudre (à fusil) »), constituait l'essentiel de l'Algérie à l'époque de la régence d'Alger. Le terme est généralement opposé au « bled el-Turk », le « pays des Turcs », qui désignait précisément la partie du pays contrôlée par la régence d'Alger[1], qui n'occupait, elle, qu'un sixième du pays tout au plus selon Pierre Montagnon, militaire et essayiste français[2].
Acception historique du terme
Le terme « bled el-baroud » est utilisé par l'historien Pierre Montagnon dans plusieurs de ses ouvrages pour désigner toute la partie de l'Algérie échappant à l'autorité du pouvoir central, la régence d'Alger ottomane, généralement désignée, elle, comme le « bled el-Turk », le « pays des Turcs »[2]. Ce terme a été repris ensuite par d'autres auteurs avec cette même signification[1],[3].
Ce bled el-baroud était l'équivalent algérien du bled es-siba marocain[3], qui désignait le « pays de la dissidence », le « pays du désordre », c'est-à-dire toute la partie du pays résistant à l'autorité centrale et refusant de payer l'impôt[4], perçu par la régence d'Alger au travers du mode d'administration connu sous le nom de « makhzen ».
Usage du terme au XIXe siècle
Les études d'Alain Sainte-Marie portant sur la seconde moitié du XIXe siècle (donc après la fin de la régence d'Alger) font apparaître le terme de « bled el-baroud » pour désigner des terres vacantes et sans maître, dans le contexte du sénatus-consulte du visant à organiser la propriété foncière en Algérie et à délimiter les territoires des tribus et des douars[5]. Dans les régions semi-arides dominées par le parcours et le semi-nomadisme, les territoires tribaux aux limites incertaines comportent « des terres contestées entre fractions ou tribus, dites biens vacants et sans maître ou bled el baroud »[6],[7]. Ces terres où l'occupation humaine est très lâche offrent des possibilités pour faire paître les troupeaux et labourer[7].
Statut des tribus vis-à-vis du pouvoir de la régence d'Alger

Mahfoud Bennoune analyse[9] les données indiquées par Louis Rinn qui datent de peu après la conquête. Bennoune met en lumière le nombre important de principautés, tribus ou chefferies autonomes ou semi-autonomes vis-à-vis du pouvoir central :
| Tribus | Alger | Titri | Oran | Constantine | Total |
|---|---|---|---|---|---|
| Makhzen | 19 | 14 | 46 | 47 | 126 |
| Tribus soumises | 11 | 23 | 56 | 14 | 104 |
| Tribus semi-autonomes | 20 | 12 | 29 | 25 | 86 |
| Tribus indépendantes | 23 | 13 | 26 | 138 | 200 |
| Total | 73 | 62 | 157 | 224 | 516 |
Il n'y a que 126 makhzen (unités politiques composant le pouvoir central) et 104 tribus soumises au pouvoir central ; elles composent ce que l'on nomme le bled el-Turk (le pays des Turcs). Ensemble, elles ne représentent que 16 % du territoire de l'Algérie. Les 86 tribus semi-autonomes représentent 15 % du territoire. Dans la période avant la colonisation, la régence, donc, ne représentait que 31 % du territoire de l'Algérie actuelle. Les 200 tribus indépendantes du pouvoir central et refusant de payer l'impôt représentent 69 % du territoire. Elles sont principalement situées sur les hauts plateaux, les steppes et dans le Sahara. C'est ce territoire qui était nommé bled el-baroud (Terre de poudre)[9]. Toutefois, pour l’auteur, Rinn, comme la majorité des historiens coloniaux, tend à exagérer la fragmentation politique de l’Algérie précoloniale. Même ces communautés rurales étaient plus ou moins liées à l'organisation politique et économique du pays[9].
Selon Pierre Montagnon, le bled el-baroud vit en total indépendance vis-à-vis du pouvoir central[10] ; la régence ayant peu de soldats, le pouvoir n'est effectif que dans quelques villes comme Alger, Bône, Constantine, Mascara, etc.[10].